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31.03.2011

CHAPITRE IX : La Nouvelle-Orléans

 

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CHAPITRE IX : La Nouvelle-Orléans





Rappel chapitre VIII :



—  Parlons-en de la bataille de Stonehenge ! Supprimer Dolorès Ombrage et faire revenir Gellert Grindewald !

—  Il y a tellement de rumeurs ! railla Harry.

—  J'en suis sûr ! je l'ai vu ! Il avait la Baguette de Sureau. Il revient pour mener les Sang-Pur vers leur gloire.

—  C'est impossible ! s'exclama Pierre-François.

—  Ce n'est qu'une mystification ! se moqua Harry. Et je comprends bien des choses. Pour ta gouverne, il n'y a qu'un propriétaire du Bâton de la Mort ! c'est moi !



oOo



Une bulle de silence succéda à cet échange avant d'éclater en commentaires qui fusèrent de tous les côtés.

—  Tu te mets en danger ! lui reprocha Erwin.

—  Il faut bien rétablir les choses, fit Harry tout en passant sa main dans ses épis d'un geste las.

—  On avait pourtant convenu que ça faisait partie des éléments dangereux à ne pas révéler, analysa Pierre-François à voix haute.

—  On ne peut pas les laisser suivre une seconde fois un mégalomane.

—  Raconte ça à d'autres ! fit le cousin. Quel est le sorcier qui possèderait la Baguette de Sureau et qui ne s'en servirait pas ?

—  Un sorcier prudent, trancha Draco avec un sourire ironique.

—  J'ai la mienne, elle a vaincu Voldemort et aussi celle de Salazar Serpentard. Les Reliques de la Mort doivent être prudemment mises à l'abri de la convoitise des ambitieux, répliqua Harry.

—  Seul un fou peut prétendre en être le propriétaire. Tout le monde sait qu'Albus Dumbledore a désarmé Grindelwald lors de leur affrontement en 1945, donc il en a été jusqu'à sa mort le détenteur, fit Jim.

Berthram regarda d'un air dédaigneux ce moldu qui osait lui enseigner l'histoire de son propre univers.

—  A ta place, je me ferais tout petit, ce n'est pas parce que tu es le fiancé du Sauveur, que tu as des droits sur le monde sorcier. Ça n'explique pas comment elle pourrait être dans ses mains !

—  Jim a les mêmes droits que tous ici et de nouveau, il était là où tu n'étais pas ! jeta le Sauveur d'un ton tranchante.

—  Raconte ça à qui tu veux mais pas à moi !

—  Le jour de la mort de mon mentor, reprit Harry, celui-ci a été désarmé par un sorcier qui est devenu sans le savoir le propriétaire du Bâton de la Mort. A mon tour, j'ai, quelques mois plus tard, affronté son possesseur et la baguette m'est revenue, ce n'est pas plus compliqué que ça.

—  Et très pratique car tu ne peux pas être contredit, mais tu n'as pas non plus de témoin, railla le Sang-Pur.

—  Si ! fit Draco d'un ton sec.

—  Dray !

—  Non, mon ami, je ne le laisserai pas mettre ta parole en doute, fit celui-ci doucement en regardant Harry. J'étais ce sorcier possesseur de la Baguette, continua-t-il d'une voix ferme en se tournant vers l'autre. Je n'avais que seize ans et je devais tuer notre directeur sur l'ordre du mage noir. Plus tard, j'ai été jugé pour ça et j'ai été à Azkaban.

—  Manifestement, tu ne l'as pas donnée au Lord qui la recherchait car la guerre se serait terminée autrement.

—  J'essayais juste de protéger ma mère que Voldemort détenait en son pouvoir.

—  Toujours est-il, intervint Pierre-François, que celui qui se fait passer pour Grindelwald n'est qu'un imposteur.

  Tu lui ressembles beaucoup je trouve ! se moqua Berthram.

—  Cela n'a rien de bien étonnant. Celui qui a pris sa place se doit d'avoir des traits communs avec le terrible mage noir et je suis son arrière petit neveu, donc un certain air de famille semble logique. Toutefois il aurait maintenant cent dix-sept ans à moins d'avoir découvert la potion de l'éternelle jeunesse durant son séjour à Nurmengard, il doit être assez ridé, railla Pierre-François.

—  Donc si je comprends bien nous avons là un Elu, un ancien mangemort et le descendant du plus grand des mages noirs ! belle tablée ! sans compter des moldus.

—  Tu peux essayer de rattraper le coup pourtant tout le monde a compris, mon cher cousin, railla Erwin. A cette table, tu as des étudiants, comme toi, venus apprendre notre monde qu'ils soient sorciers ou moldu. Il y a aussi le directeur de la prestigieuse école de Poudlard et ton professeur d'histoire de la politique moldue et de la politique étrangère moldue. A sa place, je ne te porterais pas dans mon cœur vu ce que tu lui as dit. Dire qu'il faut une moyenne de douze dans ces cours. C'est bête hein ? le nargua Erwin.

—  Ton petit-ami moldu et toi tenez-vous loin de moi ! ordonna sèchement le cousin.

—  James Caelus, mon petit-ami comme tu dis et surtout mon compagnon dans la vie depuis presque un an est un Sang-Pur d'une famille plus ancienne que la tienne, mon pauvre Berthram. Quant à toi tu es toujours aussi doué, incapable de percevoir l'aura magique des autres sorciers.

Le silence régna un moment après que le jeune sorcier se soit éloigné sur un dernier regard assassin.

—  Vive la rentrée, bougonna Harry.

—  Il y a toujours un enfoiré de ce genre partout, mon amour, fit doucement Jim.

—  En attendant, nous savons que mon frère a choisi de se faire passer pour Gellert Grindelwald et ainsi accréditer les rumeurs qui circulent sur son retour. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Les crédules, malheureusement, vont se laisser berner, par contre, si il en est arrivé là, c'est que la fusion ne se passe pas comme il l'espérait.

—  C'est en effet très probable, mon ange, fit à mi-voix Harry.

—  Par contre on n'a rien de neuf au sujet d'O'Reilly et je trouve ça plus qu'inquiétant. Je préfère les manigances de mon frère au silence de celui-là.

—  Moi aussi, murmura Harry, moi aussi.



Ils avaient prolongé le plus possible ce moment où ils étaient ensemble et Pierre-François contemplait, songeur, la porte de l'amphithéâtre qui venait de se refermer sur ses amours avec, sur les lèvres, un petit sourire inconscient. Tous les deux, se moquant des yeux vrillés sur eux, avaient posé brièvement leur bouche sur la sienne tour à tour pour un au revoir tendre, le réclamant publiquement en tant que leur, à son grand bonheur. Il avait craint de voir la gêne envahir leur visage quand il serait avec eux devant les autres étudiants. Il l'avait tellement redouté que l'interrogation au fil des heures du week-end était devenue obsession, il avait voulu savoir. Cette angoisse l'avait poussé, autant que le désir de les rassurer, à venir, dès le jour de la rentrée, déjeuner avec eux.

Là, il se sentait à la fois honteux d'avoir douté, ravi de leur contentement à son arrivée et léger, euphorique même, de cet amour manifesté devant tous. Leurs regards appuyés, leurs sourires complices, la douce caresse des doigts de Harry sur son poignet et sur leur lien, la main de Jim discrètement posée sur sa cuisse sous la table, autant de témoignages, qu'ils avaient voulus non provocants mais non cachés, de leur intimité.



oOo

 

Il reprit sans tarder le réseau de cheminette et atterrit dans son bureau. Il avait été négligeant. Tout à ses amours, il avait postposé bien des choses importantes. Il aurait déjà dû étudier la fusion entre un sorcier et une entité inférieure depuis longtemps. Les rapports que Harry avait demandés à Kingsley et Pierre sur la mort du grand-père de Sylas n'étaient pas encore rentrés mais il fallait aussi qu'il se renseigne sur Nicolas de Noailles. D'après l'arbre généalogique il devait être âgé de soixante deux ans, ce qui, pour un sorcier, n'était que la maturité. Etait-ce lui qui s'introduisait à l'hôtel Saint-Maur afin de mettre à jour les arbres généalogiques et si oui, pourquoi le faisait-il aussi discrètement ?

Avec un soupir, il prit son téléphone et composa le numéro du diamantaire anversois recommandé par le joaillier, il répondit immédiatement. Rendez-vous fut pris pour vendredi en fin de journée. Ils ne rejoindraient le castel rose que samedi après-midi, Jim enseignait le matin à l'université et Harry suivait ses cours jusque midi.

Une fois de plus ses pensées dérivèrent vers ses agneaux. Décidément, il était incorrigible. Le samedi soir les verrait encore au milieu de leurs amis lors d'un nouvel anniversaire, celui d'Hermione cette fois. Le week-end suivant ils devraient rester à Poudlard, c'était leur tour d'être de garde. Il ne put s'empêcher de faire une grimace, il avait besoin de tranquillité, faim de solitude, à trois bien sûr. En un mois, ils réussiraient à aller à Weymouth une fois. Il se rappela les craintes et les réserves de Harry lorsqu'il avait accepté le poste de directeur. Leurs problèmes étaient pourtant dus à un ensemble de faits : les recherches de son frère et la nécessité pour Frédéric et Gaby de se cacher, le poste d'enseignant de Jim, le fait que Harry soit le Survivant et toujours entouré de ses amis protecteurs. Lui, le solitaire, trouvait toutes ces contraintes pesantes.

Levant les yeux, il sursauta en voyant Hermione qui l'observait.

—  Mione, mais...

Désolée. J'ai frappé tu n'as pas entendu.

—  Excuse-moi, j'étais perdu dans mes réflexions.

—  Je vois et elles n'ont pas l'air réjouissantes. Ça ne s'est pas bien passé ton déjeuner avec les garçons.

—  Si ! Très bien même, fit-il avec un léger sourire.

—  Je vois ça, se moqua gentiment la jeune femme, toujours cet air tendre et rêveur quand tu penses à eux.

—  ...

—  Alors d'où viennent ces idées noires ?

Il observa le regard brun légèrement pailleté de vert qui le guettait. Si il était incapable de deviner ce qu'elle pensait, il ne décelait plus en elle aucune animosité.

—  Harry ne voulait pas que j'accepte ce poste de directeur, il pensait que nous nous verrions à peine, pourtant c'était la seule solution qui se présentait me permettant de rester auprès d'eux. Je dois avouer que si même au départ, je voulais simplement prendre l'emploi de professeur qui m'avait été proposé il y a quelques années, j'étais ravi de cette occasion unique de reprendre, pour eux, une place appréciable dans notre monde. Je fais le maximum afin que nous passions du temps ensemble mais la situation est telle que nous sommes rarement seuls tous les trois et ce manque d'intimité me pèse, soupira Pierre-François.

—  Ce week-end pourquoi n'allez vous pas à Weymouth dès vendredi soir tous les trois. Je prendrai Lily à Toulouse. Ils n'auront qu'à aller à l'université de là.

—  Nous avons rendez-vous à Anvers, avec le diamantaire à dix-huit heures et c'est uniquement parce que le dernier cours n'est pas assuré car en temps normal ils ne sont libres qu'à vingt heures, soupira-t-il.

—  Profites-en pour les inviter à dîner à Ostende, à Bruges avant de rentrer à Weymouth.

—  ...

—  Au début de notre amour à tous les trois, nous trouvions aussi pesante la cohabitation à Astor's Lodge. Je vois que tu es étonné, fit-elle en riant. Sylas surtout a besoin de respirer en dehors du groupe. Draco, lui, dès qu'il perd Harry de vue pendant plusieurs jours, est intenable. Pour satisfaire tout le monde, nous avions choisi de passer en dehors une soirée par semaine tous les trois. Je t'assure que ça nous faisait beaucoup de bien. Vous pourriez tout simplement aller à Weymouth ou au Cap d'Agde si vous ne voulez pas sortir. Nous prendrons la petite. Ce ne sera qu'un échange de bon procédé quand les jumeaux seront nés vous nous rendrez la pareille.

—  C'est une bonne idée, oui. Ça leur fera plaisir.

—  Et si tu pensais un peu à toi ?

—  Eux, c'est moi et j'espère que c'est réciproque.

—  Si tu en doutes, c'est que tu es aveugle. Tu sais, si tu t'oublies dans l'équation tu finiras par te lasser.

—  Il n'y a pas de problème, nous sommes complémentaires et eux le sont entre eux. Je trouve chez les deux un amour différent. Quoique... finit Pierre-François avec un sourire sensuel. Arrête de rire, tu ressembles à Dray comme ça !

—  Tu ne t'es pas vu ! On aurait dit un chat gourmand devant une jatte de crème. Je ne sais pas à quoi tu pensais mais ça te faisait de l'effet, se moqua-t-elle.

—  A rien ! fit-il en secouant la tête.

Hermione se contenta de lui lancer un coup d'œil narquois. Elle l'avait observé depuis qu'elle travaillait avec lui et avait aimé ce qu'elle avait découvert. Des trois c'était certainement lui le plus amoureux, ou, plus exactement, celui qui faisait le plus pour que cet amour vive. La maturité aidant certainement.

—  Que fais-tu, demanda-t-elle ?

—  J'ai négligé trop longtemps d'étudier la fusion, il faut que je m'y mette.

Il lui raconta la scène qui s'était déroulée au restaurant universitaire.

—  Pourquoi as-tu dit que c'était parmi les choses que vous aviez décidé de cacher ? Tu sais très bien que Harry a fait tout le contraire.

—  Oui ! je suis au courant, se moqua-t-il, mais ainsi c'est plus crédible. Il faut bien avouer que son raisonnement peut être difficile à saisir pour quelqu'un qui ne connait pas la volonté de Harry de toujours tout assumer.

Hermione ne répondit rien, qu'aurait-elle pu dire qu'il ne savait pas ? Elle se contenta de prendre un des vieux grimoires, de s'asseoir de l'autre côté du bureau et de s'y plonger. Ils travaillèrent ainsi en silence jusqu'en fin d'après-midi. Hermione le quitta pour aller rechercher Teddy. Il décida de travailler encore une petite heure. Il leva à peine le nez du manuscrit qu'il étudiait, les portraits des anciens directeurs, seuls spectateurs, purent l'entendre jurer à plusieurs reprises « Par Salazar, c'est impossible ! ». Bien plus tard, quand il jeta un coup d'œil par la fenêtre il fut surpris de voir que l'ombre commençait à noyer les grands arbres de la forêt interdite. Il n'avait pas été recherché sa fille et ses agneaux devaient l'attendre depuis un bon moment, il referma ses documents, mit ses notes sous clef et se précipita. Il se plaignait de ne pas les avoir assez à lui et là, ils étaient rentrés depuis plusieurs heures.



 

Des bruits lui parvenaient de la cuisine et une odeur particulièrement plaisante flottait dans l'air. Penché sur une cocotte, Harry mélangeait une sauce brune recouvrant des morceaux de viande. Jim coupait des tranches de tomates que Lily ajoutait une à une au plat de salade. Il se pencha pour embrasser celle-ci, posa un baiser sur la tempe de Jim qui lui offrit un tendre sourire avant de ceinturer son agneau possessif. Pour oublier le regard de reproches qu'il reçut, il nicha son visage dans son cou en lui murmurant au passage tout contre son oreille « Excuse-moi, Amour ! ».

Ne recevant pas de réponse, il soupira et voulut s'éloigner, c'est une main autour de sa taille qui le retint.

—  Goûte, ordonna Harry en avançant une cuillère de sauce brûlante devant sa bouche. Fais attention c'est chaud, ajouta-t-il en soufflant lui même sur le liquide.

—  La recette que tu avais demandée au châtelain de Haultepenne, commenta Pierre-François avec un petit rire.

—  Oui ! mais il manque quelque chose et je ne sais pas quoi...

—  Tu as mis de la cannelle ? Je suis sûr qu'il y en avait.

—  Pas de cannelle dans la recette, maugréa-t-il en la relisant.

—  Essaie.

—  C'est la fin de la cuisson, je vais devoir mettre de la poudre au lieu d'un bâton, ronchonna le cuisinier en cherchant dans les petits pots d'épice celui contenant la poudre brune.

Pierre-François savourait le calme tableau familial que lui offrait ses hommes et sa fille. Il enleva sa robe sorcière, la lança sur une chaise, ce qui fit rire Jim à qui il lança un clin d'œil complice.

—  Sort de défroissage ! lui fit-il, imitant Harry.

Puis, à genoux, il chercha au fin fond de l'armoire quelques bières belges qui accompagneraient mieux que du vin ces carbonnades flamandes traditionnellement cuisinées à la boisson houblonnée, il les mit à rafraîchir avant de se lancer dans la confection de la salade de fruits qui était manifestement le dessert prévu. Une seconde cuillère de sauce l'interrompit.

—  Ça semble bien maintenant. Non ?

—  C'est parfait, mon agneau, répondit-il après avoir apprécié le goût à la fois un peu âcre mais sucré.

Un soupir de satisfaction lui répondit tandis que Harry se baissait pour happer le quartier d'orange qu'il tenait.

—  Eh ! lança-t-il.

Déjà, il regagnait sa plaque de cuisson, se retournant pour lui faire une grimace moqueuse tout en caressant, au passage, d'une main tendre, les courtes boucles soyeuses de Jim.



Pierre-François était allé coucher leur petite princesse. Jim attira son fiancé contre lui dans le canapé, celui-ci l'enlaça et posa sa tête sur sa poitrine.

—  Tu es fatigué, souffla doucement le blond moldu en caressant la nuque ployée.

—  Las surtout, mon cœur. On ne peut pas dire, malgré ce dîner, que ce fut le meilleur des jours.

—  Berthram et ses provocations permanentes ?

—  Même pas ! J'ai connu pire avec Dray !

—  P'ti loup a tenu à nous montrer qu'il prendrait du temps pour nous.

—  Je sais et j'ai aimé ! mais l'horaire est tout aussi pesant !

—  Et ?

—  Et le reste ! s'impatienta-t-il.

—  Tu t'habitueras à l'université. Dans quelques temps tu y seras aussi à l'aise qu'ici tu verras.

—  J'en doute beaucoup. Poudlard a été mon univers pendant tant d'années. Je me demande comment tu fais pour t'adapter aussi facilement.

—  N'en parle pas au passé, tu ne l'as pas perdu. Nous y habitons et y enseignons. Chez moi, c'est là où tu es, simplement. Et puis nous avons d'autres chez nous, les Tamaris, la villa de Weymouth.

—  Pas encore ! Comment veux-tu considérer comme ta maison un endroit que tu as vu deux jours ?

—  Ne dis pas ça à p'ti loup, tu lui ferais de la peine.

—  Un peu tard pour que je n'entende pas, ma tendresse, fit Pierre-François en s'asseyant en tailleur, sur le tapis, devant le couple enlacé, mais je te comprends Harry et je ressens la même chose. Nous avons trop peu d'intimité. Chaque semaine nous prendrons dorénavant une soirée rien que pour nous trois. Nous sortirons si nous en avons envie puis nous irons passer la nuit à Weymouth. Par sécurité nous choisirons un jour différent chaque semaine. Vendredi nous irons voir le diamantaire à Anvers, puis pourquoi ne pas dîner au restaurant avant de rentrer au manoir ? Vous partirez à l'université de là-bas et, en fin de journée, nous serons à Toulouse pour l'anniversaire de Mione.

—  Et Lily ?

—  Hermione s'en occupera. Quand les jumeaux seront nés nous leur rendrons la pareille.

—  Oh Merlin, non ! gémit Jim.

—  Tu auras la joie de t'occuper de ton filleul, railla l'aîné.

—  Tu m'apprendras, soupira le jeune moldu.

Harry lui lança un coup d'œil amusé, avant de se tourner vers son compagnon.

—  C'est une très bonne idée, ça nous fera beaucoup de bien, mon ange.

—  Tu la dois à ton amie.

—  Pourquoi ? Que lui as-tu dit ? fit-il étonné.

Pierre-François ne sut que répondre. S'était-il vraiment confié à la meilleure amie de son compagnon ? Harry se débarrassa de ses mules afin de poser ses pieds des deux cotés de sa taille sans arriver toutefois à l'attirer vers lui.

—  Viens.

Pierre-François ne voyait pas très bien où il voulait en venir.

—  Viens. insista-t-il tout en tendant une main en avant.

S'appuyant des deux mains sur ses cuisses, il s'avança, se retrouvant à genoux entre ses jambes. Penché, Harry, du bout des doigts, souleva son visage vers lui non sans le parcourir légèrement des lèvres. Pierre-François, les talons de son compagnon dans le creux des reins, les yeux capturés par les émeraudes qui lui faisaient face, se sentait prisonnier de la coupe de ses mains. Il savait qu'il devait s'éloigner.

—  Raconte.

—  Il n'y a rien à dire, répondit-il en haussant les épaules. Il posa un bref baiser sur ses lèvres, puis s'appuya sur ses cuisses et se releva brisant le contact à la fois visuel et charnel qu'avait établi son amant.

C'était sans compter sur l’opiniâtreté de son agneau qui malgré l'avertissement de la main de Jim qui avait essayé de le retenir ne comptait pas en rester là. Il le saisit par l'épaule, avant d'entourer sa poitrine de ses bras.

—  Je ne te laisserai pas fuir, mon loup, lui fit-il doucement en le forçant à se tourner vers lui.

—  Qui te dit que j'en ai envie ?

—  Le fait que tu te lèves et que tu t'en ailles... ironisa Harry.

—  Je fuis seulement ta question qui m'embarrasse. Tu le sens et tu insistes.

—  C'est vrai, admit-il. Parce que je veux que tu sois heureux et qu'apparemment ce n'est pas le cas.

—  ...

—  Mon ange ? murmura-t-il.

Jim regardait ce duel sans rien dire, iris verts impérieux contre prunelles bleues limpides. Il savait le gagnant. Il aurait voulu que Pierre-François se protège mieux, se garde, mais il les aimait trop et Harry, lui, n'aimait pas les barrières, surtout celles des jardins secrets.

—  En discutant je lui ai simplement dit que nous manquions souvent d'intimité. Elle m'a raconté qu'avant ils s'éloignaient du groupe une fois par semaine pour une soirée à trois et que nous pourrions en faire de même. Voilà tu es content ? fit Pierre-François d'un ton bref.

—  Tu es fâché ? s'enquit-il étonné.

—  Je ne voulais pas te répondre, te raconter ce moment de confidence à une presque inconnue que je jugeais comme une faiblesse mais tu aurais insisté encore et encore jusqu'à ce que je cède, soupira-t-il. Oui je t'en veux de ne pas me respecter mieux.

Il le repoussa calmement, s'éloignant difficilement de son étreinte. Harry regarda, tétanisé, la porte qui se refermait sur son amour. A aucun moment il n'avait désiré le blesser, juste savoir, pour mieux l'aimer. Il voulut le suivre pour lui expliquer...

—  Laisse-lui le temps de se calmer, Harry. Il comprendra tout seul, intervint Jim fermement cette fois.

  Je voulais juste qu'il me dise en quoi il n'était pas heureux, rien d'autre.

—  Lui racontes-tu toutes tes pensées ? Tes incertitudes parfois ? Tes moments de désarroi ? Ne pouvais-tu deviner ?

—  ...

—  Crois-tu être le seul à avoir des états d'âme ?

—  Tu doutes ? demanda-t-il en se réinstallant dans ses bras.

—  Comme tout le monde. Pas de mon amour, jamais, répondit son fiancé en caressant son côté de la nuque à la hanche. Des instants de découragement, ça arrive à chacun.

—  ...

—  Pierre-François n'a pas remis son amour pour nous en question, non plus le nôtre. C'était un solitaire. Parfois il aimerait échapper à toutes ces personnes qui gravitent autour de toi perpétuellement.

—  Toi aussi ?

—  Moi aussi, admit Jim après un moment d'hésitation. L'ajout des amis de Pierre-François a augmenté le malaise, même le sien.

—  Je vois, fit simplement Harry.



Ses lèvres tout contre la peau parfumée du cou de Jim, il doutait à son tour, pas de son attachement, pas du leur non plus, mais de sa propre façon de les aimer. Il leur avait promis de l'espace, tout en espérant au fond de lui qu'ils s'habitueraient et qu'il n'aurait pas à s'éloigner de ceux qu'il considérait comme sa famille. Il n'avait finalement rien changé à sa vie, il avait pris sans donner, en égoïste, en enfant enfin choyé. Il voulait qu'ils l'aiment en homme et ne faisait rien pour. Il espérait qu'il n'était pas trop tard. Il allait falloir qu'il prenne un peu de distance avec ses amis, encore un changement de plus en ce moment où il y en avait déjà tant, où il se sentait en plein désarroi.

Tout à son introspection, il percevait à peine les caresses amoureuses et rassurantes de son fiancé, inconscient que ses propres larmes roulaient doucement de son visage sur la peau blonde et douce du cou où il était niché et finissaient absorbées par le bord du tee-shirt. Jim, bouleversé, l'étreignait fermement, le berçait de mots tendres, de serments, de promesses éternelles. Il le sentait se calmer peu à peu. Lui qui pensait ne jamais le voir pleurer...

Quand Pierre-François revint de la douche, il ne vit que les yeux bleu foncé et l'air inquiets de son bel amant. Il voulut s'asseoir à ses cotés mais Jim lui désigna Harry des yeux. Bien que surpris et contrarié de se rapprocher si vite de lui après cette discussion qui lui laissait un petit goût amer, il s'assit contre son dos et l'enlaça. Immédiatement, il sentit la tension qui habitait encore son jeune compagnon et oublia sa rancœur. Il lui prit la main, joua sensuellement avec elle tout en mettant en contact leurs poignets et les bracelets elfiques. C'était la seconde fois en peu de jours qu'il s'apercevait qu'il était, pour le moment, trop émotif, trop à fleur de peau.

Quand Harry se détacha de Jim, rien sur son visage ne trahissait son angoisse des jours futurs, la décision qu'il avait prise ou les larmes qu'il avait versées. Il ne s'excusa pas, se contentant de poser ses lèvres sur celles de Jim, de serrer la main qui tenait la sienne et caressait les pierres bleues.





Entre leurs bras, il n'arrivait pas à s'endormir. Il récapitulait leur situation, les évènements récents, les rapports demandés, les recherches à faire... Et les inconnues, cette nouvelle prophétie mystérieuse, ces arbres généalogiques tenus à jour par un fantôme, ces joyaux dont parlait la chanson du choixpeau... Qui était le nouveau partenaire d' O'Reilly ? Qui était cette femme dont ils avaient déjà croisé deux fois la route ? et où était François-Marie ? Tant d'éléments inexpliqués ! Leur donner de l'espace mais pas au détriment de leur sécurité. Comment donc les protéger de ce qui se fomentait dans l'ombre ?

—  Arrête de te torturer, mon doux amour ! murmura Pierre-François.

—  Je n'arrive pas à dormir, chuchota-t-il.

—  Explique-moi, souffla-t-il en effleurant de ses lèvres le lobe de son oreille faisant frissonner son compagnon.

—  Vous avez raison, fit Harry en se retournant vers lui, je vous avais promis plus d'intimité et, à la place de m'éloigner de mes amis, j'ai attendu, en tenant pour acquis que vous vous habitueriez à eux Pourtant je vous veux heureux, à tout prix.

—  C'est pour ça que tu pleurais tantôt ? fit-il en couvrant son visage de baisers légers.

—  Je ne p...

—  Harry ! l'interrompit-il avec un peu de reproche dans la voix tout en posant son index sur sa bouche.

—  Vous perdre serait ...

—  Chut, mon amour ! Où as-tu été chercher ça ? Crois-tu vraiment qu'il y aurait une vie en dehors de toi pour nous ?

—  Maintenant oui ! Mais dans un an, dans deux ? Quand vous vous serez lassés de mon égoïsme.

—  Harry, je n'ai jamais été heureux avant toi. Jamais été amoureux non plus. Des discussions comme celle de tantôt nous en connaîtrons encore, cent, mille... nous vivrons peut-être bien pire. Elles font partie de la vie de tous les jours des couples. Nous nous sommes déjà disputés.

—  ...

—  Nous avons tous des moments où nous sommes plus irritables, plus fatigués... mais l'amour, Harry, l'amour, il rachète tout ! Et je t'aime.

—  ...

—  J'étais un solitaire et j'apprécierais avoir plus d'intimité, c'est vrai, mais je sais à quel point tes amis comptent pour toi. Nous allons simplement essayer de trouver un juste milieu en y mettant chacun du nôtre. Ce n'est pas que je ne les aime pas ! Je m'entends très bien avec eux, même Mione. Simplement, c'est un peu trop. Si on ajoute Erwin et Jimmy, Frédéric et Gaby, là, ça devient vraiment beaucoup, soupira-t-il.

—  Même tes amis ?

—  Mais oui ! Je voudrais seulement passer des soirées devant un bon film au cinéma, autour d'un bon repas dans un resto agréable, câlines avec vous deux entre mes bras devant le feu en train de faire des projets... ça ne tente pas ? demanda-t-il tendrement tout en caressant en gestes doux et sensuels l'arrondi de l'épaule, le cou, la nuque de son jeune amant.

—  Si, fit celui-ci en se pressant contre lui, frottant son bassin sur celui de son compagnon d'un geste impatient et provocant.

—  Arrête, Harry, fit ce dernier d'une voix basse et rauque de désir qui lui retourna les sens, Jim dort.

—  Je vais le réveiller !

—  Je croyais que tu ne serais plus égoïste ? s'amusa l'ainé.

Harry descendit ses mains qui vinrent palper ses fesses et osa une caresse plus précise précipitant son souffle et lui provoquant un doux gémissement.

—  Lui donner du plaisir, ce n'est pas de l'égoïsme ! fit-il en frottant lascivement le bas de ses reins contre le bas-ventre de Jim.

—  Je ne dors plus, bougonna ce dernier en l'enlaçant d'une main possessive.

—  Je vois ça, constata Harry qui pensa que son aimable fiancé était réveillé depuis un bon bout de temps, si il avait dormi. Alors arrête de faire le grincheux, avant que je décide de te laisser continuer ton somme là, tout de suite, se moqua-t-il tendrement.

—  Tu n'oserais pas ! se révolta son homme.

—  Tu paries ? railla-t-il doucement.

—  Chut mes amours, intervint Pierre-François en passant au-dessus de Harry et en se glissant entre eux. Chut ! continua-t-il en se tournant vers Jim. Par Merlin, ma tendresse, c'est de la soie ta peau, souffla-t-il en la parcourant de ses mains, de ses lèvres, la sentant s'émouvoir sous la sienne, une soie chaude et vivante, un cocktail enivrant de parfum de citron et d'homme, haleta-t-il, tremblant de désir, affolé des caresses de leurs doigts sur la sienne, nue, ému par les virilités dures qui le cernaient, qui se pressaient contre lui. Il se cambra sous la sensation de la trace humide que laissait la langue de Harry tout au long de son dos et qui s'attardait maintenant dans la cambrure de ses reins, mordillant, léchant cet endroit qui était sa faiblesse. Il laissa échapper un hoquet de surprise et un long geignement quand la bouche de Jim s'empara de sa hampe dressée, gémissement qui devint frustration quand elle s'éloigna aussi vite qu'elle était venue. Mais dès qu'il attira vers lui, d'une main impatiente, la tête bouclée, douce, mutine, elle revint très vite lui faire mille caresses légères et agaçantes le menant au paroxysme du désir.

Il s'entendit à peine crier quand la langue de Harry passa entre les globes qu'il écartait tout en les palpant pour la fleur de rose, se faisant tour à tour douce et investigatrice, distendant la fine barrière de son intimité, lui donnant une folle envie de soumission que seul son petit homme provoquait. Jim l'embrassait avec une passion dévorante, apportant la saveur des quelques gouttes blanches qu'il avait laissé échapper, il caressa le corps impudique, impatient qui se pressait contre lui, ses mains terminèrent leur course sur le membre érigé. Il voulut retrouver sa bouche mais une main posée sur son front le reteint. Une autre entra dans son champ de vision, suivie d'un poignet portant un bracelet du plus beau des bleus brillants, elle caressa le visage, puis la bouche de Jim qui sensuellement lécha les phalanges de Harry sans le quitter, lui des yeux. Ces deux-là s'entendaient comme larrons en foire pour le rendre fou d'envie. Sans s'en apercevoir, il resserra sa main autour du sexe palpitant contre le sien, le palpant, le cajolant, caressant la tête humide de plaisir. Était-ce lui qui geignait, était-ce Jim ou Harry ou les trois ? D'un mouvement impatient, il releva le genou de Jim sur sa hanche afin d'avoir accès à son intimité, il en caressa l'orifice, du bout des doigts, du bout des ongles. Le corps arqué à la recherche d'une satisfaction plus complète, Jim, la tête rejetée en arrière, s'offrait fièrement le défiant du regard.

—  Arrête. Viens. lui fit-il attirant ses doigts à sa bouche pour les mouiller.

C'est lui même pourtant qui les lécha, retrouvant la saveur un peu âcre de la sueur et de cet endroit particulier. Il ferma les paupières pour mieux s'en délecter. Un gémissement les lui fit rouvrir, Jim le dévorait des yeux, la bouche légèrement ouverte, se passant la langue sur les lèvres pour les humidifier. Par Salazar, qu'il était beau !

—  Dépêche-toi, gémit-il.

Délicatement, il introduisit un doigt et, presque immédiatement le second, ne le quittant pas des yeux, regardant les siens s'agrandir et se voiler lorsqu'il introduisit le troisième et atteignit ce petit endroit en lui qui lui provoquait de si grandes choses. Il ne put s'empêcher de crier et de venir au devant de la main de Harry qui lui procurait un plaisir identique. Et il gémit presque en même temps que Jim un « Toi! » à la fois exigeant et plaintif. Avec une harmonie déconcertante, il pénétra celui-ci à l'instant où il était pris par Harry, lentement, trop lentement.

—  Doucement, mon ange, doucement, murmura ce dernier tout contre son oreille, alors qu'impatient il voulait accélérer le mouvement.

A chaque élan de son agneau dans son dos, il pénétrait dans le fourreau chaud et étroit devant lui, plus profondément. Encore et encore. Heurtant, le plus souvent possible, comme son amour le sien, ce petit centre mystérieux qui emmènerait Jim sur les chemins de l'ultime plaisir. La jouissance qu'il en éprouvait était indescriptible. Il retrouva la main de son compagnon sur la hampe de Jim, sur ses bourses, qu'il caressait en gestes coordonnés à leur pénétration. Il mêla ses doigts aux siens pour le sentir vibrer à deux. Il s'entendit crier sans retenue sous les amples coups de hanches de Harry, à moins que ce ne soit Jim. Et vint un moment où il n'était plus Pierre-François, il n'était plus que volupté, cherchant dans ses coups de reins, dans ceux de son homme, de plus en plus puissants, de plus en plus rapides, un aboutissement que réclamait tout son être. L'orgasme le secoua le premier, il continua pourtant quelques mouvements jusqu'à celui de Jim, puis de Harry. Il baisa doucement le front du premier avant de se tourner vers le second qu'il embrassa longuement, appréciant son abandon suave, ineffable à ce moment. Il savait que dans cette position c'était ce qui lui avait manqué, à son amour qui aimait tant les baisers. Après un recurvite, les attirant entre ses bras, il se lova dans leur chaleur, dans leur moiteur, dans cette odeur de sexe satisfait qui flottait dans leur couche.

—  Vous me rendez fou, constata-t-il.

Le petit rire tendre et moqueur de Jim et l'air comblé et fier de Harry le firent sourire. Il resserra son étreinte autour d'eux et s'endormit heureux comme un roi.



oOo

 

Hermione se dirigeait vers la garderie pour aller chercher Teddy et Lily. Ses hommes ne reviendraient de l'université qu'à plus de dix-huit heures, elle avait tout son temps. Elle aimait discuter avec Lavande de leurs petits malaises dus à la grossesse mais aussi de leur joie d'être bientôt mères. Elle avait appris à partager cette attente avec ses amours et c'était merveilleux mais par pudeur, par fierté, ce n'est pas avec eux qu'elle évoquait les problèmes typiquement féminins ou les états d'âme qu'elle rencontrait. Le seul à qui elle se confiait volontiers c'était Pierre-François dont elle devenait de plus en plus proche.

Petit à petit elle avait appris l'histoire de Lavande, elle voyait régulièrement Seamus qui était à l'université en Etudes des grimoires et langues anciennes avec Justin Finch mais sans son inséparable ami Dean Thomas qui faisait l'école de journalisme en monde moldu. La passion de ce dernier pour Jim ne devait pas être étrangère à son départ. Ils avaient l'intention de vivre ensemble dès que le jeune homme aurait fini ses études. Lavande toutefois trouvait qu'il n'était pas pressé et ne comprenait pas pourquoi il préférait vivre sur le campus au lieu de se marier et d'emménager à Poudlard avec elle, les frictions à ce sujet étaient nombreuses. Quand elle arriva à la crèche, les yeux rougis de son amie l'informèrent de suite qu'une fois de plus elle s'était disputée.

—  Seamus ? lui demanda-t-elle.

—  Nous devions diner ensemble. Je viens de recevoir un hibou. Il a annulé sous prétexte qu'il ne suit pas aux cours et qu'il doit avec trois autres mettre leurs notes au point.

—  Malheureusement, ils en sont tous là. Draco et Sylas y passent une partie de la soirée aussi. Et je sais par Pierre-François que Harry a les mêmes problèmes. Le seul qui s'en tire bien c'est Jim qui a l'habitude et une fois qu'ils sont rentrés il aide Harry qui râle depuis plusieurs jours qu'il n'a plus le temps le soir de s'occuper de leur fille, d'Aymeric et Sylvain, de cuisiner, de passer ses soirées à paresser dans leurs bras... Il pourrait se contenter de partager les notes de Jim mais il ne veut pas le faire par fierté, pourtant il fut une époque où il ne se gênait pas pour recopier mes devoirs, se moqua-t-elle.

—  Ils s'adorent ces trois là, soupira Lavande avec un peu d'envie.

—  Oui. Je m'attendais bien peu à le voir vivre avec des hommes et il m'a fallu du temps pour l'accepter, mais le principal c'est qu'il soit heureux. Et ces deux-là font tout pour ça.



Une demi heure plus tard, Hermione regagna son appartement le sourire aux lèvres. Les hommes apprécieraient peut-être moins les invitations qu'elle venait de lancer, mais après tout, c'était son anniversaire. Elle pouvait bien donner un coup de pouce à une amie.



oOo



Le castel au bord de la Garonne était illuminé de mille feux. Les portes fenêtres de la grande salle à manger étaient ouvertes sur le parc. Les derniers invités qui gravissaient le petit sentier vers la terrasse entendaient des rires et des bruits de conversations animées. Les mains posées sur la taille de ses agneaux, Pierre-François n'étaient pas pressé d'arriver dans cette société bruyante. Il raffermit sa prise sur le corps de Harry qui avait posé sa tête lasse sur son épaule. Depuis plusieurs jours, celui-ci rentrait fatigué de l'université, puis il y avait les cours à donner à Poudlard, et le soir, il y avait les leçons à préparer et les notes à compléter. Il n'en pouvait plus et s'endormait dès la tête posée sur l'oreiller. Il ne trouvait même plus le temps de s'entraîner, encore moins d'explorer les carnets noirs. Jim avait essayé de le convaincre d'utiliser ses notes mais Harry s’entêtait, comme si ne pas y arriver était plus qu'un échec personnel, une offense qu'il fallait à tout prix réparer.

Le jour précédent, ils avaient été à Anvers voir le diamantaire puis il les avait emmenés dans un restaurant sorcier très réputé de Bruges. Un canot était venu les chercher à un endroit défini lors de la réservation, puis leur avait fait découvrir la ville avant de les amener dans une très ancienne maison datant de la renaissance. La salle à manger du restaurant surplombait en partie un des canaux. La cuisine du chef moldu était délicieuse et typiquement belge, cette gastronomie du terroir qui avait tellement séduit Harry lors de leur séjour au château de Haultepenne. Ils avaient dégusté et apprécié les anguilles au vert, le waterzoï à la gantoise, les aumônières au fromage de Herve, le gratin de fruits et la sélection de vins qui leur avait été proposée. C'est repus et légèrement euphoriques qu'ils avaient ensuite déambulé dans la Venise du nord profondément touché par le calme des canaux paresseux, séduit par le charme suranné de l'architecture flamande flamboyante. Dans cette soirée finissante, le temps semblait s'être figé et ils auraient à peine été étonnés de voir sortir d'une de ces maisons patriciennes un riche seigneur vêtu de chausses, la fraise autour du cou surplombant le manteau de velours et une charmante demoiselle habillée d'une robe à panier, faite de lourd brocart, rebrodée d'or et d'argent, garnie de dentelle mousseuse.

Ils s'étaient longuement attardés devant la vitrine d'une des boutiques qui vendaient cette dentelle faite aux fuseaux par des dentellières qui usaient leurs yeux sur les points et les volutes compliquées. Délicate et précieuse elle avait fait la réputation de la ville. Une longue sur-robe de baptême d'un blanc crémeux, toute en dentelle, avait retenu l'attention de Pierre-François. Il voyait très bien un petit Harry-James la revêtir pour sa présentation au monde sorcier. Il convint avec Jim qu'ils reviendraient dans quelques temps en commander pour leurs filleuls.

Ensuite, ils étaient rentrés à Weymouth. Blotti entre leurs bras sur le canapé, Harry s'était endormi. Il n'avait pas voulu le réveiller, l'avait fait léviter dans leur lit d'un sort mobilis corpus puis déshabillé. Ils l'y avaient rejoint après une douche, Jim d'un côté, lui de l'autre. Au milieu de la nuit, un tendre baiser lui avait fait ouvrir un œil, Harry s'était retourné et se serrait contre lui, une main sur sa poitrine, l'autre dans sa nuque. Il avait entendu un grognement de Jim dépité de sentir son fiancé lui échapper, avait tendu le bras par dessus le corps déjà rendormi et l'avait attiré tout contre eux, nouant ses doigts aux siens posés sur le corps de leur amour.

Ils avaient apprécié chaque minute de cette partie de journée du samedi passée à trois. Ils n'avaient emmené ni les cours universitaires, ni les carnets, ni les manuscrits sur la fusion des magies. Ils voulaient juste profiter de leur présence réciproque, avaient fait du karaté, déjeuné, fait une longue sieste pendant laquelle ils avaient peu dormi, puis ils s'étaient rendus au Chemin de Traverse pour acheter le cadeau destiné à Hermione, enfin, ils étaient rentrés à Weymouth pour se changer avant de transplaner au castel.

Dès leur entrée, ils constatèrent que la plupart des invités étaient des anciens de la septième bis et des membres de la Fratrie. Ils firent le tour afin de saluer tout le monde trouvant chacun une raison de grimacer en constatant la présence de Ginny, de Dean et de Charlie. Harry par contre n'aurait jamais pensé un jour être content de revoir Lucius Malefoy qui l'accola spontanément. Frédéric et Gaby semblaient perdus dans cette assemblée de sorciers et s'étaient réfugiés dans un coin où ils les rejoignirent après avoir offert à Hermione un ensemble tailleur-pantalon pour future maman que Pierre-François avait tenu à acheter malgré le prix prohibitif et qu'ils avaient complété d'un foulard, d'un sac et d'un parfum.

Pierre-François glissa à Frédéric les pendants d'oreilles en or blanc ornés de diamants qu'il lui avait demandé d'acheter ne pouvant quitter le castel. Ils avaient profité de leur visite à Anvers pour en faire l'acquisition. Quand ils passèrent à table, les coiffeurs en profitèrent et déposèrent sur l'assiette de leur hôtesse depuis quinze jours l'écrin de cuir noir. Un instant plus tard, celle-ci venait les remercier chaleureusement. Le diner concocté par Françoise et les elfes fut excellent, parfait mélange de cuisine sorcière et moldue. Sirius alla d'ailleurs féliciter l’intendante de ses talents s'attardant dans la cuisine plus que nécessaire ce qui fit rire Harry qui échangea avec ses hommes un clin d’œil entendu. La jeune veuve ne semblait pas laisser indifférent le maraudeur.

Ils discutaient avec animation quand les portes du grand salon furent ouvertes afin que tout le monde puisse s'y installer. Le centre en avait été dégagé et un DJ sorcier, d'origine moldue, y avait installé son matériel. Les murs du castel ne tardèrent pas à résonner de rythmes endiablés. Les bouteilles de champagne se succédaient et les bulles montaient à la tête des invités. Pierre-François guettait chez ses agneaux du coin de l’œil les signes avant-coureurs de leur envie de danser.

—  Tu as l'intention d'y aller ? lui demanda Gaby qui l'observait alors que Harry discutait discrètement politique avec Lucius.

—  Mais oui.

—  Tu es sûr que c'est une bonne idée ?

—  Oui ! répondit-il plus sèchement peut-être qu'il ne l'avait voulu. Ils aiment danser et je ne vais certainement pas les en priver sous prétexte que ça va faire grincer les dents de quelques uns.

—  Au moins tu en es conscient !

—  Gaby ne recommence pas, veux-tu ? Nous avons eu une semaine difficile, très chargée avec leur rentrée à l'université, les cours à donner, les enquêtes à poursuivre. Je voudrais une nuit à l'image de la journée harmonieuse que nous venons de passer enfin seuls tous les trois. Je te dois mes plus grosses disputes avec André, ça ne me facilitait pas la vie, mais ça ne me blessait pas. Le moindre différent avec Harry ou Jim me marque, me bouleverse et eux aussi. Si tu veux rester mon ami, tiens toi tranquille.

Le retour de Harry à leur côtés les interrompit. Sans gêne, il s'assit sur les genoux de son loup, lui chuchotant quelques brèves phrases qui firent sursauter ce dernier. Ils échangèrent un regard préoccupé que surprit Frédéric ainsi que Jim qui discutait non loin avec Jimmy et Erwin. Il revint immédiatement, se penchant vers eux avec une regard interrogatif. La caresse de son fiancé sur son visage, ses lèvres sur les siennes ne le rassurèrent pas, loin de là.

—  Les résultats de l’enquête sur la mort de Philippe, on verra ça plus tard, mon cœur, lui souffla-t-il.

—  Venez danser mes amours, fit Pierre-François en le poussant de ses genoux pour le faire lever.

Il les prit par la taille d'un geste possessif avec un coup d'œil péremptoire autour de lui, semblant défier quiconque voudrait lui contester ce droit sur eux.

Frédéric eut un sourire moqueur en voyant l'attitude captatrice de son ami, notant au passage le regard insistant d'un garçon à la peau noire et aux yeux chocolat posés sur le trio. Un peu plus loin, il nota la présence de Jimmy et Erwin qui observaient tout et tous. Il chercha l'ex-petite-amie de Harry et la trouva en train de discuter avec une femme blonde, manifestement enceinte, qui tenait la main d'un jeune homme châtain qui paraissait s'ennuyer. Un sorcier roux, râblé, au visage énergique et agréable, semblait très peu captivé par ses paroles, ses yeux perçants d'un bleu intense suivaient ses amis. Frédéric y reconnut une lueur qu'il savait par cœur pour l'avoir vue dans bien des yeux, celle du désir. Toutefois, il ignorait qui du trio la provoquait.

Celui-ci indifférent aux réactions suscitées était arrivé à destination. Il ne put s’empêcher de rire intérieurement en voyant Jim adresser une grimace explicite à son ami quand Harry commença à danser. Pierre-François eut d'ailleurs la même réaction, il se mit à sourire et à railler gentiment le jeune moldu. Gaby le rappela à l'ordre d'une main sur son genou. Il lui adressa une moue moqueuse avant de revenir à son observation. Le plus jeune semblait indifférent à tout sauf à la musique et se mouvait sensuellement au rythme celle-ci. Il paraissait ne faire qu'un avec elle, union magique et voluptueuse qui donnait envie de trouver la même harmonie, il donnait envie de l'aimer.

—  Ne le regarde pas ainsi, tu vas te faire écharper ! lui souffla une voix basse.

—  Ne me dis pas que tu n'as jamais ressenti du désir pour lui, je ne te croirais pas de toute façon.

—  Je ne le nie pas. Et si j'étais libre, les deux autres ne me laisseraient pas indifférent non plus.

—  Il est beau le meilleur ami ! ricana Frédéric.

—  Après Sylas et ma femme, Harry est ce que j'ai de plus cher. Peut-être même passerait-il avant eux dans certaines circonstances, il est mon ancre de vie depuis que j'ai onze ans, fit Draco gravement.

—  Te le rend-il ? fit Frédéric curieux.

—  Si il refuse le poste de ministre et veut rédiger un nouveau code de justice sorcier, je crois que j'y suis pour beaucoup, admit-il.

—  Et ils sont au courant ?

—  Oui, Jim était avec lui quand il me l'a promis. Et Pierre-François sait que nous ne supportons pas être très longtemps l'un sans l'autre. Il n'y a jamais rien eu d'équivoque dans nos sentiments, j'aime Sy et Mia avec qui je suis lié jusqu'à la mort, lui est littéralement fou de Jim avec qui il est engagé officiellement et de Pierre-François.

—  Engagé officiellement ?

—  Oui, fiancé. Ils doivent se marier dans trois ans à la fin des études de Jim. Et oui, ton ami le sait, poursuivit-il en souriant. On croyait le voir brisé par leurs fiançailles, non seulement il y était pour reprendre son rôle dans notre monde, mais à la place de ça, ils étaient ensemble dès que les circonstances le permettaient main dans la main et avaient certainement déjà décidé de vivre ensemble tous les trois. Harry portait en tout cas le bracelet elfique qui faisait de lui le compagnon de Pierre-François. Je pense que ça a été une période plus dure pour Jim que pour eux deux déjà très amoureux.

—  Tu supposes ? Tu n'en sais rien ? s'étonna Gaby qui s'était rapproché pour les écouter.

—  C'est quelqu'un de très secret, fit-il en reportant son attention vers les danseurs. Il n'avait rien dit à Harry pourtant c'est quelqu'un de possessif. A mon avis sans s'en rendre compte, il était aussi très amoureux de Pierre-François.

Frédéric le vit tressaillir et reporta son attention vers son ami. Le jeune noir dansait avec eux avec la grâce féline d'une panthère noire. L'homme roux s'était aussi approché et glissé dans le groupe.

—  Par Merlin. Qu'est-ce qu'ils font ceux là ? Tous les deux connaissent pourtant Harry.

—  Explique-moi ça ! fit Gaby en souriant.

—  Le noir, Dean, est un des amis de Harry ou tout au moins l'était avant d'avoir une idée fixe : mettre Jim dans son lit. Quant à Charlie, notre Elu pense qu'il s'entend un peu trop bien avec Pierre-François. Il est gâté ce soir, soupira-t-il.

—  On va enfin avoir de l'action, c'est trop calme ici d'habitude, fit le jeune coiffeur.

—  Tu n'aimerais pas le voir en colère. Et moi non plus, je tiens au castel familial, intervint Sylas. On va danser près d'eux, tendre ami ?

—  Viens, répondit Draco en le tirant par la main.

Frédéric les suivit. Il ne savait pas très bien pourquoi, mais il leur emboita le pas naturellement. Il se retrouva dans ce cercle explosif. Les émeraudes étaient aveugles à tout ce qui n'était pas la danse, c'est ce qui fit qu'au changement de rythme il fut pris de vitesse par Dean qui serrait déjà la taille de Jim et par Charlie qui entrainait Pierre-François. C'est Frédéric qui l'enlaça dès les premières mesures de Soul Bossa Nova. L'air stupéfait de Harry le fit rire doucement.

—  Voilà ce qui arrive quand on est perdu dans la danse. Ne te tracasse pas, ils savent ce qu'ils font tous les deux et je ne suis pas un mauvais danseur.

—  Tu sembles même en être un très bon ! fit Harry, tout en le suivant avec facilité.

—  Il y a longtemps que je n'ai pas dansé, Gaby n'aime pas ça, soupira-t-il avec une grimace éloquente.

—  Et je suppose qu'il n'est pas prêt à faire un effort pour ton plaisir ?

—  Tu supposes bien. Voilà... je te remercie, fit-il à la fin de la danse.

—  Tu n'aimes pas le cha-cha-cha ?

—  Le cha-cha-cha ?

—  Paris Latino... décide-toi ! le pressa-t-il.

Frédéric referma sa main sur sa taille, l'attira contre lui et l'entraina.

—  Tu vas me faire tuer par Pierre-François et Gaby !

—  On ne meurt qu'une fois, dit sentencieusement son partenaire.

Frédéric éclata de rire et ce fut lui qui le retint ensuite pour un tango malgré ses protestations.

—  Mais je n'ai jamais dansé ça !

—  Tu vas apprendre. Tu fermes les yeux, tu fais le vide dans ton esprit et tu te laisses guider. On y va !





Pierre-François assis tout contre Jim regardait son amant, son compagnon, contre un autre corps que le sien pour cette danse d'amour qu'est le tango. Quand il avait rencontré les deux coiffeurs, ils vivaient déjà ensemble. Il ignorait que Frédéric savait danser. Manifestement, il y prenait un plaisir infini. Mais était-il indispensable qu'il serre son amour d'aussi près ? Celui-ci le suivait avec des gestes sensuels et charnels. Il croisa le regard de son second agneau, ses yeux semblaient noirs.

—  Calme-toi, il ne fait que danser !

—  Il se venge tout simplement, râla Jim. Comme si j'avais désiré cette bossa-nova avec Dean.

—  Nous pouvions dire non, tu le sais.

—  En attirant l'attention de tous sur nous !

—  Je crois que ça aurait été préférable. En plus maintenant, il va bouder, soupira Pierre-François.

—  L'Elu du monde sorcier ne boude pas ! lança Jim en imitant son fiancé.

—  Arrête, mon agneau.

Jim s'interrompit en voyant la contrariété dans les yeux si clairs. Une fois de plus il était blessé.

—  Va le récupérer, la danse finit. Je m'occupe de ton ami.

Harry retrouva les bras de son compagnon avec un plaisir infini mais il n'avait pas envie que celui-ci s'en rende compte. Pourtant il aurait fallu pour ça qu'il ne s'alanguisse pas contre lui, qu'il ne pousse pas un petit soupir de contentement, qu'il ne colle pas son bassin au sien, mais tout cela il le fit sans le réaliser. Et tout à sa jalousie, Pierre-François ne s'en aperçut pas et le serra durement cherchant le contact des yeux que son amour lui refusait.

—  Harry ! Regarde moi ! Cette fois c'est toi qui a essayé de nous blesser !

—  Non !

—  Non ? demanda-t-il en plongeant dans les abîmes verts.

—  Frédéric m'a sorti d'un mauvais pas. Tu sais quand je me suis retrouvé seul parce que toi tu étais dans les bras de Charlie et Jim avec Dean ! répondit-il d'un ton sec. Il aime danser et ne l'avait plus fait depuis des années parce que Gaby ne veut pas partager cette passion avec lui. Je l'ai tout simplement remercié à ma façon. Si tu trouves normal de danser avec quelqu'un d'autre, c'est valable pour moi aussi, non ?

—  Je me suis libéré dès que j'ai pu le faire sans attirer l'attention sur moi et n'ai pris aucun plaisir à la chose, crois-moi, soupira-t-il.

Il sentit la fêlure dans la voix de son loup. Elle l'émut plus que ses reproches.

—  Je fais très bien la différence entre ton étreinte et celle d'un autre, tu sais, lui souffla-t-il tendrement.

—  Je ne supporte pas l'idée ...

—  De quoi ? l'interrompit son agneau. Je ne vois que vous deux... Jim pourrait douter mais toi ? Tu as le bracelet devant les yeux chaque jour que Merlin fait. Tu ne le trouves pas assez bleu ? se moqua-t-il gentiment.

—  Si, il est très beau ainsi, murmura Pierre-François en pressant sa joue contre la sienne.

Dès les derniers accords, Harry tira Jim vers lui avec un sourire complice à l'adresse de Frédéric. Son fiancé eut le même réflexe que leur amant avant lui, il encercla sa taille d'une étreinte de fer.

—  Tu peux me dire ce que tu fais, Harry?

—  Même pas chéri, amour ou ma puce ?

—  Ma puce ? tu dois te tromper d'amant ! fit-il d'un ton rogue. Ça n'entre pas dans mon vocabulaire.

—  Arrête, mon cœur ! Ce n'est pas faire beaucoup d'histoires pour pas grand chose ? et de toute façon, ce n'est pas moi qui ai encore dansé avec Dean et cette fois sans l'excuse de l'alcool !

—  Je n'ai pas eu le choix.

—  Moi non plus.

—  La première oui, mais les deux autres.

—  Il aime danser et Gaby non, il attendait une occasion depuis des années. Tu as eu un geste déplacé à lui reprocher ? Tu vois ! moi non plus. Je t'aime, Jim et toi aussi, fit-il en se tournant vers Pierre-François. Apprenez à me faire confiance, ce n'est pas parce que j'ai seulement dix-neuf ans que j'ai un cœur d'artichaut. Venez danser. J'ai envie de m'amuser.



Les rythmes gitans des Gypsy King résonnaient dans le grand salon, et le trio dansait ! Pierre-François conduisait Harry et Jim suivait tout contre ce dernier. Leurs déhanchements sensuels, parfaitement synchrones, attiraient bien des regards, bien des commentaires.

—  Tu viens ?

Frédéric regarda étonné Draco qui lui tendait la main, il jeta un coup d’œil à Gaby qui boudait depuis qu'il était revenu après avoir fait danser Harry puis Jim. Il obtint une grimace.

—  Vas-y ! puisque je ne te suffis plus.

—  Ne fais pas l'enfant, Gaby. C'est toi qui y perds ! lui lança-t-il en suivant le blond.

—  Tu vois, c'est ce que je te disais il y a quelques jours, expliqua ce dernier en désignant leurs amis qui dansaient serrés, ils s'aiment tellement qu'ils ne supportent pas de se disputer, il y en a toujours un qui va au devant des autres.

—  En tout cas, ils sont tous les trois d'une jalousie... les yeux de Jim me fusillaient tantôt et j'ai cru que Pierre-François allait me faire ma fête ! Pourtant il a suffit de quelques mots de Harry pour qu'ils oublient tout ce qui n'était pas lui. Je n'y ai rien compris. Avec Gaby, il me faudra une semaine au moins avant qu'il oublie ces quelques pas de tango.

—  Alors profites-en car on a décidé tous de te faire danser jusqu'au matin... quand ce sera son tour, tu fais attention à Mia et à nos fils, elle se fatigue vite mais elle est trop fière pour l'admettre !

  Ta femme ? demanda-t-il stupidement après lui avoir lancé un regard stupéfait.

—  Oui !

Frédéric ne répondit rien, la gorge serrée. Pourquoi avait-il l'impression tout d'un coup d'avoir une famille qui se préoccupait de lui. Depuis huit ans, il était amoureux d'un homme-enfant capricieux, qu'il comblait de son mieux. Gaby l'aimait à sa manière, égocentrique, possessive. Ils ne se quittaient jamais, travaillant ensemble, mangeant ensemble, sortant ensemble, dormant ensemble. Il y avait perdu ses amis que son trublion d'amour faisait fuir. Il se sentait las de la situation, il ne négligerait pas, cette fois, ceux que les circonstances lui offraient.

Il tourbillonna jusqu'à l'aube, serrant des corps masculins, des tailles féminines pour le plaisir de la danse et parfois pour le malheur de ses pieds écrasés. A plusieurs reprises, il alla retrouver son compagnon lui demandant de se joindre à eux. Il ne récolta que des refus têtus et des regards furibonds. Même si il se sentit à chaque fois coupable de le laisser là, seul, et certainement perdu devant son attitude inhabituelle, il ne renonça pas à ce plaisir inespéré. Il n'avait jamais réalisé à quel point les limites que lui imposait Gaby lui pesaient. Pour une nuit, il avait bien l'intention de les oublier. Pour une nuit, seulement.



oOo



Une petite voix toute proche les réveilla...

—  Papa !

—  …

—  …

—  ...

—  Papa ! Pa ! Daddy !

C'est ce dernier vocable qui réveilla Jim d'un seul coup. L'avait-elle bien appelé Daddy ? Récapitulons ! Papa c'est pour Pierre-François, Pa pour Harry, Daddy ne pouvait être que pour lui ! Il fixa, le cœur en émoi, la petite frimousse à quelques centimètres de son visage. Il se sentait stupide d'avoir la larme à l’œil parce qu'une bonne-femme pas plus haute que trois pommes l'avait appelé "papa" lui qui n'avait jamais désiré l’être.

—  Oui chérie ? fit-il en prenant l'enfant à cheval sur lui.

Il ne voyait pas, dans son dos, l'air attendri et complice de ses compagnons qui contemplaient discrètement la scène.

—  Tante Hermione a dit qu'on allait bientôt déjeuner. Vous devez vous douchez et venir !

—  Il est déjà midi ? Par Merlin, fit-il en jetant un coup d’œil sur sa montre, il est plus de treize heures !





Une grosse demi-heure plus tard, ils s'installaient à table sous l’œil goguenard de Draco.

—  Vous auriez-pu vous doucher ensemble, ça aurait été plus vite ! s'impatienta Hermione.

—  C'est ce que nous avons fait, c'est bien pour ça que ça a pris plus de temps ! se moqua Harry.

Mione le regarda sidérée, avant de rougir et de détourner la tête vers Sylas qui cachait difficilement son amusement. Sirius fut nettement moins discret et éclata de rire.

—  Ça, c'est tout James ! s'exclama-t-il.

Harry se tourna vers Pierre-François interrogatif.

—  Non, tu n'es pas comme ton père, fit ce dernier tendrement. Avoir le même sens de l'humour ne veut pas dire que tu as aussi son cynisme et son inconscience.

—  Heureusement que tu dis qu'il était ton ami, ricana Sirius.

—  James était mon ami, insista-t-il. C'était un grand sorcier, un ami merveilleux, fidèle mais il était aussi insouciant, égocentrique. Il a fait des erreurs de jugement, mon amour, dont tu as subi les conséquences, continua-t-il doucement en se tournant vers son jeune compagnon. Tu as les yeux de ta mère, c'est vrai, mais tu as aussi sa passion, son dévouement, ce don merveilleux d'amour qu'elle avait. Elle était extraordinaire, comme toi !

L'assemblée resta muette devant cet aveu, cette déclaration d'amour, qui laissa aussi sans voix celui qui la recevait et qui ne quittait pas les yeux clairs rivés aux siens. Harry posa sa main dans la nuque de son voisin, l'attirant vers lui il appuya son front contre le sien, avant de reprendre ses esprits. Pierre-François du revers du pouce effaça d'un geste rapide et discret la larme qui coulait sur la joue de son amour, geste qui pourtant ne passa pas inaperçu. Pendant un moment, les convives se consacrèrent aux mets apportés, la discussion ne reprit que peu à peu. Doucement. Pour ne pas briser cet instant magique.

Ils s'installèrent sur la terrasse, profitant des heures les plus douces de cet après-midi de septembre. Harry faisait une partie d'échecs contre Draco sous le regard attentif de ses compagnons, Erwin et Jimmy étaient bien près de s'endormir, Lavande discutait à voix basse avec Seamus, Ginny et Hermione papotaient et riaient, Gaby boudait pendant que Sylas expliquait les échecs à Frédéric. Liam était parti assurer son service. Lucius et Narcissa avaient préféré faire une sieste dans leur chambre. Sirius avait une fois de plus disparu. Tous profitaient de cette parenthèse qui leur était accordée. Harry perdit avec une grimace et rencontra un regard triste et rancunier. Il soupira avant d'aller se planter devant Gaby.

—  Viens avec moi ! lui fit-il d'un ton impératif.

—  …

Il tira le jeune homme qui était plus petit et frêle, posa sa main sur son épaule et l'entraîna dans le parc, non vers les étangs, promenade réservée à ses amours, à sa petite princesse, mais vers la roseraie. Quand ils revinrent le jeune coiffeur avait un air buté et ronchon pourtant il alla s'asseoir tout contre Frédéric et posa sa main sur la sienne. Ils virent l'air surpris et heureux de son compagnon, qui la serra et lui sourit. Harry soupira avant de maugréer.

—  Quelle tête de mule, celui-là !

—  Comment y-es-tu arrivé ? s'amusa Jim.

—  Je lui ai dit que Frédéric avait un superbe regard, des traits fins et agréables, un corps que lui envieraient bien des hommes, qu'il plaisait et qu'il allait perdre tout ça parce qu'il jouait l'enfant capricieux.

—  Tout ça ?

—  Mais c'est vrai ! Et que si il ne montrait pas qu'il avait muri lui aussi, qu'il l'aimait et qu'il était prêt à être autre chose dans leur couple que l'amant pourri gâté, Frédéric, une fois sa patience usée, irait voir ailleurs parce qu'il n'était pas vraiment heureux.

—  Ça a du lui faire plaisir ! railla Pierre-François.

—  Je sais, mon loup, mais parfois certains ont besoin d’être un peu bousculés.

—  Tu n'as pas si mal réussi que ça, fit Jim en indiquant du menton le couple qui discutait à voix basse.

—  J'espère, conclut Harry en souriant.

—  Tu m'expliques ce que tu as appris hier soir sur la mort de Philippe ?

—  Rien de bien agréable. L’enquête s'est orientée dans une direction tout à fait imprévue. Il s'avère que le frère de Philippe, le père de Maxence, connait ce cher O'Reilly. Quand ce dernier travaillait au ministère sous les ordres d'Ombrage, il l'a reçu à plusieurs reprises au sujet des recherches entreprises dans le but de retrouver son frère, car il ne faut pas oublier que les mangemorts sont toujours recherchés pour être jugés.

—  On ne peut pas dire que le ministère y mette beaucoup de volonté, se moqua Pierre-François.

—  Ça dépend lesquels. Des mangemorts qui, comme Philippe Balbi, n'ont pas suivi Voldemort lors de son retour non, nous n'y attachons pas d'importance, fit une voix calme derrière eux. Ils sont juste répertoriés en tant que tels et tenus à l’œil, mais des mangemorts comme Liebling, si. Depuis que je suis ministre, plusieurs aurors ne font que ça. Nous le retrouverons et il sera jugé. Quant à toi, tu vas rester entre ces deux jeunes gens qui t'adorent et tu ne vas pas essayer de faire justice toi-même.

—  ...

—  Le dossier Elanus est tout au fond dans la salle des archives et très mal classé, quasi introuvable, il ne faudrait pas qu'il revienne au grand jour. J'aurais difficile de te couvrir pour une autre mort mystérieuse. Ta puissance magique est maintenant trop connue.

—  Je n'ai pas l'intention de m'en mêler Lucius.

Le ministre fit un signe d'assentiment avant de continuer.

—  Tu feras bien. Comme le disait Harry, O'Reilly a reçu George Balbi à plusieurs reprises et l'a consigné à chaque fois, jusqu'en septembre 1997. Après une enquête dans le service concerné, il s'avère que le frère de Philippe est revenu à plusieurs reprises après cette date mais que ces entretiens ont eu lieu sans témoin.

D'un autre côté, nous avons été enquêter dans la campagne du Cumbrie, à Eamont Bridge où vivent les frères Balbi dans le manoir familial. C'est une région tellement étendue et peu peuplée que le petit village sorcier est plus que tranquille et on n'y aime pas les étrangers. Nos aurors ont eu très difficile d'avoir des renseignements pourtant ils y ont mis le temps et les manières qu'il fallait, fit Lucius avec un petit sourire inquiétant.

Après la chute de Voldemort, le manoir a abrité deux habitants inhabituels, un jeune homme qui ne semblait pas avoir vingt ans, qui a été identifié comme étant Fédor Amintus, mangemort ayant participé à deux ou trois opérations pour le mage noir, et un homme d'une quarantaine d'années, très mince, cheveux noirs, yeux vairons et une raideur dans une jambe due à une blessure reçue à la bataille de Poudlard, il a été identifié comme étant Ernest Liebling, fit Lucius en fixant Pierre-François qui ne broncha pas. Ils en sont partis il y a deux mois avec George Balbi. Le plus jeune des frères, Daniel a pris en main le domaine familial.

L'investigation suivante a été faite à Lyon dans le milieu sorcier par les aurors français. Nous y retrouvons la trace des trois hommes, accompagnés d'un quatrième dont le signalement assez vague pourrait convenir aussi bien à O'Reilly qu'à la moitié des sorciers français.

—  Tu veux dire que c'est son frère qui a assassiné Philippe ? demanda Jim.

—  Je ne peux pas aller jusque là. O'Reilly faisait chanter le père de Sylvain, vous n'avez laissé à celui-ci d'autre choix que de changer de camp et de le trahir, Philippe est mort à Lyon. Au même moment, son frère y était en compagnie de deux mangemorts recherchés et d'un homme qui pourrait être O'Reilly. Sans preuve, on ne peut pas aller plus loin. Nous ne savons pas si c'est à la demande de son frère qu'il s'est rendu là-bas.

—  Draco m'a dit que tu connaissais bien George Balbi.

—  Les trois frères même, mais nous étions adolescents. Je n'ai fait qu'entrevoir Philippe à Paris et je ne l'ai pas reconnu. George était en effet celui auquel j'étais le plus lié.

—  Tu le crois capable d'assassiner son frère ? demanda Harry.

—  Pas lui-même, non, mais l'ordonner à d'autres, oui ça pourrait faire partie du personnage.

—  Charmant individu ! maugréa Jim.

—  Il n'est jamais devenu mangemort, non parce qu'il était opposé au seigneur des ténèbres mais parce qu'il se sentait incapable de participer aux opérations sans prendre ses jambes à son cou.

—  C'est un lâche ! fit Harry méprisant.

—  Mais un lâche intelligent ! rétorqua Lucius.

—  Nous savons en tout cas que O'Reilly ne reste pas les bras croisés, il recrute, constata Jim.



oOo



—  Viens, amour, fit doucement Harry à l'aîné.

L'Elu saisit la taille de ses compagnons d'un geste ferme, ils descendirent tous les trois, accompagnés de Teddy et de Lily, vers l'étang des koïs. Pierre-François n'avait pas prononcé un seul mot depuis que Lucius avait parlé d'Ernest Liebling. Tapi tout au long de leur promenade, le fantôme d'un petit garçon aux yeux bleus les guettait. Ils s'assirent côte à côte dans le gazon tiède. Pierre-François posa sa tête sur l'épaule de Harry et lia sa main à celle de Jim qui de l'autre coté l'enlaçait. Nul besoin de mots. Ils savaient.

Ce furent les cris, les rires des enfants qui allégèrent l'atmosphère pesante, brisèrent le silence pénible. Pierre-François se pencha vers l'escargot que lui montrait sa fille, se retenant de l'entourer de ses bras et de l'y garder prisonnière de sa propre peur. Après quelques mots sur les gastéropodes, il la laissa, à regret, rejoindre Teddy. La main de Harry liée à la sienne, les lèvres de Jim sur sa tempe le rappelaient au présent, mais il ne pouvait échapper au regard vairon de cet homme qui contemplait, de sous son masque, le courage de son fier petit bonhomme et au rire sardonique qui avait salué sa chute lorsqu'il était tombé sous l'avada kedavra de Bellatrix Lestrange. Le dernier des assassins. Par Salazar ! Qu'il le haïssait, l'exécrait, l'abominait ! Il donnerait tout pour le voir, là, étendu à ses pieds. Tout ? Non !

Il rendit à Jim son baiser, caressa doucement du pouce la main liée à la sienne et contempla sa fille qui poursuivait Teddy.

—  Nous aurions du emmener les garçons, nous les voyons trop peu depuis que nous sommes à Poudlard, fit-il d'une voix étranglée.

—  Ils sont en sûreté, p'ti loup.

—  Si je n'en étais pas persuadé, nous serions là-bas.



oOo



Pierre-François n'arrivait pas à dormir. Il se repassait en boucle leur conversation avec Lucius. Rien ne ramènerait son petit ange. Il ne bougerait pas, il ne voulait pas les perdre, encore moins les mettre en danger et il le savait, ils ne le laisseraient pas y aller seul.

—  Il faut que tu dormes, p'ti loup, fit Jim à moitié endormi.

—  Si tu crois que c'est facile, soupira-t-il.

—  Lucius t'a promis qu'il l'aurait.

—  Je sais. Rendors-toi, ma tendresse, je vais y arriver, fit-il doucement en caressant le visage posé sur la poitrine de Harry.

Sa respiration lente et régulière l'informa qu'il dormait à nouveau. Il poussa un soupir qu'une bouche tendre aspira doucement. Les bras de son plus jeune agneau qui s'était tourné vers lui, l'enlacèrent, ses jambes se fermèrent sur ses hanche l'entourant, le rassurant.

—  Dors mon ange, dors, lui chuchota-t-il en posant des baisers légers sur ses paupières, dors, je suis là, je t'aime.



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Pierre-François se dépêchait d'atteindre la garderie pour reprendre Lily et Teddy. Mione et ses deux hommes allaient dîner en dehors, et lui avait décidé de cuisiner pour les siens. Ils rentreraient de l'université à un peu plus de vingt heures. Un petit repas romantique aux chandelles, des mets raffinés, un bon crû, ils l'avaient bien mérité, ses agneaux, après cette semaine passée à le cajoler, à le rassurer essayant de lui faire oublier les révélations de Lucius. Pourtant la semaine avait été riche en évènements.



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Lundi, il avait été déjeuner avec eux au restaurant universitaire. Ils avaient été heureux de sa présence pourtant il avait vu dans leur regard tendre qu'ils n'étaient pas dupes, il avait besoin de leur proximité. A leur retour, ils s'étaient plongés avec leurs amis dans les affaires du monde sorcier.

Ils avaient discuté du résultat de leur visite au diamantaire anversois. Si il n'était pas féru comme le joaillier d'histoire des bijoux de la couronne de France, ses observations, ses analyses ne laissaient place à aucun doute. Les deux gros diamants correspondaient à la description faite du Bleu de France et du Miroir du Portugal, au carat près. Il avait estimé les autres pierres que lui soumettaient ses visiteurs sans sourciller, annonçant un chiffre faramineux qui les avaient tétanisés et qui stupéfia leurs amis lorsqu'ils le lui répétèrent. Enfin, il lui avait jeté un sortilège d'oubli, avant de négocier l'achat de quelques pierres de moindre valeur. Il n'aurait plus que le souvenir de cette dernière transaction et ses employés qui consigneraient l'opération dans les comptes, ne trouveraient pas anormale leur visite.

Sylas avait fixé sans rien dire les zéros qui suivaient les deux premiers chiffres. Avec la vente de quelques pierres, ils avaient de quoi bien vivre et entretenir les deux demeures familiales ainsi que Astor's Lodge pendant au moins un an.



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Mardi après un repas pris avec les garçons et après avoir couché Lily, Harry et Jim s'étaient acharné sur les notes des cours de la journée. Pierre-François, lui, s'était chargé des affaires sorcières qu'ils n'avaient pas eu le temps de terminer. Parmi les missives reçues, il avait trouvé le rapport sur la mort du grand-père de Sylas, le comte de Saint-Maur. Ses compagnons étaient venus le rejoindre pour l'examiner.

Il était mort à Sainte-Mangouste dans le département de pathologie des sortilèges. Les professeurs les plus réputés s'étaient succédés à son chevet sans arriver à trouver un remède à un sort inconnu des sorciers anglais. La conclusion qu'il était décédé des suites d'un sort mystérieux qui lui avait été jeté à la Nouvelle-Orléans plusieurs années auparavant était inscrite en toutes lettres. Le rapport précisait que le sort avait miné peu à peu les organes comme le ferait un cancer généralisé qui se propagerait au ralenti. Il était mort entre les bras d'un sorcier louisiannais que, selon ses instructions, le service de l'hôpital avait prévenu avant sa fin. Il était resté deux jours à son chevet puis avait disparu de suite après le décès.

Pierre-François avait alors revu en pensées ses séjours passés à la Nouvelle-Orléans. Il y a presque trois ans, il recherchait des objets pour un excentrique qui lui avait demandé une décoration lui rappellant les bayous de son enfance, il avait rencontré là-bas un sorcier d'origine créole dont les ancêtres, gros planteurs de cotons en Haïti, étaient venus habiter en Louisiane après la révolution de Toussaint Louverture en 1802. Ils y avaient établi une grande plantation employant des esclaves jusqu'en 1850 alors que la traite de ceux-ci, ou du bois d'ébène comme on l'appelait, avait été interdite en 1808, ensuite ils s'étaient reconvertis dans l'import-export avant la session en 1861.

Lors d'une réception chez un ami de son client qui lui avait ouvert toutes les portes qu'il pouvait, il avait de suite remarqué l'aura magique du sorcier. Ils s'étaient reconnus, sorciers parmi cette assemblée de moldus, ils avaient sympathisé. Ils s'étaient revus en ville, puis chez lui. Il avait passé quinze jours dans sa famille et dans la communauté sorcière très étendue de la Nouvelle-Orléans. Il y avait découvert une magie noire teintée de vaudou, terrible et effroyablement efficace.

Il y était retourné à deux reprises pour des séjours de presque trois mois. Etienne Dalcourt lui avait enseigné, comme à ses enfants, Marguerite et Jean-Baptiste, ce qu'il savait. Il avait fréquenté les salons de la riche société des sorciers cajuns, il y avait été reçu comme le Sang-pur qu'il était, lui si avide à ce moment-là de la reconnaissance de ses pairs à laquelle il n'avait plus droit dans sa vie parisienne. Mais il y avait l'envers du décor... Il y avait vu créer des inferi et avait appris à les maitriser, à les utiliser mais il avait en horreur ces morts-vivants avides de chair humaine. Il avait perçu des choses horribles comme cette manipulation des corps grâce à l'utilisation de leur représentation. Il avait observé les effets des invocations faites à distance, certains sorts terribles dans leurs résultats, dans leur lenteur d'exécution.

Dans la ville-basse, parmi les descendants des esclaves, il avait découvert un culte vaudou dénaturé où les sacrifices humains avaient encore cours, où la vie n'avait aucune valeur. Il avait fini par se sentir mal dans cette atmosphère malsaine, obsédante, où chaque communauté se méfiait de l'autre, surveillait les uns puis les autres et avait fui. Il n'y était plus retourné depuis plus d'un an. Si quelqu'un savait ce qui était arrivé au comte de Saint-Maur, c'était bien Etienne. Depuis ce soir là, il hésitait à emmener ses agneaux, même pour deux jours, dans cette atmosphère frelatée et dangereuse pour son Elu du monde britannique.



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Le mercredi, dès qu'ils avaient eu fini d'enseigner à Poudlard, ils avaient pris le réseau de la poudre cheminette et été au Chemin de Traverse. Ils avaient encore une fois poussé la porte de chez Ancast & Ollivander. Ce dernier n'était pas là et rendez-vous avait été pris pour la semaine suivante. Plus que probablement il ne pourrait pas leur dire pour qui Gregorovitch avait fait la baguette découverte dans le secrétaire mais il fallait essayer.

Ils étaient ensuite allés dîner dans un restaurant de ce Londres moldu qu'ils connaissaient mal puis flâné un peu dans Hyde Park, le long d'Oxford Street avant de décider de rentrer à Weymouth, tellement contents de se retrouver chez eux qu'ils avaient décidé de ne pas sortir la semaine suivante. Dans le canapé devant la télévision, ils avaient regardé un film policier. Il avait trouvé le scénario excellent. Son amour blotti contre lui, Jim couché sur leurs genoux, la tête posée sur les siens y étaient peut-être bien pour quelque chose. Allez savoir !



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Le jeudi s'annonçait calme, il ne le fut pas et, très certainement, le fait que ses compagnons veillaient à lui faire oublier que Liebling avait été localisé, lui avait épargné les bouderies de son amour. Il reçut en effet la confirmation de la participation de l'école de Beaux-Bâtons au Tournoi des Trois Sorciers.

C'est vrai que ça promettait bien du travail et une organisation importante à mettre en place à un moment où ils avaient de plus graves soucis, mais Harry n'avait rien dit. Au contraire, il avait doucement caressé le bracelet-lien sur son poignet en lui soufflant qu'ils seraient là pour l'aider. Tout au cours de cette semaine, il avait découvert une facette supplémentaire de son jeune compagnon, attentif à ses moindres besoins et humeurs, prévenant ses désirs, tellement touchant dans ses efforts pour être à son écoute. Jim l'était tout autant mais ce comportement chez lui était habituel, il était la tendresse même. Il pensait ne pas avoir découvert toutes les facettes du jeune moldu, il sentait souvent qu'il se maitrisait. Ses yeux devenaient presque noirs sous l'effet de la rage, de la jalousie, de la colère, ses mains pouvaient se faire dures, exigeantes, possessives mais il n'y avait ni scène, ni cris. Jusqu'au jour où ...

Il se surprit à rire. La boucle était bouclée. Pendant qu'il se hâtait cette fois vers son appartement, Teddy sur les bras et Lily qui trottait à côtés, ses pensées étaient revenues à l'amour de ses agneaux.

 

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Quand ils atterrirent dans la cheminée, fatigués, la première envie qui leur vint fut d'aller prendre une bonne douche. Dans le couloir, une odeur délicieuse les accueillit, échangeant un coup d’œil complice, ils se hâtèrent vers leur chambre.

—  Papa ! Il sont rentrés !

—  Je sais chérie, j'ai entendu. J'ai juste le temps de terminer pendant qu'ils se changent. Teddy ! Par Salazar, lâche ce fromage. Tu vas manger, on ne mord pas n'importe quoi. Je vais te mettre dans ta chaise ! gronda-t-il.

Il contempla avec agacement les traces des petites dents dans son fromage français, avant d'en couper le morceau abîmé et de le remettre sur le plateau. Il se précipita pour arrêter la cuisson de son gratin, vérifia la présentation de sa table avant d'allumer les bougies. Quand il sentit de petites mains agripper son jean, il soupira en baissant les yeux sur la bouille levée vers lui.

—  Teddy !

—  Bonsoir, amour ! intervint Harry en posant ses lèvres dans sa nuque, attends je vais le prendre, ce petit monstre. Viens voir parrain, mon grand !

—  Tu as besoin d'aide ?

—  Non ma tendresse, sers nous plutôt un apéritif.



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Le week-end à Poudlard fut loin de se révéler aussi ennuyeux qu'ils l'avaient pensé. Le trio était parti à Toulouse, Jimmy et Erwin les sachant en sécurité avaient décidé de s'accorder un week-end en amoureux. Vendredi après leur petit dîner, une fois les enfants couchés, ils avaient passé la soirée à discuter du tournoi des trois sorciers, imaginant les épreuves possibles. Très vite, les suggestions étaient devenues fantaisistes et farfelues. Harry et Jim avait regardé avec plaisir leur loup rire aux éclats et avaient volontairement rivalisé d'inventions saugrenues.

Le lendemain matin et midi, ils assistèrent aux repas dans la grande salle ensuite les garçons participèrent à leur entraînement dans la salle sur demande. Depuis longtemps ils n'avaient plus volé, aussi répartissant tout leur petit monde en deux équipes, ils décidèrent de faire une chasse au vif d'or sur le terrain de quidditch. Maxence choisit Andrew avec lequel il s'était vite lié, étant tous les deux des nouveaux parmi une chambrée déjà unie depuis quatre ans, ils se joignirent à Cloud et Justin pour former la première équipe, tandis que, Pierre-François et Harry avec Jim derrière lui constituaient la seconde avec Sylvain et Aymeric. Typhaine, qui était venue supporter Maxence, et Alicia, la sœur de Justin, jouaient avec Lily sur les gradins en les attendant.

Après la victoire d'Andrew véritablement doué comme attrapeur et le repas du soir, ils avaient flâné dans le parc avant de rentrer à leur appartement et de commencer la lecture du premier carnet noir découvrant sans grande surprise que leur rédactrice n'était autre que Camelia de Saint-Maur.

Elle y racontait une jeunesse insouciante consacrée aux mondanités entre bals et tables de pharaon. Elle côtoyait avec Narcissa, sa sœur jumelle, la cour du roi Louis XVI mais sans jamais approcher la reine Marie-Antoinette. Leur parenté avec la comtesse Anne de Noailles, née Anne-Louise d'Arpajon, qui fut chargée, à l'arrivée de celle qui n'était encore que la dauphine, de lui enseigner l'étiquette de la Cour, les desservait. N'avait-elle pas écrit dans une lettre à sa mère : "la tribu des Noailles est déjà bien trop puissante ici" (1) ? Narcissa la blonde, Camélia la brune, se moquaient de ces réticences. Elles aimaient s'amuser et la politique, les intrigues de la cour, les intéressaient peu. Le récit de la jeune fille de dix-huit ans ne faisait à aucun moment allusion au peuple affamé, à la révolte qui commençait à gronder.

Après avoir lu le premier carnet qui couvrait l'année 1787, ils échangèrent une grimace. C'étaient de longue heures perdues à lire, en ce français précieux de l'époque, des confidences d'une jeune-fille superficielle, parfois amoureuse, parfois mesquine, qui utilisait discrètement sa magie dans le but de ridiculiser l'une ou l'autre, de séduire l'un ou l'autre. Elle n'allait jamais plus loin. La cour de France se souvenait trop de la sorcière la Voisin, de Madame de Brinvilliers et du marquis de Sainte-Croix. Lors du procès qui avait suivi on avait entendu prononcer bien des noms de la grande noblesse impliqués dans cette célèbre affaire des poisons, dans les messes noires incluant des sacrifices humains, éclaboussant le trône en la personne de Madame de Montespan, pendant longtemps la maîtresse du roi Louis XIV. La Chambre ardente, le tribunal constitué par celui-ci, prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, plusieurs aux galères et fut dissoute en 1682 sur son ordre. Si la marquise de Montespan ne fut jamais inquiétée, bien des nobles furent priés de quitter la cour et de regagner leur domaine. La noblesse, depuis, savait qu'elle n'était pas intouchable, manifestement, elle n'avait pas compris encore à quel point. Bref, ils n'avaient rien lu d'intéressant.



Le dimanche fut rythmé tout pareillement par les repas pris dans la salle commune, l'entraînement, les affaires sorcières, le temps passé avec les enfants. Toutefois, Pierre-François avait décidé, après bien des hésitations, de leur parler de cette possibilité d'aller en Louisiane. De suite, ils sentirent ses réserves.

—  P'ti loup ? Pourquoi tu nous parles de ce voyage si tu as autant d'appréhensions?

—  C'est un monde que j'ai fui tant il est terrible.

—  Toi ? Fuir ? Demanda Harry stupéfait. Explique !

—  En majorité, ils pratiquent une magie noire mélangée à celle du continent africain et qui leur vient des esclaves, une magie qui nous est inconnue. Est-il nécessaire de savoir ce qui est arrivé au comte de Saint-Maur ? Ça ne changera rien.

—  Il nous faut éclaircir toute cette affaire, n'oublie pas la chanson du Choixpeau, amour.

—  La prophétie guidera les guerriers

Vers les joyaux et l'inespérée liberté
, récita Jim.

—  En quoi leur sorcellerie est-elle différente ?

—  Ils ont des pratiques que nous ne connaissons pas ici. J'ai passé presque six mois là-bas en trois séjours, approfondissant à chaque fois mes connaissances dans un désir de vengeance.

—  Tu t'en es servi pour les mangemorts responsables de la mort de ton fils, fit doucement le plus jeune de ses compagnons en l'attirant contre lui.

—  Non ! Le but était bien celui-là mais je n'ai pas pu. Personne ne mérite de se voir mourir pendant des années ou d'être transformé en inferi. Sais-tu ce que c'est, amour ?

Fermant les yeux, Harry revit son expédition dans la caverne aux inferi en compagnie de son mentor, le sang comme clef de la grotte, le lac ensuite avec la barque, la coupe et son liquide terrible, Albus terrassé par la boisson, le faux médaillon enfin découvert et les inferi. Une expression de dégoût mêlée d'horreur envahit son visage que regardaient avec étonnement ses deux compagnons.

—  Je les connais, je les ai, de façon involontaire, côtoyés. Si Albus n'avait pas été là, je n'y serais plus. J'ai très peu apprécié la rencontre. Voldemort, lui, semblait les aimer beaucoup, soupira Harry.

—  Si vous m'expliquiez ? demanda Jim.

—  Les Inferi sont des cadavres ramenés à la vie et contrôlés par le Mage Noir qui les a créés, fit Harry brièvement.

—  Des zombies ?

—  En apparence oui, sauf que les zombies ne sont pas de vrais morts contrairement aux inferi, expliqua Pierre-François.

—  Pas de vrais morts ? interrogea le jeune moldu perplexe.

—  Certains sorciers vaudous font usage d'un poison à la composition très mystérieuse possédant la faculté de plonger leurs victimes dans un état de catalepsie totale, leur donnant les apparences de la mort. Ensuite, ils administrent à leurs futurs "esclaves" des substances qui les gardent en état de léthargie et sous leur contrôle total. Les mages créoles ont tout simplement modifié le principe et l'appliquent à des cadavres ramenés à la vie.

—  C'est ça qui t'a fait fuir ? s'étonna le plus jeune.

—  Non, mon amour, fit -il doucement, même si j'ai ces amateurs de chair humaine en horreur. C'est la rivalité sourde qui existe entre les sorciers d'un culte vaudou dénaturé et les créoles. Dès que tu es identifié comme ayant une puissance magique considérable, tu as tout à craindre de leur féroce jalousie. Les créoles sont nés dans cette atmosphère, ils sont habitués à regarder sous leur lit avant de dormir, à clouer des amulettes sur leur porte, à éviter les endroits dangereux, les mauvaises personnes, à conjurer des sorts de protection sans cesse renouvelés. Certains arrivent à vivre apparemment en bonne entente mais la menace est toujours là qui rôde. Pour garder cet accord tacite, ils en arrivent à des pratiques que je ne cautionne pas. Etienne, mon ami, nous a emmenés, ses enfants et moi, à une cérémonie vaudou, où un enfant était sacrifié aux dieux. Ce jour là j'ai quitté la Louisiane.

—  En bonne entente avec ton ami ? questionna Jim.

—  Oui, je lui ai dit que j'étais rappelé pour affaires à Paris.

—  Quelles sont tes relations avec les membres de la famille ?

—  Etienne est marié à une jolie sorcière cajun dont il est très amoureux, ils ont deux enfants de votre âge, ma tendresse, c'est ça que tu voulais savoir ? répondit-il avec un petit rire moqueur.

—  Après André et Kevin …, maugréa-t-il.

Pierre-François eut juste un sourire. C'était la première fois que Jim lui montrait ouvertement sa jalousie ou tout au moins sa possessivité. Il caressa sa joue du revers du pouce avant de l'embrasser tendrement.

—  Je suis entouré de possessifs, se moqua-t-il.

—  Parce que tu ne l'es pas toi ? fit en riant Harry.

—  Tu ne sais pas encore à quel point, confirma-t-il avec une moue complice.



oOo



La monotonie des journées de la semaine reprit, cours à Poudlard, cours à l'université, mise à jour des notes, préparations des leçons. Les nuits les trouvaient toujours blottis l'un contre l'autre, l'un dans l'autre.

Pierre-François avait écrit au directeur de Durmstrang et répondu à la directrice de Beaux-Bâtons, se laissant jusqu'au début du mois de décembre pour préparer les épreuves de la coupe des trois sorciers et l'hébergement des élèves des deux écoles.

Le mardi soir, ils discutèrent une nouvelle fois de leur séjour en Louisiane, avec leurs amis cette fois, le premier intéressé étant Sylas. Pourtant Pierre-François refusa tout net de les emmener, ainsi qu'Erwin et Jimmy. Pour la première fois, il s'opposa à Draco qui ne voulait pas abandonner Harry.

—  Je ne peux pas demander à Etienne d'héberger la moitié de Poudlard. Nous serons chez lui, nous craindrons beaucoup moins en sa compagnie. Tu ne connais rien à cette magie noire, tu seras en danger et tu y mettras Harry aussi parce qu'il devra veiller sur toi. Tu ne pourras rien faire Draco.

—  Dis plutôt que tu considères que maintenant il n'a plus besoin de nous, que toi seul peut le protéger. Ton amour ne le rend pas invulnérable.

—  Je ne pense absolument pas ça ! Vous êtes de futurs pères, votre rôle n'est pas de prendre des risques superflus et là c'est le cas. Pour la bataille de Stonehenge, j'ai été le premier à demander votre présence à tous les trois.

—  Protéger mon meilleur ami n'est pas inutile et ne le sera jamais. Pour qui me prends-tu donc, Pierre-François ? ragea l'ancien serpentard.

—  Et si vous me laissiez parler tous les deux ? intervint Harry avant que la discussion ne s'envenime encore.

—  Toi, tu es toujours prêt à prendre les pires risques, lui jeta son ami.

—  Calme-toi, Dray, fit doucement Harry en le saisissant par la nuque. Nous y allons seulement pour quarante-huit heures. Je te laisse le tracker, tu sauras toujours où nous sommes. Nous devons être discrets. En tant que compagnons de Pierre-François nous passerons plus facilement inaperçus que si nous sommes cinq ou sept.

—  Ce n'est pas comme si tu me laissais le choix, hein ? répondit Draco en appuyant son front contre le sien.

—  Non ! je ne te le laisse pas !

—  Alors, tout est dit !

Draco s'arracha à son étreinte et sortit de l'appartement en claquant la porte.

—  Il va se calmer. Il sait que tu as raison, mais il est inquiet.

—  Je sais Mione, je sais.

—  Il ne pensait pas ce qu'il a dit, fit-elle à Pierre-François.

Il la regarda sans lui répondre avant de se tourner vers Harry.

—  Tu me donnes tort ? lui demanda-t-il abruptement.

—  Non !

—  La raison n'est pas tout, fit Sylas, surtout quand c'est quelque chose qui me tient à cœur. C'est difficile pour moi de rester ici en sachant les risques que vous allez courir.

—  Tu vas pourtant me promettre que vous ne bougerez pas de Toulouse, lui demanda Harry calmement.

—  Je te le promets, soupira-t-il.



La discussion se renouvela le lendemain matin à l'université quand Draco en informa Jimmy et Erwin, mais les manières des uns ne sont pas celle des autres et aucun des deux ne broncha, respectant apparemment la décision de leur ami. Jim eut la surprise de voir le petit page les attendre seul à la sortie de leur dernier cours de la matinée et, après un regard d'excuse vers lui, prendre son fiancé par l'épaule et s'éloigner avec lui pour un aparté qui dura un certain temps. Les yeux noirs et le regard furibond qui accueillirent Harry à son arrivée au restaurant universitaire le firent sourire intérieurement. Le soir précédent, après le départ de Mione et Sylas, il avait déjà essuyé une crise de jalousie de Pierre-François. Ce dernier n'avait pas apprécié la tendresse qu'il avait sentie dans l'attitude de Harry envers son meilleur ami. Manifestement c'était le tour de Jim. Il s'assit à ses côtés en nouant sa main à la sienne.

—  Ne me fais pas ses yeux là, ça me donne des idées incompatibles avec le lieu ! lui fit-il en souriant tendrement.

—  Tu te moques de moi là ?

—  Non, mon cœur, réellement, j'adore ta jalousie.

Jim lui lança un coup d'œil furtif, cherchant la raillerie sur son visage, dans son regard. Ce qu'il y trouva le fit soupirer d'aise et il serra sa main.

—  Qu'est-ce qu'il te voulait ?

—  Me dire des choses qu'il ne pouvait pas aborder devant Jimmy.

—  ...

—  Apparemment, ce voyage, à moins que ça n'en soit un autre car la destination n'est pas précisée, est prévu dans la nouvelle prophétie et rien ne doit en découler de fâcheux même si il va nous faire côtoyer un ennemi.

—  Je ne suis pas sûr en effet que Jimmy apprécierait son indiscrétion.



oOo



Harry n'avait jamais été aussi souvent dans la boutique du baguettier, celui-ci les attendait derrière son comptoir, examinant les dernières réalisations de son successeur.

—  Monsieur Potter ! Quel plaisir de vous voir ! Monsieur Vassier, Monsieur Spencer.

—  Bonsoir Monsieur Ollivander. J'ai besoin de vous.

—  Je suis à votre disposition, pour autant que je puisse le faire.

—  J'ai besoin de savoir à qui appartenait une baguette. Je sais que ce n'est pas une de vos réalisations, c'est une œuvre de Gregorovitch. Malheureusement, je ne peux pas lui demander son avis.

—  Je ne vous garantis rien mais je vais faire de mon mieux.

Harry posa sur le comptoir la simple baguette de combattant. Le vieil homme l'examina avant de les fixer tour à tour.

—  Qu'en savez-vous ?

—  Trente deux centimètres, bois de cormier très dur, nerf de magyar à pointes, une apparence simple et commune pour une arme incisive et précise.

—  Parfaite analyse, Monsieur Vassier. Et son propriétaire était sans conteste un fameux combattant. Il a fait de grandes choses, des choses terribles, mais de grandes choses.

—  C'est exactement ce que vous m'avez dit en parlant de Voldemort la première fois que j'ai poussé cette porte, se rappela Harry.

—  Je m'en rappelle, Monsieur Potter, je m'en rappelle. Celui-ci a posé des actes aussi effroyables mais il avait un charisme que n'a jamais eu celui que ses partisans nommaient le Seigneur des Ténèbres. Gellert Grindewald avait la beauté du diable et le regard d'un ange.

—  C'est la baguette de Grindelwald ! s'exclama Harry.

—  Celle de sa jeunesse oui. Ensuite il l'a utilisée comme seconde avec la Baguette de Sureau comme vous avec la jumelle de Voldemort et celle de Salazar Serpentard.

—  Quand a-t-elle disparu ?

—  Je l'ignore, il n'en a pas usé contre Albus Dumbledore mais il y a peut-être à cela une raison toute simple que ce dernier pourrait vous donner. Son portrait est bien dans votre bureau, Monsieur Vassier ?

—  En effet !

—  Il vous suffit donc de lui poser la question.



—  Je finis par détester entrer dans cette boutique ! pesta Harry alors qu'ils déambulaient sur le Chemin de Traverse.

—  Je me demande comment cette baguette a atterrit dans le secrétaire de l'hôtel Saint-Maur, fit Jim.

—  Ce petit meuble semble être une source inépuisable de surprises, soupira Pierre-François. Il est temps de rentrer à Weymouth, mes amours. Faire attendre un repas de Didier est impardonnable, se moqua-t-il.



oOo

 

Le cuisinier ravi d'avoir enfin ses patrons à la maison avait mis les petits plats dans les grands et leur avait concocté une suite de mets délicieux pour le plus grand plaisir de Harry qui se régalait sous l'œil indulgent et légèrement railleur de ses compagnons. Il fit une moue offensée quand il rencontra le regard de Jim posé sur lui et vit son sourire amusé alors qu'il terminait sa seconde coupe de mousse au chocolat

—  Tu ne sais pas ce qui est bon, s'impatienta-t-il avec un geste agacé de la tête.

—  Si, mais je ne suis pas gourmand ! rétorqua son fiancé. On dirait un matou qui se pourlèche après un bol de crème.

—  ...

—  Entre nous, ça tombe bien, j'adore les chats, le taquina-t-il avec un petit rire.

—  Pfff ! fit Harry en affichant un air mécontent que démentait la lueur moqueuse de ses yeux. La mousse au chocolat de Didier, avec ce petit goût d'orange amère en arrière plan qui accentue celui du chocolat noir, est une merveille, finit-il en contemplant sa coupe vide d'un air nostalgique.

—  Ne me dis-pas que tu en veux une troisième ?

—  Non ! soupira-t-il avec une expression de regret, ce serait abuser.

Ses amours éclatèrent de rire. Pierre-François se leva en leur tendant la main.

—  Allons prendre le café au salon, fit-il. Tu as le goût du chocolat, murmura-t-il à Harry la bouche encore contre la sienne.

Celui-ci sourit sans faire d'autre réponse que sa main dans sa nuque pour un second baiser et son corps pressé contre le sien. Pierre-François pensa qu'ils ne verraient pas grand chose du film qu'ils avaient choisi de regarder ce soir là.



oOo



Le jeudi, il reçut une missive de la Louisiane. Son ami se déclarait ravi de sa visite et de celle de ses amis. Le libellé lui fit froncer les sourcils. Si par prudence, il n'avait eu aucune aventure à la Nouvelle-Orléans, Etienne n'ignorait rien de son orientation sexuelle. Sa propre missive ne laissait pas beaucoup de doute quant aux liens qui l'unissaient à ceux qu'il avait nommés "mes deux compagnons". Il soupira. Il veillerait, dès leur arrivée, à mettre les choses au point. Ses agneaux ne devaient en aucun cas se sentir mal à l'aise.

Il prit contact avec Minerva et obtint d'elle d'annuler les deux heures de cours de Jim le samedi matin. Enfin, il se livra à un rapide calcul, ils arriveraient vers quatorze heures, le moment le plus chaud de la journée et en cette saison il faisait encore une trentaine de degrés en Louisiane.

Le soir, après avoir couché Lily, ils préparèrent leur sac selon les instructions de l'aîné, vêtements d'été pour un climat chaud et humide, mais aussi pantalons, chemises habillées et vestes légères pour les dîners.

—  Tu veux nous faire ressembler à des gravures de mode, amour ? railla doucement Harry.

—  Cela vous va très bien. Je me rappelle quand je vous ai vus arriver au vernissage de l'exposition d'André, vous étiez magnifiques !

—  Quand tu en parles, on dirait Harry lorsqu'il regarde une mousse au chocolat, se moqua Jim.

—  Vous étiez très appétissants, admit Pierre-François en riant. Et je ne me lasse pas de vous dévorer !

—  On ne part que deux jours, leur rappela Jim en les regardant empiler les vêtements.

—  La journée, la chaleur humide est éprouvante, on se change donc souvent après la courte sieste qui suit le déjeuner. Le soir, elle devient enfin agréable et avoisine les vingt degrés seulement. Chez Etienne, comme d'ailleurs chez la plupart des sorciers cajuns Sang-Pur, on dîne en tenue habillée.

—  Tu te rends compte que tu y vas accompagné d'un moldu et d'un sang mêlé ? fit Jim.

—  J'y vais avec mes compagnons et mes amis doivent les accepter comme moi-même. Ça c'est mon point de vue ! Etienne n'a jamais tenu des propos sur la soi-disant suprématie des Sang-Pur. De toute façon, si ça ne lui convenait pas, nous prendrions d'autres dispositions, fit Pierre-François en haussant les épaules. Vos sacs sont prêts, mes amours ?

—  Oui ! Plus que la trousse de toilette à ajouter demain.

—  Parfait.

—  Parle-nous un peu de nos hôtes, p'ti loup.

—  Etienne a la soixantaine, C'est un créole, ces ancêtres français étaient établis en Haïti. Lors de la révolution, ils se sont installés en Louisiane, ils sont devenus encore plus riches grâce à leurs plantations puis à leur société d'import-export. Il a épousé une autre Sang-Pur d'origine acadienne de quinze ans plus jeune que lui. Verdana est une femme jolie mais d'apparence effacée et indolente. Au cours de mes séjours, j'ai découvert que ce n'était qu'une illusion, cette femme a un caractère et une volonté extraordinaires. Ils ont eu deux enfants une fille, Marguerite, une vraie beauté qui a environ ton âge, ma tendresse, et un garçon, Jean-Baptiste, qui doit avoir dix-huit ans maintenant. Tous les deux ont fait leurs études sorcières à Salem. Je connais très peu le garçon qui était toujours à l'école. Je ne l'ai vu que quelques jours lors de mon dernier séjour pendant les vacances de printemps. Marguerite est une jeune fille plutôt superficielle, toujours en compagnie de deux ou trois de ses amies à parler bals, chiffons et prétendants. Lors de cette messe noire et de ce sacrifice auxquels nous avons assisté, ils n'ont aucun des deux bronché, je soupçonne même Marguerite d'y avoir pris un certain plaisir.

Ils habitent un domaine immense puisqu'il englobe les champs de canne à sucre qui n'ont pas été revendus. Les aïeux d'Etienne ont eu l'intelligence de se reconvertir avant la sécession en 1861 et la nouvelle constitution en 1864. Ils ont ainsi gardé la majeure partie de leur fortune. Leurs descendants ont fait prospérer encore l'affaire familiale. L'habitation ressemble à la demeure typique des plantations du début du XIXème siècle, mélange d'architecture classique, de colonnades romaines, de galeries extérieures entourant la maison comportant un frontispice. L'ancien quartier des esclaves a été rénové et sert de logement aux ouvriers agricoles qui entretiennent le domaine, cultivent et récoltent le blé, les légumes, font l'alcool et les produits nécessaires. La majorité des employés sont des descendants de leurs esclaves . Il y a cinq ou six familles qui vivent là dans des maisons qui si elles ne sont pas luxueuses sont correctes et ont le confort moderne, les enfants vont à l'école et Etienne leur offre de quoi faire des études. Ils sont bien entendu libre d'aller et venir et de s'en aller si ils le désirent. Peu le font, ils n'ont jamais rien connu d'autre.

—  Ces gens sont des moldus ?

—  En effet. Contrairement aux esclaves, ils ne sont jamais employés de maison. N'y travaillent que des sorciers, des elfes et chez certains, aux plus basse besognes, des inferi enchaînés, les esclaves de ces sorciers décadents, soupira Pierre-François avec une expression de dégoût las que nota Harry qui ne voulut pas prolonger l'épreuve.

—  Je crois que là, nous avons assez de renseignements pour les deux jours que nous allons y passer, fit-il calmement. Demain, nos élèves nous attendent à neuf heures. Viens allons dormir, mon ange.

Il se tourna vers Jim avec qui il échangea un coup d'œil complice. Ce dernier le prit par la taille d'un geste possessif comme au début de leur relation, Harry s'alanguit contre lui avec un plaisir infini que nota son fiancé, passa ses bras autour de son cou. Il le poussa sur leur lit, entreprenant de l'embrasser, de le déshabiller. Leur loup eut un petit rire bas en les regardant. Ils mettaient un maximum de provocation dans leurs gestes, dans leurs caresses osées, dans leurs regards qui maintenant ne le voyaient plus. Au premier gémissement, il n'y tint plus et alla les retrouver.



oOo



Il se réveilla entre les bras de Jim, jeta un coup d'œil à sa montre, il n'était que six heures du matin. Plus ce voyage vers la Nouvelle-Orléans se profilait, plus il l'appréhendait. D'une main, il chercha le corps de Harry derrière Jim et ne trouva que le vide. Bien réveillé cette fois, il se leva immédiatement, regarda dans la salle de bain, puis se dirigea au pas de course vers la cuisine. Plongé dans les plis du ministère dont ils ne s'étaient pas occupés, une tasse de café devant lui, il était là, étudiant un rapport.

—  Eh ! Que se passe-t-il ? fit Harry en sursautant.

—  ...

—  Mon ange ! Où voulais-tu que je sois ? demanda-t-il en voyant son air inquiet.

Il l'attira vers lui et le poussa sur la chaise voisine avant de se lever pour lui servir un café.

—  J'ai quelque chose à te dire ! fit-il gravement en se postant debout à côté lui, une main sur son épaule, son regard dans le sien. Erwin m'a parlé de la nouvelle prophétie.

—  Et ?

—  Pas grand chose en fait. Un voyage à l'étranger est décrit comme une étape importante et indispensable à la réalisation de la prédiction.

—  ...

—  Il est dit que nous y côtoierons un ennemi tout en étant en sécurité. Il ne peut pas affirmer qu'il s'agit de ce déplacement car la destination n'y est pas donnée. Il m'a confié aussi que, même à lui, Jimmy n'a pas tout dit.

—  Pourquoi m'en parles tu seulement ce matin ?

—  Je ne voulais pas t'inquiéter plus.

—  Et maintenant ?

—  Je n'aime pas te cacher des choses, soupira-t-il.

Pierre-François sourit doucement, l'attira à lui par les hanches, posa sa tête sur sa taille, le serrant contre lui.

—  Sais-tu à quel point je t'aime ?

Harry jouait avec les mèches longues et soyeuses, libres de tout lien et désordonnées par la nuit. Oui, il savait qu'il l'aimait. Tout comme Jim. Tout comme lui les aimait.

—  Dis-moi que ça ne finira jamais, lui souffla-t-il.

—  Je ne peux pas, mon doux amour. Moi vivant, je serai à tes côtés, pour le reste...



oOo



Il était un peu plus de dix-sept heures quand ils revinrent de l'université. Harry poussa un soupir de soulagement en retrouvant leur appartement qui fit sourire Jim. Ce n'était plus le stress des premiers jours, peu à peu, il s'habituait mais n'était pas encore vraiment à l'aise.

Ils sortaient de la douche quand ils entendirent les voix de Pierre-François et de Lily. Hermione viendrait à dix-huit heures la chercher pour aller au castel. Harry voulait profiter de cet instant avant de partir. De retour de la salle de bain, Pierre-François trouva ses agneaux l'un contre l'autre, la petite sur les genoux de Harry qui lui lisait un conte de Beedle le Barde. Il les contempla un moment, silencieux. Il savait bien peu le jour où il avait fait leur rencontre à l'Aigle Noir, où le mènerait celle-ci. Il ne reconnaissait plus sa vie. Si parfois il regrettait les découvertes des pays, des objets, les rencontres faites dans le cadre de son occupation de décorateur, pour rien au monde, il n'aurait voulu faire demi-tour.

—  Voilà Mione ! Va voir Papa, chérie. Tu vas aller jouer avec Teddy chez tante Hermione.

Ils embrassèrent tendrement la petite, puis Jim la déposa dans les bras de son père.

—  Viens, mon cœur, allons chercher nos sacs, fit Harry en le tirant pour laisser leur amour seul avec sa fille.

Quelques minutes plus tard, ils atterrissaient dans le bureau de Lucius qui les attendait.

—  J'espère que vous savez ce que vous faites, fit ce dernier soucieux.

—  Moi aussi ! maugréa le directeur de Poudlard.

—  Le portoloin international vous emmènera dans le domaine même, après il faudra vous débrouiller.

—  Pas de problème, nous transplanerons, acquiesça Pierre-François.

—  Soyez prudents !

—  Nous le serons.



Après avoir accolé le ministre, ils posèrent la main sur la vieille boîte de conserve.

—  Plantation "La Belle Étoile".

Comme d'habitude, ils ressentirent cette impression désagréable que créait chaque façon de se déplacer magiquement. A l'arrivée, Harry soutint Jim qui n'avait pas supporté le long déplacement. Il lui tint le front l'aidant à rendre à la terre le contenu de son estomac.

—  Désolé, je...

—  Chut, mon tout-beau, chut... fit-il en caressant les courtes boucles, ce n'est rien. J'ai difficile à chaque fois aussi et ce voyage était particulièrement long. Ça va mieux ?

—  Oui. Pas de problème.

—  Je vois ça. Tu es pâle comme un linge. Pierre-François ?

—  J'essaye de m'orienter et de voir si nous pouvons rejoindre la maison sans transplaner.

—  En balai peut-être ? suggéra Harry avec un sourire.

—  Tu as pris les balais ? s'étonna l'aîné.

—  L'expérience m'a appris qu'ils étaient très souvent utiles.

—  Mais on va nous voir ! protesta Jim.

—  Non, pas sous sortilège de désillusion. Qu'en penses-tu ?

—  Je crois que c'est la meilleure des solutions, admit Pierre-François. Allons-y.

Ils rendirent aux balais leur taille initiale, enlevèrent les pulls qu'ils avaient au départ.

—  Quelle chaleur ! soupira Jim.

—  Tu la sentiras moins quand on volera et la maison est plus fraîche que l'extérieur, l'assura l'aîné.

—  Le sortilège de désillusion va t'aider aussi. Monte derrière moi, mon cœur, tiens-moi bien, fit Harry en lançant un coup d'œil vers Pierre-François déjà sur son balai.

Aussitôt qu'il prononça les formules, un fluide, froid et humide, sembla couler sur eux et les enrober.

—  Tu arrives à me voir ?

—  Pas de problème ! vas-y !

Harry suivait sans difficulté. Si il ne voyait pas distinctement leur loup, il percevait les légères distorsions qui se produisaient dans l'air et les images qu'il traversait. Pierre-François était monté haut dans le ciel pour avoir une image étendue du sol sous eux, il aperçut au loin l'ancien quartier des esclaves, et se dirigea vers lui, après l'avoir survolé, il obliqua à droite. Les champs firent place à un vaste jardin rempli de fleurs colorées et ils virent bientôt se dessiner la maison blanche, puis ses colonnes et son perron. Ils atterrirent sur celui-ci et pénétrèrent dans le grand hall ouvert. Harry leva le sort d'un "finite incantatem" avant de regarder autour de lui.

—  Je vous attendais ! J'ai senti l'approche de vos auras. Bonjour Pierre-François ! fit un homme, grand et mince avec des tempes grises.

—  Bonjour Etienne. fit Pierre-François en l'accolant. Je te présente Jim Spencer et Harry Potter, mes compagnons de vie.

—  Soyez les bienvenus, Messieurs. Cela fait longtemps que tu n'es venu.

—  Ce que j'ai vu ici lors de mon dernier séjour a profondément choqué le jeune père que j'étais et qui venait de perdre son fils dans des conditions analogues. Il me fallait prendre du recul.

—  Tu as choisi la franchise, c'est bien, mon ami, fit le sorcier en souriant pour la première fois. Suivez-moi, Verdana et Marguerite vous attendent.

Il prit ses deux agneaux par la taille pour entrer dans le grand salon. Un silence inhabituel les y accueillit. Leur hôte, étonné, se tourna vers eux et vit les liens affichés des trois hommes.

—  Eh bien ma chérie, fit-il à son épouse. Te voilà muette de stupéfaction ?

—  Désolée, mon ami, fit sa femme. Bonjour Pierre-François.

—  Verdana. Marguerite. Je vous présente Jim Spencer et Harry Potter.

—  Enchantée Messieurs, fit la première tandis que la seconde se contentait de leur adresser un simple salut dédaigneux de la tête.

L'accueil glacial stupéfia Pierre-François qui se tourna vers son ami.

—  Etienne ...

—  C'est seulement la surprise. L'homosexualité dans notre société reste plutôt cachée.

—  L'hôtel Majestic ...

—  Il n'en est pas question, mon ami, tu m'offenserais, assura leur hôte. Voulez-vous un jus de fruits glacé, un verre de punch ?

—  Un jus de fruits, merci, répondit Jim poliment.

—  Trois jus de fruits, confirma Pierre-François. Ils sont toujours délicieux.

—  Ah ! J'entends Jean-Baptiste et notre autre visiteur. Un cadeau pour toi, mon ami.

—  Un cadeau ? fit-il perplexe.

S'encadrèrent dans l'embrasement de la porte deux silhouettes masculines encore dans l'ombre. En sentant la puissante aura magique qui émanait d'un des arrivants, Harry dégaina sa baguette.

—  Bonjour Pierre-François, fit une voix calme.

—  François-Marie ! fit son frère en saisissant sa baguette.

—  Regarde ses yeux ! fit Harry.

—  Tu es digne de ton mentor, Harry, fit la même voix, amusée cette fois.



 

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02:49 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |

04.03.2011

CHAPITRE VIII : Le Bleu de France

 

CHAPITRE VIII : Le Bleu de France

 

entrer des mots clefs

 



Rappel chapitre VII :



—  Je suis de taille à combattre O'Reilly, Hermione, fit-il en prenant l'escalier tournant.

oOo

—  Je voulais te dire que Sylvain a choisi Serpentard non pour me suivre mais parce que le choixpeau lui a révélé qu'il était un Saint-Maur.

Jimmy a parlé d'une nouvelle prophétie qui avait été faite suite à la bataille de Stonehenge et au fait qu'ils avaient changé l'avenir en ayant les jumeaux trop tôt. Il n'a pas voulu expliquer ce qu'elle contenait.



oOo



Harry resta stupéfait par la dernière révélation faite. Il lança un coup d'œil à Jim qui avait saisi sa main.

—  Explique, Ay !

—  C'était le jour de la dernière soirée autour de la plancha, ils discutaient de vous.

—  Qui ? l'interrompit Jim.

—  Hermione, Draco, Sylas, Jimmy et Erwin. Il disait, Erwin, que vous vous aimiez et que c'était beau. Hermione leur a demandé pourquoi ils étaient si souvent là depuis quelques temps. Jimmy a répondu qu'ils avaient changé le sens de la vie en concevant les jumeaux trop tôt, que faire revenir deux sorciers des limbes n'était pas sans conséquence et qu'une seconde prophétie avait été faite depuis la bataille de Stonehenge. Draco a demandé si elle les mettait en danger de nouveau et Jimmy a répondu qu'elle vous concernait et qu'ils avaient choisi d'être à vos côtés.
—  C'est tout ? demanda Harry le visage dur, impassible.
—  Non ! Dray a dit qu'il serait là aussi et Sylas a dit la même chose. Jimmy leur a répondu que le chemin serait long avant d'atteindre la lumière.

—  Ainsi j'avais bien deviné, murmura-t-il pour lui seul, ils sont là afin de nous protéger.

—  Le "page de son chevalier" prend tout son sens, compléta Jim.

—  Merci, Ay. Pour Sylvain, je vais essayer de trouver plus de renseignements dans les papiers découverts.

—  Tu vas leur dire, Pa ?

—  Je ne sais pas ! Jimmy est un langue de plomb, il ne peut pas révéler certaines informations, ça ne servirait pas à grand chose, pourtant je pense qu'ils auraient pu m'avertir sans aller plus loin. De toute façon je ne te trahirai pas, mon grand, finit-il en ébouriffant les cheveux du gamin. Il est temps d'aller aux cours non ?

—  Oui, j'ai vol avec tonton Sirius, se marra le garçon.

—  Oh oh, j'ai l'impression que vous aimez ça ! se moqua-t-il.

—  Il y a les doués et ceux qui ne le sont pas et ceux-là, il ne les épargne guère. On se marre bien !

—  Par Merlin ! Il fait rire aux dépens des gosses ! s'exclama Harry contrarié.

—  Tu ne dois pas te moquer des autres. Toi, en quoi n'es-tu pas doué ? demanda Jim.

—  Je ne peux pas dire que la métamorphose soit mon cours préféré !

—  Voilà qui va faire plaisir à Pierre-François ! commenta Harry avec une grimace.

—  Et si Fleur riait de toi avec les plus avancés, ça te ferait plaisir ?

—  Non ! mais ça me pousserait à vouloir y arriver.

—  Certains réagissent autrement et le cours où on se moque d'eux devient très vite leur hantise, leur donne des cauchemars et ils y sont pires encore, expliqua Jim.

—  Ils sont faibles.

—  Je ressentais ça en potions. Je détestais Severus qui ne m'épargnait jamais. Son cours était la pire des choses pour moi et j'y perdais tous mes moyens. Tu estimes que je suis quelqu'un de faible ?

—  Non ! mais Severus te détestait et était injuste. Tonton les aide malgré tout.

—  Réfléchis-y, Ay, conclut Jim.

Quand ils entendirent la porte se refermer sur l'adolescent, ils échangèrent un long regard soucieux.

—  Il faut le dire à p'ti loup !

—  Qu'est-ce qu'il faut me dire ? fit celui-ci en entrant dans la pièce.

—  Tu as fini tes visites ? s'exclama Jim surpris.

—  Non ! je suis venu prendre un café avec mes amours, en attendant la mère des fameuses jumelles. J'ai croisé notre petit bonhomme, c'est à cause de lui cet air morose ?

Harry résuma tout ce que venait de leur dire le jeune garçon.

—  Ça ne change pas grand chose ! vous saviez déjà que tu avais un rôle dans la prophétie concernant le trio et il était très peu clair. Je crois que le fait que tu as deux compagnons peut aussi avoir changé des choses.

—  Il nous faut redoubler de prudence.

—  Ne crois pas que je néglige tes mises en garde, Harry. précisa Pierre-François en se rappelant la remarque d'Hermione. J'y fais très attention. J'ai reçu les parents d'Andrew avec ma baguette dans ma manche pour m'en servir au cas où. J'ai été mal à l'aise tout l'entretien, j'avais l'impression qu'ils la voyaient ! Fichue baguette ! Enlève ce sourire moqueur de là, mon amour, tu vas ressembler à Sirius !

—  …

—  On va prendre ce café ?

—  Je vais le faire, fit Harry en allant vers la cuisine.

—  Jim ?

Seul un soupir lui répondit. Il s'assit à coté de lui passant son bras autour de sa taille, son agneau posa sa tête sur son épaule, jouant nerveusement avec le ruban des lettres.

—  Je ne vois pas ce que ça modifie, ma tendresse. Nous savions déjà que nous devions affronter O'Reilly, mon frère et éventuellement mon grand-oncle.

—  Pourquoi éventuellement ?

—  D'après Albus, il avait beaucoup changé pendant son emprisonnement à Nurmengard et il regrettait ses erreurs. Il avait réalisé que ses idées l'avaient éloigné de son unique amour qui, lui, avait évolué, bien plus que le problème de la sœur d'Albus. Il n'est pas dit qu'il s'entendra si facilement avec mon frère. Harry, pour lui, reste le petit protégé d'Albus, son élève, son disciple, presque un prolongement de lui-même, ils en parlaient souvent dans leur échange épistolaire ainsi que de Voldemort et de la souffrance du monde sorcier.

—  …

—  Si nous n'avons pas le texte de cette nouvelle prophétie nous avons la chanson du choixpeau. Rappelez-vous, fit-il en prenant la tasse que lui tendait Harry.

"Oyez les augures, lisez les présages,

Des prophéties respectez scrupuleusement les usages

Car notre monde n'est point hors de danger.

Ne négligez nulle aide apportée de l'étranger.


Ruse et courage seront enfin réunis

Et intelligence et honnêteté indissociablement liées

Guerriers des quatre maisons enfin rassemblées,

Compagnons du fils du serpent tellement unis.


Le septième élément a ouvert notre esprit

Mais n'a pu empêcher le retour de l'ennemi.

Frères dans le combat et dans la vie,

Ils devront une fois de plus lutter pour la survie.


Féroce adversaire, maintenant incertain allié,

Par les Reliques éternellement tenté,

La prophétie guidera les guerriers

Vers les joyaux et l'inespérée liberté.
"

On y trouve bien des choses. " Des prophéties respectez scrupuleusement les usages", par exemple.

—  Ce qui veut dire qu'on doit éviter d'interférer dans cette nouvelle comme on l'a fait avec l'autre car il faut qu'elle s'accomplisse, analysa Jim.

—  Exact !Ce qui n'empêche pas de se protéger, confirma l'aîné. "Compagnons du fils du serpent tellement unis", je suppose qu'il s'agit de nous à moins que ça englobe la Fratrie.

—  Je ne crois pas, il serait dit alors "frères du fils du serpent", d'autant plus qu'il parle de la Fratrie à la strophe suivante. " Frères dans le combat et dans la vie,
Ils devront une fois de plus lutter pour la survie.
" finit Jim.

—  Enfin la dernière strophe est la plus intéressante car elle parle clairement de Grindelwald. "Par les reliques éternellement tenté", c'est peut-être dans ce but que mon frère a voulu faire copier la baguette de sureau. "Incertain allié" semblerait indiquer qu'il ne sera pas vraiment notre ennemi mais que nous ne pourrons pas compter sur son aide pour quoi que ce soit.

—  Si il croit que Grindelwald va se laisser avoir par une imitation ! railla Harry.

—  Tout dépend de ce qu'il peut percevoir pour le moment, analysa Pierre-François.

—  Par contre, fit Jim, je me demande bien ce que ce sont "Vers les joyaux et l'inespérée liberté"

—  Ça c'est encore un mystère ! soupira Harry. Je ne vois pas ce que des joyaux ont à voir avec notre liberté.

—  Peut-être ne s'agit-il pas de bijoux, or et autres possessions matérielles, suggéra Jim, mais de connaissances par exemple.

—  La clef de l'université de Cambridge était un joyau, fit Harry, et elle a permis à notre monde d'avancer.

—  Faisons au fur et à mesure avec ce que nous avons. Commençons par la famille Saint-Maur qui est notre seul point de départ.

—  Jusque maintenant nous n'avons rien trouvé, il faut dire que c'est écrit en vieux français, ça ne nous facilite pas la vie.

—  Je viendrai vous aider dès que je le pourrai.



—  Et toi ? Raconte !

—  J'avais senti les réticences du père au téléphone. Il lui a fallu un quart d'heure pour m'expliquer que manifestement Andrew, son fils, était plus attiré par les garçons que par les filles. Il s'est fait surprendre en fâcheuse posture avec un élève plus âgé. Ils ont été renvoyés illico presto tous les deux, ce qui est tout à fait dans la mentalité de Durmstrang. Et bien entendu le père a certainement choisi Poudlard et non Beaux-Bâtons parce que je suis gay, c'est au moins ce qui ressortait de l'entretien.

—  Il aime son fils, commenta Jim.

—  Oui ! mais je préférerais que l'école soit choisie pour son enseignement plutôt que pour l'orientation sexuelle de son directeur. Enfin, il est en cinquième à Serdaigle avec Maxime.

—  P'ti loup, crois-tu franchement que si il avait pensé l'école mauvaise, il y aurait inscrit ce garçon. Ta visite suivante est dans combien de temps ?

—  J'espère que non ! Dans dix minutes, il faut que j'y aille.

—  Pierre-François …, l'interpella Harry.

—  Oui, mon agneau, je sais. Je ferai attention, fit-il sans le laisser terminer mais en soulevant son visage de son index et en y posant ses lèvres. Tu sais, je suis capable de vaincre O'Reilly sans problème, oublie cette inquiétude qui finira par te ronger. Sans vouloir paraître présomptueux, le seul que je ne pourrais pas vaincre, c'est toi. Pour le reste...

Il embrassa Jim au passage avant de disparaître.

—  Tu le crois ?

—  Nous ne l'avons jamais vraiment vu dans ses derniers retranchements. Lorsque nous l'avons aidé devant l'Aigle Noir, il s'agissait non d'une histoire de puissance mais du nombre d'agresseurs. Personne ne peut tenir seul devant quinze sorciers chevronnés. Ce qu'il a montré à Stonehenge était stupéfiant, pourtant nous ne connaissons pas ses limites parce que lorsque nous avons donné toute notre puissance pour refermer le portail sur les limbes nos magies étaient conjuguées.

—  Alors pourquoi as-tu peur ?

—  Ce qui m'effraie chez O'Reilly, c'est sa ruse. Quand tu n'as rien vu venir et que tu es sous sortilège de petrificus totalus ou d'imperium, c'est trop tard. Rappelle toi quand ils l'ont enlevé, il n'a rien pu faire. Lorsqu'il s'est rendu compte que ce n'était pas de vrais membres de la fratrie, il était désarmé, affaibli par les doloris. Peu seraient parvenus à actionner le portoloin sans leur baguette. Il a aussi beaucoup de volonté et ça c'est toute sa vie qui nous le dit.

—  C'était un petit coquin ce comte, fit en souriant Jim qui pendant ce temps continuait à lire.

—  Oui, mais je ne crois malheureusement pas que ça va nous apporter autre chose que de la littérature érotique. railla Harry, et ce n'est pas ce que nous cherchons.

—  N'empêche, cette Héloise a un joli brin de plume et elle décrit des choses très plaisantes. On aurait presque envie d'être à la place de son séducteur, continua-t-il avec un regard en coin vers son fiancé dont le visage s'allongea à sa grande satisfaction.

Il lui était tellement facile d'attiser son irrationnelle jalousie envers les femmes, à son amour. Il l'attira contre lui par la taille avec tendresse.

—  J'adore quand tu fais cette moue fâchée et que tes yeux lancent des éclairs dès que tu crois que je ne m'en aperçois pas, ils ne sont jamais aussi verts que lorsque tu es en colère ou lorsque tu jouis.

—  Jim !

—  Oui, mon amour ?

—  Tu t'amuses à mes dépens ! protesta-t-il avec une grimace.

—  Non, je te taquine simplement, fit-il en posant un bisou sur son nez, et je t'aime.

—  Redis moi ça ! J'ai mal entendu !

—  Je t'aime, fit Jim avec un petit rire.

—  Dans ce cas, je pardonne à Héloise d'avoir essayé de détourner de moi, mais uniquement parce qu'elle a échoué, se moqua-t-il.



Ils étaient dans la cuisine en train de faire prendre son goûter à leur petite princesse quand ils entendirent les voix de Draco et Sylas se rapprocher. Ils s'installèrent et Harry refit de la pâte à crêpes, puis d'autres s'invitèrent. Hermione et Pierre-François retrouvèrent une grande tablée réunie autour de crêpes blanchies de sucre ou tartinées de marmelade. Sylvain, Aymeric, Gauthier, Justin avaient l'air de moines repus un jour de mardi-gras. Harry accrocha le regard du directeur, interrogatif.

—  Oui, tu avais raison. fit-il. Je ne crois pas que nous verrons jamais les jumelles de cette femme, si elle en a.

—  Explique !

—  Je ne sais pas qui elle est, elle ne m'a donné aucun prétexte de le découvrir mais quand tu dissimules ton aura magique c'est qu'il y a une raison. Elle m'a raconté une histoire très convaincante, m'a demandé des formulaires d'inscription sans les remplir parce qu'elle devait encore y réfléchir étant donné l'orientation pédagogique de l'école. Nous avons discuté un long moment sans que je lui en dise plus qu'il ne faut.

—  The Independent Wizard ! fit Jim.

—  J'y ai pensé, fit Pierre-François.

—  Tu ne l'as pas laissée seule dans ton bureau ? demanda Harry.

—  Non !

—  Elle n'a pas pu t'approcher ? te toucher ?

—  Encore une fois non ! Pourquoi veux-tu que je me laisse tripoter par une femme ?

—  Ah ! Parce que si ça avait été un homme ? railla son amant.

—  Harry !

—  Ses mains étaient sur ton bureau ?

—  Par Salazar ! Où veux-tu en venir ? fit-il manifestant son agacement d'un mouvement de tête impatient.

—  Ton frère, essaie, nous l'avons encore vu ce week-end, par tous les moyens de savoir où nous trouver en dehors de Poudlard. Il ne peut t'atteindre lui même, tu connais son aura magique. Il ne peut savoir si ….

—  Pour qu'un micro, un traceur fonctionne, il faut que Poudlard soit équipé de ce fameux follixe, le petit module qui permet à la technologie moldue de fonctionner correctement dans notre monde plein d'ondes magiques et d'un réseau quelconque, les interrompit Draco.

—  Ce qui est le cas depuis plus d'un an, confirma Pierre-François. Nous avons une installation téléphonique, un réseau informatique, l'électricité.

Jim se leva pour aller répondre au visiteur qui frappait. Il revint avec Sirius.

—  Sorti de ta retraite ? lui fit gentiment son filleul.

—  J'avais besoin de faire le point, fit le directeur de la maison Gryffondor pour une fois grave. Revenir ici a fait resurgir bien des souvenirs et aussi créé bien des regrets. Désolé de vous avoir négligés pendant ce temps. Où en sommes nous ? interrogea-t-il.

Les heures suivantes les virent tous en train de rattraper le retard pris depuis deux semaines. Les lettres s'étaient accumulées. Les journaux non lus aussi. Rien ne retint leur attention dans les rapports reçus. Tout semblait calme et parfait dans le monde sorcier britannique. Mais tous savaient que paraître ne veut pas dire être.



Impatients, ils se réunirent ensuite autour du coffret à bijoux découvert et du tube en cuir. Pierre-François, la baguette à la main, essaya plusieurs incantations avant d'entendre le léger déclic du couvercle. Harry, se tenant le plus loin possible et les mains couvertes de gants épais, souleva celui-ci. A leurs yeux médusés apparut un collier de diamants composé de deux pièces très reconnaissables.

—  Mon Dieu ! C'est impossible ! s'exclama Hermione. Donne ton portable Pierre-François !

Pendant que celui-ci allait le chercher, elle passa des doigts craintifs sur les pierres.

—  On dirait le collier de Marie-Antoinette fait par les joailliers Boehmer et Bassenge, enfin celui qu'était censé avoir acheté le cardinal de Rohan pour elle et qu'elle n'a jamais porté, et pour cause, puisqu'elle n' a pas été en sa possession. Pourtant, c'est impossible, il a été amené ici en Angleterre par le mari de Jeanne de la Motte et revendu en pièces.

—  Il n'est pas très discret mais les pierres sont splendides. railla Jim.

—  Encore faut-il voir si il est vrai. fit Draco.

—  Tu crois que c'est un faux, tendre ami ? Tu as vu les précautions prises ? lui fit valoir son mari. Je me demande ce qu'on va trouver dans les compartiments en dessous.

Harry enleva le petit casier recouvert d'un velours bleu frappé de fleurs de lys en relief révélant des bijoux divers, montres de gousset, bracelets, colliers, bagues de facture manifestement ancienne posés sur un fond tout pareil au précédent. Enfin le dernier étage révéla des pierres non montées disposées dans des petits casiers, de couleurs et grosseurs différentes et d'une pureté incroyable, toutes taillées en facettes. Deux gros diamants l'un bleu en taille royale légèrement triangulaire, l'autre jaune taillé en poire occupaient à eux seuls deux des petites cases.

Conscients d'avoir devant eux une énorme fortune, tétanisés, ils n'osaient plus se regarder.

—  "Vers les joyaux et l'inespérée liberté" ! murmura Jim pour lui-même.

Hermione leur montra, sur l'ordinateur, les reconstitutions faites du collier de la reine, objet du scandale qui avait fait définitivement tomber la monarchie française. Manifestement, malgré quelques détails différents, il s'agissait bien de la même pièce. Après quelques recherches, elle poussa un petit cri avant de fixer Sylas.

—  Vu les fleurs de lys et le bleu du coffret, supposer que celui-ci appartenait à la maison royale ne semble pas déraisonnable. Les autres bijoux et les pierres pourraient faire partie des joyaux de la couronne volés dans la nuit du 16 au 17 septembre 1792, à l'hôtel du Garde Meuble Royal et dont une grosse partie n'a jamais été retrouvée. Il y avait notamment le Grand Diamant Bleu ou Bleu de France. Une pierre lui ressemblant a été retrouvée vingt ans plus tard en Angleterre appelée le Hope. Elle n'a jamais pu être identifiée formellement. Taillé, le premier diamant faisait soixante-huit carats au XVIIIème siècle au moment du vol, le Hope lui pesait ses quarante-quatre carats au XIX ème siècle lors de son apparition à Londres et semblait plus foncé que celui de la couronne. La taille était différente, on en a tiré la conclusion qu'il avait été retaillé pour dissimuler sa provenance. Il y avait aussi le Miroir du Portugal l'un des plus anciens joyaux du Royaume de France. Il n'y a aucune description si ce n'est qu'il était jaune, fit-elle en se replongeant dans ses recherches sur le web.

—  Mione, c'est impossible !

—  Le Hope a été offert au Smithsonian American Art Museum de Washington en 1958 et y est toujours. poursuivit-elle sans tenir compte de l'interruption de Sylas.

—  Les autres bijoux retrouvés sont où maintenant ?

—  Dispersés dans les musées, vendus à l'étranger... Le Régent et le Sancy sont au Louvre dans la galerie d'Apollon avec les autres pièces encore en possession et qui constitue la collection appelée "Les diamants de la couronne".

—  Et le bâtiment où ils ont été volés était situé où ?

—  L'hôtel du Garde Meubles est place de la Concorde, il est devenu celui de la Marine. C'est dans le huitième arrondissement.

Harry n'avait rien dit depuis la découverte, il se remémorait leur discussion avec Aymeric, celle qu'ils avaient eue ensemble sur la chanson du choixpeau le matin même. Etrange coïncidence ! il cherchait ce qui clochait. Tout s'enchaînait trop bien, excepté qu'ils ne savaient pas à quoi tout cela menait ni même si cela avait à voir avec le monde sorcier. Pour le vol, il y avait prescription ça ne faisait pas l'ombre d'un doute. Du point de vue moral c'était plus tendancieux. Sylas était un lointain descendant des Bourbon, soit, en tant que tel il avait un droit moral sur les bijoux mais l'Etat français aussi.

Il lui était difficile de préjuger de l'importance de cette découverte pour leur univers.

—  J'aimerais que cette trouvaille reste secrète pour tout autre que nous, fit-il soudain.

—  Tu veux dire que même nos amis de la Fratrie ne doivent pas être au courant ?

—  Ceci est une affaire privée qui ne regarde que Sylas qui est le propriétaire de ce qui est chez lui. Et puis la rétention d'informations est très à la mode ces derniers temps. ricana-t-il. Il est juste qu'elle ne soit pas à sens unique.

—  Que veux-tu dire ? demanda Hermione.

—  Que Jimmy n'est pas mon seul informateur au ministère et au département des mystères ? Que j'ai appris récemment qu'une prophétie nous concernant avait été faite. Vous ne semblez pas très surpris à vrai dire, fit-il sèchement.

—  Harry ! fit Draco désapprobateur.

—  Nous pourrions discuter de ça à un autre moment, mon amour, fit doucement Jim en posant une main discrète sur sa cuisse. Nous avons d'autres problèmes pour le moment.

—  Il est l'heure d'aller manger dans la grande salle, c'est notre jour aujourd'hui. Nous étions déjà absents ce midi, confirma Pierre-François.

—  Nous en reparlerons, de toute façon, car tout est lié. Tant que nous ne connaissons pas le contenu de cette nouvelle prophétie nous ne pouvons pas bouger, termina-t-il sans voir le regard préoccupé qu'échangeaient son amie et ses hommes.

Pourtant ce soir là, tout à leur devoir de parents, ils n'eurent plus le temps de se lancer dans des explorations, autres que celles des polissonneries du comte de Saint-Maur, dixième du nom qu'ils continuèrent à lire sans y trouver quoi que ce soit d'utile.



oOo



Ce n'est que le lendemain avant le dîner qu'ils allaient prendre en commun qu'ils reprirent place autour du bureau et devant l'étui cylindrique en cuir. Une fois de plus muni de gants, Harry brisa le sceau de cire et retira le capuchon qui fermait le boitier. Il sortit plusieurs grands parchemins roulés ensemble. Un bruit sec attira son attention. Deux baguettes avaient glissé des documents sur la surface du bureau, l'une semblait un bijou, l'autre à ses côtés paraissait bien terne. Ils reconnurent de suite, le bois presque blanc, les entrelacs d'or et le rubis qui ornaient la poignée de la première, ce ne pouvait être que celle de Camelia de Saint-Maur. La seconde n'avait rien de particulier, simple, longue, d'un bois foncé, elle portait juste un petit dessin gravé à la base de la poignée qui était la signature que chaque baguetier apposait sur ses œuvres.

—  Une réalisation de Gregorovitch, constata Pierre-François en l'examinant.

Les deux mains étendues quelques centimètres au-dessus de l'objet, concentré, il semblait essayer de la percevoir, ses lèvres murmuraient des mots incompréhensibles. Ils sentirent monter son aura.

—  Une baguette voulue très offensive, commenta-t-il. Son propriétaire devait être quelqu'un de très incisif. Trente deux centimètres, bois de cormier très dur, nerf de magyar à pointes, le plus dangereux des dragons, sous son apparence simple et commune, une arme de combattant.

—  De sa présence, on peut déjà déduire que les derniers comtes de Saint-Maur n'ignoraient rien de cette cachette et des biens qu'elle contenaient. Gregorovitch est mort de la main de Voldemort peu de temps avant la bataille de Poudlard lorsqu'il cherchait les Reliques de la Mort. Malgré les dénégations de l'artisan soumis aux doloris, il n'a pas voulu croire qu'il n'avait pas la baguette. Par légilimencie, il a revu, dans l'esprit de l'autre, le vol de celle-ci bien des années auparavant par un jeune homme blond qu'il a reconnu immédiatement. Il savait tout ce qu'il voulait, il a tué Gregorovitch et a ensuite rendu visite à Grindelwald dans la prison de Nurmengard pour la suite tragique que nous savons. Cette baguette ne peut donc être là depuis des siècles.

—  Comment sais-tu tout ça sur Gregorovitch, mon agneau ?

Harry se contenta de fixer son amant sans répondre. Celui-ci comprit qu'une fois de plus il l'avait vu ou vécu avec Voldemort, il soupira et voulut nouer sa main à la sienne, mais il portait toujours les gants protecteurs. Il sursauta en voyant des taches décolorées qui mangeaient la paume et le bout des doigts des épais gants de peau.

—  Ne touchez aucun l'intérieur de l'étui, avertit-il en montrant aux autres les mains de Harry. Et toi, enlève ces gants avant que le poison ne traverse le cuir et ne t'atteigne, fit-il en les lui enlevant lui-même avant de caresser amoureusement les mains libérées.

—  Mais comment faisaient mes ancêtres ? interrogea Sylas étonné.

—  L'art des poisons est complexe, très certainement ils se transmettaient avec la formule du produit, la façon de s'en protéger.

—  Mon grand-père a disparu pendant des mois, il était parait-il aux Etats-Unis, il n'était plus pareil à son retour. Je l'avais trouvé vieux ; je devais avoir environ huit ans. Il est mort deux ans plus tard. Quand il était là, il m'emmenait avec lui à l'hôtel des Saint-Maur, il aimait me raconter le faste du côté moldu de notre famille. Pourtant après être revenu d'Amérique, je ne l'ai vu que rarement, il n'est jamais retourné en France et forcément, je n'en ai plus rien appris. Il a fait un testament et m'a tout laissé. Il y avait une liste de ses biens mais rien ne concernait l'Amérique, il n'y avait aucune instruction, juste cette liste impersonnelle au possible dont se moquait l'enfant que j'étais. J'aurais voulu autre chose, un mot, une lettre, la preuve de son amour que je n'avais pas retrouvé à son retour, mais non rien. Juste une liste de biens !

En silence, sans oser regarder leur ami ému, ils déplièrent les parchemins. Harry sentit l'aura de Draco légèrement monter, il lui jeta un discret coup d'œil. L'épaule de son ami était appuyée contre celle de Sylas, son regard fixe ne voyait rien tout occupé qu'il était à sa seule tâche, rassurer par leur lien son mari et certainement lui dire combien lui l'aimait. La main caressante de Jim vint le rappeler à la réalité. Ils échangèrent un sourire tendrement complice puis revinrent aux documents qui comme ils l'avaient supposé représentaient des arbres généalogiques, celui des Saint-Maur, mais aussi ceux des Noailles, des Bourbons, des Lauzun et plus étonnement encore celui des Black. Bientôt Harry désigna un nom calligraphié en rouge comme tous les sorciers mentionnés.

—  Regarde, amour, tu es repris là. fit-il à Pierre-François. Tu t'es pourtant marié après que le grand-père de Sylas soit parti en Amérique, par contre le petit n'y est pas.

Pierre-François se pencha vers le parchemin pour cacher sa soudaine émotion. Dès qu'il s'agissait de Henri-James, il était trop sensible. C'était stupide, mais entendre Harry appeler son fils affectueusement "le petit" le rendait vivant au sein de leur trio comme si il avait été leur enfant alors que son compagnon ne le connaissait qu'en photo, comme si tout ce qui était lui était Harry et vice-versa mais c'était impossible. Pourtant, il avait tellement mal quand il imaginait son jeune amour impuissant, vivant les tortures, les meurtres de Voldemort. Une fois de plus, il rencontra le regard d'Hermione. Souvent ces derniers temps, elle l'observait sans qu'il puisse déterminer ce qu'elle pensait.

—  Regarde Mione, tu es sur celui des Noailles dans la branche éloignée, Sirius sur celui des Black bien entendu...

—  Et Sylas sur celui des Saint-Maur, et aussi Sylvain, acheva Jim.

—  C'est impossible ! s'exclama Sylas.

—  Il est rajouté là en annotation, descendant de Théodore de Saint-Maur et de Catherine Habran, tu as le grand-père de Gauthier ici, puis son fils Simon, lui, son fils Féodor, sa petite-fille Françoise et enfin Sylvain.

—  Si ton grand-père n'est plus revenu à l'hôtel qui a mis à jour ces documents ? Depuis des siècles, tous les descendants sorciers ou moldus sont indiqués à la différence des arbres généalogiques des Sang-Pur. Qui les a annotés et précisé qui était sorcier ou pas ? demanda Harry.

—  Il faut croire qu'il y est revenu quand même mais qu'il ne voulait plus t'emmener avec lui pour une raison que nous ne connaissons pas. Il est mort quand et en quelles circonstances ? fit à son tour Pierre-François.

—  Je l'ignore.

—  Bon, fit Harry, je vais demander des informations à Kingsley et à Pierre.

Il prit note dans un agenda avant de se replonger dans les documents.

—  Voilà Ambre, Draco Black, Pierre-Marie de Saint-Maur et leurs enfants, fit-il en désignant sur l'arbre généalogique des Saint-Maur.

—  Ils sont aussi sur celui des Noailles et sur celui des Black. compléta Jim.

—  Il y a ici quelque chose qui m'intrigue fit Pierre-François. Helie de Noailles est le dernier duc en date, je le connais de réputation, il s'est lancé dans la politique après avoir été PDG d'entreprises dans laquelle l'état avait son mot à dire. Il a trois enfants tous repris ici, mais je vois qu'il a un frère sorcier dont je n'ai jamais entendu parler dans le milieu de la noblesse française et je ne comprends pas pourquoi.(1)

—  Un fils légitime ou naturel ?

—  La mère n'est pas la même, elle est reprise sur l'arbre généalogique c'est tout ce que je sais, mais Pierre devrait en savoir plus. Voilà ici Camelia de Saint-Maur, elle est morte en 1794 avant la fin de la terreur, continua Pierre-François.

—  Guillotinée tu crois ?

—  C'est très possible, ma tendresse ! On en saura certainement plus en lisant les carnets rouges.

—  Il est peut-être l'heure de dîner qu'en pensez-vous ? suggéra l'aîné.

—  ...

—  Tu ne dis rien, mon agneau ? s'étonna-t-il.

—  Je ne suis pas fou, mon loup, fit Harry avec un rire bas. Dès que j'aurais dit avoir faim, je vais voir apparaître sur ta bouche un petit sourire carnassier qui va me donner envie de t'embrasser passionnément et là, mon ami va encore jouer les voyeurs... Je trouve qu'il en a vu assez de mes amours ces derniers temps ! termina-t-il en attirant Pierre-François d'un geste possessif contre lui.

Celui-ci éclata de rire, vite suivi par Jim et Sirius moqueurs.

—  Alors nous passons à table ? interrogea Sirius. Je suis sûr que celle du directeur est mieux fournie que celle du pauvre professeur que je suis.

—  Tu te sens négligé, pauvre de toi? Je crois pourtant que tu n'es pas le dernier à appeler Kreattur à toute heure, le nargua le directeur en question.

Sirius préféra ne pas répondre tout en adressant une grimace à Pierre-François à qui rien ne semblait échapper.

Il était tard quand ils quittèrent la table. Longuement, ils avaient discuté faisant des suppositions au sujet des bijoux. Ils ne voyaient pas comment les faire expertiser sans attirer l'attention. Ils finirent par décider de présenter seulement une pièce secondaire à un expert moldu. Il resterait toujours la possibilité de lui lancer un sortilège d'amnésie si un problème se présentait.

La dernière semaine de Harry et Jim avant la rentrée universitaire passa bien trop vite à leur goût. Le vendredi fut là avant qu'ils aient eu le temps de dire quidditch. Dès la fin des cours, ils transplaneraient à Toulouse où ils passeraient le week-end. Aucun n'était vraiment enchanté d'y aller même pas Pierre-François, ils avaient envie de se retrouver tous les trois. Ils avaient pourtant un emploi du temps assez chargé. Harry avait pris rendez-vous avec un expert londonien pour le lendemain après-midi. Ensuite ils viendraient rechercher Gauthier et les enfants à Poudlard pour fêter l'anniversaire de Cloud. Puis enfin, ils avaient prévu de sortir au club parisien avec Pierre, sa femme et Sarah.

Leurs soirées avaient été consacrées à lire les documents trouvés sans succès, des lettres de fermage, des actes de vente et d'achats de biens qui n'étaient plus en la possession des Saint-Maur. Il leur restait les carnets d'Ambre de Saint-Maur et les rouges trouvés dans le secrétaire. Les pages étaient couvertes d'une écriture fine et manifestement féminine.

Le jeudi avant d'aller dormir, ils avaient jeté un vague coup d'œil sur ceux-ci avant de les emballer dans leur sac.

—  Tu as vu chaque carnet couvre un an.

—  Le dernier correspond à l'année où ont été guillotinés les souverains, 1793.

—  Le premier porte la mention 1787, fit Pierre-François. Nous les commencerons à Toulouse tous ensemble. Frédéric pourra nous aider il est parfaitement bilingue, sa grand-mère était anglaise et il a été élevé par elle.

Il vit la petite moue contrariée de Harry mais ne dit rien, il se contenta de lever un sourcil, Jim lui sourit, complice. Les amis de leur loup avaient tout intérêt à se tenir loin de celui-ci. Pendant que Jim était encore sous la douche, il décida d'en parler avec son amour confortablement installé dans ses bras pour dormir.

—  Depuis plusieurs mois, j'ai toujours accepté la présence de tes amis, mon agneau, j'aimerais que tu en fasses autant pour Frédéric et Gaby. Je ne suis pas aussi lié avec eux que tu l'es avec le trio, mais il y a entre nous un passé commun de galère qui fait que nous sommes proches. Si les circonstances ne nous avaient pas réunis, je ne les aurais peut-être plus vus pendant longtemps mais ce n'est pas le cas. Je n'aimerais pas les entendre me dire, une fois de plus, que tu ne m'aimes pas et que tu es juste un gamin capricieux.

—  C'est comme ça que tu me vois ? fit-il en se reculant légèrement et en cherchant sur son visage la réponse à sa question.

—  Bien sur que non ! Crois-tu que je t'aimerais si c'était le cas ? Tu es seulement un peu possessif et en général, j'adore ça, fit-il avec un petit rire tendre. Je t'aime pour tes qualités et je t'adore pour tes défauts ! J'adore mon despote qui se tracasse toujours pour moi, mon gourmand en tout, en nourriture comme en amour, mon papa poule qui s'occupe de Lily comme si c'était sa fille, ...

—  Despote ? l'interrompit-il, faussement indigné.

—  Nous dirons légèrement autoritaire ! railla son amant.

—  Voyez-vous ça ! ça se plaint alors que je fais des efforts surhumains pour être le plus doux et le plus conciliant des compagnons !

Pierre-François éclata de rire. Jim se glissa à coté d'Harry, se pressant contre lui.

—  J'aime t'entendre rire, fit-il.

—  On finira par le savoir, se moqua le plus jeune en se tournant pour l'enlacer et en caressant doucement le dos son fiancé.

A son habitude, il enfouit son visage dans son cou avec un petit soupir de satisfaction, retrouvant cette odeur qui lui remuait les sens. Jim attira le visage de Harry vers le sien, pour un baiser plein de volupté et de désir, il le prolongea, explora sa bouche de d'une langue indiscrète et experte qui donna à son amant l'envie de soupirer de plaisir. Il frotta lascivement son bassin sur son corps ne faisant pas mystère de l'envie qu'il ressentait, tandis que les mains de Pierre-François caressaient ses flancs et que son désir érigé se pressait contre ses fesses.

—  Gourmand en amour, hein ? se moqua-t-il.

—  Nous le sommes tous à nos heures, mon chéri, chuchota Pierre-François les lèvres tout contre son oreille ce qui le fit frémir. Tu nous reproches le désir que nous avons de toi?

Mais Harry, leurs mains, leurs lèvres sur son corps, n'avait plus envie de leur reprocher quoi que ce soit...



oOo



Frédéric et Gaby regardaient leur ami gravir le petit sentier qui menait au castel, tenant par la taille ses jeunes compagnons. Une fillette brune les devançait puis revenait vers eux en courant pour repartir aussitôt vers le château. Ils entendaient leurs voix dans l'air doux du soir toulousain.

—  Je veux aller voir les poissons !

—  On ne dit pas « je veux », Lily ! la gourmanda son père. On demande la permission et on dit « j'aimerais » ou « je voudrais ».

Ils virent l'enfant regarder son père avant de se tourner vers Harry.

—  Pa ? on ira voir les poissons ?

—  Si Papa veut bien et quand tu auras dit le mot magique !

—  S'il vous plait !

—  C'est mieux !

—  Où est Teddy ?

—  Ils vont arriver chérie.

Ils embrassèrent les exilés parisiens avant de s'asseoir à leurs côtés. Un des elfes de maison vint leur demander ce qu'ils voulaient puis apporta les boissons demandées dont un grand verre de limonade. Harry se leva et alla chercher la paille qu'avait réclamée Lily.

—  Une petite maline ta fille ! Ce qu'elle n'obtient pas auprès de toi, elle sait à qui le demander, commenta Gaby.

—  Harry s'en occupe beaucoup et très bien. répondit Pierre-François pendant que celui-ci se réinstallait. Il sait être ferme quand il le faut. Il n'a jamais connu ses parents, il essaie de lui apporter tout ce qu'il n'a pas eu. Jim l'aime autant même si il est un peu plus distant, ses caresses il les réserve plutôt à ses hommes, fit Pierre-François en échangeant un regard complice avec ce dernier.

—  Tu t'en plains ? railla le jeune moldu.

—  A ton avis ? se moqua-t-il tendrement.

Ils entendirent des bruits de pas sur les gravillons qui terminaient le sentier là où il abordait le parc. Le trio ne tarda pas à apparaître en compagnie de Sirius et Gauthier. Sylas portait Teddy tandis que Draco le bras passé autour de la taille de sa femme, lui facilitait la montée. Sa silhouette trahissait maintenant son état.

—  Je n'avais pas remarqué que ton amie était enceinte, fit Fréderic à Harry.

—  Des jumeaux, précisa Pierre-François, je serai parrain du petit Henri-James et Jim de Severus James. Harry est déjà celui de Teddy, fit-il en désignant le petit garçon qui accourait

—  Henri-James ? Mais c'est le prénom de ton fils.

—  En effet ! Ils m'ont fait cet honneur. conclut le sorcier avec un sourire tranquille. Alors cette semaine ? Elle s'est bien passée ?

—  Un peu calme, railla Gaby. Nous qui avons l'habitude d'être plus souvent en dehors qu'à l'appartement.

—  C'est vrai mais c'est reposant, fit Frédéric, et ce castel est une merveille. Moi, je m'y sens bien !

—  Où est Sirius ? demanda Harry.

—  Parti en cuisine saluer Françoise.

—  Ça c'est la meilleure, elle passe avant son filleul maintenant ! se moqua ce dernier.

—  Toi, je te supporte tous les jours, héritier du serpent, railla le maraudeur qui arrivait.

—  Tu es toujours sur ton balai par monts et par vaux. Et de nouveau tu manques de prudence, fit le directeur.

—  Avec mes souvenirs, j'étouffe à Poudlard.

—  Il faut que tu en sortes, fit doucement Harry. Ils ne sont plus là, tu dois l'accepter, Sirius. Ils nous manquent aussi.

—  J'ai perdu ma jeunesse, Harry, j'ai passé trois ans de ma vie dans les limbes et avant douze ans en prison pour un crime que je n'avais pas commis. Entretemps, j'ai perdu tous mes amis, ton père qui était un frère pour moi. Comment verrais-tu la vie à ma place ?

—  Chacun a eu ses malheurs, te morfondre ne t'avancera à rien. Vis la comme si tu devais mourir demain, intervint Frédéric. Aime, ris, danse, fais l'amour, pour ne rien regretter, tu as déjà perdu trop de temps.

Sylas apparut les bras chargés de bouteilles, Draco suivait avec deux seaux à glace. Pierre-François sourit et examina les flacons qu'ils déposaient devant lui. L'aîné expliquait à Harry, venu se poster derrière lui et penché par dessus son épaule, les alcools et chaque vin remonté de la cave. Deux bouteilles de champagne étaient déjà en train de rafraîchir. Il lui montra les précautions à prendre pour déboucher un vin ancien. Le plus jeune ne le quittait pas des yeux.

—  Ouvre celui-là !

—  Mais...

—  Essaye de ne pas le remuer, de ne pas mélanger la lie. Tu vois ces vieux vins, on n'en boit pas la moitié, le reste est parfaitement imbuvable. Là, voilà, tu te débrouilles très bien. Mets le dans un berceau qu'elle respire un peu maintenant. Superbe ! Tu viens d'ouvrir une bouteille digne d'une vente de chez Christie's, mon amour !

—  Et tu me le dis seulement maintenant ! Si je l'avais gâchée ! tu... tu... ! fit-il en le fusillant des yeux.

—  Ce n'est qu'un vin Harry, fit-il en éclatant de rire. Un excellent vin, même extraordinaire, mais c'est tout !

Il attrapa son agneau, le serra contre lui, appuyant sa tête sur sa taille. Du revers de la main, Harry leva son visage vers lui, se baissa, l'embrassa puis le mordit cruellement… Avant de se sauver poursuivi par le loup !

—  Le retour du chiot hirsute ! se moqua Jim en riant.

—  Jim, tais-toi ! ordonna Harry qui vint se cacher derrière lui et se désillusionna.

—  Tu crois franchement que ça marche, avec moi, mon agneau ? fit Pierre-François en ricanant et en mettant fin au sort d'un léger coup de baguette. Même si tu la dissimules je te repère rien qu'à ton aura.

—  Madame Françoise dit qu'il faut finir les apéritifs, le dîner sera servi dans quelques minutes ! vint prévenir un des elfes.

—  Finir ? mais on n'a pas commencé ! s'indigna l'Elu sous les rires des autres convives.



Installés dans le living, ils étaient devant une émission de variétés que voulait absolument regarder Gaby. Harry échangea avec Jim une moue désabusée que vit leur loup. Il se leva et leur tendit les mains, enlacés, ils sortirent et descendirent vers le chemin de halage.

—  Toi, tu restes là ! fit Sylas en riant à son mari.

—  Ce n'est pas la plage, railla celui-ci.

—  Comme si ils avaient besoin du sable, l'herbe est tout aussi douce, fit-il avec un clin d'œil. Chut ! Hermione ! continua Sylas en attirant Draco entre ses bras.

—  Elle est allée prendre un bain, fit ce dernier en haussant les épaules.

—  Il faudrait d'ailleurs dire à Harry que depuis qu'elle est enceinte le lien s'est relâché. En cas de problème, nous serions moins puissants.

—  Où sont ses garde du corps ? plaisanta Draco.

—  Ils ne vont pas tarder. Demain ils ont un rendez-vous avec l'expert puis il y a la sortie à L'Aigle Noir, il n'est pas question qu'ils y aillent seuls. Jimmy et Erwin ne les lâcheront pas, poursuivit-il sans voir que Frédéric les écoutaient attentivement.

—  Mia a invité Ginny et Liam aussi, ils devraient être là dans une demi-heure environ, ça va faire moins plaisir à nos amoureux, soupira-t-il en passant une main caressante dans la mèche sombre qui s'obstinait à lui cacher les yeux de jais de son homme.

—  Il faut la comprendre elle est toujours la seule femme, nota Sylas.

—  Cette fois il y aura quand même Hélène. Choisir Ginny ! Elle ne supporte pas Jim et Pierre-François et eux le lui rendent bien parce qu'elle est l'ex de Harry.

—  Si au moins elle n'était pas jalouse !

—  Pourtant elle n'a plus aucune chance, il les adore.

—  Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire ! On le lui a assez répété ! soupira Sylas.

—  Tu crois qu'une fois de plus ils font l'amour ?

—  Dray !

—  Jaloux ?

—  Bien sûr, tendre ami, fit le brun en embrassant doucement son mari blotti dans ses bras, caressant sensuellement ses épaules et son cou. Mais je sais tes sentiments par le lien et...

Une petite toux sèche les rappela à l'ordre. Appuyé contre Jim, Harry les regardait avec un sourire tendrement moqueur.

—  Il pleut ? s'enquit Sirius goguenard.

Harry lui tira la langue, avant de lui adresser une grimace mécontente.

—  C'est la meilleure ! s'exclama son parrain hilare. J'ai raison !

—  C'est une petite ondée, fit Frédéric, il y en a eu souvent ces deux derniers jours. Ça ne dure que quelques minutes.

—  Oui ! mais l'herbe sera mouillée, précisa Draco.

Ce qui eut le don de réjouir tout ce petit monde que le trio regarda passablement interloqué. Un bruit de porte que l'on ferme, celui de talons que l'on frotte sur le paillasson, puis le martellement des pas sur les grosses dalles du hall prévinrent de l'arrivée de nouveaux venus. Harry lança un regard incrédule à ceux-ci puis à Draco et Sylas qui haussèrent les épaules d'un air fataliste. Ils discutaient tous ensemble depuis un moment quand Erwin et Jimmy firent une entrée beaucoup plus discrète mais mieux accueillie.

Frédéric observait mais ne disait rien. Il avait vu les yeux de son ami se plisser de mécontentement à l'arrivée d'une jeune femme rousse, pétulante et sensuelle dont le regard se posait fréquemment sur Harry qui n'en avait cure. Il discutait avec son compagnon, un jeune homme brun et athlétique au regard perçant qui mit familièrement une main sur l'épaule de Jim.

—  Tu as difficile de t'y retrouver, fit une voix amusée à ses côtés. Liam est un auror, un policier du monde sorcier. Lors de l'arrestation d'un opposant au pouvoir actuel, il a été gravement blessé et transféré dans un hôpital sorcier. Il y aurait été assassiné sans l'ombre d'un doute car il en savait trop. C'est Harry et son groupe qui l'ont sorti de là. Il a d'ailleurs ramassé une balle dans le poumon dans l'histoire. Jim avait été voler une ambulance en monde moldu et était au volant. Liam leur doit la vie. Je n'étais pas encore là.

—  Erwin et Jimmy ?

—  Erwin est le meilleur ami de Sylas, le mari d'Hermione et de Draco. Il est à l'école avec eux depuis huit ans et ils vont continuer ensemble à l'université, il a un dévouement sans borne pour Harry, acheva-t-il avec une grimace. Jimmy est son petit-ami depuis un peu plus d'un an, c'est aussi le demi-frère d'Hermione. Officiellement, il est langue-de-plomb au ministère, c'est-à-dire employé aux services des mystères, on sait peu de choses sur ce qu'ils font car ils ont un devoir de silence. Officieusement, ils font tous partie du groupe que dirige Harry, la Fratrie.

—  Toi aussi, je suppose.

—  C'est exact.

—  Qui est la personne la plus importante en monde moldu ?

—  Le ministre de la magie. Le père de Draco, Lucius Malefoy.

—  Il s'entend bien avec ton petit-ami ? demanda-t-il en notant que le terme ne semblait pas plaire à son vis-à-vis.

—  C'est lui qui l'a mis là où il est. Il fait aussi partie de notre groupe.

—  Donc si je comprends bien c'est un garçon de dix-neuf ans qui fait et défait le pouvoir sorcier ? fit-il stupéfait.

—  Si c'était aussi simple, nous ne serions pas en danger et en train de combattre des factions opposées. Harry, officiellement, n'a aucun pouvoir et n'en veut pas. Il désire finir ses études et se consacrer à la justice sorcière, la réformer. Et parfois même, si je l'écoutais, il se contenterait d'un emploi de professeur et de nos bras.

—  Pourquoi le pousses-tu ?

—  Parce qu'il doit accomplir son destin. Depuis son enfance, il est marqué par celui-ci. L'Elu, le Survivant l'appellent les sorciers. Nous ne pouvons, Jim et moi, que l'aider à l'accomplir, finit-il en souriant à son amour qui le cherchait des yeux.

—  Vous l'adorez tous les deux !

—  ...

—  D'accord, concéda Frédéric en voyant l'air moqueur de son ami, il vous le rend bien.

—  Quand j'ai été enlevé il y a quelques mois, avant que le père de Draco soit choisi comme ministre, il avait accepté d'oublier le monde sorcier anglais et sa politique définitivement, de s'exiler pendant dix ans contre ma vie. Chez nous il y a ce qu'on appelle les serments inviolables, si tu manques à ta promesse, tu meurs. Il oubliait son devoir et livrait notre univers à une dictature d'extrême droite sans espoir de pouvoir y remédier. Et ça je ne suis pas prêt à l'oublier.

—  Que n'es-tu pas prêt à oublier, mon loup ? fit Harry en l'enlaçant.

—  Mon enlèvement par Ombrage !

—  Moi non plus, s'exclama Jim.

—  Je sais ma tendresse, fit Pierre-François en le serrant contre sa hanche.

—  Jim ! appelait Hermione.

—  Je reviens, soupira-t-il.

—  Quel est son rôle dans tout ça ?

—  Futur ambassadeur du monde sorcier avec l'extérieur. Spécialisé en politique étrangère, il sort de Cambridge avec très grande distinction. Pendant trois ans il va suivre les mêmes études que Harry à l'université sorcière. Il est aussi ceinture noire de karaté, il enseigne le close combat à notre groupe. Harry est sa raison de vivre, il ne m'a, au début, toléré dans leur vie que par amour pour lui.

—  Ne dis pas ça. Il t'aime, Pierre-François.

—  Je sais, mon amour. Je sais. Il t'appelle.

—  J'arrive, fit-il en passant une main caressante sur la sienne.

—  C'est vrai qu'il a l'air très épris mais il est si jeune.

—  Frédéric ! Gaby n'a que huit ans de moins que toi, si il y avait eu une plus grande différence, tu ne l'aurais pas aimé ?

—  Je sais, je te comprends, crois-moi. Jim a quel âge ? Vingt-cinq ans ?

—  Bientôt vingt-quatre ! Mais, pour certaines choses, Harry est plus mûr que lui. Il a eu une telle vie depuis son enfance qu'il a grandi très vite. Tu comprendras petit à petit.

  Je ne suis pas sûr qu'on va le connaître mieux, il n'a pas l'air de nous apprécier! intervint Gaby dont l'émission était finie.

—  Tu ne lui as donné aucune raison de te trouver agréable. Le premier soir tu lui as mis les mains aux fesses ce qui a provoqué ce dédain qui t'a blessé et la fois suivante tu t'es frotté sur moi comme si nous étions amants.

—  ...

—  De toute façon avec toi à côté de moi, il ne va pas tarder, fit Pierre-François en souriant.

—  C'est la meilleure ! râla Gaby. Vous ne vous quittez donc jamais ?

—  Tu laisses Frédéric toi ?

—  Pas souvent mais ça m'arrive.

—  Toute la semaine, j'ai enseigné, eux aussi ou alors ils s'occupaient des enfants, les soirées nous les avons passées à lire les documents trouvés à l'hôtel Saint-Maur. Nous n'avons qu'une envie, être ensemble. Demain c'est l'anniversaire de Cloud, mon fils adoptif. Sa petite-amie arrivera le matin ainsi que ses parents.

—  Il y a encore plusieurs personnes dont tu ne m'as pas parlé, demanda Frédéric calmement. D'abord les femmes ! Hermione ?

—  C'est la meilleure amie de Harry, elle est très possessive. Elle était avant notre arrivée la personne la plus importante dans sa vie.

—  Tu t'entends bien avec elle ?

—  Il a fallu le temps mais ça va.

—  La rousse ?

—  C'est l'ex-petite amie de Harry. Je la crois toujours amoureuse de lui malgré qu'elle soit avec Liam. En tout cas, elle nous jalouse Jim et moi.

—  Et toi aussi !

—  Elle est son premier amour.

—  Il l'a aimé comme il pouvait aimer une fille, p'ti loup. Ses deux autres brèves aventures avec la gente féminine ont été des échecs et pour cause. Sa relation avec Ginny a duré plus longtemps parce qu'elle était la sœur de son meilleur ami, elle était folle de lui depuis des années, les parents n'attendaient qu'une chose, les marier, intervint Jim revenu entretemps.

—  Et tu es arrivé, beau prince sur ton cheval blanc ? se moqua Gaby.

—  Non, il était libre, se força à répondre Jim calmement. Et après elle, il y avait eu Mara. fit-il en terminant son verre de champagne.

—  Que boit Harry ? fit Pierre-François les yeux sur la flûte.

—  Sylas a remonté une bouteille toute poussiéreuse, il a dit que c'était un vieux marc.

L'aîné plissa les yeux de mécontentement, cherchant son amant qu'il découvrit appuyé sur Draco. Tous les deux étaient penchés sur ce qui semblait être un livre moldu et riaient aux éclats très complices. Sans même se rendre compte qu'il avait quitté ses amis, Pierre-François se retrouva derrière son agneau.

—  Très beau ! constata-t-il en contemplant le garçon nu dans le magazine. Un regard troublant et un sourire provocant. Une véritable invite à l'amour.

Harry sursauta, toisa son compagnon d'un œil noir.

—  Vraiment ? Alors regarde le bien. J'espère qu'il te tiendra compagnie cette nuit !

Draco essayait de cacher son hilarité, pendant que Harry quittait la pièce.

—  Qu'est-ce qu'il t'a pris ? Ce n'est qu'une image !

—  Laisse tomber Dray ! fit-il en secouant la tête.

—  Tu peux bien aller éteindre l'incendie que tu as provoqué maintenant.

—  Je sais !

Il le retrouva immobile au bord de l'étang légèrement éclairé et voulut le prendre dans ses bras.

—  Non !

—  Harry !

—  Je t'ai dit non !

—  C'est ridicule, on ne va pas se disputer pour ça !

—  Ce n'est pas moi qui ai commencé ! fit-il avec rage.

—  Je sais ! mais ce n'était qu'une provocation ! Je sais que ce n'était qu'un magazine pourtant ça ne m'a pas fait plaisir non plus !

—  C'est ridicule ! tu crois que je vais baiser l'image glacée ?

—  Et toi ?

—  Draco et moi ont plaisantaient seulement. Tu l'as fait pour me blesser ! C'est la différence !

—  Non ! par jalousie !

—  C'est en effet, parfaitement ridicule ! Tu peux me dire ce que tu as à lui envier ?

—  Sa jeunesse ?

—  Tu devrais arrêter d'écouter tes soi-disant amis ! Où est-il de Lauzun le magnifique, si sûr de lui, de son charme ? Et mieux, où est-il mon homme sûr de mon amour ?

—  Viens ! fit-il en le fixant, se perdant dans le vert de ce regard coléreux qui lui retournait les sens.

—  Non !

—  Tu as bu, fit Pierre-François en le saisissant par les poignets.

—  Oui ! juste pour oublier que tu as passé la soirée de l'autre côté de la pièce comme si tu avais honte d'être le compagnon d'un gosse capricieux ! ricana-t-il.

—  Ce n'est pas ta sortie maintenant qui va les faire changer d'avis sur toi !

—  Qu'ils pensent ce qu'ils veulent et toi aussi d'ailleurs ! Le gosse, il sera loin de toi ce soir ! il en a assez, le gosse ! cria-t-il. Assez !

Il l'attira à lui mais trop en colère il se débattait. Il sentit monter son aura d'une façon anormale.

—  Maîtrise toi, Harry.

—  ...

—  Maîtrise-toi ! répéta-t-il en le plaquant contre lui et en le serrant ! retiens ta magie, hurla-t-il en se tordant de douleur sans pourtant le lâcher.

—  Je... je... fit-il avant d'éclater en sanglots.

—  Chut ! ça va ! c'est fini ! fit-il pendant que son aura décroissait, caressant son front et sa nuque baignés de sueur.



—  Que se passe-t-il ? demanda Jim en désignant la lumière orangée qui trouait l'obscurité.

—  Harry ne maitrise plus sa magie.

—  Par Salazar ! fit Jim ce qui fit rire les sorciers.

Mais il ne les entendit pas, déjà il dégringolait le sentier vers eux.



Jim assistait impuissant à la colère de Harry. Quand il vit redescendre la puissance de son aura, il se précipita, les prenant tous les deux dans ses bras.

—  Qu'est-ce qu'il vous prend, mes amours ! ça vous ressemble tellement peu ! fit-il tendrement, les attirant contre lui encore enlacés. Toi, chéri, de boire parce que Pierre-François est un peu avec ses amis, toi p'ti loup de faire une scène pour une telle futilité.

Ils se soudèrent en une même étreinte.

 

—  Ce garçon est instable. fit Gaby dédaigneux.

—  Ce garçon comme tu dis, lança Erwin, n'a fait que répondre à la scène que lui a faite son compagnon parce qu'il regardait la photo d'un jeune homme nu ce qui en temps normal n'aurait pas posé problème. Pierre-François n'a jamais eu ce genre d'étroitesse d'esprit, au contraire, il en aurait ri avec eux. Je suppose qu'une fois de plus vous n'y êtes pour rien ?

—  ...

—  En une semaine c'est la seconde dispute qu'ils ont à cause de vous.

—  Nous n'avons aucunement critiqué Harry, rectifia le jeune coiffeur.

—  Vous n'avez pas dit non plus à Pierre-François que Harry était trop jeune et que très vite il le quitterait pour un garçon de son âge ? accusa Hermione.

—  Pas comme ça ! fit Frédéric. C'est vrai qu'on le lui a dit. Pierre-François est quelqu'un de merveilleux, nous avons tellement souhaité qu'il trouve un gentil garçon qui lui plaise et l'aide à profiter de tout ce qu'il a construit pendant ces trois années de galère.

—  Mais pas ces deux jeunes gens dont il est pourtant fou amoureux et qui le rendent heureux. Il a tout bouleversé, changé entièrement sa vie pour eux et ça, ce n'est pas admissible, trancha Erwin.

—  Si demain il est seul à nouveau, il ne lui restera plus rien !

—  Il a retrouvé la place qui lui revenait dans notre monde, ce n'est pas rien, et aussi la possibilité de vivre avec Lily et de contrer son frère. Tu les as vus tous les trois ensemble ? jeta Sylas.

—  On n'en parle plus ! C'est de ma faute ! j'ai été stupide d'y prêter attention ! ça n'arrivera plus !

Ils se tournèrent vers l'entrée. Pierre-François, ses compagnons à ses côtés, s'y tenait. Il serrait ses agneaux contre lui. Harry, les yeux sur lui, l'enlaçait amoureusement ; Jim, la main posée sur sa nuque, était appuyé contre lui.

—  On se verra demain matin ! termina-t-il avant de les tirer par la main.

—  Et voilà, avec eux ça finit toujours ainsi, se moqua tendrement Draco. Ils s'aiment tellement que je ne les ai jamais vu se bouder. Des disputes deux ou trois fois et toujours pour des futilités comme ce soir mais une demi-heure plus tard, ils font l'amour afin de tout oublier. Quand il s'agit de choses sérieuses, ils les affrontent plus unis que jamais.



oOo



Il était presque quinze heures quand ils poussèrent la porte de la joaillerie Sievens & Watson le lendemain. Ils furent introduits dans le bureau du premier des associés. Pierre-François posa devant l'homme une petite parure composée d'un collier, deux boucles d'oreilles en girandole et des agrafes, le tout en or avec des rubis et diamants sertis en clos. Sa loupe sur l'œil, le joaillier examina les bijoux pendant un long moment.

—  C'est une superbe pièce, Monsieur de Lauzun que vous voulez vendre.

—  Je ne veux pas m'en défaire, j'en voudrais seulement une expertise ainsi que de cette montre gousset et de sa châtelaine.

—  Ce sont des bijoux du XVIIIème siècle, je suppose que vous le savez et que c'est la raison de votre présence puisque c'est ma spécialité. Yves Chasseret a été l'apprenti du joaillier Bassenge bien connu pour avoir dessiné avec Boehmer ce que l'on a appelé le collier de la reine Marie-Antoinette, il a réalisé pour la souveraine plusieurs pièces dont très certainement cette parure. Dans le procès verbal de disparition des bijoux de la couronne figure la description d'un ensemble qui pourrait bien être celui-ci. La nature et le nombre de pierres, le style de monture, le sertissage en clos, tout y est. Puis je vous demander comment il est en votre possession ?

—  Il est dans ma famille, celle des Saint-Maur depuis des générations, intervint Sylas.

—  Bien sûr, murmura l'expert pour lui même, famille alliée aux Noailles, …

—  Je vois que vous êtes aussi savant en histoire de France, monsieur Sievens.

—  Ce n'est pas tant cette période qui me passionne que la disparition des bijoux de la couronne de France, des pièces et des pierres uniques. Une théorie, très plausible, dit que les partisans de la reine ont eux-mêmes organisés le vol des bijoux de la couronne pour avoir les moyens financiers de sortir le dauphin des mains de ses geôliers à la demande de la reine Marie-Antoinette qui adorait le jeune Louis-Charles. L'hôtel de Noailles situé dans ce qui est aujourd'hui la rue Saint-Honoré était non loin du garde-meubles royal. Bien entendu, le commissaire de salut-public y a ordonné une descente qui a été effectuée avec beaucoup de zèle puisqu'ils ont saccagé littéralement la demeure et qui n'a rien donné.

Dans une lettre adressée à sa fille, la marquise de Pontin raconte que le tombereau qui conduisait la reine de la prison de la conciergerie à l'échafaud est passé lentement devant les fenêtres des Noailles (2) où elle était avec d'autres partisans de la reine pour un dernier adieu à celle-ci, que la souveraine a regardé vers eux et qu'elle a eu un bref sourire. On peut interpréter celui-ci comme on veut. La comtesse avait insisté pour que toutes les dames soient vêtues ce jour là de bleu azur, un signal ? On peut en tout cas ce demander ce qui fait sourire une mère qui va mourir. Je crois que contrairement à la croyance populaire, Marie-Antoinette ne voulait pas être sauvée, elle se savait malade d'un cancer et condamnée, elle désirait préserver son fils.

Le lendemain, le 17 octobre 1793, la famille de Noailles quitta sa demeure pour son hôtel de Saint-Germain en Laye. Il serait préférable d'ailleurs de parler des femmes de la famille car le Duc d'Ayen, né Jean Louis Paul François de Noailles, devenu duc du même nom fin août de la même année, à la mort de son père Louis de Noailles, s'était expatrié en Suisse en 1792. Sa femme, sa mère, sa fille furent toutes les trois guillotinées en 1794. Lui-même ne retourna en France qu'à la restauration.

Mais revenons à ce jour de la mort de la reine, les bijoux avaient disparus depuis treize mois. Elle est montée à la guillotine la tête haute, sans un pleur et est morte plus reine qu'elle ne l'avait jamais été. L'enfant confié à Simon le geôlier du temple et celui mort dans la prison en 1795 étaient-ils les mêmes ? (3) Une partie de la noblesse dit que non. De nombreux personnages, plus ou moins crédibles, plus ou moins extravagants ont réclamé la filiation directe des Bourbons, mais jamais rien ne vint étayer sérieusement leurs dires.

—  Quels sont les autres bijoux qui ont disparu en même temps ?

—  Cela signifie-t-il que cette parure n'est pas la seule en votre possession ? s'enquit le joaillier manifestement très intéressé.

—  Simple curiosité !

—  Il y avait plusieurs gros diamants dont, le Sancy, le Régent, le Miroir du Portugal, le Grand diamant bleu ou Bleu de France. Les deux premiers ont été récupérés et sont au musée du Louvre, les autres pas. Le Miroir du Portugal est une pierre jaune taillée en poire et le Bleu de France est taillé en triangulaire arrondi.

—  Mais il y a le Hope, fit Harry prenant un air naïf.

—  En effet, mon jeune ami, fit le commerçant ce qui fit froncer le nez à l'intéressé, mais personne ne peut être sûr que c'est bien la même pierre. Moi en tant que professionnel, je n'en suis pas persuadé. Si vous avez des pierres à expertiser, je vous conseille d'aller voir Van Elstein à Anvers, il est dans le quartier bien connu des diamantaires. C'est un vieux bonhomme qui ne paie pas de mine mais un maître en sa partie, traiter avec lui est toujours un plaisir. Moi, je m'intéresse seulement aux bijoux montés.

—  Et en plus des pierres ?

—  Beaucoup de pièces ne sont pas décrites de façon précise. Il y a une grande parure en saphir et diamants, un large collier avec de grosses émeraudes, un bijou du XVIIème siècle une vraie merveille, des perles exceptionnelles montées en ferrets, un bijou chinoiserie avec de superbes perles noires et des diamants.

—  Et cette montre à gousset ?

—  Il y avait des montres aussi, mais sans aucune description. Il est exact, fit le joaillier, en l'examinant qu'elle correspond à cette époque mais je ne peux pas vous en dire plus. Puis-je l'ouvrir ? Il n'était pas rare de voir certains nobles en porter plusieurs et utiliser celles-ci comme cachettes.

Ayant reçu l'assentiment de Sylas, il l'ouvrit avec d'infinies précautions pour découvrir un mécanisme complet qui occupait toute la place dans le boitier et donc aucune cachette.

—  Non, rien d'autre à en dire, si ce n'est qu'elle est en or, fit-il manifestement déçu.

Sortis de la bijouterie, ils allèrent prendre une tasse de café et firent le point. Manifestement, les bijoux, tout au moins certains, étaient bien les joyaux volés lors de la révolution française. Aller voir le diamantaire anversois semblait la prochaine étape nécessaire. Ainsi que lire les fameux carnets rouges.



oOo



En fin d'après midi, ils atterrirent une fois de plus dans le petit chemin à côté du castel rose. Une fois de plus, leurs amis de la terrasse les virent gravir la pente herbeuse, hanche contre hanche. Cloud, Justin, Sylvain et Aymeric les accompagnaient. Jimmy et Erwin, aussi. Une fois de plus Ginny, les voyant enlacés, adressa une grimace à Hermione qui ne passa pas inaperçue de Gaby et Frédéric. Une fois de plus, Dray et Sy, mains unies les regardaient le sourire aux lèvres, complices dans l'amitié comme dans l'amour.

Pierre, sa femme Hélène, Sarah, Mahaut et Fabian arrivèrent peu après. Ils se retrouvèrent bientôt à discuter des derniers évènements de leurs deux mondes, pourtant tous gardèrent le silence sur la découverte des bijoux.

 

Après un dîner d'anniversaire où Françoise et les elfes avaient unis leurs efforts pour faire plaisir à Cloud, ils transplanèrent dans la petite ruelle derrière le club voisin qui était fermé. Pierre-François laissa prudemment Erwin et Jimmy se charger de Gaby et Frédéric. La colère de Harry était encore trop proche dans son esprit pour qu'il risque d'en provoquer une autre. Pourtant c'est la nuit passée ensuite qui l'avait marqué.

Ils avaient fait l'amour, oui. Symboliquement, il s'était donné, soumis à Harry et lui, semblant le deviner, s'était oublié pour son loup, prolongeant sa jouissance encore et encore avant de le mener à l'orgasme. Etrange sentiment provoqué par ce plaisir que lui dispensait son amant tout attentif à ses besoins mais ne perdant à aucun moment sa concentration toute centrée sur lui.

Il aurait aimer voir les yeux de son jeune agneau se voiler, l'entendre gémir sous les caresses, hoqueter lorsqu'elles étaient osées et qu'il n'y était pas encore prêt. Il aimait cette odeur capiteuse d'après l'amour qu'il respirait sur son corps et qui trahissait la fébrilité de tout son être arqué par le plaisir ultime. Il aimait contempler son corps pantelant, moite et brûlant, tout alangui, rien n'était plus troublant que ce sentiment de puissance qu'il ressentait. Alors, il le testait d'une caresse, d'un mot tendre, le voyant frémir sous ses doigts, sous son souffle, enivrante sensation.

Il avait ressenti après de douces caresses, de doux mots d'amour chuchotés à trois, le besoin de le faire une seconde fois, pour que son agneau aussi jouisse pleinement. Jim et lui avaient dû déployer tout leur savoir pour lui faire oublier ce qui s'était passé et enfin l'entendre crier longuement sa volupté, sans retenue. Il dormait le plus souvent dans les bras de Jim, la tête dans son cou, lui se blottissait contre un des deux les enlaçant, de préférence contre Harry, le visage dans sa nuque. Là, ce dernier avait passé la nuit entre ses bras, cramponné à lui, le réveillant au moindre de ses gestes nerveux, de ses sursauts. Il avait eu beau le serrer contre lui, un genou remonté sur sa hanche pour le maintenir et le rassurer, Jim, de son côté, le ceinturer doucement, la tête posée dans sa nuque, son sommeil n'était devenu paisible qu'au petit matin. Il était redevenu pour lui, en un instant, de Lauzun le prédateur, le libertin. Il s'en était voulu terriblement, il avait oublié un bref moment à quel point Harry avait besoin de tendresse, d'amour, le résultat de sa puérile provocation était désastreux. Totalement hors de proportion mais désastreux !

 

Instinctivement, il resserra son étreinte sur sa taille d'un geste captatif. Les émeraudes accrochèrent brièvement son regard, il sentit son corps s'abandonner contre lui et ses doigts se refermer fermement sur le bas de son dos. Il se tourna vers Jim, rencontrant ses lacs paisibles qui les guettaient, il effleura les lèvres douces et tentantes, explora l'antre chaud, mélangeant leurs langues, leur salive en un ballet érotique. La main dans sa nuque, il maintint sa bouche contre la sienne, pour un baiser devenu dur et dominateur. Il le voulait à sa merci cet agneau trop calme, trop serein, il le voulait plein de cet appétit qui dévore ! Celui qu'il ressentait tout comme Harry.

Jim lui répondit d'un lent sourire provocant, pressant le bas de son corps contre le sien, son envie contre la sienne. Il ferma les yeux pour ne pas gémir. Comme il le connaissait bien, son bel amant ! Une tendre guerre pour la domination de l'autre ! Excitante, perturbante ! le jeune moldu gagnait du terrain lentement, jour après jour. Il caressa le bas de ses reins, s'appuyant sur son bas-ventre pendant qu'il détournait son visage pour embrasser Harry. Baiser avide, frénétique qui le fit geindre dans sa bouche. La passion de son agneau répondait tellement bien à la sienne, elle réveillait ses instincts primaires, un besoin de les prendre là, sur place. Quand Harry s'agrippa à ses cheveux dans sa nuque avec emportement, ravageant sa bouche âprement, cela ne fit que satisfaire son propre besoin de violence.

Le bruit d'un plop sonore les rappela à la réalité et ils se séparèrent, pas assez vite toutefois pour donner le change aux arrivants. Jimmy leur adressa un sourire moqueur tandis que Ginny ne les lâchait pas des yeux. Erwin, Gaby et Frédéric restèrent impassibles tandis que Liam faisait un petit claquement de langue impatient.

—  C'est gentil de nous attendre, se moqua Sirius. Fallait pas ! On connait les lieux !

Ils débouchèrent dans l'artère animée à cette heure et passèrent devant le portier qui salua son patron et ses amis.

—  Harry ! l'appela Erwin en lui tendant un mouchoir en papier, tiens, essuie ta bouche, tu saignes.

—  Merci ! lui dit-il en souriant avant de rejoindre ses deux compagnons qui l'attendaient.

—  Désolé, mon amour, fit Pierre-François en passant un doigt tendre sur ses lèvres.

Seul un regard lumineux lui répondit. Manifestement, son agneau lui ne l'était pas. Ils descendirent au sous-sol et se dirigèrent vers le petit coin qu'ils connaissaient bien maintenant. Une fois de plus c'était Kevin qui présentait la soirée.

—  Que lui as-tu préparé, mon loup ? demanda Harry curieux car il n'avait rien voulu leur dire.

Déjà la lumière diminuait jusqu'à n'être plus qu'un rond qui illumina Kevin cette fois en costume sombre. Cet homme semblait avoir une multitude de facettes. Harry constata avec dépit qu'il lui allait aussi bien que sa tenue provocante et aguichante lors de la séance de striptease. Le public ce soir était restreint. Il voyait Cloud se tourner vers eux, il attendait avec impatience cet anniversaire exceptionnel.

—  Il a monté son premier spectacle à 14 ans. À l'âge de 16 ans, il enseignait la prestidigitation à l'université Fordham à New-York. Ensuite il a créé les illusions de la comédie musicale The Magic Man et ce fut le début d'une extraordinaire carrière dans les pays du monde entier. Globalement on peut dire que son œuvre est marquée par une constante recherche scénographique. On lui doit des spectacles grandioses dédiés principalement au rêve, à ce qu'on pourrait appeler « l'abandon du refus de croire », c'est-à-dire l'acceptation de l'existence de la magie. La sensualité a toujours sa place dans ses numéros où la magie n'est plus une fin en soi mais un moyen d'aboutir à un spectacle complet.

Ses numéros d'évasion ne sont plus à présenter. Aussi talentueux qu'Houdini, il ne déçoit jamais. Il a fait disparaître l'Orient Express, la statue de la liberté, il a traversé la muraille de Chine... Un triomphe pour Monsieur David Copperfield !

—  Un magicien moldu ! chuchota Harry stupéfait.

—  Cloud rêvait de voir comment ils font. J'ai décoré son appartement, il me devait un plaisir pour un service rendu...

L'illusionniste ne sembla pas se focaliser sur le fait que son public était restreint, lui qui avait l'habitude de milliers de spectateur, il fit pour les personnes présentes un vrai spectacle. De la lévitation de ses deux assistantes en passant par la manipulation des cartes pour aboutir à un numéro d'évasion des chaînes qui le ligotaient, le personnage charismatique, en plus d'une heure, leur esquissa toute la palette de ses talents. Il fut applaudi à tout rompre par tous les invités présents. Quand, pour l'anniversaire de Cloud, il lui fit cadeau de l'explication d'un de ses tours de cartes, il conquit l'admiration de celui-ci, redevenu pour un instant un enfant.

Le spectacle terminé, ils remontèrent au le club. Pierre-François percevait l'impatience d'aller sur la piste de ses agneaux. Il les emmena ainsi que leurs invités dans le coin qu'il avait demandé à ses employés de leur réserver. Assis entre eux, le regard errant sur sa clientèle, sur leurs amis en train de danser, il était bien, mais il sentait contre lui la jambe de Harry remuer en rythme et les doigts de Jim frémir sur sa cuisse. Avec un petit rire, il finit par les tirer vers la surface de danse sous les yeux étonnés de Frédéric et Gaby .

—  Il va danser ? ici ? s'étonna ce dernier.

—  Bien sûr ! Harry et Jim adorent ça, je ne vois pas ce qu'il y a de bizarre.

—  Il a toujours eu pour principe de ne pas le faire avec sa clientèle, je ne l'ai jamais vu qu'en extérieur et rarement d'ailleurs.

—  Il ne danse pas avec la clientèle mais avec ses compagnons et aussi ses associés dans la direction du club puisqu'ils partagent tout.

—  Ils ne se sont pas trop fait prier, je suppose, railla Gaby.

—  Ils n'ont aucun des deux besoin de ça. Ils ont des moyens conséquents et participent au frais de leur vie en commun.

Ils regardaient les trois hommes. Comme d'habitude, Harry fermé à tout ce qui n'était pas la musique se déhanchait en rythme, provocant sans le vouloir. Jim avait cette grâce nonchalante dans la danse comme dans tout ce qu'il faisait. Les yeux remplis de désir, il ne lâchait pas ses amours d'une semelle. Quant à Pierre-François, il mettait dans ses gestes cette sensualité et cette élégance qui lui étaient propres et qui attiraient l'attention partout où il allait. Il passa derrière Harry, posa sa main sur son estomac, sa poitrine contre son dos et ondula en accord avec lui, son regard ne quittant pas Jim.

—  Il me semble que Pierre-François fait monter la pression ! se moqua Sirius.

—  Je ne l'ai jamais vu se conduire comme ça ! fit Gaby stupéfait voire choqué.

—  Tu voulais qu'il le fasse avec qui ? André ? Kevin ? Avec qui a-t-il formé un vrai couple ? Il n'a eu que des aventures le plus souvent sans lendemain, railla Draco appréciant peu les critiques du jeune coiffeur. Là il les aime et ils sont beaux ensemble, infiniment sensuels.

—  Moi, je ne l'ai jamais connu que comme ça ! intervint Pierre. Fou d'eux et ne le cachant pas. Aimant leur corps autant que leur âme.

—  Avant eux, il n'avait pas encore aimé. Juste pris du plaisir quand il en rencontrait. analysa Hélène.

—  Jamais il n'a trompé André, rectifia Frédéric, il n'avait pas de sentiments pour lui mais il l'a toujours respecté, même quand ils ne s'entendaient plus.

—  La vie privée de mon père n'a nul besoin d'être débattue en place publique. Le principal c'est qu'ils soient heureux. C'est ce que nous voulons tous non, le bonheur pour eux trois ? lança Cloud afin de clore le débat.

Prudemment, personne ne répondit. C'est bien connu, chacun a sa version du bonheur. Draco, Sylas et Mione ne tardèrent pas à les rejoindre sur la piste avec les plus jeunes et les deux coiffeurs se retrouvèrent bien vite seuls à la table avec Jimmy et Erwin. Kevin, au bar, ne quittait pas des yeux son ex-amant et ses compagnons. C'est ce qui attira l'attention de l'ancien serpentard sur lui mais aussi sur l'homme qui était à côté de lui sans qu'il y ait un lien entre les deux. Le seul point commun était la haine adressée à leurs amis qui brillait dans leurs yeux. Il se pencha vers Jimmy, semblant lui murmurer des mots tendres. Nul sursaut de la part du langue de plomb qui ne tourna même pas la tête vers l'inconnu. Toutefois dès que Hermione et Draco revinrent à la table, il leur parla avec le sourire.

Le legilimens essaya de s'introduire dans l'esprit de l'homme sans y parvenir, il fut aussitôt rejeté. Il insista. Le sorcier était un très bon occlumens. Il lui fallut la puissance d'Hermione et celle de Sylas, qu'ils avaient rappelé près d'eux en catastrophe, pour voir dans l'esprit de l'autre une scène de mariage, celui de Pierre-François avec une très jolie blonde à l'air éthéré, dans une salle somptueuse remplie d'invités. Le marié pourtant ne semblait pas à la fête. Il vit ensuite un cortège funèbre que suivait bien peu de monde. En tête marchait un Pierre-François plus jeune qui semblait accablé, accompagné de son frère et d'un sorcier plus âgé au visage sévère et glacial. Avant que l'homme se détourne et sorte du club, il eut le temps de voir un baiser passionné pris et consenti entre cet homme et l'épouse de leur ami. Manifestement, cette image était postérieure au mariage, la jeune femme avait mûri et semblait triste.

Draco raconta aux autres la cérémonie, l'enterrement et tut le baiser, ça ne regardait que l'intéressé. Personne n'aime avoir le rôle du mari trompé, même si il n'est pas amoureux.

—  Tu vas leur en parler ?

—  Pas maintenant. Il n'a pas de mauvaises intentions immédiates mais ferait une très bonne recrue pour François-Marie ou O'Reilly.

—  Vous prenez votre rôle très au sérieux, se moqua une fois de plus Gaby.

A dix-neuf ans, nous avons vécu huit ans de guerres intestines, nous y avons tous perdu des proches, Harry plus que n'importe qui. A chaque fois, il est le premier visé à cause de ce qu'il représente, mais aussi parce qu'il est lui, pur, incorruptible, intervint Erwin.

—  Sauf quand la vie de son amant est en jeu !

—  Il était prêt en effet à sacrifier la paix du monde sorcier pour Pierre-François et nous savons tous quel déchirement cela représentait pour lui, admit Draco. Qui vous a raconté ça ?

—  L'intéressé lui même !

—  Comme vous avez du le blesser pour qu'il éprouve le besoin de prouver que Harry l'aimait vraiment ! rétorqua Hermione.

Ils la regardèrent interloqués n'ayant pas vu les choses sous cet angle. Les premières mesures d'une musique latino se firent entendre. Draco reporta son attention sur la piste. Sylas dansait à présent avec Pierre-François tandis que les deux fiancés étaient ensemble. Il interrogea Hermione des yeux.

—  Vas-y, Dray. Je suis fatiguée. Mais j'aime vous regarder, fit-elle avec un petit sourire complice ce qui réjouit son mari.

Il choisit de se coller contre son meilleur ami que cela fit rire. Harry retourna dans le temps, à ce moment où le beau sorcier blond n'était pas encore son amant, son amour, à cette première soirée où le prédateur de Lauzun les regardait avec un désir brut sur le visage. Il rencontra ses yeux clairs et leur sourit. L'envie y était encore et toujours, inépuisable mais plus douce, plus amoureuse et c'était parfait comme ça.

—  Il va lui falloir combien de temps pour venir te récupérer, à ton avis ? chuchota Draco.

—  Il tiendra jusqu'à la fin de la danse ! Il est poli ! fit Harry moqueur en regardant tendrement son loup.

Mais quand il voulut venir les retrouver, un corps s'interposa entre eux et Harry ne put que supporter la vue de Kevin se collant contre l'aimé pendant que Draco retrouvait les bras de Sylas. Manifestement, Pierre-François ne tenait pas à faire d'esclandre dans l'établissement et le disc-jockey en avait profité. Il les voyait discuter âprement mais de façon plus qu'évidente ce n'était pas sur la conversation que comptait le garçon pour le ramener à lui mais sur l'effet de son corps contre le sien qui essayait de lui rappeler des jouissances passées.

—  Calme-toi, mon amour, lui murmura Jim. Ce n'est pas en se frottant sur lui comme une chienne en chaleur qu'il va arriver à ses fins.

—  Je ne vais pas me mettre en colère, mon cœur. Hier m'a suffit ! fit-il avec un haussement d'épaules.

Mais quand Pierre-François vint les retrouver enfin débarrassé, il eut difficile de prendre la place du gêneur. Son amant vit très bien son léger recul involontaire et eut un sourire tendre.

—  Tu veux que j'aille brûler de suite la chemise et le pantalon qu'il a touchés et que je finisse la soirée à moitié nu ? souffla-t-il à l'oreille de Harry.

Celui-ci éclata de rire.

—  Si tu fais ça, je vais devoir lutter contre la moitié des clients présents pour préserver ton superbe corps, je ne suis pas sûr d'y arriver sans dommage pour le club ! plaisanta-t-il.



Ils dansèrent longtemps, jusqu'à l'aube, oubliant pour une fois leurs soucis et leurs ennemis. Ils avaient pourtant demandé en partant à Sven si il avait lui aussi été importuné, c'était le cas. Harry se fit la remarque que l'enquête était très peu discrète et qu'il devait y avoir une bonne raison à la chose. Ils s'échouèrent au petit matin dans le salon du castel. Harry regardait ses amis proches rassemblés autour de lui. Cloud était aux anges, Sarah contre lui, il rêvait d'essayer ce tout nouveau balai que son père adoptif et ses compagnons lui avaient offert. On en disait des merveilles.

—  Tu ne dormiras pas, ma tendresse, fit Pierre-François qui contemplait Jim en train de prendre sa seconde tasse de café.

—  Je ne vais pas au lit avant de savoir ce qu'il se passe, rétorqua-t-il en regardant vers Hermione, Draco et Sylas avec un sourire ironique. J'attends de connaître ce que ces cachottiers nous taisent depuis tantôt.

Draco soupira. Quand ce n'était pas Harry qui les devinait, c'était Jim. Tous les regards étaient tournés vers eux, pourtant c'est Erwin qui prit la parole.

—  Un peu après le spectacle, j'ai remarqué que Kevin ne vous quittait pas des yeux et son regard était loin d'être aimable. Ce faisant j'ai noté qu'il n'était pas le seul à vous fixer. Assis deux tabourets plus loin, il y avait un homme brun qui doit avoir sensiblement le même âge que toi, fit-il en se tournant vers Pierre-François. La haine qu'exprimait son regard m'a poussé à demander à Draco de lire dans son esprit.

—  Il m'a rejeté dès que j'ai essayé de m'y introduire. J'ai du faire appel à la puissance du pacte pour arriver à franchir ses barrières mentales. Ce que j'ai vu te concernait, Pierre-François. Je t'ai vu le jour de ton mariage avec ton épouse, puis à ce que je suppose être ses funérailles, tu étais en compagnie de ton frère et d'un homme plus âgé.

—  Que faisait un sorcier à "L'Aigle Noir" ? fit Harry perplexe. Tout le monde sait où nous trouver dans le monde sorcier.

—  J'ai l'impression que ce dernier saura bientôt que le directeur de Poudlard et le propriétaire du club ne font qu'un, commenta Hermione.

—  On voit cet homme dans ces souvenirs Dray ? demanda l'intéressé.

—  Oui.

—  Tu peux mettre ce que tu as vu dans une pensine ?

Quelques minutes plus tard, ils visionnaient les pensées du sorcier.

Harry et Jim revoyaient une fois de plus leur amant dans une période importante de sa vie moins dramatique que les premières, pourtant il n'avait l'air particulièrement heureux en cette journée de noces. Ils retrouvaient cette élégance des mouvements, la souplesse du corps moins mature, plus gracile, il était superbe dans une robe bleu nuit. La jeune femme à ses côtés était souriante, gracieuse et semblait fragile comme un joli bibelot. Elle avait un air ravi et heureux qui contrastait avec celui sombre et éploré de son mari. Quand on savait les moyens employés par son père pour le contraindre à cette union, ce n'était pas étonnant.

—  Je ne me suis pas rendu compte à ce moment là qu'elle était aussi heureuse de m'épouser, murmura Pierre-François. Elle n'a pas tardé à déchanter et à comprendre que je ne l'avais épousée que sous la contrainte. Elle ne méritait pas ça.

—  Tu sais très bien que tu n'étais pas responsable de la situation, fit Jim tendrement.

—  Etait-ce une raison pour accepter de gâcher sa vie ? lui répondit-il en secouant la tête.

Le second souvenir de l'homme apparut et se précisa. Ils suivirent pendant quelques instants le cortège funèbre.

—  C'était son enterrement, quelques jours après la naissance de Henri-James.

—  Qui est l'homme à côté de ton frère ? demanda Gaby.

—  Mon père.

—  Le mien était là aussi, constata Cloud.

—  Tu as l'air tellement triste, fit Hermione.

—  Je ne l'aimais pas en amant, en mari, mais je la respectais infiniment et j'avais beaucoup de tendresse pour elle. Je m'en voulais de ne pas lui donner ce qu'à vingt ans elle était en droit d'attendre de la vie. Je n'honorais sa couche que dans le but de procréer, soupira-t-il. Je n'ai pu que lui offrir mon amitié et ma fidélité. J'ai regretté plus encore, après ses fausses couches, de la mettre une nouvelle fois enceinte. Je me disais que j'obéissais à mon père qui ne nous lâchait pas, mais j'avais en moi l'envie d'être père. Chaque erreur que j'ai faite, je l'ai payée chèrement.

D'un même geste, ses compagnons prirent sa main. Il porta les leur successivement à sa bouche posant ses lèvres sur le bout de leurs doigts. Témoignage de tendresse infinie que de coutume il gardait pour leur intimité et qui choqua ses propres amis, peu habitués à le voir aussi démonstratif.

—  Draco ! continue !

—  Il y a encore un souvenir mais je préférerais que tu le voies seul.

—  Je n'ai aucun secret pour mes amours, ni pour mes amis.

—  Pierre-François, tu devrais...

—  Non ! Vas-y !

Le troisième souvenir défila sans que personne dise un mot.

—  C'était lui qui était au club ?

—  Oui. Tu le connais ?

—  C'est un de ses cousins, un français comme elle. Peut-être était-il là, aujourd'hui, par hasard et m'ayant aperçu... Comme le destin qui vous a menés à moi, fit-il à ses amants.

—  Tu n'as rien vu dans son esprit qui puisse nous dire son but ou la raison de sa présence ? demanda Harry.

—  Non ! fit Draco en secouant la tête.

—  Bon ! on verra ça demain. Il est temps d'aller dormir. Notre petite princesse ne se lèvera pas plus tard parce que nous sommes sortis toute la nuit. On y va?

—  Si tu veux, acquiesça Jim.



oOo



Ils tirèrent Pierre-François vers la sortie. Erwin et Jimmy, Cloud et Sarah ne tardèrent pas à les suivre laissant le trio seul avec les amis de Pierre-François. Ils restèrent muets un moment.

—  Dire qu'il venait justement de dire que pendant les cinq ans de leur mariage, à défaut de l'aimer, il lui avait au moins été fidèle.

—  C'était peut-être une erreur. Un baiser unique ! avança Hermione.

—  Elle n'avait pas l'air surprise et y a mis beaucoup de cœur, je trouve, soupira Sylas.

—  Manifestement, ils étaient amants. Heureusement que son fils lui ressemblait beaucoup, fit Frédéric.

—  Si Harry a désiré l'emmener c'est qu'il a vu que ça l'avait atteint. Il ne voulait pas qu'il montre sa faiblesse et le regrette après, fit Hermione.

—  Tu crois qu'il a pensé à ça ? fit Gaby perplexe.

—  Attends de le connaître ! Harry est quelqu'un d'exceptionnel, fit Draco.

—  Tu en parles avec tellement de tendresse que je me demande pourquoi tu es avec Sylas et pas avec lui.

—  Tout ça se résume en un mot : amour ! J'aime Sylas d'amour. Je n'ai jamais été épris de Harry ni lui de moi, fit Dray en regardant Gaby d'un air ironique.

—  Jamais, tendre ami ? fit avec un sourire Sy.

—  Jamais ! J'ai pu être tenté par lui à une époque mais amoureux non ! Tu le sais, nous l'avons déjà évoqué.

—  Oui, mais ce perturbateur l'ignorait, fit Sylas railleur et en se tournant vers le coiffeur. Tu aimes semer la discorde, je ne sais quel plaisir tu y trouves mais c'est un fait, tu adores ça. Tu peux oublier ton petit jeu avec nous trois, nous avons un lien unique qui nous permet de ressentir ce que les deux autres éprouvent. Tu peux oublier aussi en ce qui concerne Harry, Jim et Pierre-François, ils ne s'y laisseront plus prendre. Tu n'as jamais pensé que tu pouvais provoquer des catastrophes, marquer des vies avec tes idioties ? Frédéric, tu n'es pas comme ça, pourquoi le laisses-tu faire ?

—  Au début que nous étions ensemble, j'ai essayé, soupira ce dernier, mais ça n'a mené qu'à des disputes entre nous.

—  Ne t'attaque pas à nos amis, Gaby ! prévint Sylas. Trouve d'autres amusements.

—  Tu me laisses Cloud et la gamine ? se moqua-t-il.

—  Cloud t'a jugé avant nous tous ! Quant à Justin, tiens toi loin ! tu y laisseras des plumes, il est féroce.

—  Vous avez des amis ? questionna Mione curieuse.

—  Peu, soupira Frédéric. Ils le connaissent depuis longtemps et il n'arrive plus à semer la zizanie.

—  Charmante la façon dont tu parles de moi ! s'exclama son compagnon vexé.

—  Ce n'est que la vérité et tu le sais. Nous ne voyons plus certains que j'aimais beaucoup parce que tu as réussi à provoquer des mésententes, ce qui se retourne souvent contre nous.

Gaby quitta la pièce dans un envol digne des caprices d'une grande diva. Frédéric soupira.

—  Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?

—  Huit ans ! qui n'ont pas toujours été faciles. Il avait un an de moins que Harry quand nous avons commencé à sortir ensemble et moi vingt six ans. Ses parents l'avaient mis à la porte quand il leur avait appris son homosexualité. Nous l'avons hébergé mon copain et moi. Nous n'allions pas laisser un gosse tel que lui à la rue, c'était impensable. Il ne pouvait que lui arriver malheur et il y en a dont on a difficile de se libérer après. Trois semaines plus tard, Nicolas m'a quitté. Il avait réussi à nous brouiller.

—  Tu étais tombé amoureux ?

—  J'aimais Nicolas, j'en étais fou. Il était trop fier et n'a rien voulu entendre. Ce n'est qu'après, en vivant avec Gabriel, que j'ai appris à le connaître et à l'aimer.

—  Mais tu n'as jamais oublié Nicolas, fit doucement Mione.

—  C'était un autre amour, un amour fou, passionné, comme Pierre-François et Harry.

—  Ne néglige pas Jim. Regarde les bien et tu t'apercevras que si il est plus discret, il est très présent dans leur trio. Leur amour est profond. Hermione est la première à avoir compris ce qu'il se passait, à voir qu'ils tombaient amoureux de Pierre-François. Lui ne s'en est pas caché depuis le premier jour, il regardait leur petit couple comme la huitième merveille du monde, se moqua Dray. Dès le départ, Harry a fait des choses folles pour ce beau sorcier qui n'avait pas dissimulé le désir qu'il avait d'eux au point que ça en était indécent. Il a commencé à se mêler de sa vie, à le protéger, à s'occuper de sa fille, à risquer la vie du groupe pour intervenir devant des ennemis, communs c'est vrai, puis il a accepté le bracelet elfique qui les lie. En quelques semaines ils avaient décidé de vivre ensemble, avant même d'être amants. Lorsque Pierre-François a été enlevé, il était allé chercher au dehors une aventure, un plaisir, supportant difficilement de les voir ensemble devant lui. Cela n'a pas changé les sentiments de Harry et c'est à ce moment en le voyant entre la vie et la mort que Jim a réalisé les siens.

—  Il les aime aussi, je sais, fit Frédéric. Il me l'a dit et répété.

—  Alors fais attention à Gaby.



oOo



Les deux moldus furent réveillés par des cris martiaux vers onze heures. Frédéric n'étant pas du matin, se leva en maugréant et se pencha à la fenêtre. Sur la terrasse, son ami, ses compagnons, une partie des invités, Pierre et sa fille, Justin, Cloud, les enfants, bref les trois-quarts des habitants du castel, étaient réunis en kimono ou en survêtement pour une séance de karaté sous l'œil attentif de Jim et de Pierre-François. Ce dernier rectifia une position de Cloud avec le sourire, à une réplique du jeune homme, il lui ébouriffa les cheveux en riant, avant de s'intéresser aux mouvements exécutés par Aymeric. Frédéric regardait les deux trios. Le premier était au service de tous, Draco et Sylas se consacraient à Hermione qui faisaient des étirements tout doux. Au bout d'une demi-heure, elle s'assit regardant ses hommes reprendre le cours normal de la séance. Enfin, vers midi et demi, ils s'arrêtèrent tous, pourtant ils ne quittaient pas la terrasse.

Le trio s'équipa de nunchaku et commença un entrainement particulier. Frédéric ne put s'empêcher de les observer.

—  Tu fais quoi, Fred ?

—  Je les regarde s'entraîner.

—  Je vois ! fit-il aigrement en s'accoudant à ses côtés.

—  Quoi ? Tu ne les trouves pas beaux tous les trois ?

—  Tu vas faire partie du fan-club Harry Potter ?

Ferédéric ne répondit pas tout en pensant qu'il ferait plus vite partie des admirateurs de Jim qu'il trouvait magnifique. Sur un signe de Pierre-François, ils arrêtèrent les mouvements préparatoires pour se lancer dans des figures compliquées qu'ils accomplissaient tous les trois en même temps. Il entendait les échanges entre eux.

—  Ta concentration, Harry ! Tu te relâches ! faisait Jim.

—  Méfie-toi du retour du huit tu sais bien que...

—  Je fais attention, mon loup.

Il avait remarqué les ceintures différentes, avec sa noire, le senseï était Jim, alors que Harry était le plus novice.

—  Frédéric, tu vas rester là encore longtemps ? Nous allons prendre une douche et puis nous déjeunons, lui lança Pierre-François sans même bouger la tête.

Malheureusement Harry lui la leva et c'est son ami qui dut arrêter d'un sort l'arme qui se dirigeait droit sur son visage.

—  Harry !

Il obtint juste un sourire éclatant qui lui fit lever les yeux au ciel. Les fléaux retrouvèrent leur place dans le sac et ils désertèrent la terrasse.



oOo



L'après-midi était superbe, Jim s'était installé sur une chaise longue pour profiter du soleil. Son fiancé vint s'asseoir entre ses jambes, son dos contre sa poitrine, les bras se refermèrent autour de lui et, sans s'en rendre compte, il eut un air de chat gourmand satisfait qui amena un sourire sur les lèvres purpurines.

—  Que je suis bien, mon cœur ! Où est Pierre-François ?

—  En train de se faire couper les cheveux.

—  Ils vont encore lui bourrer le crâne, râla Harry.

—  Ne te tracasse pas pour ça ! Il connait Gaby et Frédéric est plus raisonnable.

—  Qui est plus raisonnable, mes amours ?

—  ...

—  Celui-là ? Vous êtes sûrs ? se moqua-t-il. Ne me cachez pas ce que vous pensez, même si ça ne me plait pas. Frédéric vous trouve très agréables, il déplore juste le fait que vous soyez si jeunes. Il a peur pour moi, c'est tout. Gaby adore semer la zizanie, c'est son sport favori. C'est à toi, mon agneau. J'ai demandé à Frédéric de s'occuper de toi, je savais que tu le préférerais à Gaby. Après ce sera ton tour, fit-il à Jim en s'asseyant à ses côtés.

Sans un regard, Harry se leva avec un soupir et rentra laissant son amant perplexe. Il adressa un coup d'œil interrogatif à Jim.

—  P'ti loup, il n'est pas ton fils mais ton compagnon. Tu as de la chance qu'il n'a pas protesté, pourtant ce n'était pas l'envie qui lui en manquait. A aucun moment, tu ne lui as demandé son avis. Malgré toi, tu te laisses influencer par tes amis et tu le vois à travers leurs yeux, trop jeune et, pour certaines choses, un peu immature, si il est si impatient, si déraisonnable quand il s'agit de nous, c'est parce qu'il a peur de nous perdre, parce qu'il aime et est aimé d'amour pour la première fois. Il est tout ça mais il est aussi notre compagnon et nous savons à quel point il est adulte et mûr lorsque les choses sont plus sérieuses. Il est celui qui partage notre couche, qui nous protège de son mieux, qui fait tout pour nous rendre heureux, qui aime et élève ta fille comme si c'était la sienne. Pense à tout ce qu'il est et considère-le en tant que tel autrement j'ai bien peur que nous courions au désastre.

—  Je sais tout ce qu'est Harry. Tu me mets en garde ?

—  Oui. Il est aussi très fier.

—  Je ne t'ai pas demandé ton avis non plus.

—  En effet !

—  Je suis désolé, souffla-t-il.

—  Ce n'est pas grave, mon amour, fit-il avec un petit haussement d'épaule.

—  Je t'aime, Jim.

—  Moi aussi, murmura-t-il en redessinant du bout des doigts le visage penché vers lui, moi aussi.

Quand Harry revint, il trouva Pierre-François appuyé à la balustre regardant les enfants jouer dans le jardin. Sarah, Cloud et Justin, paresseusement étendus sur le gazon anglais, les surveillaient. Au bruit de ses pas, il se retourna, lui tendit la main et il se retrouva la hanche contre la sienne.

—  Ça te plait ? demanda-t-il en caressant la mèche qui revenait sur son front, soufflant sur deux ou trois petits cheveux coupés qui étaient restés dans son cou.

—  C'est plutôt à toi de me dire ça, tu semblais y tenir, rétorqua Harry.

—  Non ! pas particulièrement. Tout simplement ça me parait naturel comme de prendre sa douche ou de se laver les dents. Tu sais comment je te préfère ?

—  ...

—  C'est les cheveux en bataille lorsque tu te réveilles au matin, tout contre moi, que je sens ta peau encore moite de sommeil. Je te mordille doucement la nuque, tu te retournes, je remonte mon genou sur ta hanche, encore un peu endormi, inconsciemment, tu te frottes contre moi et je pose mes lèvres sur les tiennes, c'est le moment que j'apprécie le plus de la journée. Evidemment, il y en a bien d'autres mais celui-là est particulier, celui où je retrouve mon homme au lever, à mes côtés.

—  Tout comme toi, j'aime ce moment et aussi celui où tu te glisses contre moi la nuit pour dormir. Ton corps, plus ou moins alangui, me trahit tes secrets et me chuchote tes désirs. Je sais si tu as envie de faire l'amour ou si tu préfère de la tendresse ou encore si, fatigué ou d'humeur rebelle, tu veux juste dormir.

—  Tu ressens Jim de la même façon ? fit-il curieux tout en taquinant du bout des doigts le bracelet elfique sur son poignet.

—  Non ! Je lis tout ça dans ses yeux. Vous êtes très différents.

—  Comme toi et Jim, fit-il doucement. Passion et volupté.

Un sourire erra un instant sur la bouche tentante devant lui. C'est elle qui vint à sa rencontre pour un baiser bouleversant toutes ses certitudes. Les lèvres se firent douces contre les siennes, la langue se fit langoureuse, caressant incroyablement la sienne, un baiser où la passion cédait le pas à une sensualité enivrante. Ses mains, en arabesques lascives, le frôlaient en des caresses légères et osées. Il ne put s'empêcher de gémir dans sa bouche et fut à peine surpris du geignement qui lui fit écho et de la main qui se plaça dans le creux de ses reins. Il posa sa joue contre la sienne percevant le parfum capiteux qu'ils lui avaient offert à l'occasion de son anniversaire, il le huma avec délice, baissant la tête jusqu'à son cou afin de mieux s'en enivrer. Il le sentit frémir contre lui et sa main vint jouer doucement avec ses cheveux dans sa nuque.

Jim les découvrit ainsi, Pierre-François appuyé contre Harry les yeux fermés. Quand il les rejoignit dans cette étreinte, le regard troublé de l'aîné vint se poser sur lui, tandis que Harry souriait doucement. Il rit intérieurement avec tendresse, ainsi c'était le plus jeune, sa moitié, sa raison de vivre qui avait gagné cette douce bataille là.

—  Décidément je te préfère avec les cheveux courts, lui faisait justement ce dernier, en passant une main tendre dans ses boucles courtes avant de l'embrasser de tout son amour.



oOo



Le lundi matin, Harry, Jim, Sylas et Draco atterrirent dans la cheminée de l'université sorcière de Cambridge. Il avait décidé d'annoncer la couleur dès le début et sa main nouée à celle de Jim mettait leur relation en évidence. Il retrouva avec plaisir les élèves de la septième bis qu'il n'avait plus vus depuis plus de deux mois. Bientôt il y eut au milieu du hall un groupe animé d'une douzaine d'étudiants qui entourait le jeune couple. Les étrangers à Poudlard se repéraient vite. Un peu perdus, ils erraient seuls entre les groupes ou se tenaient solitaires dans un coin, contre un mur, regardant avec un peu d'envie les jeunes gens qui plaisantaient, se racontaient leurs vacances et riaient ensemble.

Madame Mac Gonagall traversa le hall, se dirigeant vers le grand amphithéâtre. Harry lui emboita le pas suivi de ses amis. Assis au premier rang, ils écoutaient le discours de la rectrice. Elle s'étendit longuement sur le besoin qu'avait leur monde d'un enseignement ouvert sur l'avenir et le monde moldu tout en protégeant au mieux leur univers et leurs traditions. Concluant que c'est dans ce but qu'ils trouveraient des branches aussi opposées que "Etude des manipulations de l'esprit et des auras magiques", "Etude de l'histoire de la sorcellerie et des trois magies" tournées vers la tradition du monde sorcier et "La politique sorcière intérieure et extérieure" dont une partie était consacrée au monde moldu.

Ils se dirigèrent ensuite vers le sas où les étudiants prenaient note de leur horaire. Harry et Jim, ayant déjà le leur, se contentèrent de recopier les différents amphis où ils auraient cours. Ils se rendirent enfin au premier de ceux-ci. Après la prise de contact habituelle, ils écoutèrent, pendant presque deux heures, le professeur Adams leur parler de l'histoire politique du monde sorcier. Harry retrouva, comme à Cambridge côté moldu, la difficulté de transcrire rapidement ce que disait le professeur. Jetant un coup d'œil vers Jim, il vit que celui-ci, habitué à l'exercice, n'avait pas le même problème. Il aurait pu se contenter de recopier ses notes ou de les photocopier, en lieu et place, il s'entêta et continua.

A la sortie du cours, Harry eut un sourire tendre pour la silhouette élégante appuyée contre le mur un peu plus loin que l'amphi et qui les attendait. Deux élèves venant de Durmstrang suivirent son regard pour connaître la raison de l'air satisfait de l'Elu. Ce dernier avait surpris bien des coups d'œil furtifs sur lui et Jim. Certainement aussi sur Erwin et Jimmy ou Sylas et Draco qui ne faisaient aucun mystère de leurs liens. Il savait que ça ne durerait que quelques jours, très vite des flirts, des rivalités monopoliseraient leur attention. Avec Pierre-François dans les parages, ils venaient de prendre deux jours de plus d'observation et de commentaires. Il s'en moquait, il en avait l'habitude.

Le restaurant universitaire, très différent de la grande salle de Poudlard, était déjà bien rempli quand ils arrivèrent. Il accueillait les étudiants en tables de huit à seize personnes, les bancs étaient remplacés par des chaises avec des accoudoirs. Draco leur fit signe, il avait retenu deux places en face d'eux . Il se décala d'un siège, ainsi que Sylas, pour en libérer une troisième afin que Pierre-François soit assis en face de ses agneaux. Tous les élèves venant de la septième bis augmentés de Luna étaient une fois de plus rassemblés.

Pierre-François avait hésité avant de venir. D'un côté, il voulait leur montrer et surtout à Harry qu'il prendrait du temps pour eux, d'un autre il avait peur de les mettre mal à l'aise devant les autres étudiants. La joie qu'il avait lue dans leurs yeux, lui avait confirmé que son choix était le bon.

—  Ça a été Harry ? demanda-t-il en voyant l'air préoccupé de son agneau.

—  Il n'arrive pas à prendre les notes assez vite que pour qu'elles soient complètes, fit Jim avant que son fiancé réponde.

—  Tout le monde est dans le même cas, soupira Draco.

—  Il faut un peu de temps mais ça viendra. Ne vous découragez pas. Vous êtes deux, vous pourrez comparer vos notes et les rectifier, ce n'est pas le cas de tous. fit Pierre-François en lançant un coup d'œil à un Erwin soucieux. Harry qui avait suivi son regard interpella son ami.

—  Erwin ?

—  Ce n'est rien.

—  Ce n'est pas rien quand tu as le sourire près des larmes, le gourmanda Harry.

—  Mon cousin Berthram est ici en sciences politiques comme vous.

—  Et ?

—  Ma famille ignore tout de mon orientation sexuelle. Ce soir, ce ne sera plus le cas.

—  Mais comment est-ce possible ? tu vis avec Jimmy !

—  Je suis parti de chez moi dès que j'ai eu dix-sept ans, je ne les ai vus que quatre ou cinq fois en deux ans. Mon père se contente de me verser une petite somme chaque mois. Ce sont nos seuls rapports.

—  Et comment crois-tu qu'ils prendront la chose ?

—  Mal !

—  Toutes les familles de Sang-Pur ne sont pas aussi fermées. Regarde Lucius.

—  Demande à Sylas ! Ma famille ressemble à la sienne, fit-il avec un soupir.

—  Où est Jimmy ?

—  Il n'a pas cours cet après-midi. Il est au ministère.

—  Alors cousin ! les interrompit une voix froide. Il y a longtemps qu'on ne s'est vus !

—  Bonjour Berthram !

—  Tu me présentes tes amis ? Bien que j'en connaisse déjà la plupart. Ils font souvent la une des journaux !

—  Ernie, Terry, Luna, Seamus, Justin, Pdama, Parvati, Draco, Harry, Jim et Pierre-François. Sylas tu le connais. Mon cousin Berthram.

Harry examina le jeune homme devant lui. Il était grand et massif, le masque de Sang-Pur collé sur la figure, le regard perçant et hostile. Il lui inspira de suite une méfiance instinctive. Il sentait en lui quelque chose de malsain, de destructeur. Il toisa les différents convives. Le contraste se voyait dès le premier abord. Harry et ses amis étaient en jean moldu, Berthram en robe traditionnelle sorcière.

—  Il manque quelqu'un ! Où est le jeune homme contre qui mon cousin Sang-Pur se salissait il y a quelques minutes ?

—  Me salir ? railla Erwin. Jimmy te vaut cent fois.

—  Tu fais honte à ton nom, Erwin Mac Feal, fit-il méprisant en élevant le ton.

—  Personne ne bafoue ton patronyme mieux que toi, intervint Harry calmement d'une voix tranchante. Regarde autour de toi, tu te donnes en spectacle devant tous. Tu cries et tu insultes comme la pire des putains. Tu manques de classe, de dignité et tu n'as même pas l'excuse de l'amour, car tu envies et détestes Erwin.

—  L'envier ? Pourquoi ? Parce qu'il sert de paillasson à l'Elu, au soi-disant héritier de Salazar Serpentard.

—  Erwin est mon ami, ainsi que Jimmy. Il n'y a personne à mes pieds. Il a les qualités, le cœur, le courage que tu n'auras jamais. Si tu étudies ici dans cette université, c'est grâce à eux. Où étais-tu quand ils cherchaient la clef de notre université ou qu'ils en négociaient la réouverture à Cambridge ? Lors de la conférence pour la sauvegarde de notre monde à Liège ? Et lors de la bataille de Stonehenge ? Ils y étaient tous les deux !

—  Parlons-en de la bataille de Stonehenge ! Supprimer Dolorès Ombrage et faire revenir Gellert Grindewald !

—  Il y a tellement de rumeurs ! railla Harry.

—  J'en suis sûr ! je l'ai vu ! Il avait la baguette de sureau. Il revient pour mener les Sang-Pur vers leur gloire.

—  C'est impossible ! s'exclama Pierre-François.

—  Ce n'est qu'une mystification ! se moqua Harry. Et je comprends bien des choses. Pour ta gouverne, il n'y a qu'un propriétaire du Bâton de la Mort ! c'est moi !











1. : Si Helie de Noailles est bien le duc en titre, son frère sorcier est bien entendu une pure invention pour les besoins de l'intrigue.

2. : Toutes les charrettes de prisonniers passaient par la rue Saint-Honoré pour se rendre à la guillotine. L'Hôtel des Noailles était situé dans cette rue.

3. : Le mystère de l'enfant du temple n'a jamais vraiment été éclairci.

"Selon l'historien Georges Bordonove, dans son Louis XVII et l'énigme du Temple, Louis XVII est mort non pas en 1795 mais plutôt entre le 1er et le 3 janvier 1794. Sa mort aurait entraîné la révocation de Simon et le remplacement de Louis XVII par un enfant qui, lui, serait mort en 1795. Cette hypothèse, partagée par Louis Hastier, est aujourd'hui infirmée et dépassée par les analyses ADN positives effectuées en 2000 sur le cœur du supposé enfant mort au Temple en 1795."

"Une autopsie est pratiquée en prison sur le corps du jeune prince et son cœur a été conservé par le chirurgien Philippe-Jean Pelletan. Le corps est alors inhumé au cimetière Sainte-Marguerite, puis recouvert de chaux vive. Les ossements n'ont jamais été retrouvés et ceux dégagés au XIXe siècle au cimetière Sainte-Marguerite, proviennent de plusieurs squelettes, dont un crâne d'un jeune adulte d'au moins dix-huit ans.

Le cœur de Louis-Charles de France changea plusieurs fois de main avant d'être placé, en 1975, dans la crypte royale de la basilique de Saint-Denis, lieu où ont été enterrés ses parents et une grande partie des rois de France.

Des analyses génétiques par comparaison d'ADN mitochondrial, pratiquées par le professeur Jean-Jacques Cassiman de la KU Leuven (Université Catholique de Louvain) en Belgique, et par le docteur Bernd Brinkmann de l'université allemande de Muenster, sur le cœur du présumé Louis XVII, et des cheveux de Marie-Antoinette, ont démontré en 2000 qu'il appartient bien à un enfant apparenté à cette dernière, en ligne féminine." (wikipédia)

Toutefois rien ne démontre qu'il s'agit bien la du cœur de Louis XVII. Après bien des controverses, le coeur en question a été déposé seulement le 8 juin 2004, dans la chapelle des Bourbons de la basilique de Saint-Denis,

 

 

 

 

 

 

entrer des mots clefs

 

 

 






09:34 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entrer des mots clefs |

06.02.2011

Le magyar à pointes

 

 

 

 

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 Le magyar à pointes

 

 


Kingsley Shaklebolt eut un soupir satisfait lorsque la porte se referma sur ses trois invités. Il lui avait fallu pas moins de quinze jours, de plusieurs entretiens, de deux réunions de l'Ordre du Phénix, pour convaincre le Survivant d'accomplir cette démarche dans l'intérêt du monde sorcier. Il ne s'était attendu ni à rencontrer une pareille opposition ni à devoir mener des tractations interminables avec ce jeune homme de dix-huit ans dont il connaissait pourtant la volonté sans faille. Sans la jeune Granger, il n'y serait jamais arrivé. Il ne lui restait qu'à attendre le résultat et à remplir sa part de marché, ce ne serait pas le plus facile.


Il appela Percy Weasley pour qu'il lui organise des rendez-vous avec les membres du conseil d'administration de Poudlard. Il savait qu'il lui faudrait leur appui pour convaincre Minerva Mac Gonagall de vaincre ses animosités et changer ses projets.



Bien loin de la satisfaction du nouveau ministre de la magie, Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier regagnait la rage au cœur sa maison du square Grimmaurd. Hermione et Ron le suivaient sans un mot. Une fois sur place, il fit du café. Il ne sentit la pression sur sa poitrine se relâcher que lorsqu'il eut vidé la première tasse et fut assis devant la seconde.

— Harry ? Je ne comprends pas, tu as eu ce que tu voulais. Il a plié devant toutes tes conditions. Tu devrais être satisfait! lui fit son amie étonnée.

— Je déteste cet homme. Il est tout ce que je méprise alors moi, aller lui proposer un emploi au nouveau ministère...

— Pourtant tu as accepté ! fit Ron.

— Oui, j'avais des choses à obtenir.

— Que tous les serpentards puissent refaire une septième à Poudlard !

— Notamment.

— Je ne savais pas que tu aimais autant les mangemorts !

— Je n'aime pas non plus cette attitude, Ron, qui consiste à faire des généralités. Rogue était un serpentard et un mangemort et l'homme le plus courageux que je connaisse.

— Mais aller jusqu'à exiger que son portrait soit réintégré dans le bureau de la directrice, c'est un peu exagéré non ?

— Non ! C'est là qu'est sa place. J'avais aussi des promesses à tenir. Des injustices à réparer.

— Comme ?

— Comme rendre justice à certains Serpentard. Phineas Black nous a aidé et je n'ai pas oublié sa phrase : « Et qu'on dise bien que la maison de Serpentard a joué son rôle ! Que notre contribution ne soit pas oubliée ! »

— ...

— Nous avons tous été encensés pour notre rôle, pour nos erreurs même. Nous pouvons bien partager un peu de cette gloire avec les oubliés. Mais aux lendemains des guerres il faut toujours trouver des responsables. Les plus acharnés sont souvent les tièdes, ceux qui ont tellement oscillé entre lumière et obscurité qu'ils ne savent plus eux-mêmes de quel côté ils étaient. Et lorsque vient l'heure de la victoire et aussi celle de faire oublier un rôle peu glorieux, lâchement, ils hurlent avec les loups contre ceux qu'hier ils ménageaient avec force courbettes. Les arrestations arbitraires, les procès inéquitables contre les mangemorts ou supposés tels qui n'ont pas droit à un défenseur sont un déshonneur pour le monde sorcier. Mais déjà l'acte suivant de cette tragédie se prépare, le temps de la honte, l'heure de réparer les exactions commises quand cela peut être fait et l'ambition de Lucius Malefoy est idéale pour ça.

— Mais tu as témoigné en faveur des Malefoy, non ? fit Ron amer.

— J'ai juste dit la vérité.

— Tu as quand même dit que la fouine ne méritait pas de rester à Azkaban.

— Je le pensais. Il n'avait rien à faire là et il y serait mort, si il y était resté quelques jours de plus. Malefoy a dix-huit ans, il est beau, il a les traits fins et le corps agréable. Tu n'as donc rien compris ou tu ne veux pas voir que certains du côté de la lumière sont des êtres aussi vils que les mangemorts ? Azkaban est une île isolée où ni prisonniers ni gardiens n'ont de femmes pour satisfaire leurs envies. Je dois te faire un dessin ? tu avais tes yeux où au procès ? Il n'avait plus la force de lutter ! Il se laissait mourir ! Personne ne mérite ça !

Hermione ne disait rien. Elle regardait son petit-ami s'enfoncer seul et écoutait le dialogue les yeux posés sur son meilleur ami. Elle revoyait son visage horrifié, décomposé, quand on avait trainé, presque porté, Draco sur la chaise des accusés. Extrêmement maigre, le visage tuméfié, un bras qui semblait pendre bizarrement, il paraissait prêt à défaillir à chaque instant, mais ce qui frappait dans ce visage était ces yeux éteints que le garçon gardait fixés devant lui, des yeux qui ne voulaient plus voir.

— Et tu trouves que c'est sa place sur les bancs de Poudlard une nouvelle fois ?

— Ce ne sera pas facile. Il a été, comme tous les enfants de mangemort, endoctriné dès son plus jeune âge. Ils vont maintenant devoir faire un choix et c'est mieux qu'ils le fassent loin de leur géniteur.

— Tu crois franchement qu'il va devenir tout à coup gentil, poli ? Surtout après ça ? Qu'il va oublier qu'il est un Sang-Pur et supérieur à ceux qui ne le sont pas ?

— Il a eu le temps d'y réfléchir ! A mon avis il est loin maintenant de se croire supérieur à d'autres. Il ne peut que se sentir sali. Il sera apaisé de se savoir en sécurité.

— Tu rêves ! C'est un enfoiré de première !

— Tout le monde a droit à une seconde chance, fit Harry d'un ton sec.

— Depuis sa sortie d'Azkaban, il est fréquemment au Chemin de Traverse. Il boit plus souvent qu'à son tour. Il s'est fait tabasser à deux reprises mais il y retourne quand même, seul toujours. On dit qu'il fréquente aussi le monde moldu et les bars gays dans le quartier chaud, intervint Hermione calmement.

— ...

— La canne de Malefoy senior sert aussi, parait-il, à corriger son fils qui tourne mal.

Au sursaut de son ami, elle pensa que cette dernière affirmation elle aurait peut-être dû la garder pour elle.

— Comment sais-tu tout cela ?

— Kingsley les fait suivre depuis plus d'un mois. C'est ton père, Ron, qui m'en a parlé. Draco a vu son monde s'écrouler, ils sont honnis de la majorité de la population même si le cas des Malefoy est plus discuté. Le geste de Narcissa a changé le cours de l'histoire du monde sorcier. Severus qu'il admirait travaillait en réalité pour la lumière. Seuls son père et son ambition sont du côté obscur.

— Tu as oublié les insultes pendant sept ans, la brigade inquisitoriale, la mort de Dumbledore ?

— C'était avant, Ron. fit Hermione en secouant sa crinière brune. ça me semble tellement loin tout ça. Nous avons tous changés, mûris. Entre Voldemort qui menaçait ses parents de mort pour le pousser à tuer ou ses bourreaux actuels, il ne doit plus avoir confiance en personne.

— Il n'a pas pu le faire. Il a voulu venir dans la lumière pour ne pas devenir un assassin, il n'en a pas eu le temps. Il a manqué quelques secondes pour que toute sa vie bascule. Quoi qu'il en soit, il n'a pas de sang sur les mains, contrairement à moi. Tellement de sang ! finit-il douloureusement.

— Harry ! le rappela son amie.

Mais déjà il avait quitté la cuisine et l'on entendait son pas dans l'escalier.



Trois jours plus tard, ils transplanèrent devant le parc du manoir Malefoy, ils poussèrent la grille non fermée et remontèrent la longue allée vers le bâtiment. Harry sentait en lui une appréhension qui se renforça lorsqu'il vit la porte du manoir entrouverte. Lucius Malefoy n'était pas homme à laisser sa résidence ouverte à tout va. Il retint Hermione par le poignet et fit signe de le suivre. Il se dirigea vers le côté de la maison et l'entrée des fournisseurs suivi de ses deux amis. Ils la trouvèrent grande ouverte. Le dragon de laiton ne signala pas leur arrivée. Tout était silencieux, tout semblait mort.

Harry sortit sa baguette. Ils hésitaient à l'entrée. La pénombre du couloir et les souvenirs ne les engageaient pas à y pénétrer. Finalement il se décida, le temps parfois est précieux. Il se faufila une fois de plus en voleur dans le sombre manoir sans rencontrer âme qui vive. Il se sentit glacé en pensant que peut-être ils arrivaient trop tard. En voyant une mince forme allongée sur le parquet du grand salon, il crut voir se confirmer ses craintes. Il se précipita oubliant qu'éventuellement les agresseurs étaient encore là et s'agenouilla à coté du corps inerte.

— Draco !

— Je t'attendais, Sauveur ! N'est-ce pas ton rôle ? arriva-t-il à railler.

— Arrête ton ironie ! Explique moi !

— Ils sont partis il y a un moment déjà. Ils ont emmené mes parents en bas dans les cachots.

— On va aller les chercher, cesse de parler, tu te fais du mal. Il faut que tu ailles à Sainte-Mangouste.

— Non ! C'étaient des aurors. Nous ne sommes en sécurité nulle part.

— Bon alors je vais appeler Poppy. Et tu ne bouges pas !

Mais le garçon s'était évanoui et ne l'entendait plus. Il lui fallut un moment pour voir la tête de Minerva dans l'âtre du manoir. Il passa outre son air mécontent et demanda que Madame Pomfresh le rejoigne immédiatement. En entendant du bruit, il se retourna baguette pointée vers les arrivants, il s'agissait de ses amis qui faisaient léviter les deux corps inertes des Malefoy qu'ils déposèrent sur les canapés. Il en fit autant de Draco.

Une bonne heure plus tard, les trois dormaient assommés par les potions.

— Madame Malefoy s'en remettra sans problème, elle devrait se réveiller dans quelques heures. Quant à lui, fit-elle en désignant Lucius, il est solide heureusement. Ils ne l'ont pas épargné. Apparemment, ils voulaient le faire souffrir et non le tuer.

— Une intimidation ! murmura Harry.

— Certainement. confirma l'infirmière. Le plus touché c'est lui. J'ai beau ne pas aimer ce garçon, pour être dans cet état il a du en voir des dures ces derniers temps. Son corps est épuisé mais je crois que c'est voulu. Il se détruit.

— Hermione, Ron, vous pourriez les monter dans leur chambre ?

Ron voulut lui répondre mais son amie le retint par le bras et le poussa vers les corps immobiles. Il entendit deux mobiliscorpus et les vit s'éloigner.

— Que faut-il faire ?

— L'entourer ! Ne plus le laisser boire. L'obliger à manger. Ça c'est pour le côté physique. Coté mental, il faut qu'il se croit digne d'être aimé et pas pour son corps. Je sais depuis deux ans déjà qu'il est gay et dans une famille comme la sienne ce n'est pas une bénédiction. Je vous connais bien tous les deux, Harry, personne n'a passé autant de temps à l'infirmerie. Celui qui choisira cette voie devra lutter contre son entourage car un Sang-Pur doit perpétuer son nom et non aimer un homme, contre le sien, contre l'extérieur car un mangemort ne sera pas bien vu pendant un long moment et surtout ne pas abandonner en chemin. Si cela arrivait, il serait plus mal encore après pour des raisons évidentes.

— Pourquoi pas !

— Harry ! fit-elle choquée du ton railleur qu'il avait employé.

— Aimer Malefoy, c'est aimer un magyar à pointes !

— Ce ne serait pas le premier que tu materais !

Harry la fixa sans répondre avant de tourner son regard vers le corps amaigri du serpentard.

— Il n'a que toi.

— Je sais, soupira-t-il.

Madame Pomfresh repartit à Poudlard par le réseau de cheminette. Elle reviendrait le soir. Hermione et Ron redescendaient en se chamaillant. Il ne chercha même pas à savoir pourquoi. Ça leur arrivait vingt fois par jour pour des futilités.

— Ma mère elle le fait bien sans aide !

— Elle a toujours été habituée à ça ! Narcissa n'a jamais eu à s'occuper de ce genre de chose.

— Trop bien pour ça ! éructa Ron furieux.

— Je peux savoir ce qu'il se passe encore ?

— Ron n'apprécie pas la façon que les Malefoy ont d'entretenir leur maison.

— Tu verrais la cuisine. répondit Ron avec une mine dégoûtée.

— Où sont les elfes de maison ?

— Certaines familles n'ont plus le droit d'en avoir. Ça fait partie de leur "punition".

— Une façon supplémentaire de les humilier, soupira Harry.

Une fois de plus il se pencha dans la cheminée. Quelques minutes plus tard Kreattur et Winky plus sale que jamais apparurent. Harry les envoya directement à la cuisine.

— Mione, tu veux bien faire parvenir un hibou à Kingsley. Je voudrais deux elfes supplémentaires pour ma maison du 12 square Grimmaurd.

— Je vais essayer de trouver le nécessaire pour ta missive. commenta-t-elle avec un air moqueur.

— Harry ! Tu vas les border aussi ? ricana Ron.

— C'est quoi ton problème ?

— Ce sont des mangemorts ! Ceux que nous avons combattus pendant sept ans ! Et parmi les pires. C'est Lucius Malefoy qui a mis dans le sac de Ginny le journal de Jedusor, c'est lui qui t'a envoyé un avada kedavra lorsque tu as libéré Dobby, il était aux cotés de Voldemort à Little Hangleton et...

— Je sais tout ça Ron ! Et maintenant pour se dédouaner des injustices commises envers les soi-disant partisans de Voldemort dénoncés par des malhonnêtes intéressés par leurs biens dont ils espéraient être gratifiés, la politique va réintégrer en grandes pompes l'ancien bras droit de Voldemort au ministère. Je suis au courant, tu te rappelles ?

— Alors que fais-tu ?

— Il y a Malefoy et sa mère.

— C'est lui qui a fait entrer les mangemorts à Poudlard, il est responsable de l'état de Bill. gronda Ron mécontent.

— Il protégeait sa mère comme il pouvait. Il était terrifié. Si, à ce moment, je lui avais tendu la main au lieu de lui infliger un sectum sempra, nous n'en serions pas là !

— Harry ! Tu ne vas pas te sentir coupable pour ça aussi ! lui lança Hermione qui revenait.

— Il y a longtemps que je fais avec.

Quelques minutes plus tard, Kingsley atterrissait dans la cheminée du manoir qui ressemblait de plus en plus à un hall de gare. Si Lucius avait été réveillé il en aurait fait un infarctus. Deux elfes apparurent à sa suite. Il les avait choisi assez jeunes et présentables. Harry les mit directement au travail se moquant de l'opinion du visiteur qui ne fit aucune remarque.

Il entreprit ensuite d'expliquer au ministre ce qu'ils avaient trouvé en arrivant. Sans oublier de lui préciser que les agresseurs semblaient être des aurors certainement au courant du futur retour de Malefoy à l'avant plan de la scène politique. Si le grand noir semblait dubitatif, lui en était persuadé. Lucius Malefoy avait beaucoup de défauts mais c'était loin d'être un imbécile. Il n'aurait pas ouvert à n'importe qui. Draco non plus.

Il n'insista pas. Tous les ministres apparemment se ressemblaient et niaient les choses dérangeantes. A la place, il lui fit part de deux nouvelles exigences. Au vu de ce qu'il avait trouvé en arrivant ici, il lui semblait judicieux de rendre aux Malefoy la possibilité de mener le train de vie qu'ils avaient avant. La seconde concernait Poudlard et fit lever les yeux au ciel au politicien qui imagina une Minerva le transformant en grenouille. Le ministre parti, il envoya Hermione et Ron au terrier où ils devaient dîner en leur demander de l'excuser.

Assis sur le fauteuil en face de Draco endormi, il lisait un grimoire très ancien et s'essayait aux sorts décrits quand une voix le fit sursauter.

— Monsieur Potter ?

— Bonjour Madame Malefoy.

— Je suppose que c'est à vous que nous devons d'être sorti des cachots.

— Je n'étais pas seul .

— Vos deux compagnons habituels je suppose ?

— En effet.

— Les soins ?

— Madame Pomfresh. Draco m'a dit que vos agresseurs étaient des aurors et que vous ne seriez pas en sûreté à Sainte-Mangouste.

— Il a raison. En fait, nous n'avons rien compris à ce qu'ils nous reprochaient. Je suppose que vous allez nous éclairer ?

Il se détourna pour lancer un regard au Serpentard avant de soupirer sans répondre. Narcissa Malefoy le voyait hésiter à prendre une décision dans laquelle manifestement son fils jouait un rôle.

— Je suis porteur d'une proposition pour votre époux.

— Qui ne semble pas vous faire plaisir.

— En effet, revoir le bras droit de Voldemort au ministère m'est pénible. Mais en échange de ma démarche d'aujourd'hui, j'ai négocié d'autres conditions pour les Sang-Pur notamment. Le ministère préfère jeter de la poudre aux yeux des sorciers, je voudrais essayer de leur donner un avenir. Je vais en négocier d'autres avec Monsieur Malefoy et il n'aura un rôle quelconque en politique que si il accepte.

— Pourquoi me dites-vous ça à moi ?

— Parce que j'ai besoin de votre aide.

— Que voulez-vous ?

— Que tous les Sang-Pur retournent faire une septième année à Poudlard et passent leurs aspics y compris Draco.

— Vous voulez les éloigner de l'influence de leurs parents.

— C'est l'idée, en effet.

— Et ...

— Leur enlever leurs sentiments de culpabilité.

— Pourquoi Draco ?

— Il boit, il couche dans le monde moldu avec des inconnus. Il s'avilit, il se détruit. A Poudlard, il sera plus serein.

— Il ne s'estime plus digne de qui que ce soit. Lui qui était si fier. fit sa mère la bouche tremblante et le regard fixé sur la forme immobile.

— Il faudra beaucoup de temps. Ce ne sont pas des choses qui s'oublient facilement surtout quand on est un Malefoy.

— Que savez-vous ?

— Rien ! je ne fais que deviner ce qu'il y avait derrière ses yeux vides au tribunal.

— J'ai oublié de vous remercier.

— Je n'ai dit que la vérité.

— Pour Draco vous avez été plus loin que ça.

— Il serait mort. Il ne pouvait pas retourner là-bas. Je ne l'aurais pas permis. fit-il farouchement.

Narcissa resta un long moment sans répondre, sa pensée voyageant du côté d'une forteresse perdue en mer.

— Avez-vous mangé ?

— Pas encore mais nous pouvons dîner. Votre mari devrait se réveiller dans deux bonnes heures. Le temps de le soigner il sera déjà bien tard. Draco lui ce ne sera pas de suite, il faut que son corps récupère pendant plusieurs jours.

Ils s'installèrent à la grande table de la salle à manger. Narcissa retrouvait le plaisir d'être servie. Elle avait souri lorsqu'il lui avait dit que les elfes avaient l'ordre de lui obéir à elle ainsi qu'à Draco mais pas au maître de maison dont il n'appréciait pas la façon de traiter Dobby.

Ils finissaient le café au salon quand Madame Pomfresh arriva par le réseau de cheminette. De suite elle examina Draco, adressant un signe de tête à Harry rassurant. Elle lui tendit deux fioles dont il devait lui faire avaler le contenu pendant qu'elle examinerait Narcissa. Celle-ci surveillait son fils du coin de l'œil. Le Survivant avait pour le soigner des gestes doux, elle l'entendait chuchoter et, si elle ne comprenait pas ce qu'il disait, le ton était calme, rassurant. La main se fit même tendresse pour repousser les cheveux qui lui tombaient dans les yeux.

— Il est en de bonnes mains ! fit l'infirmière en voyant le regard attentif de la mère.

— Je le vois. C'est d'autant plus dommage que j'avais cru déceler chez Draco le même attachement.

— N'hésitez pas à le dire à Harry. Il a besoin d'un peu d'encouragements pour affronter le magyar à pointes comme il l'appelle.

— Sa comparaison n'est pas mauvaise, fit Narcissa amusée.

— Il faut qu'il y arrive. Le corps de Draco est épuisé, au bord du non retour, mais le plus malade doit être son psychique vu ce qu'il s'inflige. Veillez sur son alimentation, mettez lui dans son verre chaque soir le contenu d'une de ces capsules et tenez la canne de votre mari loin. Tout le monde sorcier est au courant qu'au lieu de le valoriser, il l'humilie pour lui apprendre à marcher droit, continua-t-elle en voyant le sursaut incrédule de Narcissa Black. Dans quelques jours il sera à Poudlard.

Un bruit de pas pressés se fit entendre, Harry reposa doucement le buste de son ennemi qui avait fini d'avaler les médications, le couvrit d'un drap de soie vert que lui avait donné sa mère quelques instants auparavant et se redressa pour affronter avec le verbe Lucius Malefoy.

 


Harry posa son sac sur le lit non occupé du fond. Il regarda le sac en cuir avec des initiales gravées posé sur le voisin, Hermione avait bien suivi ses instructions. Il examina le nouveau dortoir vide à cette heure du repas, six personnes par chambrée, pas plus et toutes les maisons mélangées. Il aurait voulu prendre le Poudlard Express mais à la place il avait assisté au procès de Théodore Nott, le premier depuis la chute de Voldemort où l'accusé avait droit à un défenseur. C'était l'une des conditions posées par Harry pour son aide. Si son père mangemort notoire était à Azkaban, Théo n'avait jamais montré aucune sympathie envers Voldemort. Il était reparti libre et intègrerait Poudlard dans deux ou trois jours.

La porte s'ouvrit sur Draco qui manifestement avait quitté la grande salle avant même le début du repas.

— Malefoy !

— Où étais-tu ? Trop bien pour faire le chemin en train ?

— Non au contraire, j'aurais voulu être là, mais je ne pouvais pas. Tu vas mieux ?

— Oui ! C'est à toi qu'on doit la table et le dortoir communs, paraît-il.

— C'est vrai.

— Et tu as forcé Mac Gonagall à reprendre les serpentards pour une septième année supplémentaire.

— Aussi ! répondit Harry en maudissant les indiscrétions faites.

— Pourquoi ?

— Parce que tout le monde a le droit de faire des erreurs. Je suis le premier à en avoir fait et elles ont couvert mes mains de sang. Parlons d'autre chose veux-tu ?

— ...

— Que fais-tu là ? Viens on va manger !

— Je reviens de la grande salle. J'en avais assez de sentir le regard des autres.

— Le regard ?

— Ils savent tous que je suis gay maintenant.

— Et ? C'est ton droit ! ça ne les concerne pas. Tu n'es pas quelqu'un d'autre parce que ton orientation sexuelle est différente.

— Je n'ai pas faim de toute façon.

— Si tu ne t'imposes pas aujourd'hui, c'est foutu. Je veux voir l'insupportable Malefoy toiser de haut tous les élèves de Poudlard ! Viens ! le pressa Harry en le poussant vers le couloir.

— Je n'ai pas besoin que tu joues les nounous ! asséna-t-il.

— Ce n'est pas le cas. Ou alors il m'en faut une aussi, parce que je n'ai envie de voir aucun des élèves qui ont perdu des parents dans cette fichue guerre.

— ...

— Et puis tu m'aideras à tenir Ginny à distance.

— Tu n'es plus avec elle ?

— Depuis un moment déjà, je n'ai jamais recommencé avec elle après la bataille comme elle s'y attendait et elle a du mal à l'admettre.

Quand la porte de la grande salle s'ouvrit sur les deux garçons, la répartition était finie et le discours de Mac Gonagall tirait à sa fin. Ils restèrent un moment près de l'entrée pour ne pas interrompre la directrice.

— Où étais-tu assis ? souffla Harry.

— Nulle part, je suis resté ici.

— Viens avec moi... Ron et Hermione nous ont gardé une place. Tu vas apprendre à connaître les Gryffondors.

— Par Salazar, Potter, je ne suis pas sûr de survivre à pareille chose !

— Moi non plus ! se moqua Harry.

Ils s'installèrent l'un en face de l'autre. Il s'était assis entre Hermione et Seamus, Draco était cerné de Ron et Dean Thomas. Il les écoutait parler des horaires qui leur avaient été distribués tout en surveillant le Serpentard du coin de l'œil. Il s'était isolé dans une bulle de silence, mangeait à peine poussant d'un air absent une boulette tout autour de son assiette. A la fin du repas , il n'y tint plus, il prit le plat de fraises qu'il savait être un de ses desserts préférés et lui en servit avant de lui passer la crème fraîche. Draco le fixa étonné avant de napper ses fruits de chantilly et de les manger sans un mot.

— Et toi Draco, tu as pris quoi comme options ? demanda Hermione.

— Arithmancie et runes.

— Nous serons ensemble alors. commenta-t-elle. Et toi Harry ?

— Runes et études des moldus.

— Tu ne vas pas te fatiguer au second, commenta Dean en riant.

— Il fallait choisir deux cours, j'en ai deux, fit-il en regardant avec satisfaction l'assiette vide du Serpentard.

Ron mangeait toujours alors que Dean et Seamus avaient déjà quitté la table pour leur nouvelle salle commune. Quand Harry vit Ginny se diriger vers eux, il ne put s'empêcher de pousser un soupir d'exaspération.

— Tu exagères Harry. Ma sœur tient encore à toi, tu n'as pas d'autre petite amie pourquoi ne ressors-tu pas avec elle ? Je sais que pour le moment tu n'as pas la tête à ça mais elle pourrait t'aider.

— Je ne sortirai jamais plus avec elle, Ron. Les sentiments ne se commandent pas, termina-t-il en se levant.

Il lança un coup d'œil interrogatif à Draco qui acquiesça. Ils sortirent ensemble comme ils étaient entrés. Sans se concerter, ils se dirigèrent vers le lac. Assis appuyé contre le tronc d'un chêne séculaire, Harry rêvait en fixant les eaux noires. Draco s'était laisser aller sur l'herbe, il était couché de côté la tête appuyée sur son coude levé et regardait vers la forêt interdite. Ils restèrent là longtemps sans parler pourtant Harry était conscient de la présence du garçon. Il se demanda si il en était de même pour lui.

Ils s'installèrent dans la routine des cours. Théodore Nott était venu occuper le sixième lit en face de Ernie Mac Millan et à coté de Terry Boot. C'est lui qui avait demandé à Minerva Mac Gonagall cette répartition. Il avait choisi des garçons calmes et de confiance pour entourer Draco, ils étaient tous des membres de l'AD et il les connaissait bien, excepté Théo. A son arrivée, ce dernier était venu le remercier pour son témoignage et lui serrer la main. Ils s'entendaient bien tous les six, sans plus. Ron était souvent avec Hermione et Ginny ce qui le faisait fuir. Il les voyait moins et le regrettait. Il ne perdait jamais Draco de vue très longtemps. Il était le plus le taiseux de tous s'isolant le plus souvent dans ses livres de cours.

Une quinzaine de jours s'écoula. Harry décida qu'il était temps de le sortir un peu de sa torpeur.

— Malefoy ! Que dirais-tu de venir à Pré-au-Lard ce samedi avec nous ?

— Avec vous ? C'est qui ce vous ? fit-il un peu sec.

— Ron et Hermione. Neville et Luna peut-être.

Il ne prit pas la peine de répondre se contentant de secouer la tête négativement.

— Et avec moi seul ?

— Tu as envie qu'on te prenne pour un gay ? Ils épient tous le moindre des gestes de l'Elu.

— Ce ne serait que la vérité, fit-il en notant son regard incrédule. Tu réponds à ma question ? C'est oui ou non ?

— ...

— ...

— Ce n'est pas une bonne idée. Je ne suis pas quelqu'un que tu dois fréquenter.

— Si tu m'en laissais juge ?

— ...

— Il s'agit seulement de prendre une biereaubeurre.

— Oui ! finit-il par murmurer.

— Si ça te va, on partira après le déjeuner.

Le lendemain il prit Hermione à part et s'expliqua avec elle. Si elle n'était pas d'accord, elle connaissait trop bien son meilleur ami pour le contrer. Elle avait compris depuis longtemps son attirance vers Malefoy.

 

 

Il était deux heures du matin quand il fut réveillé par des gémissements et des marmonnements. Il compris de suite mais attendit de voir si il se rendormait. Il s'assoupit de nouveau, c'est un hurlement qui le réveilla. Il bondit immédiatement et écarta les courtines de son lit. Mouillé de sueur, terrorisé, il se défendait contre ses ennemis avec désespoir. Il mit un sortilège de silence sur son lit pour ne pas réveiller leurs compagnons.

— Draco ! Calme-toi ! Ce n'est qu'un mauvais rêve ! Draco !

Il secoua le garçon qui ne l'entendait pas. Il finit par le serrer contre lui, le berçant, l'apaisant jusqu'à ce qu'il se calme et se rendorme dans ses bras, rasséréné. Il l'y garda bien plus que nécessaire juste au cas où un autre cauchemar... Enfin sur la pointe des pieds, il retourna se coucher. Au petit déjeuner le Serpentard avait l'air épuisé mais ne semblait pas se souvenir de ses terreurs nocturnes et c'était mieux comme ça.

 


Ils déambulaient dans Pré-au-Lard. Ils en firent le tour, s'attardant devant la vitrine du magasin de quidditch, faisant des provisions de bonbons qu'ils ne mangeraient certainement pas tous, remplaçant la plume que Draco avait cassée dans un de ses moments d'énervement. Enfin il lui désigna une terrasse aux parasols colorés, sa préférée.

— Tu veux qu'on aille là aux yeux de tous ?

— C'est ma terrasse de prédilection. On va même sous un parasol vert si tu veux ! Tu n'aimes pas ?

— Il ne s'agit pas de ça. On ne doit pas te voir avec moi.

— Et pourquoi ?

— Tu ne sais pas ce que je suis devenu ! Tu ignores ce qui s'est passé là-bas.

— En effet, mais je devine, et ça ne change rien pour moi. Tu es et tu seras toujours toi.

— Je ne suis plus rien.

— N'écoute pas ceux qui te disent ça.

— Ils m'ont pris ma vie, mon avenir.

— Non Draco. Ils n'ont sali qu'eux-mêmes. Regarde-toi fit-il en le poussant devant une vitrine. Que vois-tu ?

— ...

— Moi, je vois le même garçon que l'année dernière, un peu plus mûr, avec les mêmes cheveux tellement blonds, avec de grands yeux gris couleur d'orage, avec la bouche un peu dédaigneuse par habitude, au corps souple et agréable bien qu'un peu maigre à mon goût. Et au delà de l'apparence, il y a le Draco fier qui ne veut pas tuer, qui sait aimer, qui ne veut pas afficher le fait qu'il a un cœur qui souffre et qui maintenant veille à ne plus blesser son entourage, qui se croit lâche mais qui a du courage à revendre parce qu'il est là à refaire son année malgré tout ce qui s'est passé et qui se bat pour la réussir. Tu es quelqu'un d'exceptionnel.

— Je... je me suis sali moi-même, je suis allé en monde moldu, je me suis vendu aux premiers venus, je...

Il sentit un grand froid l'envahir. Ainsi il avait été jusque là. La dernière des humiliations pour un noble Malefoy. Quelle souffrance en lui ! Il avait été jusqu'au plus bas ! Il ne pouvait plus que remonter ! Il était étonné, il acceptait la présence de son éternel ennemi bien mieux qu'il ne l'avait espéré. Pour la première fois, aujourd'hui il évoquait ses souffrances et même si ça le blessait lui au passage il faudrait qu'il apprenne à faire avec. Lui vivait tous les jours avec sa honte, avec son sentiment de culpabilité immérités.

— Tu souffrais. Il faut que tu oublies Draco. Si tu veux un avenir, tu n'as pas d'autre choix. Le temps fera son œuvre et t'aidera.

— ...

— Viens, il y a une table libre sous un parasol vert.

Ils parlèrent de la pluie et du beau temps puis de leurs cours, de leur passion commune pour les voyages, des pays qu'ils aimeraient connaître, de leurs ambitions futures... Et si il dut à plusieurs reprises le pousser à se projeter dans un avenir qu'il avait du mal à concevoir, il était plutôt content du résultat. Le temps s'écoula vite, trop vite. Ils se remirent en route pour l'école en discutant avec animation.

Il y eut d'autres sorties au village, moins souvent pourtant que ne l'aurait souhaité Harry. Draco avait des périodes où son récent passé le rattrapait et ne voulait pas, à ces moments, mettre le nez dehors. Entretemps il tolérait à petites doses les réunions bruyantes des Gryffondor. Tous s'habituaient peu à peu à le voir faire partie de l'entourage du Survivant.

Dans ses mauvais passages, des cauchemars le réveillaient alors pratiquement chaque nuit. Fin novembre, il y en eut un particulièrement long où il consolait le garçon pratiquement toutes les nuits, restant la moitié de celles-ci éveillé. Si Draco était épuisé par ses terreurs, par ses combats sans cesse renouvelés contre ses ennemis, Harry semblait tout aussi fatigué et ses amis commençaient à s'inquiéter et à murmurer dans son dos. Il sentait de plus en plus souvent le regard d'Hermione posé sur lui et le suivre.

 

 

Alors un jour, tout changea.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Ça ne se voit pas ? Je m'en vais ! s'énerva-t-il.

— Pourquoi ?

— Parce que c'était une erreur de venir ici et de commencer à croire que tout pouvait être possible. Tu peux me dire ce que tu fais les nuits pour être fatigué à ce point au matin ?

— Mais rien je ...

— Ne mens pas en plus ! Boot m'a tout dit. fit-il tremblant d'indignation. J'ai dû, en plus, l'apprendre de quelqu'un d'autre.

— Viens ici ! fit-il en le tirant vers son lit et en le faisant asseoir à ses côtés. Peux-tu me dire ce qu'il t'a raconté de si terrible ?

— Que tu étais obligé de jouer les nounous toutes les nuits parce que je faisais des cauchemars où je criais et qui réveillaient tout le monde.

— Je ne sais pas comment vous en êtes venus à discuter de ça mais...

— J'ai remarqué ta fatigue. On a parlé de toi, je voulais savoir si tu sortais la nuit, je... l'interrompit Draco, se mordant les lèvres en constatant qu'il en avait trop dit.

Harry le regarda longuement avant de répondre.

— Si je me lève quand tu fais des cauchemars, c'est mon choix. Je préfère ça au fait que tu prennes des potions de sommeil sans rêve dont tu n'arriveras plus à te passer après. Si je ne t'en ai pas parlé, c'est parce que je suis trop content qu'au matin tu ne t'en souviennes pas ce qui te permet de passer une journée tranquille. J'aurais pu t'envoyer chez Madame Pomfresh, je pourrais aussi mettre un sort de silence sur ton lit et te laisser te débrouiller, je ne l'ai pas voulu.

— Pourquoi ?

Il se contenta de le regarder sans répondre. Il vit ses yeux s'agrandir sous l'idée qui l'avait effleuré puis se ternir.

— Toujours le Sauveur, hein ! fit-il amer.

— Tu y crois ?

— ...

— Tu veux vraiment me laisser ? demanda-t-il doucement.

— C'est mieux. fit-il en se détournant.

— Tu n'y crois pas toi-même. se moqua-t-il tendrement.

— Harry ...

— Hmmm...

— C'est quoi ce sourire idiot ?

— C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom.

— Par Salazar, tu es désespérant !

— Et toi, tu vas défaire ces bagages et tout remettre en place.

— Non !

— ...

— Que ce soit ton choix ou pas, ça ne change rien aux faits.

— On va trouver une solution.

— Laquelle ?

— Je ne sais pas encore, répondit-il en remettant le contenu de son sac dans l'armoire d'un coup de baguette.

— J'ai décidé de partir, fit-il d'une voix ferme.

— Et moi, j'aimerais que tu restes ! demanda-t-il doucement en osant poser sa main sur la sienne.

Draco le regarda dans les yeux, puis leurs mains, avant de retirer la sienne.

— Ce n'est pas possible ! pas toi !

Harry sentit un grand froid l'envahir. Ainsi, il s'était trompé. Draco dut voir la souffrance dans les yeux de celui qu'il venait de rejeter car il continua immédiatement.

— Tu es l'Elu du monde sorcier, même si ça m'énerve, je le sais depuis la première année.

— Et à ce titre, je n'ai pas le droit d'aimer ?

— Pas moi ! Moi moins que quiconque !

— Les sentiments ne se commandent pas. Je ne rentrerai jamais dans leur moule. Comme tu ne seras jamais celui que ton père aurait voulu.

— Il y a longtemps que je ne veux plus être le fils que mon père imaginait.

— Il y a longtemps que je ne veux plus être le Sauveur qu'ils imaginent.

— ...

— J'aimerais qu'on essaye à deux. Là ça fait trois mois que j'essaye seul qu'il y ait un "nous" un jour.

— Tu es fou ! soupira-t-il. Alors on fait quoi pour ces cauchemars ?

— On dort ensemble ?

Il vit de suite les yeux de Draco foncer et ses lèvres se pincer. Il redressa la tête et s'apprêtait à l'incendier... Il sourit.

— Un vrai magyar à pointes ! murmura-t-il tendrement.

— Hein ? fit-il perdu.

— Tu es bien un dragon non ? Tu ressembles à un magyar à pointes.

— C'est censé être un compliment ?

— N'en doute pas ! C'est le plus redoutable !

— Tu ne pourrais pas comme tout le monde dire que je suis beau et charmant ? se moqua-t-il.

— Je ne suis pas tout le monde !

— Je le savais déjà, inutile d'insister, ô Sauveur du monde sorcier.

— Que penses-tu de mon idée ? Et j'ai dit dormir ensemble, Draco.

— C'est ce que tu dis ! fit-il d'un ton léger derrière lequel il sentit une inquiétude bien réelle.

— J'en suis sûr. Tu ne me fais pas confiance ? Si ça ne marche pas on essaiera les potions, soupira-t-il avec une grimace.

Et vint trop vite sa première nuit de tentation. Prendre quelqu'un une heure dans ses bras pour le consoler est une chose, passer une nuit avec un corps chaud blotti contre soi en est une autre. Pourtant cette solution semblait convenir à Draco car il n'avait plus de terreurs nocturnes et perdait son air tourmenté. Harry le regardait s'épanouir doucement et redevenir un Draco plus sûr de lui avec un charisme renouvelé, plus émouvant. Il n'était pas le seul à l'avoir remarqué.

Il se hâtait vers leur dortoir, il était en retard. Mac Gonagall l'avait retenu pour lui parler d'une réunion de l'Ordre du Phénix pendant les vacances d'hiver. Il n'était plus qu'à quelques mètres quand il entendit une dispute très peu discrète. Il franchit la dernière distance en un temps record.

— Laisse-moi Harper. faisait sa voix pleine de colère.

— Te lâcher ? Tu es bien la petite pute d'un Gryffondor sang-mêlé, je ne vois pas pourquoi je n'en profiterais pas. Tout le monde sait que tu vas aussi te faire sauter par des moldus. En tant que Sang-Pur, je relèves le niveau. N'y pense même pas, tu essaies de prendre ta baguette je t'envoie un doloris !

La scène qu'il découvrit fit bouillir son sang. Harper maintenait Draco tourné contre le mur d'une clé de bras, il était appuyé sur lui sa baguette dans son cou. Mais sa victime était loin d'être consentante et malgré la douleur se débattait. L'autre, les deux mains occupées, avait difficile de bouger, il n'osait pas lancer le sortilège impardonnable, Harry lui n'hésita pas et le regarda se tordre de douleur sur le sol sans aucun regret. Saisi d'une rage sans nom, il le releva sans ménagement.

— A genoux ! excuse-toi ! tu ne serais même pas digne de lui baiser les pieds, raclure !

Le garçon s'exécuta et marmonna du bout des lèvres une excuse avant de sortir non sans leur avoir adressé un regard haineux. Harry essayait de se calmer, il aurait voulu hurler et tout casser. A la place, il referma ses bras autour de Draco qui était venu l'enlacer et posa son front contre le sien.

— Je suis désolé c'est de ma faute.

— Ta faute ? En quoi ?

— J'ai eu peur d'aller trop vite, je ne voulais pas que tu te sentes piégé alors je n'ai pas osé te demander d'être mon petit-ami. Ça aurait fait taire les rumeurs et mis des barrières.

— Ton petit-ami ? moi ? mais... fit-il manifestement surpris et incertain.

— C'est bien la première fois que je te vois incapable de répondre. Oublie, apparemment ce n'était pas une bonne idée !

— Tu ne veux déjà plus de moi ? en trente secondes ?

Il souriait le monstre.

— Draco !

Ce fut lui qui posa ses lèvres sur les siennes pour un premier très chaste baiser, bouleversant toutes ses certitudes. Il le découvrait bien plus fort derrière les apparences qu'il ne l'avait pensé.

— Tu as dit qu'on devait se battre ensemble pour avoir un avenir commun. Je me suis trompé ?

— Non.

— Je suis fort parce que tu es là, murmura-t-il comme si il avait entendu ses pensées.

Doucement il repoussa les mèches qui tombaient sur ses yeux d'orage, attira son visage vers lui. Il posa ses lèvres sur les siennes, les caressa, pressa, mordilla avant de passer une langue indiscrète sur sa lèvre inférieure et franchir la douce barrière close pour partager l'humidité suave de sa bouche.

 

 

Rien n'avait changé entre eux. Depuis quatre mois l'un apprivoisait l'autre et le second était trop heureux de le laisser faire. Pourtant les choses quand elles sont dites acquièrent une autre dimension, quand elles sont sues aussi. Et ce soir là, dans la grande salle ils ne se quittaient pas des yeux. Hermione les rappela à l'ordre en souriant leur faisant signe de manger. Ils échangèrent un coup d'œil complice avant de se plonger dans leurs assiettes.

— Harry ?

— Oui ? fit-il en se tournant vers l'arrivante.

— J'ai une invitation de la part de Maman à te transmettre pour les vacances de Noël. Nous aimerions que tu viennes les passer au terrier comme toutes les années.

— Je suis désolé mais ce n'est pas possible. Remercie tes parents de ma part.

— Tu ne passes pas tes vacances avec nous ? intervint Ron. Mais tu vas faire quoi ?

— Je ne sais pas encore, je les passerai de toute façon en compagnie de mon petit-ami. Chez moi je suppose. Ou ailleurs. Peu importe.

Un silence succéda cette affirmation. Ses amis, ses voisins à table le fixaient avec stupéfaction.

— Que veux-tu dire ?

— Je crois que c'est clair Ron.

— Tu ne peux pas faire ça ! et encore moins pour lui ! tu es l'Elu.

— Voldemort n'est plus, maintenant je veux enfin vivre. Si le monde sorcier a besoin de moi, il me prendra comme je suis et avec qui je suis. Ce n'est plus la peine d'en discuter. Ma décision est prise depuis plusieurs mois déjà.

Tous les deux finirent de manger. La grande salle bruissait de chuchotements, la nouvelle courait le long des tables. Des têtes se tournaient. Ron fut un des premiers à quitter la salle sans même attendre Hermione. Harry ne broncha pas. Il n'était pas question que Draco se sente coupable.

— Il va s'y faire tu sais, fit son amie.

— C'est son problème, Mione. Je ne veux pas que tu te disputes avec lui pour moi.

— Il lui faudra un peu de temps pour accepter. Moi, il y a longtemps que je sais tes sentiments.

Seul un sourire fut sa réponse au regard étonné de Draco.

— Pourquoi ne partez-vous pas quelques jours en vacances ?

— Je n'en ai pas encore parlé avec Draco. Nous déciderons ensemble.

 


— Viens voir, il a neigé !

Il regarda par les hautes fenêtres de leur salle commune puis ils se précipitèrent dans leur dortoir. Deux minutes plus tard, emmitouflés, ils fonçaient dans le parc.

— Monsieur Malefoy ! Monsieur Potter ! On ne court pas dans les couloirs !

— Il a neigé Professeur ! il a neigé !

Horace Slughorn se retourna sur eux en souriant. Bienheureuse jeunesse ! Ils s'arrêtèrent sur le perron, au bord du tapis immaculé. Harry passa son bras autour de la taille de Draco d'un geste possessif et ce dernier, tout naturellement, s'alanguit contre lui.

— C'est beau tu ne trouves pas ?

— Oui c'est beau ! Viens !

— Tu es bien pressé !

— Je voudrais voir les abords du lac et le saule pleureur, il est toujours superbe sous la neige et nous devons être à la gare de Pré-au- Lard à onze heures.

Adossé au tronc d'un arbre centenaire, Draco l'avait attiré contre lui, le dos contre sa poitrine puis avait refermé les bras autour de lui. Ils regardaient le paysage enneigé.

— Tu m'expliques deux choses que tu as dites hier soir?

— Je t'écoute.

— Tu as dit que tu avais pris ta décision il y avait plusieurs mois.

— Avant ton procès, déjà, j'avais pensé à construire quelque chose avec toi. Disons que j'avais décidé de t'approcher prudemment et de voir si ça pourrait t'intéresser. fit-il avec une grimace en l'entendant rire moqueusement. Quand j'ai vu ton état, mon ange, par Merlin... fit-il douloureusement.

— Le fait que Grang..., qu'Hermione soit au courant de tes sentiments ?

— Elle a toujours été ma confidente. De toute façon quand je ne dis rien, elle le devine. Elle sait depuis ce jour là au Magenmagot. C'est elle qui est rentrée avec moi à la maison.

— Elle est où ?

— A Londres, c'est la maison des Black que m'a léguée mon parrain, là où ta mère a grandi.

— J'ai toujours passé Noël avec elle.

— On peut les inviter si tu veux.

— Je sais que tu détestes mon père.

— Cadeau de Noël !

Il sentit se resserrer l'étreinte autour de son corps et soupira de bien-être.

 


Lorsque le Poudlard Express entra en gare de Londres, la nuit était déjà tombée. Ils échangèrent des vœux avec leurs camarades avant de se diriger vers la sortie. Personne ne les attendait mais ils se suffisaient. Harry ne put faire autrement que de saluer les Weasley. Malgré ses excuses pour son absence, le contact fut plutôt froid. Ils prirent un taxi moldu jusqu'au Square Grimmaurd. Après avoir fait lire l'adresse à Draco, il fit apparaître la maison.

— Je me rappelle, fit Draco, j'étais petit mais je me rappelle.

Aussitôt la porte refermée et les appliques allumées d'un sortilège, le portrait de Walburga Black se mit à vociférer.

— Ma chère grand-tante votre langage est vraiment digne d'une Sang-Pur ! fit-il à la vieille dame qui en resta coite. Tu as des elfes ? demanda-t-il en regardant la maison reluisante de propreté.

— Oui. J'ai récupéré Kreattur et ceux que j'avais fait engager pour le manoir avant que Kingsley vous rende ce droit. Nous pourrons si tu veux arranger tout-ça. Je n'y ai fait aucune transformation depuis que j'en ai hérité. Je ne l'ai occupée que rarement. Elle a surtout servi de quartier général à l'Ordre du Phénix et c'est toujours le cas.

Les jours suivants Draco lui sembla infatigable. Il avait décidé que pour le réveillon de Noël leur maison serait transformée en nid douillet. Il ne l'avait jamais vu aussi enthousiaste ; il suivit le mouvement avec ravissement. Elle se retrouva bientôt repeinte magiquement de la cave au grenier, garnie de meubles modernes et confortables, de tapis précieux et moelleux, de bibelots uniques et coûteux. Les ancêtres Black allèrent rejoindre Walburga dans le Hall d'entrée. La cuisine devint une grande pièce claire et accueillante au lieu du capharnaüm cher à Molly Weasley. Il soigna ensuite tout particulièrement leur chambre. Ils dormaient ensemble mais n'avaient pas franchi l'étape suivant les baisers et si lui avait envie d'en découvrir plus, il ne voulait surtout pas le brusquer et risquer de perdre sa confiance. Il attendrait qu'il soit prêt.

Le dernier jour, ils allèrent faire des courses au Chemin de Traverse achetant des cadeaux pour leurs amis et parents. Quand Draco disparut, il ne s'inquiéta pas, il l'avait vu lorgner du coin de l'œil les vitrines des boutiques de vêtements. Il en profita pour entrer chez un joaillier et acheter le bracelet qu'il y avait repéré en passant. Il glissa l'écrin emballé et enrubanné dans sa poche avant de retourner à l'endroit où son petit-ami s'était éclipsé. Il repéra de loin sa chevelure claire et le contempla à loisir. En quatre mois, il avait changé, il était encore trop mince mais il n'avait plus cette maigreur qui faisait peur. Il le cherchait, tournant la tête de tous cotés. Leurs yeux s'accrochèrent et ne se lâchèrent plus.

— Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

— De quoi faire plaisir à un beau blond de ma connaissance. Tout au moins je l'espère.

Leurs derniers achats furent l'arbre de Noël, des garnitures et des centaines de bougies. Pour le réveillon, ils allèrent dîner au restaurant avant de rentrer tard chez eux et de finir la soirée en écoutant de la musique blottis l'un contre l'autre devant le sapin illuminé.

— Tu t'endors mon ange ?

— Non, je suis tellement bien. Tu veux vraiment partir à la fin de notre année ?

— Si tu préfères rester, non. J'aurais voulu découvrir d'autres horizons mais nous avons toute la vie pour ça.

— ...

— Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, si ce n'est t'aimer. Ça me laissait un peu de temps pour y réfléchir. De toute façon il nous reste six mois avant les aspics.

Il avait essayé souvent de leur imaginer un avenir commun où tous les deux se réaliseraient, mais quand on est un ancien mangemort et l'Elu ce n'est pas facile. Fuir leur monde était la seule solution qu'il avait trouvée.

 

 

Ils se réveillèrent tard. Harry attira Draco contre lui. Il était loin de ses bras, ce n'était pas dans ses habitudes.

— J'ai froid ! fit-il à moitié endormi.

— Aussi pourquoi es-tu si loin ? chuchota-t-il en l'attirant contre lui, retrouvant avec bonheur son odeur familière et sa peau de soie.

Le léger sourire qui étira ses lèvres lui donna à penser.

— Tu as été jouer les Père-Noël ?

— J'ai eu peur de te réveiller en revenant, j'étais glacé.

— Tu l'es toujours ! murmura-t-il en laissant errer ses mains sur son corps à moitié nu pour le réchauffer. Moi je l'avais déjà déposé hier soir pendant que tu prenais ta douche.

Il prolongea ses instants qui bouleversaient ses sens et ses gestes se firent caresses lascives pour découvrir autrement ce grand corps d'homme abandonné. Il fut le premier étonné quand il l'entendit soupirer de plaisir, d'impatience et qu'il le sentit se frotter contre lui, impudique, réclamant plus. C'est pour lui cette fois que ça allait trop vite, il se sentit perdu. Une bouche gourmande se posa sur la sienne pour un baiser de feu et de passion et c'est lui qui se surprit à geindre avant d'entrer dans le monde de la volupté et de s'y perdre, oubliant tout ce qui n'était pas celui qui l'emmenait sur ces sentiers inconnus.

— Pourquoi ne m'as tu rien dit, mon tout-beau ?

Harry enfouit son visage dans son cou, refusant toute réponse.

— Je vois, entendit-il pendant que ses bras le serraient.

Il perçut très bien le ton tendrement amusé de celui qui était devenu son amant.

— Tu croyais que j'allais regretter ton manque d'expérience ? demanda-t-il en ponctuant ses mots de baisers légers. Être le premier homme à t'aimer, c'est la plus belle des choses, Harry.

— ...

— J'avais peur que ça se passe mal, que mon passé te dégoûte. Tu n'avais pas l'air très pressé que nous fassions l'amour, maintenant je sais pourquoi. Découvrir que tu me faisais ce cadeau, à moi... Par Salazar, Harry, en quelques mois tu m'as tant donné !

— Toi aussi. Tu m'as donné une raison de vivre !

Il ne vit pas le sursaut et le visage incrédule puis craintif de Draco.

 

 

Lucius observait ce fils si décevant jouer au parfait maître de maison couvé du regard par son jeune amant. Il ne s'en tirait pas mal. Au moins une chose à laquelle il serait bon. Qui l'eut cru, quand tout semblait perdu, il allait enfin atteindre son but. Il connaissait bien la maison de ses beaux-parents.  Les rénovations voulues par son fils avaient certainement coûté très cher et si les Potter n'étaient pas sans le sou comme les Weasley, ce n'était pas non plus les Malefoy.  L'Elu semblait très amoureux, Draco le lui servirait sur un plateau d'argent. Un Sauveur gay ! Il en riait encore ! Il réussirait là où avait échoué le seigneur des ténèbres.

— Quand vous aurez fini Poudlard vous travaillerez avec moi au ministère, je suppose ? Nous y avons besoin de forces vives. L'Elu est très attendu de tous. Quant à toi mon fils, tu ferais des merveilles en négociations.

— Nous avons envie de partir après nos aspics, de faire un beau voyage ensemble. fit Draco souriant.

— Vous avez raison, intervint Narcissa. Rien ne presse. Profitez d'abord de votre jeunesse.

— Bien sûr vous avez le temps ! approuva Lucius qui pensa que Potter serait encore plus attaché après une petite lune de miel.

La porte se referma enfin sur les parents Malefoy. Après le repas il y avait eu l'échange de cadeaux, sauf les leurs qu'ils avaient gardés pour les déballer seuls puis les discussions sur la politique actuelle. A chaque phrase transpiraient l'ambition du père et le désir de tenir Harry sous sa coupe. Narcissa à son habitude s'était tue, elle ne semblait vivante qu'en dehors de la proximité de son époux.

Il regardait Draco appuyé contre le vantail, le front posé sur le bois patiné, il n'arrivait pas à retenir ses larmes. Il le ceintura tendrement posant sa bouche dans le creux de sa nuque, mordillant doucement cet endroit qu'il avait noté sensible.

— Tu apprends vite ! fit-il en se retournant pour l'embrasser les mains posées au creux de ses reins.

— Tssss... pas de ça mon ange ! Je voudrais mon cadeau moi !

Ils avaient fait duré le plaisir en commençant pas ouvrir ceux envoyés par leurs amis. Maintenant Harry tenait entre ses mains un écrin. Il avait fait ce que lui n'avait pas osé, trouvant la symbolique trop évidente, trop contraignante, il s'était fait audacieux son Magyar à pointes. Il lui tendit le petit coffret où reposait un large anneau d'or blanc avec en son centre un diamant. Draco y prit la bague puis la lui passa au doigt.

— Je ne vais rien te promettre Harry, ce n'est qu'un anneau, rien d'autre. Je tiens à toi, plus que tout. Tu es l'Elu et j'ai trop peur de ne pas être celui qu'il te faut. Je ne sais pas si j'y arriverai mais je vais essayer.

Il le voyait maintenant muet devant le bracelet. Un jonc fait de fils d'or gris torsadés, de trois barrettes d'or jaune chacune ornée d'un petit diamant.

— Il est magnifique Harry.

— Donne ton poignet.

Il le lui attacha avant de le prendre dans ses bras lui offrant le baiser qu'il lui avait refusé auparavant.


oOo


La première personne qu'il vit en descendant du bateau fut Hermione, ensuite les Malefoy. Il sentit son dragon se raidir contre lui. Depuis trois ans les hiboux de Lucius les avaient poursuivis à travers le monde mais rien n'avait modifié leur parcours, ni les menaces voilées, ni les beuglantes. Draco avait assisté en tant que membre aux dernières réunions de l'Ordre du Phénix et compris le rôle qu'on voulait faire jouer à son petit-ami. Au lendemain des aspics, ils étaient très vite partis loin du monde sorcier et de sa politique. Discrètement, ils étaient rentrés à Londres à plusieurs reprises, faisant de cours séjours dans leur maison du square Grimmaurd, pour repartir à chaque fois vers d'autres horizons. Les seules personnes qu'ils voyaient à ces occasions étaient Hermione et Narcissa. Avec la complicité de cette dernière, ils avaient passé plus d'un an en Toscane dans une propriété appartenant aux Blacks située en monde sorcier italien et presque autant de temps à Paris dans un petit appartement qu'ils avaient loué dans le Marais en monde moldu. Ils avaient terminé leur périple par une croisière, la dernière bataille, celle contre la mer dont Draco ne supportait pas le bruit des vagues qui lui rappelait le ressac contre les rochers d'Azkaban.

Au fil du temps, sans cesse ensemble, se liant difficilement avec des gens extérieurs dont ils savaient qu'ils devraient de toute façon se séparer, ils étaient devenus très fusionnels, très dépendants l'un de l'autre aussi et ils en étaient conscients. Quand ils se disputaient, ils en étaient tellement mal qu'ils finissaient toujours par aller vers l'autre sachant sa souffrance. Ils avaient donc cherché une solution pour rester ensemble sans cesse et le plus loin possible de la politique sorcière britannique.

Ils n'étaient revenus à Londres que pour deux mois. Fin août, ils repartiraient vers le midi de la France et la région de Toulouse. Ils y avaient acheté avec l'aide de Narcissa un joli mas dans l'arrière-pays. Avant de partir pour leur croisière égyptienne, ils l'avaient aménagé et y avaient remisé la petite voiture moldue qu'ils avaient achetée pendant leur séjour à Paris. Madame Maxime les attendaient dès le premier septembre, Draco en tant qu'assistant du professeur de potions et lui celui de défense contre les forces du mal.

Il enlaça leurs mains pour descendre la passerelle, se moquant de l'opinion des autres. Ils avaient l'habitude des coups d'œil curieux et furtifs sur leur passage, cela faisait partie du quotidien de ceux qui ne choisissent pas de rentrer dans le moule conventionnel. Ils échangèrent un regard. Il ne leur restait qu'à prévenir leur entourage du choix de leur vie.

 


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Texte écrit en réponse à un défi organisé sur le FoF, forum francophone consacré aux fanfictions

(adresse ci contre dans les liens utiles).

Il fallait écrire un OS en partant de cette photo :

 

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16:51 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fanfiction harry potter, harry, potter, draco, draco malefoy, drary, drago |

L'unification salvatrice - Chap VII. TOURBILLONS DE VIE

 

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CHAPITRE VII : Tourbillons de vie

 

 

Rappel chapitre VI :

— Sylvain Balbi.

— Trois d'un seul coup ! Tu es un Balbi mais aussi un Saint-Maur et ça change tout. De l'intelligence, du courage, de la réflexion, une immense revanche à prendre ! Mais aussi de la sagesse et l'enseignement de l'Héritier... Serdaigle t'apporterait le savoir, Serpentard la revanche. Que choisir ?


oOo


— Serpentard ! souffla Sylvain.

— Tu choisis la revanche... Comme tu l'entends jeune Balbi ! Serpentard !

Harry le regarda d'un air incrédule. Nulle maison ne lui semblait moins appropriée pour le garçon. Il remarqua que peu de nouveaux élèves étaient envoyés à Gryffondor. Il y avait pourtant eu beaucoup plus d'inscriptions en première, sans compter les transfuges des autres écoles qui avaient été disséminés dans les années supérieures. La répartition enfin finie ce fut le moment du discours de Pierre-François. Celui-ci se leva, posa la baguette sur sa gorge et puis, après un sort sonorus, il réclama le silence d'une voix brève.

— Nous sommes tous pressés de passer à table aussi mon discours ira de suite à l'essentiel, il sera déjà assez long comme ça.

Celui qui n'avance pas recule ! C'est pourquoi notre devoir à nous enseignants est de ne pas nous laisser dépasser et de vous transmettre des connaissances qui tiennent compte de la transformation de notre monde et même qui la devancent. Je vais donc insister sur quatre facteurs importants.

Le premier point est l'ouverture sur le monde moldu. Nous sommes confrontés à ses technologies que nous utilisons souvent sans les maitriser, à ses mœurs que parfois nous froissons par manque de savoir. C'est pourquoi de nouveaux cours sont là dans le but de remédier à ces problèmes. Certains sont obligatoires comme l'étude des moldus pour les cinq premières années et l'étude de la politique moldue pour les deux dernières, ce dernier sera dispensé par Monsieur Jim Spencer, d'autres ne le sont pas comme l'étude des mœurs moldues qui s'attachera plus spécialement à la vie habituelle des adolescents et au savoir-vivre en monde moldu, il sera donné par Monsieur Gauthier Habran qui enseignera aussi le français.

Le second point est l'initiation aux différentes sortes de magie. Très longtemps on a considéré la magie noire comme mauvaise alors que n'est néfaste que la manière dont s'en servent certains mages. Pour lutter contre ceux-ci il nous faut connaître leurs armes et leur façon de les maitriser. L'histoire de la magie et l'initiation à la magie noire étaient enseignés par une grande sorcière qui nous a quittés lors de la bataille de Stonehenge, Madame Augusta Londubat à laquelle je tiens à rendre hommage. Elle était la droiture et le courage même. L'histoire de la magie sera dorénavant enseignée par le professeur Edward Leyton fit-il en désignant un homme effacé entre deux âges. L'initiation à la magie noire qui devient pour les dernières années l'étude des trois magies sera donné par Madame Narcissa Malefoy.

Le point suivant sera une préparation à l'université sorcière de Cambridge. Les changements faits concernent bien entendu plus particulièrement les deux dernières années. Les cours qui seront dispensés prépareront au choix d'un masteria à l'université sorcière de Cambridge. Les élèves de septième encadrés par les deux préfets en chef disposent de leur salle d'étude, de chambres individuelles et doivent appendre à gérer eux-même leur travail. C'est une transition vers les conditions qu'ils rencontreront sur le campus universitaire.

Le quatrième point cher à mes prédécesseurs est le rapprochement des maisons. Il ne faut pas croire qu'un matin vos différents directeurs se sont réveillés avec l'idée étrange que les maisons devaient sans raison enfin s'entendre. Ceux qui ont participé aux batailles de Poudlard et de Stonehenge savent qu'elles n'ont été remportées que parce que nous étions unis contre l'adversité, sans rivalité idiote. Les quatre maisons sont complémentaires et doivent s'entendre pour le bien du monde sorcier.

Une salle commune aux quatre maisons a été installée et est ouverte à tous. Vous y trouverez l'affichage des activités prévues, les horaires du club de duels, les annonces ponctuelles.

Passons maintenant en revue les divers changements de professeurs. Le cours de défense contre les forces du mal sera dispensé comme l'an dernier par Monsieur Bill Weasley qui sera rejoint par Monsieur Harry Potter que je n'ai pas besoin de vous présenter. Monsieur Charlie Weasley nous ayant préféré les dragons, le vol et l'initiation au quidditch reviennent à Monsieur Sirius Black qui sera aussi le directeur de la maison Gryffondor. L'astronomie et l'arithmancie seront enseignées par Madame Freya Trelawney qui remplace le professeur Liam Mac Guignan. Les élèves des quatre dernières années me retrouveront au cours de métamorphose tandis que Madame Fleur Weasley se chargera comme l'année dernière des trois classes inférieures.

Notre corps professoral sera dorénavant complété par des assistants ayant terminé brillamment leurs études à Poudlard et désireux de devenir enseignants, Monsieur Neville Londubat assistera le professeur Chourave en botanique, Mademoiselle Tracey Davies le professeur Slughorn en potions, Monsieur Anthony Goldstein le professeur Flitwick en sortilèges.

Pour les autres cours, vous retrouverez vos professeurs habituels, continua Pierre-François en les citant et en les désignant pour les premières années.

En ce qui concerne votre vie quotidienne dans l'école, certains changements ont été apportés au règlement, je vous conseille de lire celui-ci attentivement. Il sera considéré comme su et aucun manquement ne sera toléré. Les préfets sont là pour vous aider autant que pour vous réprimander en cas d'infraction, ne l'oubliez pas. Si vous avez un problème avec vos condisciples, un préfet, si vous êtes malade, votre sous-directrice Madame Hermione Malfoy-Van Neeren est là afin de vous écouter. Si vous avez un problème d'ordre plus général, une difficulté à suivre un cours, une mésentente avec un professeur, avec votre famille ou votre entourage, je suis là.

Les sorties à Pré-au-Lard sont soumises à l'autorisation de vos parents excepté dans le cas d'élèves majeurs.

Le club de duels est à partir de cette année ouvert aux élèves des quatre dernières années et est obligatoire pour les deux ultimes , il sera organisé par vos professeurs de défense contre les forces du mal assistés de monsieur Abdelforth Dumbledore.

Enfin notre concierge, Monsieur Rusard me demande de vous rappeler que l'on ne circule pas dans les couloirs après le couvre-feu, que les objets en provenance des magasins de farce et attrapes sont proscrits dans l'école et seront confisqués, que la forêt interdite est dangereuse, finit-il en posant les yeux sur Aymeric.

Voilà ! Je vous laisse maintenant manger le succulent repas préparé par nos elfes.

Après cela, je me tiendrai ainsi que vos professeurs à votre disposition pour toutes les questions que vous voudriez poser.

Bon appétit !


On entendit les exclamations de surprise des plus jeunes lorsqu'ils virent apparaître les plats remplis de victuailles sur la table et puis seuls les bruits des couverts troublèrent le silence. Harry et Jim assis à la gauche de leur compagnon lui jetaient en catimini des regards étonnés. Ils mesuraient le travail accompli, les professeurs cherchés et engagés, les salles communes améliorées, certaines classes transformées, sans compter le règlement élaboré, les lettres d'inscription envoyées ainsi que celles communiquant les fournitures nécessaires.

Ils se demandaient comment il avait réussi à faire autant de choses en aussi peu de temps puisque fin de l'année précédente, après sa grave blessure, il avait été juge pour les aspics. Heureusement que Lucius lui avait ordonné de prendre du repos ! Un autre sujet d'étonnement avait été la nomination de Narcissa comme professeur, ils avaient été bien cachotiers tous les deux car même Hermione en avait paru stupéfaite.

Ils reportèrent ensuite leur attention sur les tables d'élèves.

— On était aussi petits ? souffla Harry à Hermione.

— Je ne m'en souviens pas mais ça devait être le cas, répondit celle-ci avec un sourire complice !

— Regarde celui-là, il est minuscule ! Tu le vois face à un épouvantard ? Il va pleurer dans ma robe, c'est certain.

— La sœur de Justin est toute menue aussi, fit Jim en désignant, à la table des Gryffondors, une jolie fillette aux longs cheveux châtain clair, au regard rêveur qui semblait tellement fragile.

— Justin l'estime pourtant capable de résister mentalement à O'Reilly. rétorqua Pierre-François. Je me demande jusqu'à quel point l'envie d'être dans la même maison qu'Aymeric à influencé le choix de Sylvain. fit-il pensif. Le choixpeau ne se trompe jamais, je crois que nous avons encore des choses à découvrir en cet enfant.

Après le repas, pour mettre les élèves plus à l'aise, Pierre-François n'hésita pas à s'asseoir sur un coin de la table des professeurs pour rendre le débat plus informel. Seuls les plus âgés osèrent dans un premier temps poser des questions. Les sujets les plus abordés furent le quidditch, la coupe des quatre maisons et le tournoi des trois sorciers. Pierre-François précisa que les concurrents du tournoi devait avoir au moins dix-sept ans car les épreuves étaient dangereuses et pouvaient même être mortelles. Harry vint s'asseoir à côté de lui pour parler des tâches du dernier tournoi décrivant les dangers courus, les prévenant que s'inscrire n'était pas anodin et qu'il fallait y réfléchir avant de déposer son nom dans la coupe.

— Si il est organisé, les inscriptions se feront à quelle date ? demanda Cloud.

— Je n'ai encore aucune réponse affirmative de Beaux-Bâtons. Je sais pourquoi tu me poses la question, réfléchis bien Cloud.

— Oui Dad !

Pierre-François leva les yeux au ciel. Il savait parfaitement qu'il n'en ferait qu'à son idée et qu'il s'inscrirait.

— Pa ? Pourquoi nous ne pouvons pas faire partie du club de duel ? Nous nous entraînons bien à la maison.

— Professeur Potter, Aymeric ! Nous n'y sommes justement pas ! Le club de duel n'est pas un entraînement mais un moyen de tester les acquis et de se perfectionner. Jusque maintenant seuls les élèves du dernier niveau pouvaient s'y inscrire, nous y avons ajouté ceux des deux années inférieures. J'estime que les plus jeunes ont un bagage insuffisant pour y participer.

— Je suis en train de mettre sur pied un cours de close combat qui pourra se révéler très utile et qui sera ouvert à tous. précisa Pierre-François.

— C'est toi et Jim qui le donnerez ?

— Aymeric tu le fais exprès ?

— Non Professeur Potter ! C'est vous, Monsieur le Directeur et le Professeur Spencer qui le donnerez ? fit-il en appuyant sur les titres.

— Non, Aymeric. répondit Pierre-François en souriant de l'impertinence de leur enfant terrible. Ce n'est pas nous mais un professeur extérieur. Notre horaire ne nous permet pas de donner en plus des cours en soirée.

— Mais si tu continues je prendrai bien le temps de te frotter les oreilles ! s'exclama Harry ce qui fit rire toute l'assemblée.

Leur attention fut détournée par l'arrivée de Lavande avec les deux enfants. Teddy était endormi dans ses bras et Lily avançait à peine. Draco se leva du bout de table où il s'était assis discrètement et emmena Teddy. Harry prit la petite dans ses bras et elle s'endormit aussitôt, le pouce en bouche, la tête posée sur son épaule. Cloud étant préfet en chef et ne pouvant s'absenter, c'est Justin qui vint la prendre pour aller la mettre au lit au grand dam d'Aymeric qui protesta énergiquement.

— Pourquoi c'est lui qui va coucher ma petite sœur ?

— Va avec lui si tu veux ! lui souffla Harry discrètement.

— Merci, Pa ! claironna bien fort l'adolescent avant de se précipiter derrière le Serpentard.

Harry fit une moue affligée qui fit rire même ses compagnons. En tant que professeur, il ne serait jamais maître de l'espiègle. Il comptait pourtant tenir ses élèves bien en main.

Les impertinences d'Aymeric avaient au moins eu comme résultat de détendre l'atmosphère. Les questions se mirent à fuser de toute part et sur tous les sujets.

— C'est votre fille, Monsieur le directeur ? demanda une jeune curieuse. Elle va vivre avec vous à l'école ?

— Comme vous l'avez remarqué la moyenne d'âge de votre corps professoral a beaucoup diminué. Cela veut dire aussi que plusieurs de vos enseignants ont des enfants en bas âge. Mademoiselle Lavande Brown que vous venez de voir va s'occuper, sous la surveillance de Madame Pomfresh qui dirige depuis de nombreuses années notre infirmerie, d'une garderie ici à l'école pour nos enfants. Elle aura pour le moment six bambins de six mois à quatre ans à garder, avant la fin de l'année ils seront neuf. La solution d'une petite garderie sur place s'imposait.

Enseigner est une grande joie mais n'empêche nullement d'avoir une vie privée. Vos professeurs sont des hommes et des femmes comme tout un chacun.

Le dialogue avec les élèves dura longtemps mais Pierre-François ne voulait aucunement l'interrompre, il le jugeait important pour la confiance et les échanges futurs. Il était donc tellement tard qu'au moment de les envoyer enfin dans leurs dortoirs respectifs il leur donna congé le lendemain matin.

Ils se retrouvèrent avec un soupir de soulagement derrière la porte fermée de leur appartement. Aussitôt Pierre-François se dirigea vers la chambre de Lily et y découvrit le lit vide. Il avait vu revenir Justin parmi les élèves et assister à la fin du débat, c'est qu'il était tranquillisé sur le sort de la petite. Il poussa la porte de la chambre des garçons, Aymeric dormait serrant dans ses bras celle dont il avait fait sa petite sœur.

— Quand il est comme ça, il a l'air tellement sage, soupira Harry derrière lui.

— Il faut que tu le mettes au pas de suite, chéri. Tu n'en seras pas maître autrement. Il le fait devant ses camarades pour leur prouver que l'Elu, l'Héritier est son père à lui, il en est fier et c'est plutôt bien. Le problème c'est qu'il le fait de façon insolente te mettant en posture difficile devant les autres élèves, intervint Jim.

— C'est plus facile à dire qu'à faire ! Il n'y a que quelques années qui nous séparent, je serais bien plus indiqué comme grand frère que comme père, soupira-t-il. Il me respecte en tant que Survivant mais ce n'est pas ce que j'attends de la part d'un fils, l'amour, le respect filial, c'est autre chose. J'ai peur de compromettre ça.

— A cet âge là on a beaucoup de pudeur. Il y a toujours eu entre vous une relation, une complicité unique. Il te l'a dit l'autre jour sur la plage, il t'a dit qu'il t'aimait et que depuis la mort de ses parents, il n'avait plus jamais vu d'amour envers lui dans les yeux de quelqu'un avant toi. fit tendrement Pierre-François. Si tu veux, cette fois, je lui parlerai en tant que directeur ce sera plus facile pour tout le monde, ça aura un autre poids.

Jim sursauta en entendant frapper, il ouvrit la porte sur un Sylvain pratiquement en larmes.

— Je ne trouve plus Aymeric !

— Il s'est endormi avec Lily. Viens !

— Il n'y a pas que ça, Sylvain. Que se passe-t-il ? intervint Harry.

— Le professeur Slughorn m'a envoyé vous prévenir qu'il y a trop d'élèves pour le dortoir des serpentards. Il manque quatre places.

— Tu t'es perdu ? demanda doucement Harry en voyant l'adolescent le souffle court et le regard angoissé.

— Oui ! D'habitude quand je circule dans l'école c'est toujours avec Aymeric.

— Pourquoi diable Slughorn a-t-il envoyé un élève de première année la nuit dans les couloirs ? fit Jim.

— On va le savoir de suite ! J'arrive ! répondit Pierre-François en sortant.

— Mets ton pyjama et va te coucher, mon grand. Ça fera toujours deux serpentards en moins, fit Harry avec un clin d'œil.

Quand Pierre-François rentra, ils étaient déjà au lit et l'attendaient.

— Je n'en sais pas plus. Il dit qu'il a cru que Sylvain connaissait bien l'école puisqu'il habitait ici avec nous.

— Tu n'y crois pas.

— Il sait que nous sommes rentrés hier de vacances.

— C'est peut-être un bon professeur de potions mais c'est un homme détestable.

— ...

— C'est un pleutre pour lequel ne compte que la façon de se faire des relations influentes !

— Je le connais bien mon agneau, il a été mon professeur de potions pendant cinq ans et aussi mon directeur de maison jusqu'à ce que Severus lui succède en septembre 1981. J'ai fait partie du club de Slughorn, railla-t-il. Je sais qu'il n'a jamais rien fait pour moi parce qu'il ne voulait pas entrer en conflit avec la famille Vassier, tout comme il doit tenir à ne pas se heurter aux Balbi.

— A mon avis, il n'a pas particulièrement envie non plus de se mettre à dos l'Héritier Serpentard, c'est d'autant plus bizarre. Et en ce qui concerne le dortoir ?

— Il a raison mais il suffit de répartir les années différemment puisque les élèves de septième ne sont plus dans les cachots, nous nous en occuperons demain.

— Je croyais qu'on allait faire la grasse matinée ? s'enquit Jim avec un soupir.

— Les élèves, oui ! Nous devons être au petit-déjeuner, il y a les lève-tôt ! Tout au moins moi... termina-t-il en se glissant contre Harry, ne voulant pas les séparer alors qu'ils s'étreignaient.

— N'oublie pas de nous réveiller, mon ange, fit Harry en posant sa tête en arrière dans son cou avec un soupir de satisfaction.

Pierre-François apprécia son contact et faufila son bras en dessous du corps de son jeune agneau pour être plus près encore. Jim passant la main par dessus son fiancé attira son bras vers lui, posa leurs poignets liés sur la taille de Harry et plongea dans le sommeil. Pour dormir ils étaient toujours tous les trois enlacés et même si, pendant la nuit, ils se retournaient, changeaient de position, ils ne s'éloignaient jamais.

 

oOo

 

Le réveil sonna, désagréable appel venant troubler leur tranquille harmonie. Jim grogna, enfouissant sa tête sous son oreiller, Harry soupira, se retourna vers Pierre-François et le ceintura pour le garder contre lui encore, ce dernier tendit le bras et éteignit le réveil. Il traîna quelques minutes, sa joue contre celle de son jeune compagnon, sa main caressant tendrement ses cheveux avant de doucement le repousser pour se lever.

— Où crois-tu aller comme ça ? fit-il en retenant pas le poignet.

— Il est l'heure, mon agneau.

— Alors on y va !

— Vous pouvez rester dormir si vous voulez.

— Non. Nous allons avec toi, p'ti loup. confirma Jim.

Quand ils firent leur entrée dans la grande salle, il y avait encore peu de monde. Seules professeurs présentes, Sybille Trelawney et sa nièce discutaient à voix basse, cette dernière avait déjà déposé son bébé à la garderie. Avec ses six mois, il était l'un des plus jeunes. Petit à petit les différentes tables des maisons se remplissaient. Harry trouvait bizarre d'être là alors que peu de temps auparavant il occupait une place sur les bancs communs.

Ils se rendirent ensuite dans les cachots serpentards, en firent sortir tous les élèves et modifièrent l'agencement des dortoirs. Avec l'aide de Draco et Sylas, ils en profitèrent pour rafraîchir l'ensemble. A l'heure du déjeuner, les Serpentard retrouvèrent des locaux repeints, des fauteuils confortables qu'ils avaient récupérés dans une ancienne salle de conférence. Pierre-François avait gardé le style propre à sa maison, les couleurs étaient bien sûr le vert et l'argent et il y avait toujours un je ne sais quoi d'aristocratique dans l'air dont se seraient bien moqué les griffons. Les cachots avaient été rénovés par une majorité de serpents et ça se voyait.

Ils décidèrent de prendre le déjeuner à leur appartement. Contents de se retrouver un peu seuls, ils se blottirent ensuite dans le vieux canapé que Pierre-François avait provisoirement installé au salon. Il fut le premier à se lever pour aller donner son cours de métamorphose. Il regardait Jim qui avait l'air d'un agneau qu'on emmène à l'abattoir, il devait enseigner aux élèves de sixième année et était mort de trac. Il l'attira contre lui, essayant de le rassurer de quelques mots. Harry quant à lui débutait avec les plus jeunes mais ne semblait pas particulièrement perturbé à l'idée de donner cours. Contrairement à son fiancé, il était dans son élément, Poudlard était son univers depuis plus de huit ans. Son expérience de l'AD lui avait donné une certaine assurance. Il posa au passage une main sur la taille de Jim, lui adressant un sourire tendre avant de le pousser vers leur chambre afin de revêtir une robe sorcière.

— Jim mon cœur, tout va très bien se passer, j'en suis sûr.

— J'espère.

— Tu as un don pour expliquer les choses de façon concise et abordable. Rappelle toi ce que t'a dit Draco quand tu nous as expliqué la politique moldue, il t'a dit que pour la première fois il y avait compris quelque chose. Ils vont adorer ton cours et aussi le professeur, finit-il avec une grimace.

— Jaloux ?

— De jeunes élèves de seize ans ? Non ! Juste un peu possessif... Et c'est valable pour toi aussi, Monsieur le directeur trop beau, trop chou comme disent ces jeunes demoiselles... fit-il à Pierre-François qui les regardait appuyé contre le chambranle de la porte.

Celui-ci éclata de rire pour le plus grand plaisir de ses amoureux.

 

oOo

 

Hermione lançait des coups d'œil furtifs vers Pierre-François. Installée dans son bureau pour ranger les documents d'inscriptions dans les dossiers des élèves, elle trouvait le directeur distrait et nerveux. Une cavalcade dans l'escalier tournant le fit lever la tête vers la porte avec impatience, elle s'ouvrit devant ses deux professeurs préférés qui étaient aussi pressés que lui de le voir puisqu'ils n'avaient pas eu la patience d'attendre que l'escalier les amène à bon port.

— Ça a été ? demanda-t-il en souriant à Jim.

— Oui sans problème.

— Tu vois ! et toi ?

— Ils sont tout petits, tout mignons et ne savent strictement rien de rien, se moqua gentiment Harry.

— Tout mignons ? intervint Jim dubitatif.

— Oui, se marra Harry. Il y en a quelques uns qui sortent du lot mais peu... Alicia, la sœur de Justin à Gryffondor semble plus avancée, à Serdaigle il y en a deux qui sont capables de prononcer un sort de désarmement correct, les autres rien. Tout est à faire. Le pire c'est qu'en seconde, ils n'ont pas l'air d'en savoir beaucoup plus.

— Tu es là pour ça.

— Je m'en doutais, mon ange.

— Demain tu auras les Poufsouffle et les Serpentard le matin.

— Classes de première et deuxième deux cours successifs comme aujourd'hui, j'ai vu.

— J'ai essayé de faire notre horaire en fonction de celui de l'université que m'a communiqué Minerva hier et qui devrait être définitif. J'ai dû grouper les maisons pour que vous fassiez moins d'heures. Je sais que ça vous fait des grosses classes pourtant je n'ai pas le choix. Le jeudi vous êtes à l'université seulement en matinée, c'est pourquoi je vous ai mis quatre heures de cours à donner l'après-midi. Le vendredi tu n'as qu'un cours de dix-huit à vingt heures, Jim, mais l'après-midi tu donnes cours d'histoire de la politique moldue à l'université de quatorze à dix-sept heures auquel assiste Harry, je vous ai mis quatre heures ici le matin.

— Journée très complète en effet, soupira Jim avec une grimace.

— Le samedi matin, tu enseigneras de nouveau la politique moldue que, toi Harry, tu suivras. Et les trois premiers jours de la semaine vous avez aussi des horaires chargés soupira-t-il. Mardi vous commencez à onze heures du matin, je vous ai donc mis deux heures de cours à chacun à donner ici avant et j'ai du vous en mettre deux en fin de journée mercredi. Pour moi c'est bouclé. Tu ne donnes à l'université que six heures de cours à la place de dix, Jim, puisque cette année il n'y a que la première masteria mais vous en avez douze ici chacun ce qui fait les trente heures exigées pour ton inscription et votre appartement à Cambridge. Je ne sais vraiment pas comment Minerva voit les choses pour l'année prochaine, peut-être prendra-t-elle un second professeur, moi il n'est pas question que je me passe de mes professeurs, fit-il avec un sourire complice.

— Pourquoi ne renoncez-vous pas à l'appartement de Cambridge ? Vous ne l'occuperez de toute façon pas, demanda Hermione.

— Nous avons signé un contrat pour la durée de nos études, soupira Harry. Nous étions bien trop contents de pouvoir vivre ensemble.

— Et surtout nous n'avions, à ce moment là, aucun loup dans notre vie, confirma Jim en souriant.

— Voilà ! c'est de ma faute ! fit le loup en question avec une mine attristée que démentaient des yeux pétillants de malice.

— Ça ne marche pas, p'ti loup ! Et puis nous n'allons pas te câliner sous le regard sévère de tes prédécesseurs, termina Jim en passant en revue les portraits alignés sur le mur. Sans parler d'Hermione qui va nous soupçonner de vouloir te faire subir les pires outrages.

— De toute façon, il est dix-huit heures. Tu as fini, Mione ?

— Oui ! Je suis juste en train de recopier plus proprement les notes sur tes différents contacts avec les parents. Tu vois c'est bien mieux comme ça.

Pierre-François lui jeta un regard plein d'une horreur à peine dissimulée.

— Tu veux dire que tu passes ton temps à recopier mes propres annotations sur mes différents entretiens ? Ce sont des remarques souvent anodines, parfois futiles notées en marge des renseignements sérieux pour mieux situer les parents, le milieu des élèves et tu y as perdu des heures précieuses à seule fin que les dossiers soient plus présentables ? Je te rappelle que nous sommes les seuls à les voir. Hermione, il y a vraiment plus urgent et utile à faire.

— Tu ne m'as rien donné d'autre à faire après les fiches.

— Je croyais que tu n'avais pas fini. Il y a des montagnes de travail. Et d'abord commencer par t'installer un bureau digne de ce nom en le personnalisant, en le faisant tien. Demain, je donne cours toute la journée. C'est toi qui va devoir recevoir les élèves ou les professeurs si il y a un problème. Il y a les horaires à recopier pour les élèves classe par classe, à afficher dans la salle commune des quatre maisons, dans le hall, à distribuer à tous. Il faut vérifier les inscriptions aux cours facultatifs, chaque élève doit en avoir choisi assez que pour compléter sa grille horaire. Il faut convoquer ceux dont ce n'est pas le cas et remédier au problème. Il y a les horaires des vacations à fournir à chaque professeur. C'est le plus urgent. Si la magie nous aide, elle ne fait pas tout à notre place. Tu es intelligente Mione. Si ça n'avait pas été le cas, amie de Harry ou pas, je ne t'aurais pas prise comme sous-directrice. Nous sommes à la rentrée, il faut viser le rendement, les détails on verra après. Officieusement, nous allons établir un roulement pour notre présence aux repas dans la salle commune, ça nous permettra à tous d'avoir une vie privée en dehors de nos devoirs de professeurs. Organise une réunion informelle demain après le repas du soir, ça ne prendra pas longtemps en principe.

— Tous les professeurs ?

— Oui. Tous !

— Bon allons chercher Lily maintenant. dit-il en s'adressant à ses deux agneaux. La journée a certainement été longue pour elle aussi.

— Je suis passé la voir entre mes cours, elle avait l'air de bien s'amuser. fit Harry en souriant. Elle martyrisait les jumeaux de Bill.

— Martyriser ! De suite les grands mots ! répartit le père moqueur.

— Comment appelles-tu le fait de vouloir les enfermer dans une des armoires à jouets ?

— Les protéger d'éventuelles agressions extérieures ?

— Bien essayé ! railla Harry.

Ils suivirent les couloirs peu fréquentés à cette heure pour se rendre à la garderie. Pierre-François se fit la remarque qu'elle était située loin de la classe de défense contre les forces du mal et que Harry faisait un adorable papa-poule. Lily se précipita vers eux passant des bras de son père à ceux de ses tontons. Elle avait de plus en plus tendance à appeler Harry "Pa" comme Aymeric ce qui le mettait mal à l'aise envers Pierre-François parce qu'il ne voulait pas empiéter sur son rôle et envers Jim qu'elle continuait à appeler Tonton. Hermione, Teddy dans les bras, discutait avec Lavande de leur grossesse respective. Harry lança un coup d'œil à son amant qui lui sourit. Il comprenait mieux pourquoi il avait engagé leur amie alors qu'elle n'avait pas de formation en pédiatrie. Il se demanda si le père était Seamus.

Il faisait doux. Pierre-François, la petite menotte de Lily serrée dans la sienne, les entraîna dans le parc de Poudlard. Ils firent le tour de l'étang. Il avait fait mettre des bancs un peu partout, ce n'est pourtant pas sur un de ceux-ci qu'il avait décidé de s'asseoir. Il les emmena dans un berceau de verdure formé de quelques arbres et buissons. Au centre, un gazon fin et moelleux. Par l'ouverture, ils avaient vue sur l'étang et sur le château.

— Je comprends mieux pourquoi les Serpentard sont toujours fourrés de ce côté ci, ce qui fait que les autres maisons le considèrent comme leur territoire et ne s'y aventurent jamais, fit Harry amusé.

— Ils l'appellent la chambre verte.

— Moi qui croyait savoir tout de Poudlard et ses environs, railla Harry.

— Chaque maison a ses petits secrets. Tu ne connaissais pas non plus les anciens labos. Peu de griffons sont au courant car les serpents ne sortent pas avec eux.

— Et elle sert à quoi la chambre verte ? interrogea Jim.

— Je dois vraiment te faire un dessin ?

— Après les bords de l'étang sous le saule pleureur, grommela-t-il.

Pierre-François éclata de son rire mélodieux en regardant la moue contrariée de son agneau.

— Il y a prescription tu ne crois pas ? De toute façon, cet endroit ce n'était pas pour moi, mes amourettes devaient être bien mieux cachées que ça, mais j'ai fait souvent le guet devant pendant que mon frère lui en profitait. Aujourd'hui, c'est un peu ma revanche, une très sage revanche, termina-t-il en posant sa joue sur la tête de Lily.

Son regard effleura celui de Harry et ce qu'il y vit le fit sourire intérieurement. Il se rappela quand il lui avait décrit ses rêves de tendresse sur la plage lors de leur premier week-end au Tamaris, le soir même il s'était retrouvé dans la mer pour un doux câlin et leurs tout premiers baisers. L'instant où il avait su que dorénavant ils seraient trois à s'aimer. Un de ses meilleurs souvenirs. Il datait de deux mois et demi déjà, il avait l'impression que c'était hier. Ils restèrent là un moment, perdus dans leurs pensées dont les autres occupaient la majeure partie.

Jim se sentait désorienté dans ce monde qu'il connaissait à peine et avait eu l'impression d'être livré à lui-même toute la journée. Malgré sa bonne volonté, il avait très peu participé à l'aménagement du dortoir et s'était senti inutile. Son après-midi de cours s'était bien passée mais enseigner la politique britannique à ces jeunes en robes de sorcier qui à seize ans ignoraient ce qu'était le mot "parlement" lui avait semblé parfaitement irréel. Il n'avait attendu qu'une chose toute la journée se retrouver derrière la porte de leur appartement.

Harry avait l'impression d'avoir passé une très longue journée loin de ses amours et se trouvait parfaitement ridicule. Il avait aimé enseigner son savoir aux enfants s'estimant particulièrement satisfait qu'ils en sachent un peu plus à la fin du cours. Ils étaient tous les trois dans ce Poudlard qui était son second chez lui depuis des années et qu'il aimait. Que pourrait-il demander de plus ?

Pierre-François s'était aperçu presque avec horreur que ces deux mois passés loin de toute activité professionnelle et avec eux sans cesse l'avaient en quelque sorte amolli et il avait eu bien du mal à se concentrer sur son travail. Une heure avant la fin des cours il était déjà en train de guetter leurs pas dans l'escalier. Il avait mesuré à quel point il était devenu tributaire de leur présence et ça n'avait pas été un constat agréable.

Il réalisa qu'ils étaient bien silencieux tous les trois depuis un moment. Un regard à ses amours lui fit entrevoir une vérité pénible, leurs pensées ne semblaient pas plus gaies que les siennes. Apparemment le bilan de cette première journée n'enchantait aucun d'eux.

— Harry ? Jim ?

Ils lui firent tous les deux un sourire qui ressemblait à une grimace.

— J'ai l'impression que vous n'êtes pas satisfaits de votre rentrée.

— ...

— ...

— Oui ?

— Je me suis senti inutile le matin et perdu l'après-midi, avoua Jim.

— Jim ! s'exclama Harry douloureusement.

— Ce n'est que l'impression du premier jour, mon amour. Je ne vais pas te dire le contraire et te faire avaler que tout a bien été. D'ailleurs tu ne me croirais pas ! soupira-t-il.

— Harry ?

— J'ai aimé enseigner mais vous m'avez manqué toute la journée. murmura Harry.

— Vous aussi. fit Pierre-François. Et mon travail s'en est ressenti. Nous sommes ensemble, là maintenant. Profitons de chaque minute. Allons dîner puis nous aurons notre soirée rien qu'à trois. Demain, c'est moi qui donnerai cours toute la journée. Comme vous n'allez pas encore à l'université, vous serez ensemble tout l'après-midi. Et le week-end nous irons pour la première fois chez nous.

 

oOo

 

La grande salle était remplie quand le directeur prit place à la table des professeurs. Sans conteste, un vent nouveau soufflait sur Poudlard. Pour preuve, la présence d'une enfant de trois ans au dîner, mais aussi l'affirmation de liens surprenants comme ceux du pacte d'alliance qui unissait la sous-directrice et ses maris présents alors qu'ils n'étaient pas professeurs ou ceux qui manifestement liaient le directeur et ses professeurs de politique moldue et de défense contre les forces du mal.

L'autorisation de dîner à une autre table que celle de sa maison avait fait des adeptes. Maxence avait rejoint à celle des Serpentard sa sœur et son cousin. Il discutait avec animation avec Cloud et Justin. Alicia, la petite sœur de Justin avait quitté la tablée des griffons pour être à ses côtés et riait avec Aymeric, Sylvain, et Typhaine. Ça et là d'autres rapprochements se faisaient. Ce n'étaient encore que des réponses à des liens familiaux la plupart du temps mais qui en annonçaient d'autres.

Les élèves des dernières années faisaient le constat que l'enseignement aussi évoluait. Les cours donnés par des professeurs plus jeunes étaient plus dynamiques, plus vivants mais demandaient plus d'attention et d'efforts. Les régents semblaient aussi plus exigeants. Ils sentaient que le cours de politique moldue bien qu'expliqué très clairement n'allait pas tarder à devenir leur cauchemar à cause du nombre de notions qu'il apportait dès le début et parce que le professeur Spencer les avait prévenus qu'il testerait à chaque début de cours si les leçons précédentes avaient été assimilées. La plupart attendaient avec impatience le cours de métamorphose donné par le directeur qui ils le pressentaient ne serait pas banal. Les participants de l'AD maintenant en septième ne tarissaient pas d'éloges sur lui mais aussi sur ses deux compagnons.


oOo


La porte de leur logis enfin refermée sur eux, ils poussèrent un soupir de soulagement. Harry connaissait bien l'expression sur le visage de Pierre-François, c'était celle qui annonçait une surprise ou une idée dont il était fier. Ils le suivirent au salon. Les murs étaient repeints de cette couleur grège qu'ils avaient choisie, une cheminée imposante en pierre bleue patinée par l'âge avait remplacé l'ancienne de style baroque et trônait dans un espace surbaissé qui créait dans la grande pièce un second niveau brisant l'impression d'immensité. Les nouveaux canapés étaient installés dans la partie supérieure, les voilages tamisaient la lumière rougeoyante du coucher de soleil, les tapis moelleux garnissaient le parquet brillant et le devant de la cheminée où étaient installés trois gros clubs en cuir. Les objets de décoration, les lampes, les tableaux viendraient compléter au fur et à mesure la pièce qui avaient encore un côté impersonnel. Les deux plus jeunes échangèrent un regard ravi avant d'embrasser leur loup se retrouvant entre ses bras avec un plaisir non dissimulé.

Lily une fois couchée, ils s'installèrent devant le feu qu'avait allumé Harry. Le coup d'œil moqueur que Jim lui lança apporta sur ses lèvres le petit sourire provocateur et dédaigneux de celui qui en sait plus que les autres. Et quand bien plus tard, couchés enlacés et nus, sur le tapis devant l'âtre, ils se retrouvèrent satisfaits, repus les uns des autres, il ne put se retenir de lancer une petite phrase railleuse.

— Alors, mon cœur, l'ambiance était trop chaude pour toi ?

Pierre-François leur adressa un regard interrogatif.

— Monsieur s'est moqué de moi parce que j'allumais le feu dans la cheminée, expliqua Harry en souriant.

— Tu as oublié notre soirée à Astor's Lodge ?

— Vraiment pas ! Tu crois que je peux perdre de vue que tu préférais cuire emmitouflé d'un pull devant le feu plutôt que changer de tee-shirt devant nous ? Il a fallu que je te menace de te déshabiller moi-même !

— Et toi tu n'osais pas reconnaître que tu voulais sortir avec moi ! C'était pire ! Sans parler de ta crise lors de la partie de Monopoly !

Harry posa doucement ses lèvres sur celles de Jim pour le faire taire avant de raconter sa version de l'histoire à Pierre-François qui les écoutait le sourire aux lèvres, car le point de vue de Jim qui vint ensuite était tout différent.

— Vous êtes sûrs que vous avez vécu la même soirée ?

— Oui, sans nul doute... Celle d'un grand pas en avant ! fit Harry en souriant. Vers la libération du corps de Jim, bien entendu !

— Et ça s'est terminé comment ?

— J'ai été dormir, compléta Jim après avoir tiré la langue à son fiancé, et quand je me suis réveillé, deux yeux verts m'observaient et une voix me disait que j'allais voler sur un balai... Un tendre fou ! Et j'ai adoré ça.

— Le week-end suivant ça a été le bal de Cambridge, l'attaque de Ron, la blessure de Liam et toi découvrant la mort de ton oncle.

— Et tes bras pour me consoler. Ce fut ma première nuit dans ton lit même si tu en as été scandalisé.

— Scandalisé ? s'étonna l'aîné.

— Ça allait vite, trop vite. expliqua Harry. Je voulais, c'est vrai, sortir avec lui mais une partie de moi, celle qui pensait qu'un amour se passe obligatoirement entre deux personnes de sexe opposé avait encore difficile de l'admettre. Le corps d'un homme tout contre moi, c'était choquant, presque dérangeant et en même temps, j'en étais fou, je ne supportais plus ses absences. Je le voulais à mes côtés sans arrêt, et ça n'a pas changé. fit-il avec un sourire à Jim. J'avais peur de ce que je découvrais en moi mais le voir pleurer là sans rien faire c'était impossible alors je l'ai serré contre moi pour dormir.

— ...

— Je me suis réveillé dans ses bras et c'était tout simplement ma place. Je l'ai regardé dormir et je me suis dit qu'il était temps de choisir et quand, dans son sommeil, il a senti que je n'étais plus là et m'a attiré contre lui, je me suis laissé faire, finit-il.

— ...

— Au début nous nous touchions à peine en public, nous parlions avec les yeux. C'est après que nous sommes devenus aussi fusionnels et tellement tactiles que parfois ça doit déranger les autres.

— Ta rencontre, p'ti loup, a accentué ça. J'avais tellement peur de le perdre ; je voyais son amour pour toi grandir. Je l'ai compris bien avant lui, je ne pouvais plus m'en éloigner. J'ai admis le lien du bracelet pour son bonheur mais Dieu sait que j'en ai pleuré, fit Jim de l'eau au bord des yeux à cette évocation.

— Tu ne m'as rien dit, mon aimé. fit Harry interdit, posant une main possessive sur la taille de son amour.

— Tu m'aurais répété que jamais tu ne cesserais de m'aimer et je ne t'aurais pas cru. Nous aurions été deux à souffrir.

— Je me suis rendu compte que tu avais mal et j'ai tout fait afin de te rassurer.

— Je sais. C'est en partie pour cette raison que nous sommes toujours autant accrochés l'un à l'autre.

— Pardonne-moi...

— Harry ! Arrête ! Les sentiments ne se commandent pas ! Tu me troublais aussi, fit-il en se tournant vers Pierre-François mais je ne discernais pas en toi ce que lui y avait découvert de suite. Je n'ai commencé à apercevoir en toi autre chose que ton côté affreux prédateur que lors du vernissage quand je t'ai vu ému devant les tableaux de ton fils, puis si humain pendant le week-end à Toulouse. Harry était tombé sous ton charme de suite.

— C'est pour lui que tu as accepté les liens qui s'établissaient ? demanda Pierre-François.

— Au début, oui !

L'éclat de souffrance qu'il vit dans les yeux si clairs lui fit mal.

— J'ai dit, au début, p'ti loup. répéta-t-il en caressant doucement une des longues mèches qui s'étaient dénouées dans l'amour.

— ...

— J'ai simplement mis plus de temps à t'aimer et j'ai souffert de le voir se rapprocher de toi, mais lorsque nous avons décidé de vivre avec toi et de nous aimer à trois, je l'ai fait par amour. C'est quand tu as été blessé et que nous avons cru te perdre que j'ai réalisé mes sentiments.

— Draco et Sylas étaient seuls à mon chevet et ils disaient que tu pleurais.

— C'est exact. fit Harry. Nous avions profité de leur présence pour aller prendre une douche. Si Jim a compris qu'il t'aimait à ce moment, c'est à ses larmes que je l'ai réalisé moi aussi.

— Quels jours d'angoisse !

— Là encore nous sommes restés blottis ensemble à attendre le moindre signe qui nous dirait que tu allais nous revenir. Je crois que Jim à moins détesté le bracelet elfique à ce moment.

— Il était devenu notre espoir ! C'est par lui que nous avons su que tu vivrais. Si jamais tu nous refais ça un jour, je te jure que je te tue de mes propres mains quand tu iras mieux.

Sa véhémence fit rire Pierre-François qui les serra contre lui dans une même étreinte. Un double soupir de bien-être amena sur ses lèvres un sourire tendre. Leurs confidences lui faisait entrevoir ce qu'il n'avait pas deviné, une véritable souffrance, un déchirement causé par son immixtion dans leur couple.

— Je suis désolé, murmura-t-il.

— Inutile d'avoir des regrets maintenant alors que nous n'en avons plus.

— Aucun ! renchérit Jim.

 

oOo

 

Le lendemain, quand Pierre-François sortit de la douche, il trouva Harry et Jim en train de s'activer dans la cuisine. Le premier avait fait de fines gaufres sucrées qu'il tartinait de confiture, le second des toasts, des œufs et du bacon. Il mit la table, pressa des oranges qu'ils avaient ramenées du Cap d'Agde. Il passa derrière Harry pour voir où il en était, posant au passage une main caressante sur la taille de Jim.

— P'ti loup ! fit celui-ci d'une voix sévère.

— Oui ma tendresse ?

— Comment veux-tu qu'on cuisine si tes mains traînent partout !

 

Harry courait dans les couloirs. C'était bien de concocter un petit déjeuner à déguster en amoureux mais ça prenait du temps et il était en retard. Il termina sa course par une glissade qui l'amena juste devant sa classe. Essoufflé, il ouvrit aux têtes blondes moqueuses qui l'attendaient depuis un moment.

 

Jim trouva les adolescents de septième devant la porte. Justin et Cloud lui lancèrent un regard interrogatif. Il leur répondit par un clin d'œil moqueur avant de reprendre son sérieux et de commencer son cours.

 

Pierre-François examinait attentivement le lapin de Maxence. Il était parfait. Le garçon semblait doué. Pour voir leur niveau, il leur avait demandé de métamorphoser un verre en ce rongeur aux longues oreilles. Aucun n'y était arrivé entièrement sauf lui. Il lui fit un sourire approbateur qui fit briller les yeux du garçon de contentement.

Ils prirent leur repas de midi à la table professorale avant de se séparer. Jim et Harry allèrent chercher Lily et Teddy pour profiter du temps clément de cette fin d'été dans le parc de l'école. Entre deux cours, par la fenêtre, Pierre-François vit Harry jouer au ballon avec les enfants. Jim assis sur un banc à coté d'eux les regardait. Le sourire aux lèvres, il se tourna vers ses élèves qui entraient et débuta ses deux dernières heures de cours. Ils se retrouvèrent pour le dîner avant d'assister à la petite réunion prévue avec tous les professeurs. Un planning fut établi pour les trois mois à venir. Ils n'assisteraient plus à chaque repas à la table professorales que deux fois par semaine et ils resteraient à Poudlard un week-end par mois.

 

oOo

 

Ils atterrirent tard dans la cheminée de leur maison de Weymouth. Ils la parcoururent de long en large, ne se lassant pas d'admirer le résultat des transformations. Ils finirent par s'installer dans le salon détente, dans un des canapés devant la télévision.

— Je ne m'étais pas rendu compte qu'elle était si grande. fit Jim. Tu es sûr que deux elfes vont suffire pour entretenir tout ça?

— Oui ! Quand nous ne sommes là que le week-end, il n'y a pas de problème. Il ne faut pas oublier qu'il y a Didier et Robert aussi. Quand nous reviendrons en vacances nous prendrons Kreattur avec nous.

— Tu ne trouves pas bizarre qu'ils ne sont pas venus nous accueillir ?

— Ils ne rentrent que demain en fin de matinée. L'artisan qui devait placer l'auvent ne l'avait pas reçu à la date prévue.

— Tu es sûr que ça ne cache rien ?

— J'avais donné des instructions aux elfes. Si il y avait eu un problème ils seraient venus nous prévenir.

— Bien. soupira Harry.

— Votre journée s'est mieux passée qu'hier ?

— Le matin, les petits étaient toujours tout petits, se marra Harry. L'après-midi nous avons été jouer dans le parc. N'est-ce pas Mademoiselle Lily ?

— Oui, Pa.

— Ma chérie, je ne suis pas ton papa. fit-il doucement en prenant la petite sur ses genoux.

— Laisse-là, amour. Elle entend Aymeric, c'est inévitable. Cela ne me dérange pas qu'elle aie trois papas. Vous êtes mes compagnons. Elle ne va pas vous appeler maman !

Il éclata de rire en voyant le coup d'œil scandalisé que lui lançait Harry, tandis que Jim écoutait ravi le rire clair et sensuel de leur sorcier d'homme. Bien vite, elle s'endormit la tête dans le cou de Harry qui alla la coucher.

Quand il revint, il les découvrit sur leur lit l'un contre l'autre en train de s'embrasser. Il avait senti l'envie de Jim pour Pierre-François, il ferait tout ce soir, à son tour, afin qu'il connaisse le plaisir de le sentir tout à lui. Il se glissa résolument entre eux avec un regard entendu vers Jim qui passa de l'autre côté de Pierre-François qui comprit de suite. Harry vit l'appréhension agrandir son regard. Il enfouit ses mains dans les longues mèches qu'il avait libérées pour l'attirer à lui.

— Nous ne voulons que ton plaisir, mon amour... Je t'aime tant, laisse-toi aller ! Par Merlin que tu es beau, mon chéri. lui murmurait-il en ouvrant doucement les boutons de sa chemise et en laissant errer ses lèvres dans son cou, sur ses épaules. Mais si tu ne veux pas, ce n'est pas grave, tu sais qu'il arrêtera... souffla-t-il avant de prendre ses lèvres pour un baiser tout en douceur, caressant, pressant, mordillant, taquinant délicatement d'une langue mutine les lèvres de son compagnon, partageant la chaleur aphrodisiaque de sa bouche. Et c'est lui qui se retrouva nu sans même s'apercevoir que Pierre-François l'avait déshabillé, gémissant sous les caresses enivrantes de son amant et perdant pied peu à peu dans ses bras.

Il reposait blotti entre eux. Une fois de plus il s'était perdu dans son plaisir et avait du mal à en sortir. Il s'étira doucement avec délices. Pierre-François repoussa les cheveux collés sur son front moite avec tendresse puis caressa son visage du bout des doigts. Harry pensa qu'il avait crié de volupté et joui possédé par Jim. Il se croyait fort, il avait voulu offrir à ce dernier le même bonheur que celui qu'il avait ressenti et s'apercevait qu'il aurait voulu être le seul. Il s'arracha à la main câline, lui tourna le dos et nicha sa tête dans le cou de son fiancé. Pierre-François désarçonné par son attitude resta coi un moment. Il voyait le bracelet elfique briller sur son poignet. Au bleu profond des pierres magiques se mêlaient quelques filaments rouges qu'il n'y avait jamais vu. Il se souvint de son gros pincement au cœur quand il avait entendu la première fois Harry gémir de plaisir dans les bras de son fiancé. Son possessif avait mal. Il resserra son étreinte autour de son corps et souffla quelques mots tout contre son oreille.

— Arrête ça tout de suite, mon doux amour, c'est Jim. Je t'aime et être en toi m'a donné autant de félicité que lui, tu le sais.

Une fois sa peur vaincue, il avait éprouvé du plaisir, beaucoup. Jim était un amant exceptionnel, son expérience lui donnait une retenue de son corps que Harry très passionné, très impétueux, n'avait pas encore pourtant il lui avait prouvé tout récemment qu'il pouvait s'oublier pour son bien-être à lui. Depuis presque trois mois qu'ils étaient ensemble, en artiste de la volupté, Jim avait appris à jouer de l'instrument qu'était son corps comme de celui de Harry. A chaque fois, il réinventait les préludes et les concertos qui le faisaient vibrer et l'amenaient à l'extase mais jamais lui ne perdait de vue son petit homme et sa satisfaction. Avec Harry, il y avait une entente primitive, une communion amoureuse qu'il n'avait jamais ressentie qu'avec lui. Et quand il s'oubliait dans la jouissance, s'y perdait même c'est que ce dernier était dans ses bras et lui en son corps comme ce soir.

Il l'entendit soupirer. Les pierres luisaient d'une lumière bleutée sans tache, il posa sa tête contre la sienne, joue contre joue. Jim doucement les embrassa l'un après l'autre mélangeant leur salive jusqu'à plus soif, se pressant contre Harry, caressant les flancs de Pierre-François.

— Qui nous a dit l'autre jour que nous étions insatiables ? fit bien plus tard ce dernier amusé.

Jim se contenta de pousser un petit grognement satisfait avant de s'endormir dans les bras de Harry. Celui-ci lança un regard à Pierre-François qui se leva pour venir se coucher contre lui et ensuite l'enlacer.

 

oOo

 

Quand il se réveilla Pierre-François était déjà levé, il le trouva dans le salon penché sur un document.

— Que fais-tu ?

— Bien dormi, mon agneau ?

— Oui ! J'aurais voulu paressé un peu dans tes bras mais bon...

— Viens ! fit-il en lui tendant les mains et en l'attirant vers lui.

Il se laissa tomber à ses cotés, enserra sa taille et blottit son visage dans son cou. Pierre-François passait ses mains dans ses cheveux en lui murmurant des mots tendres qui le faisaient fondre.

— Que diriez-vous d'aller dîner au restaurant ici à Weymouth, ça nous fera du bien de sortir un peu. Nous pourrions essayer un restaurant situé sur l'esplanade en bordure de mer dont la spécialité est le poisson. Nous pourrons prendre un verre ensuite si vous voulez. Demain nous irons à l'appartement du Marais, nous passerons prendre les carnets d'Ambre que nous avons oubliés lors de l'anniversaire de Justin et visiter le fameux secrétaire de Madame la comtesse qui semble contenir bien des trésors puis nous irons au club.

— Ton appartement ? pourquoi ?

— Tes cheveux deviennent un peu longs et ceux de Jim aussi.

— Tu veux encore me mettre dans les pattes de Gaby ? s'indigna-t-il.

— Je croyais que tout était très bien ? se moqua-t-il.

— Tu l'as laissé me peloter outrageusement et ça te faisait rire.

— Je savais que tu ne le supporterais pas et que tu te tiendrais loin. Tu les verras cette fois sans leur masque de folles. Evite de juger avant de les connaître. Ça fait des années que je les côtoie, mon amour, nous avons traversé bien des mauvais moments ensemble. Nous avons habité sur le même pallier dans le même immeuble miséreux quand je suis arrivé à Paris.

— Raconte.

— J'avais les mangemorts à mes trousses. Je ne pouvais pas aller chez Gringotts. Quand j'ai débarqué dans la ville lumière en directe provenance de mon monde sorcier londonien, j'avais juste de quoi louer une chambre misérable. J'ai du trouver au plus vite un emploi. Heureusement je parlais bien français, avec un accent mais apparemment c'était loin d'être un problème, poursuivit Pierre-François avec un petit rire moqueur. Ça faisait partie de mon charme parait-il. C'est Gaby qui m'a fait engager comme barman dans un bar gay pas trop mal fréquenté. C'était pas la gloire mais ça me permettait de manger et de payer ma chambre. Le seul problème était de rentrer à mon logement en traversant au milieu de la nuit le quartier de la gare du nord. Quand tu es gay, ce n'est pas vraiment une bonne idée. J'ai du apprendre à me défendre autrement qu'avec ma baguette. Je me suis inscrit aux cours de karaté croyant me transformer en Bruce Lee en trois semaines, puis je me suis procuré une arme de poing et j'ai fréquenté un stand de tir.

— C'est à ce moment là que tu as appris à te servir d'un glock ? interrogea Jim en s'asseyant tout contre lui sur l'accoudoir.

— Oui et crois-moi ça m'a sauvé la vie plusieurs fois. Le patron était un joueur, parfois il misait la recette et il ne savait pas payer les fournisseurs le lendemain, ses clients étaient pour la plupart des habitués qui connaissaient son défaut. Ils consommaient ce qu'il y avait sans trop rechigner mais un jour il a perdu son bar au poker et je n'ai pas pu m'entendre avec le nouveau propriétaire. Je suis même parti après lui avoir mis une solide dérouillée.

— Et il t'a fait des propositions...

— On peut appeler ça comme ça... Je n'ai pas ensuite retrouvé un travail immédiatement, c'est Gaby et Frédéric qui m'ont aidé. Par hasard j'ai hérité du poste d'un barman en passant dans un pub dans Le Marais un jour où il ne s'est pas présenté au boulot parce que une fois de plus il était soi-disant malade et quelques semaines après un client m'a demandé de poser pour lui, c'était André. Il m'a très bien payé. Il m'a introduit dans le tout-Paris. Je me sentais seul, tout le monde était en couple. Nous sommes devenus amants. Pour me faire plaisir, il m'a laissé décorer son appartement. Certaines de ses relations ont trouvé ça bien. Je me suis retrouvé en train de refaire les leurs, je me suis documenté et je me suis lancé. J'ai osé un jour aller dans le monde sorcier parisien, j'ai été à l'équivalent de la banque Gringotts en France et j'ai vendu discrètement par leur entremise une propriété qui m'appartenait en Italie. Avec l'argent j'ai acheté ce qui est devenu trois mois plus tard L'aigle Noir. J'ai voulu louer un autre logement, André m'a proposé de vivre avec lui et j'ai accepté.

— Tu l'aimais ? demanda Harry.

— Tu sais déjà que non, fit-il avec un regard tendre à son éternel possessif et en portant son poignet à ses lèvres, mais je peux te le redire autant que tu le veux. Au début, je n'ai pas réalisé que lui tenait à moi à ce point autrement je n'aurais pas accepté. Quand j'ai voulu ouvrir le club, il n'a pas compris. Un appartement de temps en temps à décorer pour m'occuper c'était suffisant... Pour lui je devais rester à ses côtés à me faire choyer et m'y sentir bien. Ce n'était pas le cas. Pendant tout ce temps, j'avais continué à voir Gaby et Frédéric. Quand il a fallu trouver du personnel pour la discothèque, ils ont battu le rappel de leurs connaissances, certains ont quitté leur emploi afin de travailler pour moi sur leur simple recommandation comme Sven, mon chef barman. Le club marchait bien. Je leur ai renvoyé l'ascenseur en leur adressant des clients. Ils sont devenus les coiffeurs de la jet-society mais dans le but de se faire remarquer ils se sont forgé le look que tu as vu et ils sont très vite devenus la coqueluche de ses dames. Nous avons donc progressé ensemble. Avec André c'était des scènes de jalousie quotidiennes, des reproches incessants. Je n'en pouvais plus, un jour j'ai arrêté les frais.

— P'ti loup, intervint Jim peu désireux d'entendre le récit de ses amours avec l'artiste, tu vas me faire croire que tu veux nous emmener dans ton appartement qui représente un danger certain pour nous à cause de ton frère, juste pour une coupe de cheveux ?

— Non ! En fait c'est mon téléphone qui m'a réveillé ce matin et Gaby a demandé à me voir d'urgence.

— Ils savent que tu es sorcier ?

— Oui ! Ils sont au courant pour mon fils, les mangemorts... Ils connaissent mon frère.

— Tu réalises que c'est peut-être un piège ?

— Nous avons mis au point un code au cas où ils seraient forcés de me contacter. Ça ne parait pas être le problème.

— Car il y a problème ? fit Harry manifestement soucieux.

— Il semblerait, oui.

— ...

— Je ne peux pas les laisser tomber !

— Je n'y pensais pas. Je cherche juste à assurer notre sécurité.

— ...

— Pourquoi si c'est urgent, as-tu pris rendez-vous avec eux demain et pas aujourd'hui ?

— Le samedi c'est le jour où ils travaillent le plus et en général assez tard avant de sortir.

— Bon. Donc ça ne semble pas urgent au point de craindre pour leur vie. Tu connais leur emploi du temps habituel le dimanche ?

— Si ils n'ont pas changé, c'est la grasse matinée, le café au lit vers midi avant de s'habiller et d'aller manger chez Lilou une taverne dans le Marais vers quatorze heures. Après c'est variable. Ils aiment le cinéma mais aussi discuter avec des amis.

— Et nous devons les voir quand ? demanda Harry.

— En début de soirée à dix huit heures.

— Je sens qu'ils n'iront pas au cinéma demain.

— Tu veux faire quoi ?

— Aller dans ce restaurant et les y attendre.

— Et si ils ont changé leurs habitudes ?

— Nous aviserons à ce moment là, soupira-t-il. Si ils sont suivis nous transplanerons avec eux des toilettes de la taverne. Tu ne m'as jamais répondu. Que faisais-tu ?

— Je lisais le résumé de Jim sur les carnets d'Ambre, mais j'en étais seulement au commencement. Et maintenant que nous sommes mieux au courant de ce que nous cherchons, il serait de toute façon intéressant de les relire.

— Il y en a quatre, nous n'en avons même pas lu deux. fit Jim. Nous avons commencé quand Ambre avait seize ans et fini treize ans après à la naissance des jumelles dont une était Camille de Saint-Maur, la propriétaire de la troisième baguette. A ce propos vous pouvez m'expliquer cette histoire de baguettes jumelles ou triplées dans le dernier cas?

— Elles ont été faites autour du même élément même si extérieurement elles ne sont pas nécessairement semblables. expliqua Harry.

Il raconta la sienne et celle de Voldemort refusant de se combattre parce qu'ayant le même cœur : une plume du même phénix et le fait que ça lui avait sauvé la vie lors de cet affrontement.

Une petite voix retentit appelant « Papa ». Elle ne connaissait pas la maison. Pierre-François se dégagea de l'étreinte de Harry. Il revint vingt minutes plus tard avec une petite poupée propre tel un sou neuf et jacassante telle une pie. Pendant ce temps, Harry et Jim avait investi la cuisine et préparait un brunch digne de ce nom avec les provisions apportées de Poudlard. Didier et Robert iraient faire le marché à leur arrivée même si ils avaient préféré dîner dehors ce soir pour les laisser se reposer après leur voyage.

Ils regardaient un film quand Tija et Lodi, les elfes, atterrirent. Pierre-François alla chercher le majordome et le cuisinier, la voiture fut rentrée dans le garage afin de ne pas rester apparente des moldus qui pourraient se promener dans la lande et trouver sa présence incongrue.

Le soir il allèrent jusqu'à Weymouth, ils flânèrent dans les rues, dans le quartier du port de plaisance rempli de petites boutiques. Lorsque Harry s'arrêta devant une pâtisserie, Pierre-François leva les yeux au ciel. Il se demandait comment son agneau tellement gourmand ne prenait pas un gramme. Cela ne l'empêcha pas de faire marche arrière, d'entrer dans le magasin après quelques mots échangés avec lui en souriant et d'en ressortir avec un carton contenant un gros gâteau aux pommes spécialité de l'endroit dont il se débarrassa très vite dans le coffre de la voiture se trouvant légèrement ridicule avec son paquet. Ce fut Lily ensuite qui réclama une poussette pour promener sa poupée préférée.

— Et toi ma tendresse ?

Jim secoua la tête en riant, il ne voulait rien. Pourtant quand il s'attarda devant un superbe pull Shetland écru, c'est Harry qui entra dans la boutique. Il en ressortit avec deux sachets l'un contenant le pull, le second une écharpe en cachemire d'Ecosse, douce et luisante, sur lequel le regard de Pierre-François s'était arrêté pendant qu'il faisait son achat.

Le restaurant était agréable. Dans une chaude ambiance feutrée et le ronronnement discret des conversations, une cuisine raffinée était servie. Les produits étaient de première fraîcheur et les quantités très peu nouvelle cuisine de quoi satisfaire gourmands et gourmets. Ils préférèrent prolonger un peu leur sortie en prenant un pousse-café avant de rentrer et de terminer la soirée calmement devant la télévision et le gâteau aux pommes.


oOo


Ils atterrirent dans la cheminée de l'hôtel Saint-Maur vers douze heures. Ensuite ils se dirigèrent lentement vers le quartier du Marais. La taverne "Chez Lilou" était située dans une rue calme. Elle était pratiquement déserte, nulle présence indésirable ne semblait troubler cette tranquillité dominicale. Harry et Pierre-François étaient aux aguets, ils cherchaient à percevoir une éventuelle présence sorcière. Jim observait chaque client. La majorité étaient manifestement gays. Il cherchait celui ou celle qui détonnerait. Le seul était un homme âgé qui le fit sourire intérieurement. Un couple attira son attention, un garçon au physique androgyne, châtain clair aux longs cheveux bouclés retenus dans la nuque, aux superbes yeux bleu lumineux et à l'air sage de page, son compagnon semblait un peu plus âgé, blond foncé avec des yeux noisette pailletés de vert, les yeux de sa sœur. Harry ne leur avait rien dit mais avait apparemment pris ses précautions. Ils s'installèrent à une table devant un apéritif.

— Même en France, nous retrouvons toujours des connaissances britanniques. railla Pierre-François avec un regard furieux vers Harry qui manifestement ne s'attendait pas à ça.

— Mon loup, je ...

— Tu quoi ? A l'évidence, tu n'as pas jugé bon de nous mettre au courant.

— Mais...

— A moins que ce soit un manque de confiance ?

— Mon ange, arrête!

— Tu vas me trouver quelle explication ?

— J'ai fait au mieux pour nous protéger en tant que dirigeant de la Fratrie et c'est vrai que j'ai oublié de vous dire que je les avais appelés en renfort. Il n'y a aucune autre raison. J'ai oublié tout simplement. Je ne sais pas comment mais c'est ainsi.

— Je me demande si je dois te croire. Ce sont mes amis et c'est une affaire personnelle, la Fratrie n'a rien à faire la dedans, c'est privé. Je ne savais pas que tu nous voyais d'abord en tant que Sauveur du monde sorcier. Je croyais être ton compagnon, celui qui dort dans tes bras, celui dont tu élèves l'enfant, celui que tu dis aimer, pas un problème à régler. Je croyais qu'on avait dépassé tout ça.

— Jim et toi vous êtes tout ça et c'est pour cette raison que justement que je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose. Je pensais que tu savais à quel point je vous aime.

— Calme-toi, mon amour, fit doucement Jim, nous commençons à attirer l'attention.

— Tu me donnes tort toi aussi ?

— Je sais que tu es comme ça, répondit-il tendrement, caressant du pouce le dos de la main qu'il avait nouée à la sienne, que c'est ainsi qu'on t'a appris à penser, à agir depuis l'enfance. Tu n'as pas oublié de nous prévenir, tu n'y as simplement pas pensé, comme quand Pierre-François est plongé dans un grimoire ou un projet et qu'il oublie que nous sommes là à l'attendre avec inquiétude.

— ...

— Et ça te met en colère, comme lui maintenant parce que tu as l'impression que nous passons en second plan, acheva-t-il.

— Je n'ai pas voulu vous blesser. Je suis désolé, s'excusa Harry stupéfiant ses compagnons.

— Ce n'est rien, je n'aurais pas dû m'énerver, soupira Pierre-François.

Harry sentit qu'il n'était pas convaincu mais qu'il n'avait pas voulu en arriver à une vraie dispute. Ils en étaient au troisième apéritif quand deux hommes d'une trentaine d'années entrèrent en habitués. Après avoir salué le patron, ils se dirigèrent vers eux. Ils embrassèrent Pierre-François puis Jim puis lui, avant de s'installer aux côtés du premier. Tout en lisant la carte, il les observait discrètement cherchant en eux les deux folles qui l'avaient tellement agacé. Il n'en trouvait aucune trace dans les jeunes hommes vêtus de jeans, chemises et blousons sport qu'il avait devant lui. Le premier avait un beau visage trop sérieux sous des cheveux noirs coupés très courts, le second avait un vrai sourire qui remontait jusqu'aux coins de ses yeux et lui donnait un charme piquant.

— Prends une entrecôte, elles sont délicieuses ici, entendit-il Pierre-François lui conseiller.

Il le fixa incertain. Nulle trace de son mécontentement récent pourtant il en gardait une impression pénible, ce n'était pas la première fois qu'ils s'opposaient mais là il était conscient d'avoir tort et s'en voulait. Son amant sembla deviner ses pensées et posa sa main sur la sienne.

— Tu rêves, mon agneau ?

— C'est une bonne idée, répondit-il enfin, avec un gratin dauphinois et une salade.

— Moi je vais plutôt prendre un magret de canard, fit Jim.

Tout semblait plus que normal, cinq copains qui mangent simplement ensemble. Les deux coiffeurs n'avaient pas réagi en les voyant là. Ils mangèrent tout en discutant. Gaby et Frédéric racontaient des anecdotes sur leurs clientes qui les faisaient rire même si ils ne les connaissaient pas. Une conversation légère quoique un peu artificielle. L'addition payée, il fut temps de partir.

— Il faudrait peut-être sortir par derrière suggéra, Frédéric.

— Vous êtes suivis ?

— J'en ai bien peur.

— Ce n'est pas un problème, fit Harry qui lança un regard discret à Erwin qui baissa juste les paupières en signe d'assentiment.

— Vas-y avec Jim d'abord, mon amour, nous vous suivons.

Ils transplanèrent des toilettes de Chez Lilou dans la cour d'honneur de l'hôtel Saint-Maur. Harry inquiet attendait Pierre-François et ses amis qui tardaient.

— Calme-toi, ils vont arriver, ils ont certainement essayé de faire ça discrètement, eux sont des habitués de ce restaurant. Cinq hommes qui disparaissent ensemble dans les toilettes, avoue, ça fait désordre.

A leur grand soulagement, Pierre-François atterrit devant le perron quelques minutes plus tard, escortant Frédéric et Gaby. Ce dernier, peur ou sentiments, tout contre lui, serrait leur loup par la taille et, plus petit que lui, avait posé sa tête dans le creux de son épaule. Harry sursauta, les fixa un moment avant de rentrer dans la demeure sans les attendre. Après avoir adressé un regard de reproche à leur compagnon, Jim le suivit.

— Tu as ce que tu cherchais Gaby ?

— Tu vas m'en vouloir de ma petite vengeance pour ses dédains de la dernière fois ? Tu devrais être le premier à en rire.

— Non. En lui faisant du mal, tu m'en fais aussi. Harry est très jeune et très possessif, ce que je ne vais certainement pas lui reprocher parce que je le savais dès le départ. Ça signifie aussi qu'il est amoureux et ça me convient comme ça parce que je l'aime. Il ne connait absolument pas le monde gay parisien, ni même le monde de la nuit où au bout de cinq minutes tu deviens chou, chéri ou tout autre vocable amoureux qui est bradé dans une absence de sentiments totale. Son univers se résume à Jim et moi et ses amis qui n'en savent pas beaucoup plus. Je n'apprécierais pas non plus de le voir se frotter à qui que ce soit d'autre que nous ses compagnons parce que je sais que pour lui ce sont des gestes importants.

Il fut interrompu par l'arrivée de Jimmy et Erwin.

— Vous n'avez pas été suivis jusqu'ici. Ils ont compris que vous aviez transplané mais c'est tout. Pourtant ils vous avaient vus ensemble donc ils n'étaient plus en sécurité. Nous avons du faire le nécessaire.

— C'est bien. Merci à vous deux.

— Que se passe-t-il ? Où est Harry ? fit le petit page.

— Déjà rentré.

— Pourquoi ai-je l'impression que ça a un rapport avec les coups d'œil moqueurs que vous lui lanciez pendant le repas. fit-il en se tournant vers les deux moldus qui contemplaient le jeune homme à l'air fragile avec étonnement.

— Gaby a fait exprès de provoquer sa jalousie, soupira Pierre-François avec une grimace.

— Bonne chance ! se marra Erwin. Tu ferais mieux d'y aller, plus tu attends, plus il sera furieux. Nous allons dans le petit salon. C'est la seconde à droite au dessus de l'escalier, finit-il

— Joshua ?

— Il va arriver, il couvre nos arrières du côté moldu.

Pierre-François maudissait ses amis tout en cherchant ses agneaux. Il entra sans frapper dans la pièce qu'il pensait être leur chambre. Comme il s'y attendait il trouva Harry entre les bras de Jim. C'était toujours ainsi. Il s'assit sur le bord du lit de l'autre coté de son possessif.

— Harry ! Ecoute-moi ! Ce n'est qu'une stupide provocation de sa part pour ton attitude qu'il n'a pas aimée la première fois.

— C'est le dernier de mes soucis, après André puis Kevin, je commence à avoir l'habitude. Mais tu ne l'as pas repoussé !

— J'étais concentré pour transplaner avec deux personnes qui ne l'avait jamais fait. Je ne m'en suis même pas aperçu avant de le lire sur ton visage.

— ...

— Tu as si peu confiance en moi ?

— Ce n'est pas ça, c'est le voir contre toi et toi... J'ai cru qu'on me poignardait. Jim a ressenti la même chose, il ne le dit pas parce qu'il ne fait que très rarement des scènes. Je sens pourtant qu'il a de la peine. fit-il avec un sourire à son fiancé.

— Ma tendresse ?

— Oui, j'ai été blessé si tu veux le savoir. Tu supporterais de nous voir dans la même position ?

— Non ! et je viens de m'en expliquer avec Gaby. Pour eux, ce genre d'attitude ne veut pas dire grand chose.

— Et pour toi ? interrogea Harry.

— C'est devenu important parce que c'est vous et que je vous aime. Je ne ferais jamais consciemment un geste amoureux envers quelqu'un d'autre ni rien qui puisse vous blesser.

— Consciemment ?

— Ici vous l'avez pris pour un geste amoureux mais il était inconscient. Je n'ose pas imaginer ce que tu aurais fait si, dans mon sommeil, j'avais enlacé André lorsqu'il s'est glissé dans mon lit pendant que je dormais et que tu es venu me réveiller. Que Salazar me protège.

— Rien ! Je serais sorti de ta vie, estimant que tu avais fait ton choix.

— Ça n'aurait pourtant été qu'une impression. Depuis que je vous connais, je n'ai jamais plus regardé ou désiré un autre homme même avant qu'on soit réellement ensemble. Vous m'apportez tout ce que j'ai jamais voulu. On devrait y aller, ils nous attendent tous. Je suppose que Joshua est rentré maintenant. Jimmy et Erwin sont intervenus, je crois qu'ils leur ont lancé des sorts d'oubliette.

— On a déjà compris une partie du problème.

— Je sais aussi que c'est certainement mon frère. Il les connait. Apparemment, il piste ceux qui peuvent être en contact avec moi.

Quand il furent levés, il les attira contre lui, les serra très fort avant de les embrasser, goûtant chaque seconde passée à leur bouche. Que ferait-il si il les perdait, il n'osait y penser. Harry la tête dans son cou, la main enlacée à la sienne pour mettre en contact les bracelets, il le sentit, n'avait pas envie de le laisser. Pierre-François caressait doucement ses cheveux.

— J'ai l'impression que la journée tourne au cauchemar pour toi, murmura-t-il.

— Non, mais ce n'est sans nul doute pas la meilleure.

Quand ils entrèrent dans le petit salon, ils y trouvèrent une atmosphère tendue. Les quatre regards se tournèrent vers eux, reflétant des sentiments différents. Harry appela Françoise que Sylas avait prévenue. Pierre-François fit les présentations entre l'apport de la cafetière et celui des madeleines au citron dont il suivit le parcours d'un air amusé. Quand il vit le plat déposé par la gouvernante à portée de main de Harry, il éclata de rire.

— Oui mon Loup ? fit celui-ci avec un sourire innocent.

— Mange mon agneau, tu ne sais pas qui te mangera !

— Ah ? Je croyais le savoir, moi. Encore une certitude qui m'échappe. fit-il avec un sourire narquois à son adresse.

— Frédéric, tu peux nous expliquer ce qui s'est passé ? demanda Pierre-François après avoir repris son sérieux.

— En fait, nous sommes suivis depuis un moment et nous l'avons remarqué il y a une quinzaine de jours. Nous avions supposé que ça avait un rapport avec toi et le meurtre de ton fils. Comme ils ne faisaient que nous filer, nous avons estimé qu'il était préférable de ne rien dire et de laisser couler. Te contacter pouvait te mettre en danger.

— Seulement voilà, continua Gaby, il y a trois jours, ils nous ont interrogés. Je connais certaines de tes capacités et je suis sûr qu'un a visité mon esprit. Si ils le font avec nous, ils peuvent le faire avec d'autres aussi, avec ton personnel de la discothèque par exemple, avec celui de ton appartement ou cette dame qui vient de nous servir et que j'ai vu apostrophée par l'un deux.

— Je règle ça, fit une voix derrière eux les faisant sursauter.

— Sylas ? Draco ? fit Harry.

— On dirait ! Tu me manquais tellement, depuis avant-hier ! se moqua ce dernier en ébouriffant les cheveux noirs déjà en bataille.

— Nous sommes venus voir si vous n'aviez pas besoin de nous. confirma Sylas. Je vais parler avec Françoise.

— Monsieur le comte !

— Je sais chevalier, je vais y aller doucement, fit Sylas avec un sourire.

— Chevalier ? fit Jim étonné.

— Un page doit avoir un chevalier. précisa Erwin. Sinon qui servirait-il ?

— Comment ai-je pu passer à côté de ça ! s'exclama Jim avec un petit rire. Après l'Elu, le Survivant, le Sauveur, l'Héritier, je dois avouer que ça manquait.

— Ça se sont les titres pour le monde sorcier, plaisanta le page, pas pour la Fratrie.

— Pierre-François, dans quel guêpier t'es-tu fourré ? interrogea Frédéric coupant leur conversation. Qui te recherche et pourquoi ?

— Je suppose que c'est François-Marie mais ça pourrait être aussi son ancien bras droit ou les mangemorts.

— Pourquoi ton frère ?

— Il est le dirigeant d'une société secrète qui a ce qu'on pourrait qualifier d'idées d'extrême droite.

— Tu ne le savais pas ?

— Si bien sûr mais je n'avais jamais pris position contre lui, je me contentais de me tenir le plus loin possible, de lui cacher que j'avais une petite fille pour ne pas la mettre en danger.

— Tu as une autre enfant ? Mais...

— C'est une longue histoire.

— Et toi que viens-tu faire là-dedans ? Je suppose que c'est à toi qu'on doit tout ça ? dit Gaby en se tournant vers Harry.

Pierre-François lui serra la main avant de répondre à la question.

— Dans notre monde, il y a eu une guerre contre un sorcier noir véhiculant les mêmes idées que mon frère, Voldemort. Ce sont ses partisans qui ont assassiné mon fils. Il y avait une prophétie disant que le Survivant devait le tuer. Le sauveur était un bébé d'un peu plus d'un an, le fils de mes seuls amis, ceux-ci sont morts en le défendant. Depuis ses onze ans, Harry l'a affronté bien des fois, il a fini par le tuer, il avait dix-sept ans. Mon frère voulait s'allier à Harry. Il a toujours été obsédé par lui.

— Et à la place, tu l'as mis dans ton lit, ce qui fait que ton frère est furieux contre toi.

— Ou comment faire d'une histoire d'amour, une histoire de coucheries en quelques mots. s'exclama Harry dépité.

— Ou comment faire d'un homme prudent, une bête traquée par son propre frère, rétorqua le coiffeur.

— Arrête ça Gaby ! Tu parles sans savoir ! Ils sont ce qui m'est arrivé de mieux.

— ...

— C'est moi qui ai tout fait pour être dans leur vie et non le contraire.

— Je crois que c'est notre vie privée. Non ? intervint Jim d'un ton sec.

— En effet, nous ne sommes pas là pour débattre de ça. approuva Pierre-François mais de la situation actuelle.

— Tu as bien changé, fit Frédéric avec des regrets dans la voix. Où est-il le temps où nous étions tes confidents ?

— Il est venu lorsque vous l'avez appelé, fit Harry, et rien n'aurait pu le faire changer d'avis.

— Vous n'avez pas essayé d'ailleurs.

— Nous en ferions autant pour nos amis. confirma Jim calmement.

— J'espère bien, fit Draco amusé.

— Alors Françoise ?

— Oui, elle a effectivement été contactée par deux personnes quand elle faisait ses courses dans le quartier. Elle attendait d'être seule avec vous pour le dire. Ils lui ont dit qu'ils étaient des amis et qu'ils nous cherchaient. Elle les a envoyés à Poudlard. Elle ne sait de toute façon rien de plus. Mais il n'y a eu ni menaces, ni violence.

— Etrange !

— Oui, je me suis fait la même réflexion. Il faut croire que ce n'est pas sur ordre de ton frère que O'Reilly a fait assassiner Philippe mais qu'il a bien repris la faction d'Ombrage.

— Le tout maintenant est de déterminer si ils sont encore en sûreté ici et si il ne vaut pas mieux les emmener avec nous. fit Harry soucieux.

— C'est à dire ? s'exclama Gaby.

— Ils vous avaient vus avec nous donc ils savaient que vous nous aviez prévenus. Jimmy et Erwin leur ont ôté ce souvenir de la mémoire. Rien ne dit qu'ils ne viendront pas une nouvelle fois vous interroger et fouiller votre esprit.

— Ils ne verront de toute façon rien qu'ils ne savent déjà. fit Gaby en haussant les épaule.

— Si, le fait que vous pouvez nous contacter.

— Juste un numéro de portable, amour. Tu ne peux pas leur dire de s'exiler pour ça.

— Tu veux nous faire aller dans votre monde sorcier juste pour éviter qu'ils voient ce renseignement ?

— Non ! Parce qu'ils sont dangereux et qu'ils risquent de vous utiliser pour piéger Pierre-François en vous enlevant. Vous ne passerez pas un bon moment je vous assure.

— Tu seras là ! fit ce dernier tendrement.

— Je ne fais pas de miracle, mon loup.

— Tu as la mémoire courte, intervint Jim. Je ne veux pas revivre ça, p'ti loup.

— Il y a une autre solution, fit Draco à son tour. Allez passer les mois d'hiver à Toulouse avec Françoise, nous venons de l'y envoyer. Vous y serez bien. Les elfes de maison feront vos courses en monde sorcier et ils ne penseront certainement pas à vous y chercher.

— Vous y avez un appartement ? Et des elfes de maison qu'est-ce que c'est ?

— Non ! fit en riant Jim, c'est un château qui donne envie de faire l'amour.

Les regards complices qu'ils les virent échanger leur donnèrent à penser.

— Un castel rose au bord de la Garonne où il fait bon vivre et aimer, murmura Harry rêveur.

— Tant que vous êtes à l'intérieur du château et des jardins, les sorciers ne peuvent pas vous voir. Ils ne savent entrer non plus, il y a des sortilèges très puissants qui le protègent. Les elfes de maison sont des petits êtres qui s'occupent de l'entretien des ménages sorcières. Il faut bien avouer qu'ils ne sont pas très beaux mais ils ont d'autres qualités. Ils ne peuvent dire du mal, nuire ou désobéir à leur maitre sans se punir. Ils sont donc particulièrement fidèles, ils ont une magie très puissante, plus dans certains domaines que les sorciers. expliqua Sylas.

Ils continuèrent à répondre aux questions des deux moldus. Jim regarda sa montre puis échangea un coup d'oeil avec son fiancé. Ils se levèrent, Jim lança un regard à Pierre-François qui fit un signe d'assentiment.

— Tu les laisses aller seuls ?

— Erwin, il ne s'agit que d'un meuble. Harry est plus puissant que moi et même en magie noire je n'ai pas grand chose à lui apprendre.

— Il n'a pas ton expérience et en invocations tu es plus...

— Je doute fort qu'Ambre de Saint-Maur et ses maris aient fait de la magie sombre.

— Salazar Serpentard non plus ?

Sylas sortit plusieurs bouteilles du bar en les montrant à Pierre-François.

— On prend lesquelles ?

Celui-ci se leva et choisit avec lui une bouteille d'un vieux vin de Malaga et un whisky Chivas.

— La première pour Harry qui adore le doux, l'autre pour nos invités.

— Je vais aller chercher un champagne pour Jim.

Un grand bruit puis une course dans le couloir les firent se précipiter vers celui-ci qui entrait.

— Harry ! On a ouvert un tiroir secret, un nuage noir et...

Pierre-François eut juste le temps de le rattraper avant qu'il s'affaisse. Une couleur bleuâtre plombait son visage petit à petit.

— Jim... ma tendresse ! s'exclama-t-il douloureusement en le serrant contre lui, avant de le porter sur un divan.

— Je vais chercher père, je reviens, fit Sylas qui s'engouffra dans la cheminée et disparu avec une gerbe d'étincelles vertes.

Erwin faisait déjà léviter le corps de Harry qu'il avait été chercher, il le déposa dans le second canapé.

— C'était une pratique courante il y a quelques siècles de piéger ainsi les coffrets contenant des secrets d'Etat par exemple. L'art des poisons était très développé. Je crois que c'est un mélange d'arsenic et d'ambre gris, quand on ouvre le coffret, ça libère un liquide qui devient volatile au contact de l'arsenic. Pour Harry, il ne devrait pas y avoir de problème avec les précautions qu'il prend, mais Jim... expliqua Draco.

— J'aurais du aller avec eux !

— Vous seriez trois étendus là. C'est indécelable.

Les deux moldus virent atterrir dans la cheminée Sylas et un homme plus âgé auquel ressemblait Draco. Il examina Harry, tendit des potions à Draco qui les lui fit avaler pendant qu'il se penchait vers Jim.

— Vous avez commencé à prendre du poison comme Harry ?

— Oui, depuis son empoisonnement à Poudlard.

— Bien ! Une fois de plus il a devancé le problème. Toutefois, ils auront tous les deux des difficultés pour digérer pendant un moment, non pas tant à cause de l'effet du poison qui attaque surtout le système respiratoire par lequel il passe dans le sang, que par les remèdes ingérés qui ne sont pas inoffensifs. Tu peux ranger les bouteilles ils n'y toucheront pas. Je compte sur toi, ils doivent boire beaucoup d'eau. Ils ont eu la chance que le produit avec le nombre des années ait perdu de sa force car même cette habitude n'aurait peut-être pas suffit. Ce sublimé était particulièrement dangereux. Vous prenez la même quantité que lui ?

— Non. Il s'est lancé dans des calculs savants et nous avons chacun notre dose bien définie, soupira Pierre-François.

— Etre le compagnon de l'Elu, ce n'est pas une sinécure. Mais être celui du descendant de Grindelwald non plus. Dans une bonne heure, Harry devrait se réveiller, fais lui boire ça, fit-il en lui tendant une petite fiole. Quant à Jim, il lui faudra plus de temps. Si il a mal malgré les potions, masse son estomac et son ventre avec cet onguent, ça calmera la douleur.

— Père, il y a autre chose.

Sylas lui résuma ce que leur avaient appris les moldus et Françoise.

— Bien. Nous sommes donc pratiquement sûrs que la faction d'Ombrage est devenue celle d'O'Reilly. La quête de François-Marie ressemble de plus en plus à une vengeance personnelle.

— Pas uniquement, intervint Pierre-François qui raconta leur visite chez Ollivander et les mises en garde du vieil homme.

— C'est pour ça qu'ils ont décidé de visiter ce fameux secrétaire si je comprends bien ? Quand ils seront réveillés, j'aimerais savoir ce qu'ils y ont trouvé. fit-il pendant que Pierre-François caressait doucement les cheveux de Harry tout en gardant un œil sur Jim. Soyez très prudents, ne touchez rien sans gants, certains poisons fonctionnent par simple contact.

— Je te tiendrai au courant.

Il ne quittait pas des yeux ses amours, il ne vit ni Sylas et Draco partir rassurer Hermione qui avait senti par le pacte leur inquiétude, ni Erwin et Jimmy sortir suite à un coup de fil de Joshua qui n'était toujours pas rentré. Ses amis regardaient cet homme qui ne semblait plus être celui qu'ils connaissaient. L'inquiétude marquait ses traits et le vieillissait révélant l'homme mûr qu'il serait dans peu de temps. Le contraste avec Jim et surtout Harry était à ce moment frappant.

Quand ce dernier remua légèrement, serrant sa main dans son inconscience, il sourit enfin.

— Tu es amoureux fou de ce gosse, il est temps que tu retombes sur terre ! lui fit Gaby.

— Tu aimes Frédéric depuis huit ans et vous êtes heureux. Je n'y ai pas droit ?

— J'ai toujours souhaité que tu trouves un gentil garçon qui t'apprivoise et te donne le bonheur que tu mérites. Ils sont tellement jeunes ! Je ne doute pas de leur amour actuel mais de l'avenir.

— Nous qui n'avons pas la même façon d'aimer que tout le monde, devrions être les derniers à porter ce genre de jugement, soupira le sorcier.

— Nous ne voulons pas te voir souffrir !

— Tu n'as pourtant pas dit ça lorsque tu les as vus la première fois.

— Nous ne savions pas que tu les aimais au point de bouleverser toute ta vie.

— Je n'ai jamais été aussi heureux.

— Pour le moment ! Tu as trente quatre ans et lui combien ? dix-huit ?

— Dix-neuf.

— Que feras-tu quand il se rendra compte de votre différence d'âge et qu'il te laissera pour un môme de vingt ans ?

La main de Harry quitta la sienne et vint s'appuyer sur son avant-bras mettant le bracelet sindar devant ses yeux.

— Décidément ce n'est pas une bonne journée, mon amour, fit-il avec tendresse.

— Je vois ça. Pour moi non plus. confirma Pierre-François.

— J'ai entendu. Jim ?

— Moins habitué que toi aux poisons, il lui faudra plus de temps mais il n'est pas en danger.

— Soulève-moi que je le vois.

Pierre-François le prit contre lui. Il se blottit dans ses bras avant de se rendormir. Une fois de plus, une jeune femme atterrit dans la cheminée. Elle vint s'asseoir aux cotés de Pierre-François, une main sur son genou, un regard interrogatif sur le visage de son meilleur ami.

— Ils vont bien, Mione. Harry s'est déjà réveillé quelques secondes. Ton beau-père a dit que ce n'était rien.

— Vous n'êtes plus en sûreté nulle part, sauf à Poudlard, soupira-t-elle.

— Même pas rappelle toi son empoisonnement précédent. Ici, nous n'étions pas visés. Le dispositif était là depuis plusieurs siècles. Si jamais notre petit fouineur de Sylvain avait ouvert ce compartiment secret, il ne serait plus avec nous aujourd'hui.

Et il y eut trois nouvelles silhouettes dans la cheminée. Gaby et Frédéric échangèrent un regard angoissé.

— Dad ?

— Il vont bien Cloud. Ay qu'est-ce que vous faites là ?

— J'étais inquiet tiens ! Quelle question ! Où est ma sœur ?

— A la maison avec Robert et Didier. Sylvain va dire bonjour à ta maman et vous rentrez à l'école. Ce n'est pas parce que vous êtes fils de directeur et de professeurs que vous pouvez vous permettre n'importe quoi !

— Dad ! Quand on a entendu Draco dire à Hermione qu'ils avaient été empoisonnés, on ne pouvait pas rester là sans savoir.

— Ils vont bien Ay. lui répondit Pierre-François non sans avoir noté la façon de l'appeler du garçon. Ton père s'est déjà réveillé une fois, pour Jim ce sera un peu plus long parce que son organisme est moins habitué au poison. Nous rentrons ce soir de toute façon mais il sera tard certainement.

— Est-ce qu'Erwin t'as dit quelque chose de nouveau ?

— A quel sujet ?

— Je vois que non. Je te dirai ça quand vous rentrerez. En fait j'ai deux informations pour vous. Pourquoi Sylvain est à Serpentard aussi.

— Bien. fit Pierre-François en sentant poindre de nouveaux ennuis et en songeant que cette journée promettait d'être interminable.

Une fois Hermione et les enfants repartis, d'un coup de baguette il rapprocha le canapé sur lequel était Jim et sans réveiller Harry, il caressa les boucles blondes avant de mêler ses doigts aux siens.

— Je ne voulais pas te blesser. fit Gaby.

— Tu l'as fait pourtant. Tu supposais que ça me ferait plaisir ? Ça ne va pas t'apporter la sympathie de Harry qui t'a entendu. Après ta provocation de tantôt !

— Il n'a rien répondu en tout cas.

— Si à sa manière, sourit Pierre-François en pensant au bracelet tellement bleu, mais moi seul le sais.

— Qui sont tous ces gens ?

Il leur situa chaque personne, parla de leur groupe tout en n'en révélant pas plus qu'il ne fallait. Il raconta longtemps ses amours, leur famille agrandie, leur façon de vivre. Draco et Sylas revenus apportèrent en riant quelques précisions qui ne furent pas toujours du goût de l'aîné mais qui provoquèrent l'hilarité de ses amis.

— Tu es donc devenu directeur de l'école de sorcellerie la plus prestigieuse de Grande-Bretagne ?

— Oui ! C'est un des miracles Harry.

— Non ! Ce n'est dû qu'à toi-même. fit ce dernier avec tendresse.

— Réveillé, mon doux amour...

— Le rester est autre chose, fit-il. Comment nous avez-vous trouvés ?

— Jim est venu jusqu'ici pour nous prévenir. Sa volonté est toujours tellement forte, comme à Stonehenge. Il est stupéfiant.

— Il est exceptionnel. confirma Harry en posant sa main sur les leurs.

Pendant que Françoise leur concoctait un dîner, Sylas servit à tout le monde un apéritif sauf à Harry qui grimaça.

— Donne-moi une madeleine, mon ange.

— Une madeleine ? Maintenant ?

— Je veux être sûr que mon estomac supporte encore les bonnes choses ! Lucius n'a pas interdit les gâteaux ?

Pierre-François se mit à rire avant de l'embrasser amoureusement puis de lui présenter sa madeleine à croquer.

— Qu'est-ce qui est interdit ? fit Jim en ouvrant un oeil.

— Boire de l'alcool, mon cœur, fit Harry en avalant sa bouchée.

— De toute façon c'était déjà le cas avant, si je veux te surveiller, je n'ai pas le choix.

— Ne dis pas ça, malheureux! Ils vont croire qu'en plus du reste, je suis infidèle.

— Il y en a toujours un pour vouloir mettre ses mains sur toi dès je suis à plus de cinq mètres, accusa Jim avec une grimace faussement boudeuse.

— J'en ai autant à ton égard. se moqua Harry.

Leurs amis les regardaient se chamailler tendrement avec le sourire.

— Jim ?

— Sommeil...

— Rendors-toi, mon tout-beau, fit son fiancé avec une caresse sur sa joue et un léger baiser sur ses lèvres.

Les deux moldus regardaient ce petit monde un peu perdus. Entre d'un côté les sorts, les poisons, les enlèvements et les dangers de mort, les combats contre les psychopathes de tout poil et de l'autre la tendresse, les amours affichés, les liens exacerbés dont personne ne faisait mystère, ils se sentaient les spectateurs d'un film fantastique dont le scénario était improbable.

 

oOo

 

Pierre-François s'éveilla tard. Ce matin il ne donnait pas cours, ses deux agneaux n'avaient pas commencé à Cambridge ils pouvaient donc dormir. Il fit la grimace en pensant au dimanche qu'il venait de passer bien loin de celui qu'ils avaient attendu. La journée n'avait pas cessé de leur apporter de plus en plus de soucis. Il y a des jours comme ça où se lever n'est pas une bonne idée.

Une fois Jim réveillé, ils avaient dîné légèrement. Il avait à peine mangé, pourtant de terribles crampes n'avaient pas tardé à le terrasser. Le teint blafard, le souffle court à chaque vague de douleur, il essayait de se concentrer pour maitriser cette dernière. Il lui avait massé le ventre avec le liniment de Lucius, doucement, longuement et l'ennemie avait reflué pour un court moment avant de revenir en force. Ils restaient là impuissants à le regarder ployer devant elle, à gémir inconsciemment sous ses assauts. Quand ils avaient échangé un regard ils s'étaient compris de suite. Malgré les protestations de Jim, il avait eu recours une fois de plus à la magie elfique et à son pouvoir de guérison avec la puissance de Harry. Peut-être le paieraient-ils plus tard comme Lucius les en avait prévenus mais ils ne pouvaient le laisser en cet état. Ils n'avaient été soulagés que lorsqu'il avait souri dans leurs bras.

 

oOo

 

Ensuite, ils avaient vu Erwin et Jimmy transplaner une nouvelle fois dans la cour soutenant Joshua qui avait l'air blessé. Leur vieil instructeur avait l'air de se soutenir à peine. Ils s'étaient précipités.

— Mets-y un peu du tien Joshua ! si tu ne fais pas un effort pour avancer, je te fais léviter comme un paquet.

— Elève indigne ! Aucune... aucune reconnaissance ! bégayait le vieux.

— Ce n'est pas moi qui suis bourré comme un coing !

— Il fallait bien le faire parler, l'animal ! Il était méfiant il regardait tous mes gestes ! Impossible de ne pas avaler cette maudite vodka. Un salaud de première... hoquetait-il.

— Et finalement ? se moqua Erwin, qui l'a emporté ?

— Qu'est ce que tu crois, petit page à son Harry ! c'est le vieux ! Il n'est pas né celui qui m'enterrera à ce jeu-là !

— Arrêtez le massacre ! avant qu'il n'entame des chansons grivoises! On va attendre qu'il cuve son alcool et on pourra lui donner une potion gueule de bois, s'était marré Draco.

Revenus au salon, où Jim, Frédéric et Gaby les avaient attendus, ils leur avaient résumé les faits, pendant que lui se penchait vers Erwin.

— Le petit page à son Harry ? lui avait-il murmuré railleur.

— Draco, Sylas et Jimmy n'arrête pas de se moquer depuis qu'ils savent comment Harry m'appelle et souvent devant Joshua. Votre jalousie manifeste à toi et Jim n'a pas arrangé les choses.

— Il y a un moment que ce n'est plus le cas.

— Même maintenant ? avait fait Erwin ironique.

— Lorsque je l'ai entendu si mais seulement pendant un instant. Je connais mieux mon petit homme et je suis sûr de lui.

— Tu le peux.

 

oOo


Ils avaient ensuite avec Draco et Sylas exploré le secrétaire de la comtesse protégés par des gants ménagers et, sans le moins du monde examiner ce qu'ils y trouvaient, ils avaient entassé tout dans un carton. Il y avait des liasses de lettres, des baguettes, des rouleaux de parchemin, un coffret à bijoux qu'ils n'avaient pas ouvert, un étui cylindrique de cuir long qui contenait certainement un arbre généalogique, plusieurs carnets avec une couverture de cuir rouge. Plus tard, ils avaient transportés tout à Poudlard. Si ils étaient certains que ce meuble avait révélé tous ses secrets, il n'en était pas de même de son pendant qui se trouvait dans l'ancienne chambre du comte. Ils verraient ça plus tard.


oOo


Jimmy et Erwin avaient entretemps ramené Joshua à Astor's Lodge puis étaient revenus. Pendant que Draco et Sylas s'occupaient de conduire Françoise, ils avaient transplané avec eux dans le logement des coiffeurs. Situé sous les toits d'un ancien hôtel de maître transformé en appartements de luxe, il avait été doté de larges baies vitrées du côté de la terrasse et l'on apercevait au-delà des arbustes en caissettes de bois et du mobilier de jardin, les lumières de la ville. Il avait vu le regard brillant de son agneau. Il l'avait enlacé par derrière, s'appuyant contre lui.

— Tu aimes ?

— J'adore ce que tu en as fait ! Quand les portes vitrées sont ouvertes l'été ce doit être un vrai plaisir d'y vivre. Les harmonies de couleurs sont superbes. Chaque objet a été sélectionné avec soin, avait-il fait en regardant un gros vase en pâte de verre. Ce tapis est une merveille, il crée la chaleur de cette partie de la pièce. Le guéridon d'époque marqueté mis en évidence dans tout ce contexte moderne et qui rappelle l'origine du bâtiment et son style premier est une vraie trouvaille. L'ensemble est sensuel et splendide mon amour.

— Tu es sûr que c'est moi qui l'ai décoré ?

— Sans l'ombre d'un doute, je reconnaîtrais la patte de mon grand-duc n'importe où ! lui avait-il dit avec un petit rire bas et tendre qui lui avait donné des frissons.

Il l'avait serré avec emportement. Comme il aimait ce qu'il découvrait de lui au fur et à mesure ! Du coin de l'œil il avait vu Gaby qui les observait sans un mot. Après un baiser sur sa tempe, il l'avait pris par la main pour aller rejoindre les autres. Ses deux amis avaient mis leur patience à rude épreuve. Ils sélectionnaient les vêtements et les objets qu'ils voulaient emporter et le lit ressemblait de plus en plus au mont Everest. Ils avaient rangé tout dans des valises à coups de baguette puis avaient réduit les bagages.

Ils les avaient transportés sur le petit chemin qui menait du fleuve aux jardins du castel. Une fois de plus, il l'avait remonté ses deux amours serrés contre lui. Il entendait d'une oreille distraite Sylas expliquer à ses amis l'histoire du castel, ce qu'ils y trouveraient et surtout qu'ils devaient éviter de sortir avant leur arrivée le week-end suivant ce qui l'avait fait soupirer intérieurement. Quand aurait-il la possibilité d'avoir un week-end seul avec ses amours ? Draco leur avait fait visiter le château pendant que Sylas donnait ses instructions à Françoise.

Eux sur la terrasse, le regard plongeant vers l'endroit où coulait la Garonne, s'étaient attardés à rêver. Leurs premiers gestes tendres s'étaient rappelés à son souvenir, la montre offerte, le bracelet passé au poignet de Harry, les mains unies. Quand il avait voulu se détacher d'eux pour rejoindre ses amis qui ne devaient pas devenir un ennui pour les autres, ils l'avaient retenu. Il s'était retrouvé acculé contre la balustre, deux jeunes corps collés à lui, tentateurs. Leurs bouches couraient dans son cou, sur son visage. Il avait posé ses mains dans le bas de leurs reins et fermé les yeux, livré à ces sensations troublantes. Une petite toux moqueuse les avaient interrompus. Il avait soupiré.

— Désolé de vous arrêter en si bonne voie ! le spectacle me plaisait bien mais je ne suis pas seul !

— Serpentard de mon cœur, tu es toujours là au mauvais moment ! s'était moqué Harry.

Il n'avait pas voulu relever la pique amicale se demandant ce qu'il savait réellement de la scène de la plage. Derrière Draco, il y avait ses amis un peu plus souriants que l'après-midi.

— Je vois que le castel opère déjà des miracles, avaient lancé Jim, ils commencent à sourire.

Il n'avait pu s'empêcher de rire. Après quelques dernières recommandations, ils avaient transplané à Poudlard.


oOo


Lorsqu'il se réveilla une seconde fois, il était plus de midi et on tambourinait à la porte. Il se dégagea de l'étreinte de ses amours sans grand ménagement. Hermione l'attendait sur le pas de la porte.

— Désolée, Pierre-François, mais il est plus de midi, vous deviez assister au déjeuner aujourd'hui, je me suis dit que vous n'aviez pas su vous lever.

— Tu as raison, soupira-t-il. Viens.

Hermione le suivit dans la cuisine. Elle n'était pas encore familiarisée avec l'appartement des garçons qu'elle n'avait vu qu'en vitesse, trop prise par leur propre installation mais aussi par la rentrée.

— Comment vont-ils ? demanda-t-elle en s'asseyant à la table de bois patiné.

— Bien ! Il n'y paraît plus. J'arrive, je vais les réveiller et prendre une douche rapide. Explore si tu veux pendant ce temps, c'est loin d'être fini mais nous avons commencé à aménager notre pièce de vie.

Elle fit ce qu'il lui avait dit avant de faire du café pour leur réveil. Pierre-François la retrouva une tasse fumante entre les mains.

— Lily ?

— Toujours à Weymouth, ils vont aller la chercher. fit-il en appelant Kreattur à qui il demanda, après avoir lancé un regard interrogatif à leur amie, un déjeuner pour quatre.

— ...

— Draco et Sylas ?

— Ils dorment encore. Ils n'ont, eux, aucune raison de se lever.

— Ça s'est bien passé avec tes amis hier ?

— Pas vraiment, soupira-t-il en se détournant pour se servir à son tour.

— Pierre-François ?

— J'ai entendu des choses de leur part pas très flatteuses sur mes relations avec Harry et Jim.

— Ce ne sont pas les dernières, tu le sais. L'amour à trois est peu courant. Beaucoup ne comprennent pas.

— Oui, sauf que ce n'est pas ça qui les a choqués mais leur jeunesse.

— Ça aussi c'est dans l'ordre des choses !

— D'eux, je ne m'y attendais pas.

— Laisse-les vous découvrir ensemble, comme je l'ai fait. Quand ils seront persuadés de votre amour ça ira mieux.

Il sourit, posa un baiser sur le front de la sous-directrice qui semblait enfin les accepter Jim et lui. Il lui faudrait encore certainement du temps avant de tout admettre, pensa-t-il en se rappelant quelques moments vécus sur la plage, mais c'était un pas en avant appréciable.

— Bonjour Mione ! Il y a quelque chose à manger pour cet animal ? fit Harry qui portait Mistigri dans les bras en embrassant son amie.

— Sylvain a laissé son chaton ? s'étonna la jeune femme.

— Il y a un autre matou dans leur dortoir, une vraie terreur. Il préfère le laisser ici quand il est aux cours. Il est encore trop petit pour tenir tête à l'autre ou à Miss Teigne si il la rencontre au détour d'un couloir.

— J'ai vu que vous avez mis un tableau avec un mot de passe devant la porte.

— Oui, comme ça les enfants peuvent entrer quand ils veulent c'est plus facile. expliqua Harry.

— Et les amis aussi. Le mot de passe est "tourbillons de la vie".

Harry fixa son amour puis son amie, avant d'embrasser le premier passionnément et de lui murmurer quelques mots à l'oreille. Pierre-François eut un sourire tendre avant de caresser amoureusement le visage de son vis-à-vis.

— Moi aussi, je t'aime.

— Chut !

— Ce n'est plus vraiment un secret pour personne ! se moqua Hermione.

— Ah ! Voilà le déjeuner. Merci Kreattur. Tu crois que tu peux trouver un peu de viande hachée pour le chaton.

— Je reviens après le service de la grande salle, maître Harry !

Jim, venu enfin les rejoindre, regardait les plats avec inquiétude, ce que vit de suite l'aîné.

— Tu peux manger, ma tendresse. Tu n'auras plus mal, le rassura-t-il.

— Je voudrais en être sûr, je ne veux pas revivre ça ! jamais !

— Tu n'as pas le choix ! Essaie ! Qu'allez-vous faire tous les deux cet après-midi ?

— Tu ne restes pas avec nous pour regarder ce que nous avons trouvé à l'hôtel? se plaignit le jeune moldu.

— J'aimerais bien mais je ne peux pas ! J'ai rendez-vous à quatorze heures avec des parents pour l'admission d'un nouvel élève venant de Durmstrang. Apparemment c'est une affaire un peu délicate. Attendez-moi pour ouvrir le coffret à bijoux.

— Tu prends tes précautions quand tu reçois comme ça des parents qui n'en sont peut-être pas ? demanda Harry soucieux.

— Cette fois ce sont des gens que je connais bien. Henri-James était chez eux quand il a été assassiné. C'était l'anniversaire de leur fils qui est mort aussi ce jour là. Il s'agit ici de l'aîné. Il a été renvoyé de Durmstrang. J'ai ma petite idée sur le motif réel de cette exclusion et aussi pourquoi les parents s'adressent à moi mais je vais attendre d'être sûr. Ensuite je dois recevoir une mère qui a mis ses deux adolescentes à Beaux-Bâtons parce que l'école était réservée aux filles ce qui n'est plus le cas. Comme elles sont anglaises, elle vient voir pour les inscrire ici en troisième.

— Je n'aime pas ça ! Ça fait beaucoup de visites, fais attention à toi ! Les amis d'hier, après la mort d'un fils dont il te juge éventuellement responsable, ne sont peut-être plus les amis d'aujourd'hui. Une femme seule et fragile peut très bien cacher O'Reilly.

— Je ferai attention, amour. fit-il en lui baisant légèrement les lèvres, avant d'attirer Jim contre lui pour le même geste tendre.

— Il est l'heure, fit Hermione.

Ils se dirigeaient vers leurs bureaux respectifs. Elle hésitait mais l'air tourmenté de son ami quand il les avait vu sortir la tracassait.

— Tu devrais tenir compte des avertissements de Harry.

— Sache que je les prends au sérieux, je suis sûr que sa façon de vaincre est due en partie à sa perception extraordinaire des évènements mais je ne voulais pas l'inquiéter plus qu'il ne l'était.

— En effet, en ayant l'air insouciant, tu le rassures tout à fait.

— Je suis de taille à combattre O'Reilly, Hermione, fit-il en prenant l'escalier tournant.


oOo


Harry et Jim étaient plongés dans les lettres d'amour reçues par le dixième comte de Saint-Maur.

— Pa ?

— Tu n'es pas au cours ?

— Le professeur est absent.

— Déjà !

— Je voulais te dire que Sylvain a choisi Serpentard non pour me suivre mais parce que le choixpeau lui a dit qu'il était un Saint-Maur.

— Un Saint-Maur ?

— Oui ! Il lui a dit qu'il devait choisir entre Serdaigle qui serait le savoir et Serpentard qui lui apporterait la revanche. Il lui a parlé aussi de ton enseignement. Comme il ne lui a pas proposé Gryffondor, tout le poussait à Serpentard. Maxence par contre s'est vu suggérer les deux et c'est lui qui a demandé à aller à Serdaigle à la place. Typhaine et Alicia n'ont pas eu d'autres possibilités, le choixpeau les envoyées directement dans leurs maisons.

— Il est grand temps de lire les documents que nous avons récupérés hier, comme tu le vois c'est ce que nous faisons.

— Pa, je voudrais te dire une une chose que nous avons surprise dans une conversation qui nous concernait pas. Les autres ne sont pas d'accord, ils disent qu'Erwin finira par rompre sa promesse de se taire et te le dira parce qu'il tient à toi autant que Draco et Sylas. Jimmy a dit qu'une nouvelle prophétie avait été faite suite à la bataille de Stonehenge et au fait qu'ils avaient changé l'avenir en ayant les jumeaux trop tôt. Il n'a pas voulu dire ce qu'elle contenait.

 

 

 

 

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16:02 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

08.01.2011

IMPENSABLE AMOUR

 

 

 

 

 

 

 

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IMPENSABLE AMOUR

 

 

 

Sirius pousse doucement la porte de la chambre inviolée de Regulus. Depuis son retour dans la maison du 12 square Grimmaurd, jamais il n'a ouvert ce sanctuaire fermé depuis quinze ans. Il est bon de le faire en ce jour anniversaire de sa naissance. Il s'assied sur sa chaise, à son bureau, tire ses tiroirs, ouvre ses livres, regarde ses photos... Son jeune frère ! Tout ce qui faisait le monde journalier de celui que maintenant il regrette d'avoir si peu connu.

 

Quand il était parti, plein de hargne et de fiel contre ses parents, il avait laissé sans un au-revoir, sans un signe son cadet d'un an. Le préféré, le chouchou à sa maman ! trop sérieux, trop raisonnable, trop triste, trop brillant ! Trop tout ! Et pas assez son frère ! Il avait voulu s'en faire un sur-mesure et pour cela avait choisi James. Il était à cette époque tout ce qu'il aurait voulu trouver en Regulus.

 

Dès son entrée à Poudlard, celui-ci avait trainé uniquement avec les Sang-Pur, méprisant les autres et plus que tout les amis de son frère. Rien n'était assez bien pour son aîné, eux moins qu'aucun autre, mais ce dernier n'avait pas compris. Très vite cet état des choses avait pourri leurs relations, même en dehors de l'école. Quand il était parti, ils ne s'adressaient plus que rarement la parole et si parfois il voyait le regard peiné de son puîné posé sur lui, il avait toujours voulu l'ignorer. L'accepter aurait remis tant de choses, tant de choix en questions.

 

Son départ avait une fois de plus creusé le fossé. La fois de trop, le coup de poignard en trop ! Celui qui dresse les barrières que jamais plus on arrive à ouvrir. Il avait seize ans et Regulus l'âge actuel de son filleul ! Il avait eu besoin de son grand frère, il n'avait pas été là ! Insouciant ! Egoïste !

 

Il s'était alors à son tour trouvé un ami, un frère, un amant ? Il ne sait ! Mais il l'avait perdu définitivement. Cela l'avait-il poussé du côté des ténèbres? Il l'ignore. Mais le doute le taraude, l'envahit parfois au petit jour, dans ces aubes pénibles où il cherche son rire d'enfant du temps où ils volaient ensemble en balai, enivrés par la vitesse et le plaisir de sentir le vent sur leur visage. Il a envie de lui crier : « Regulus mon frère, pourtant je t'aimais ! »

 

Un tiroir secret... Quelques lettres précieusement liées d'un lacet vert. Sirius les regarde perplexe, tenté mais rien ne justifie un pareil viol. Il a peur d'apprendre qui il aimait, ce beau garçon aux mêmes yeux gris que les siens.

 

Contrairement à lui qui avait, avec les maraudeurs fait tourner les têtes, chauffé tant de donzelles, Regulus n'avait jamais couru les filles. Il ne voyait que ses études et la famille Black dont il était la fierté. Puis il y avait eu la marque ! Cette ignominie sur son bras ! Cet asservissement à un sang mêlé fou de haine, fou de pouvoir ! Pour qui ? Pour quoi ? Pour le suivre ?

 

« N'as-tu pas réalisé ma détestation à son égard, mon chagrin dans mes cris ? Non ! Tu n'as pas compris le réveil tardif de cet amour fraternel. Il n'a fallu que quelques mois pour que tu disparaisses à dix-huit ans, à peine adulte, avalé, dévoré par ce conflit. Je ne sais où, quand, pourquoi. Et je suis resté là avec mes regrets, avec mes questions...

Toi qui ne voyais que les Sang-Pur quand donc as-tu oublié pour lui la pureté du sang ? Que faisais-tu ce soir là entre ses bras trop maigres, serré contre l'étoffe rugueuse de sa robe de sorcier élimée, bercé par ses murmures tendres ? ».

 

Les coudes sur le bureau, la tête entre les mains, une fois de plus son esprit erre et se rappelle. Il rêve de leur enfance dans la maison sombre et glacée des Black. Il se revoit blotti avec lui au creux du même lit les nuits de cauchemars ou les jours d'orage, les chatouilles et la complicité, les parties de rire et les gâteaux volés à la cuisine... Puis il y avait eu la rentrée à Poudlard, les maisons différentes, les Sang-Pur et leurs préjugés, l'incompréhension. Et lui de son coté, les maraudeurs, les frasques, les filles, James et Lily la sang-de-bourbe, Remus le loup-garou et Pettigrow le traitre, l'insouciance jusqu'à la disparition... Et deux ans plus tard, presque jour pour jour la mort de ses amis et Azkaban... Ils étaient bien les frères Black !

 

Ensuite, la recherche de la vengeance et Harry... une nouvelle façon de retrouver James ! Une autre possibilité de rattraper ses erreurs.

 

Un bruit au rez-de-chaussée... Certainement Remus qui est rentré plus tôt, Remus, son dernier ami dans la tourmente. Il ferme la porte soigneusement et descend. Ce n'est pas son ami, c'est vrai que ce ne pouvait être que Lui !

 

—  Bonjour Servilus !

—  Je ne suis pas d'humeur aujourd'hui à supporter tes sarcasmes, Black.

—  Il n'y a pas réunion de l'Ordre du Phénix, pourquoi es-tu là ?

—  Dumbledore ne va pas tarder, j'ai des informations pour lui.

—  Tu as voulu faire un petit pèlerinage avant ? ne peut-il s'empêcher de lancer méchamment.

—  Tu ne respectes donc rien !

—  Je vois que tu te rappelles. raille-t-il.

—  Chaque jour je me souviens, pas seulement celui de son anniversaire et surtout pas parce que j'ai des remords ou des regrets.

—  Tu ne sais pas de quoi tu parles !

—  Allons donc ! Tu ne penses encore une fois qu'à toi ! T'es-tu jamais demandé ce que lui avait éprouvé lorsque tu es parti habiter avec le frère que tu t'étais choisi ? Le beau, le parfait James Potter ! Par Salazar que je vous ai détestés ! Lui, non pour ce qu'il était mais parce que tu l'as préféré à Regulus le blessant au plus profond de son amour fraternel ! Et toi qui n'a rien vu !

—  ...

—  Et quand entrainé par ses amis Sang-Pur il a pris la marque, où était le grand Black ? Dans quelle folle virée insouciante avec les maraudeurs ?

—  Et toi ? tu le poussais devant toi pour aller saluer ton maître?

—  Je ne suis devenu mangemort qu'après lui et non le contraire. J'ai tout fait afin qu'il ne les suive pas. Et ensuite, le nécessaire pour qu'il ne lui arrive rien.

—  Alors où est-il ? raille Sirius après un sursaut.

—  Il ne peut qu'être mort. Tu le sais comme moi. fait Rogue en laissant paraître une grimace douloureuse.

Bien plus que ses paroles, ce sont ces sentiments un moment affichés qui choquent Sirius. Il reste là devant l'autre, dans ce silence qui s'éternise sans savoir quoi dire à cet homme qu'il déteste, qu'il méprise et qui souffre de la mort de son frère tout comme lui.

—  Je vous ai vus ensemble !

Voilà c'est dit ! Il le lui a jeté tel une insulte au visage. L'autre le regarde sans réagir, impassible, attendant.

—  Toi Servilus, le sang-mêlé, le médiocre, avec mon petit frère !

—  Nous t'avons vu aussi, ce soir là. Tout au moins une ombre qui fuyait, je savais que c'était toi Black. Et aussi que tu ne comprendrais pas.

—  Tu avais trouvé là un moyen de te venger de nos plaisanteries ?

—  Toi, encore et toujours toi ! Crois-tu donc qu'il n'était pas digne d'amour ?

—  Toi aimer ? Ne me fais pas rire ! Tu n'as aucune idée de la signification de ce mot !

—  Je pourrais te retourner le compliment ! Le jeune Potter en sait quelque chose !

—  Ne parle pas de mon filleul ! Je l'aime !

—  Tu aimes James à travers lui ! Pas Harry ! Il cherche l'image d'un père, pas d'un chien fou tournant en cage comme un fauve dans la maison trop sûre des Black et prêt à vivre n'importe quelle aventure par procuration! Tu le pousses aux pires bêtises ! C'est la guerre pas vos petites maraudes !

—  Et toi tu le détestes à travers Harry. Si je suis enfermé ici, c'est pour lui !

—  Il est aussi le fils de Lily. Elle était ma seule amie. Et il n'est pas James, la même fierté, le même entêtement mais il y a tellement de souffrance en lui.

—  Dans deux minutes, tu vas me dire que tu l'aimais, elle aussi ! et que tu apprécies son fils !

—  Quand j'ai perdu Regulus, j'ai perdu l'amour. Je ne sais plus aimer. Je lui ai tout donné et il a tout pris. Jusqu'au sens de ma vie ! Il ne me reste que le devoir et mes haines !

L'homme qu'il a devant lui est brisé d'émotions.

—  Il a très vite découvert la vraie nature du Seigneur des Ténèbres et réalisé son erreur. A ce moment, il a voulu faire marche arrière, j'ai essayé de l'en dissuader sachant qu'il mettait sa vie en danger. Je l'ai supplié au nom de notre amour, il n'a rien écouté... Il disait qu'il ne pourrait plus me regarder en face, qu'il devait faire sa part du travail et un jour, il n'est pas venu à notre rendez-vous. Je l'ai cherché !

—  ...

—  Par Salazar, je l'ai tant cherché, fait-il en se tordant les mains. Je n'ai jamais rien trouvé, pas un seul indice. Alors j'ai compris que Voldemort l'avait estimé gênant pour une raison ou une autre et qu'il avait fauché sa jeunesse comme il aurait écrasé un cafard. J'ai décidé de tout révéler à Dumbledore. Depuis je le venge, chaque jour que je vis et peu importe qui sera sur ce chemin. Je mourrai heureux lorsque ce serpent crèvera face au ciel où rira mon amour.

—  Tu fais peur Servilus !

—  C'est sans importance, Black ! Une fois de plus, je ne m'attends pas à ce que tu comprennes.

—  Cela implique que tu aides Harry !

—  Je le fais mais pas comme on le voudrait.

—  En ne lui apprenant pas l'occlumencie ?

—  Il ne contrôle pas sa magie, il est à certains moments tellement maladroit et parfois si puissant. Il en a déjà trop vu sans que je le veuille, je ne peux risquer qu'il en sache plus sur ma vie. Il n'est pas prêt.

—  ...

—  Ce n'est qu'un adolescent dans une guerre d'adultes et aucune prophétie ne peut changer ça.

Un bruit de porte, le portrait de sa mère qui se met à crier des injures au passage de l'arrivant. Un regard bleu, incisif et pétillant de malice qui jauge la scène qu'il découvre. Le frère, l'amant qui se dressent l'un contre l'autre pourtant unis dans une même peine.

—  Severus, Sirius, bonsoir...

—  Bonsoir Albus. salue le maraudeur.

—  Albus ! fait le second avec un geste à peine marqué de la tête.

—  Qu'as-tu de nouveau pour nous, Severus ?



Sirius s'éloigne laissant l'espion faire son rapport. Lourdement, il monte l'escalier et ouvre une seconde fois la chambre verte. Il prend les missives dans le petit tiroir, le referme en soupirant. Il ouvre la première et se met à lire.

Maintenant, il guette le départ du maître des potions honni de tout Poudlard, l'intercepte au passage. Sans un mot il lui tend les lettres enrubannées et très vite il fuit la seule larme qu'il verra jamais couler sur la joue blême de Severus Rogue.

 

 

Note : Contrairement à ce qu'on suppose souvent, Regulus Black a un an de moins que Sirius et Severus. De la même maison Serpentard, le plus jeune des Black et Severus étaient donc amenés à se côtoyer souvent. Ils deviennent tous les deux mangemorts en 1979 sans que la date soit précisée, au début de l'été pour Regulus. Il ne l'a été que quelques mois avant de se sacrifier, à presque dix-neuf ans, pour détruire l'horcruxe caché dans la caverne des inferi. Dans le courant de 1980 Rogue devient espion pour le compte de Dumbledore ensuite il est engagé en 1981 comme professeur à Poudlard et succède à Horace Slughorn. Il a vingt et un ans.

 

 

 

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06.01.2011

L'unification salvatrice - Chap VI. MAXENCE

 

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Chapitre VI. Maxence





Rappel chapitre V.

—  Nous avons enfin trouvé Philippe, le mari de Françoise ! fit Jimmy d'un air sombre. Mort !

Ils échangèrent un regard atterré.

—  Où? Qui? Pourquoi : enfin? fit Harry d'un ton bref.

—  A Lyon dans une taverne sorcière. A mon avis O'Reilly mais je ne sais si c'est pour son compte ou celui de la Loge. Enfin, parce que ça faisait sept jours qu'il avait disparu même si nous n'avons été prévenu que hier.

—  Et pourquoi personne n'a-t-il jugé bon de me mettre au courant? fit Harry glacial.



oOo





Harry vit Erwin et Jimmy échanger un coup d'œil étonné ce qui le fit se tourner vers le trio.

—  Nous avions l'intention de vous le dire discrètement un peu plus tard, nous voulions vous laisser un peu de temps pour vous installer, fit Draco mal à l'aise en devançant la question.

—  Je dois avouer que c'est par moments assez lourd, nous savions qu'il y aurait à gérer l'inquiétude de Gauthier et celle de Sylvain. dit Sylas à son tour.

—  Si vous ne pouviez-pas assumer, un coup de fil suffisait et nous annulions ce week-end, jeta Harry d'un ton sec.

—  Il y avait peut-être également le remord d'une décision qui ne me semblait plus aussi justifiée. soupira Sylas.

Harry voulut répondre vivement mais la main de Jim tenait la sienne et il en connaissait le langage, celle de Pierre-François vint se poser sur sa cuisse. Il se rappela leur conversation toute récente « —  Si un jour tu penses que j'ai tort, promets de me le dire ! —  Je te le promets, mon âme. ». Il inspira très fort pour se calmer avant de répondre d'une voix basse, au grand étonnement de tous, que l'important était de gérer la situation pénible actuelle.

La suite fut bien entendu très loin du week-end prévu. Françoise et Sylvain pleuraient un mari et un père qu'ils avaient toujours connu aimant et attentif. Le vieux Gauthier montra que, malgré son âge, il avait encore toutes les qualités qui faisaient de lui un intendant de confiance, ordonné et maitre de lui. Pierre-François se chargea avec lui de toutes les formalités et du rapatriement du corps du Sang-Pur dans son village britannique d'origine. Pierre, une fois de plus fut d'une grande aide pour les démarches administratives en monde moldu. Plutôt que de s'occuper de l'enquête sur le meurtre, Harry et Jim laissèrent faire Jimmy et Erwin et ne lâchèrent pas leur loup d'une semelle, craignant que son frère ne soit aux aguets et ne profite de la situation pour les atteindre si ils se séparaient.

Le lundi eut lieu l'enterrement . Devant le rectangle de terre fraîchement creusé dans un coin perdu du Cumberland, il y avait Françoise, Sylvain, Gauhier et les deux trios, Cloud, Justin et Aymeric, nul autre ! La famille de Philippe qu'ils avaient pourtant prévenue n'avait pas daigné se manifester. Ses parents avaient été assassinés par les mangemorts peu de temps après la fuite de leur fils, ce qu'il n'avait pas su. Ce remord lui avait été épargné. Ses deux frères semblaient, d'après les renseignements reçus, avoir pris leurs aises dans le manoir familial et, étant donné la disparition de l'aîné, considéré celui-ci comme leur. L'existence d'une veuve d'origine moldue et d'un enfant sang-mêlé, héritier sans possibilité de contestation de tous les biens de la famille n'avait pas dû faire plaisir à ces Sang-Pur conservateurs.

Harry, conformément à son serment et en accord avec Françoise, avait déjà fait les démarches afin d' être nommé tuteur de Sylvain. Lucius avait acté et signé sa demande qui serait officialisée par le magenmagot dès la prochaine séance. La main posée sur l'épaule du jeune adolescent, il approcha de la tombe avec lui et lança après ce dernier une rose sur le cercueil, avant de revenir vers la mère qui avait exprimé le désir de se recueillir seule sur la sépulture. Ils vinrent à pas lents vers la sortie du cimetière. En jetant un coup d'œil derrière eux, ils purent voir Françoise, brisée par le chagrin, sangloter à genoux devant le caveau.

Harry sentit l'émotion le dominer et les larmes monter, non pour cet homme dont il ignorait presque tout mais pour cette femme qui perdait son amour. Le bras qui se glissa sous le sien était ferme et rassurant, le regard bleu, plus foncé encore que de coutume, guettait la moindre de ses défaillances, soutien sans faille. Il serra doucement le poignet de Jim avant de chercher Pierre-François. Il suivit le regard de celui-ci. Il était posé sur une longue silhouette solitaire qui était postée, immobile, près de la grille d'un grand mausolée et qui semblait très intéressée par cet enterrement discret, trop intéressée pour être là par hasard.

Pierre-François se tourna vers eux et eut à leur intention un sourire triste. Pour la première fois depuis cinq ans il arpentait une de ces allées bordée de tombeaux qui se ressemblaient tous, excepté pour les familles qui venaient là se recueillir sur celui d'un être cher. Il n'avait jamais voulu aller fleurir le monument de son fils. La plaque de marbre froid n'abritait qu'un petit corps sans vie, le vrai Henri-James était dans son cœur, il y jouait, il y riait, il y pleurait, il l'appelait, parfois. On avait murmuré sur son passage qu'il était sans sentiments, sans amour envers cette partie de lui-même qu'il chérissait pourtant plus que tout. Il s'en était moqué et les sorciers bien pensants qui eux allaient au cimetière régulièrement pleurer leurs enfants assassinés par les mangemorts pour lui donner à lui, Pierre-François Vassier, une leçon, y avaient trouvé une raison de plus pour lui fermer leur porte. Tout à sa douleur, il s'en était moqué aussi.

La main qui saisit la sienne avec fermeté et le regard bleu qui le fixait le sortirent de ses pensées noires. Ils se rapprochaient de la longue silhouette qui regardait venir vers lui l'Elu encourageant le fils de Philippe et deux hommes blonds.

Ils se tenaient, par le bras, par la main, groupe soudé mais insolite, presque choquant par la vie, la force que l'on percevait en eux. Derrière venaient deux adolescent et un enfant, enfin en dernier, une jeune femme entourée de deux sorciers dont il identifia l'un à sa chevelure très claire, il ne pouvait s'agir que du fils de ce Lucius Malefoy dont son père lui avait montré des photos prises dans cette école de Poudlard qu'il était pressé d'intégrer à la rentrée. Ils arrivaient à sa hauteur.

Ils échangèrent un coup d'œil perplexe, l'inconnu était un adolescent dégingandé. Il devait avoir quinze ou seize ans, pas plus. Mince, presque maigre, il avait un visage anguleux au nez un peu long, à la bouche trop grande, un regard brun semé de vert, vif, perçant. Il les salua gravement avant de s'adresser à Sylvain en français.

—  Je m'appelle Maxence et je suis ton cousin. Je suis désolé de ce qui est arrivé à ton père.

—  Merci. Tu parles très bien le français.

—  Ma mère est de la côte bretonne. Ma sœur voulait venir avec moi mais elle est plus surveillée et elle n'a pu sortir.

—  Tes parents savent que tu es là? demanda Harry.

—  Non, soupira le garçon avec un air gêné.

—  C'est bien d'être venu, intervint Pierre-François calmement.

—  Je ne peux pas rester mais nous nous reverrons à Poudlard. Typhaine sera en première avec toi.

—  Et toi?

—  Je vais essayer d'intégrer la cinquième.

—  Pourquoi essayer ? intervint Aymeric curieux.

—  Aymeric ! protesta Sylvain. C'est mon meilleur ami, continua-t-il à l'attention de Maxence.

—  Parce que jusque maintenant mon père a toujours refusé que j'aille à Poudlard ou dans une autre école. Il m'a servi de précepteur.

—  Pourquoi a-t-il changé d'avis?

—  Il a dit qu'avec un nouvel héritier de Salazar Serpentard et un Vassier à la tête de l'école, l'orientation de celle-ci allait changer.

—  Mais il a reçu une lettre en réponse à sa demande d'inscription avec la liste des livres nécessaires ainsi que le nouveau règlement et forcément vu que ce n'était pas le cas. s'étonna Pierre-François.

—  Nullement ! Le hibou a du égarer une partie du message, fit le garçon d'un air finaud. J'ai bien peur qu'il finisse par l'apprendre mais ce qui est fait est fait.

Le sourire qui avait accompagné cette tirade avait illuminé son visage qui en était devenu presque séduisant.

—  Je vois, fit le directeur amusé. Hermione, voilà un jeune homme qu'il va falloir surveiller tout particulièrement. Voici Madame Malfoy-Van Neeren, ta sous-directrice, Maxence. Je suis le Professeur Vassier et donc ton futur professeur de métamorphose et ton directeur. Voici Monsieur Spencer qui est le professeur d'histoire et politique du monde moldu et Monsieur Potter qui donnera avec le professeur Weasley le cours de défense contre les forces du mal. Cloud, Justin et Aymeric sont eux aussi à Poudlard. Si tu as des difficultés à suivre, à t'intégrer ou même d'autres problèmes, n'hésite pas à le dire.

Françoise les rejoignait appuyée sur le bras de son père. Elle fixait le garçon avec qui discutait son fils.

—  Maman, c'est Maxence, mon cousin.

—  Bonjour, ma tante. Toutes mes condoléances. dit le jeune homme avec un petit salut.

—  Merci. Je ne vois pas tes parents? commenta Françoise assez sèche.

—  Ils ne sont pas ici et je ne devrais pas y être non plus. Il est temps pour moi de me retirer. fit-il avec un mouvement raide de la tête qui pouvait être pris pour un au revoir avant de s'éloigner.

—  Ça n'a pas l'air d'être un marrant, constata Aymeric.

—  Ay ! lui reprocha son père adoptif. Il n'y a rien de gai dans cette situation et il était très mal à l'aise. Il lui a fallu beaucoup de courage pour braver l'interdit de son père et venir rendre un dernier hommage à un oncle qu'il ne connaissait même pas, démarche qui, je trouve, n'a pas été appréciée à sa juste valeur. finit-il en se retournant vers Françoise.

—  Il ne faut pas vous faire d'illusions, une veuve moldue qui plus est au service d'une autre famille sorcière, ne sera pas accueillie les bras ouverts par ces Sang-Pur traditionalistes et très fiers de leur statut. Sylvain sera toléré parce qu'ils n'ont pas le choix, c'est tout. Maxence a défié ses parents en venant et risque de le payer très cher. expliqua Pierre-François.

—  Je n'ai rien à faire de cet héritage, de ces sorciers sans cœur. jeta la veuve.

—  Vous jugez selon les apparences. Leur absence ne veut pas dire qu'ils n'aimaient pas leur frère mais qu'ils désapprouvent sa conduite ce qui est différent. Je ne la justifie pas mais je connais la mentalité des nobles sorciers. Quant à l'héritage c'est le patrimoine de votre fils que vous le vouliez ou non et c'était la volonté de Philippe qu'il apprenne à porter son nom avec fierté.

—  Le fait qu'ils aient pris la place de Philippe à la tête de la famille est quelque chose de normal?

—  Je ne suis pas sûr qu'étant donné la mort des parents et la disparition de leur frère, ils aient eu le choix, intervint Sylas. Les affaires familiales devaient être gérées et les biens administrés. L'absence et le silence de Philippe perdurant, ils l'ont cru mort, ce qui se comprend. Il n'est pas sans reproche dans cette histoire, il est le premier à avoir méprisé les conséquences qu'allait provoquer sa fuite. Sa famille en a, semble-t-il, durement pâti. Les mangemorts n'étaient pas des enfants de cœur. Ça m'étonnerait beaucoup que les frères aient évité la torture et ils ont certainement assisté à la mort de leurs parents. Ce n'est pas quelque chose qui s'oublie et qui se pardonne.

—  Vous ne lui avez pas pardonné, Monsieur le Comte, quelques malheureuses photos prises au castel, railla-t-elle.

—  Je vais attribuer cette remarque à votre chagrin, mais je ne l'admettrai pas en d'autres circonstances.

—  Hélas, Françoise, je comprends votre amour blessé et que notre attitude vous semble dure. Il ne s'agissait que du premier service demandé, il y en aurait eu d'autres qu'il aurait accomplisafin de vous protéger, pour se sauver de la mort. Une fois qu'on entre dans cet engrenage, on n'en sort plus. constata tristement Harry. C'est très vite l'escalade. Nous ne pouvions laisser faire. Au bout du chemin, il aurait trouvé la mort de toute façon mais après le déshonneur.

—  Si il avait continué sa vie comme si de rien n'était et nous avait prévenus au contact suivant, nous aurions pu l'aider, le protéger, le libérer même de cette contrainte. Fuir une fois encore était la pire des choses à faire. fit Hermione à son tour en secouant, d'un geste agacé ses boucles brunes. Ne vous trompez pas de cible, nous ne sommes pas ses assassins.



oOo



Il était tard quand ils transplanèrent aux Tamaris après avoir reconduit la veuve et Gauthier et discuté de la charge trop lourde qu'allait représenter l'hôtel Saint-Maur pour la gouvernante. Ils avaient découvert à cette occasion que l'ancien intendant avait décidé de suivre son arrière petit-fils à Poudlard. C'était lui le professeur dont avait parlé Pierre-François à la conférence sorcière, il assurerait quelques heures par semaine les cours facultatifs de français et de mœurs moldues. Seul Harry et Jim ne semblaient pas étonnés de cet arrangement conclu par Pierre-François avec le vieil homme. Sylvain en paraissait ravi. Sylas avait alors décidé d'adjoindre à la gouvernante deux elfes de maison qui s'occuperaient de l'entretien.

Sylvain, étrangement, avait préféré rentrer avec Harry plutôt que de rester en compagnie de sa mère. Le temps s'était mis à l'unisson de l'ambiance et de grosses gouttes de pluie tombaient tièdes sur les terrasses des Tamaris. Après un repas plutôt morose, ils avaient passé la soirée devant la télévision. Pierre-François avait cédé sa place dans les bras de Harry à l'orphelin qui était resté blotti entre eux deux jusqu'à l'heure du coucher. Il l'avait porté endormi dans son lit voisin de celui d'Aymeric.

—  Pa ? tu vas devenir son tuteur aussi ?

—  Oui et non. Sylvain a perdu son père mais sa mère est là pour s'occuper de luii, l'aimer, prendre les décisions qui s'imposent. J'ai fait le serment de veiller sur lui jusqu'à l'âge adulte et de lui enseigner le monde sorcier et le respect de son nom. C'est ce que je vais faire.

—  ...

—  On verra si petit à petit s'établit une relation plus forte que celle de mentor à élève.

—  Tu sais bien qu'il t'admire autant que moi.

—  Seulement, Ay? L'admiration n'est pas la confiance ou l'amour filial, je croyais pourtant que c'est ce qu'il y avait entre nous ?

—  ...

—  Moi j'aime beaucoup le fils que le destin m'a donné. fit-il tendrement en ébouriffant les cheveux du gamin.

—  Merci, Pa. fit-il en se relevant dans son lit pour l'accoler.

—  Essaie de t'occuper de Sylvain, tu sais par quoi il passe.

—  Je le ferai. acquiesça-t-il gravement.



Le trio était là, Hermione était lovée entre ses hommes, étrangement apaisés, la main posée sur le ventre qui abritait la vie. Elle avait fait taire ses propres craintes, ses appréhensions pour leur satisfaction profonde et la communion qui les unissait à nouveau à cet instant lui soufflait qu'elle avait eu raison. Même si ça n'était pas prévu, Jimmy et Erwin les avaient rejoints en fin de soirée et ce dernier s'endormait la tête sur l'épaule de son amoureux. Le groupe se soudait dans les circonstances pénibles et les deux jeunes gens étaient de plus en plus présents. Dans un coin, Cloud et Justin jouaient une fois de plus aux échecs sorciers. Ils étaient de force pratiquement égale et le nombre de parties gagnées par l'un et l'autre s'équilibrait sans cesse.

Jim avait attiré Harry contre lui dès son retour de la chambre des garçons. Il le sentait triste, tout comme Pierre-François. Un enterrement ne peut que vous faire penser aux êtres que vous avez perdus. Ils entendirent rentrer Sirius. Il sortait de plus en plus souvent, il revenait le regard pétillant et l'allure guillerette, il trainait derrière lui un parfum capiteux manifestement féminin. D'habitude les deux plus jeunes, sur son passage, faisaient semblant de se pincer le nez d'un air dégoûté ce qui provoquait le ricanement du maraudeur nullement dupe de leur plaisanterie. Aujourd'hui, ils n'étaient pas là pour le chahuter.

—  Les gosses?

—  Sylvain s'est endormi, Aymeric est allé au lit aussi pour veiller sur lui. A mon avis, il ne dort pas, il doit lire une fois de plus les contes de Beedle-le-Barde.

—  Ça c'est passé sans problème ?

—  Nous avons fait la connaissance du cousin de Sylvain, il est venu assister à la mise en terre, il a l'air d'un adolescent très équilibré malgré une éducation qui l'a maintenu en dehors des jeunes de son âge.

—  Sans les parents?

—  C'est une famille de Sang-Pur traditionaliste...

Sirius soupira. Il n'était pas nécessaire d'en dire plus. Il avait vécu dans une ambiance pareille toute sa jeunesse et l'avait fuie à seize ans.

—  Tu l'auras comme élève à la rentrée, ainsi que sa petite sœur. Maxence et Typhaine Balbi. expliqua Pierre-François.

—  Balbi? s'étonna Draco.

—  Oui. Pourquoi?

—  J'ignorais que c'était le nom de Sylvain. Mon père me parlait souvent d'un Edward Balbi, c'était un de ses meilleurs amis à Poudlard. D'après ce que j'en sais, si il n'était pas devenu mangemort, il ne cachait pas que sa sympathie allait au camp de Voldemort.

—  Charmant ! soupira Pierre-François. Quand il découvrira le tour que lui a joué son fils, je sens qu'il va nous créer des ennuis!

—  Philippe était plus âgé que ton père ? s'étonna Jim.

—  C'est vrai qu'il n'en avait pas l'air, mais ils sont de la même génération puisque tous les deux sont devenus mangemorts lors de la première ascension de Voldemort. Je lui demanderai de m'en parler.



oOo



Campé devant la fenêtre ouverte de leur chambre, Harry inspirait l'odeur si particulière qui montait du sol détrempé. Quand ses bras vinrent l'enserrer, il se laissa aller en arrière contre la poitrine de Jim. Tous étaient allés dormir, Pierre-François était sous la douche. Il s'inquiétait pour lui. Ces derniers jours avaient été pénibles, faisant resurgir des souvenirs douloureux. Pendant que lui prenait son bain, il était allé voir Lily et était resté dans sa chambre plus que de coutume, il avait voulu l'y rejoindre mais s'était éclipsé sans bruit en le voyant pleurer, sa main tenant celle de sa fille endormie. Il n'aurait pas aimé être surpris dans ce moment de faiblesse.

—  Pierre-François ne va pas bien.

—  Tout ça remue trop le passé. soupira Jim.

—  ...

—  Nous ne pouvons rien y faire, sauf l'entourer le plus possible et lui montrer notre amour.

—  Je sais.

—  Vous n'êtes pas couchés ? s'étonna leur loup quand il revint quelques minutes plus tard.

Harry se retourna pour le contempler. Rien, à première vue, ne trahissait ses états d'âme pourtant un léger voile sur ses yeux, un nez un peu pincé montraient son agitation intérieure. Il lui tendit la main et le tira vers Jim et lui.

—  On t'attendait, mon loup. fit-il en se pressant contre son corps et en caressant doucement le creux de ses reins.

—  Je vois ça, fit l'aîné avec un petit rire amusé.

—  Juste si tu en as envie, ajouta maladroitement Jim.

—  Penser à mon fils ne me fait pas oublier mes amours, ma tendresse. répondit-il en posant ses lèvres sur les siennes.



oOo



—  Tu ouvres enfin les yeux, amour...

—  C'est toi qui m'as réveillé?

—  J'ai bien peur de devoir répondre oui.

Harry poussa un soupir de bien-être en se tournant vers lui et en se lovant dans ses bras. Il remonta le drap sur eux alors que le soleil déjà envahissait leur chambre. Jim sentant sa moitié bouger resserra son étreinte nichant sa tête dans sa nuque.

—  Je suis désolé, fit Pierre-François en repoussant tendrement les cheveux tombés sur le front légèrement humide de chaleur.

—  Inutile ! Je suis très bien à paresser contre toi ! Nous avons eu peu de moments de véritable intimité ces derniers jours et le soir nous étions tellement fatigués et anéantis par la situation.

—  C'est vrai, admit l'autre avec une grimace. Et nous sommes loin d'en avoir fini. Tu sais très bien que ce n'est que le début de notre lutte contre François-Marie.

—  Je suis un peu surpris de le voir aussi actif alors qu'il devrait être en train de se battre pour rendre un corps à Grindelwald ou fusionner leur magie.

—  Il faut croire que tout ne se passe pas comme il le voudrait.

—  Tu penses ?

—  Je suppose qu'il lui manque des éléments ou qu'il doit attendre pour une raison ou une autre. Dès notre rentrée à Poudlard, je commencerai des recherches sur la fusion.

—  En plus de ta fonction de directeur, de professeur, de l'organisation du tournoi ? râla Harry avec une moue mécontente.

—  Tu sais bien qu'on n'a pas le choix, mon doux amour.

Ce n'en est pas plus facile à admettre.

—  Tu peux t'y mettre avec moi. Je ne refuserai pas votre aide.

Nous serons à tes côtés bien sûr. De toute façon nous sommes tous concernés.

—  Jimmy et Erwin ont l'air de se sentir en effet de plus en plus impliqués. Ils ne nous lâchent plus.

—  Toi aussi ? fit Harry avec un petit rire railleur.

Oui, moi aussi ! admit Pierre-François en souriant.

—  Tu as raison, je me demande ce que je fais dans les bras d'un sorcier exceptionnel que j'aime alors qu'un ami amoureux fou de son compagnon dort dans la chambre à côté. J'avoue, ça n'a pas de sens.

—  Exceptionnel ?

—  Tu cherches les compliments ?

Ça ne fait pas de tort.

—  Je le reconnais. Oui, tu es extraordinaire, pour le moi le plus extraordinaire des sorciers mais pas uniquement cela, tu es aussi mon compagnon et j'ai beaucoup de chance. Jim et toi vous faites ma vie.

—  Je crois moi que le destin m'a fait une immense faveur en vous mettant sur ma route et surtout en m'accordant la réciprocité de mes sentiments. fit-il en blottissant son visage dans le creux de son épaule puis en remontant doucement vers le cet endroit sensible derrière l'oreille, ses lèvres effleurant à peine celle-ci en une caresse aérienne. Ses mains erraient sur la peau encore chaude et moite de sommeil. Il le savait particulièrement réceptif au réveil.

Sa bouche redescendit dans son cou pour venir mordiller doucement l'endroit où il sentait son pouls. Renversant la tête vers l'arrière, Harry se cambra contre lui avec un gémissement rauque. Aussitôt Pierre-François le pressa d'une main contre son désir tandis que de la seconde il réveillait Jim.

    Il aurait tout donné pour une fois faire l'amour avec Harry seul, pour l'avoir tout à lui, le posséder enfin totalement, qu'il ne doive qu'à lui sa volupté, tout sauf leur amour à trois car tôt ou tard ce serait les perdre tous les deux. Son désir lui serra la gorge et sans s'en apercevoir, il mordit Harry à la rondeur de l'épaule avec violence. Loin de se rebeller, celui-ci lui rendit la morsure avant de s'arquer sous celle que lui infligeait Jim au creux des reins.

—  Vous êtes insatiables tous les deux ! fit Jim blotti contre Pierre-François les yeux fermés, le corps alangui.

—  Ça n'avait pas l'air de te déplaire, ma tendresse et j'ai même l'impression que je vais porter quelques traces de ton enthousiasme. railla le loup en caressant doucement sa joue du revers de la main. Si on doit aller à la plage cette après-midi, nous serons bien !

—  J'espère qu'on va y descendre, j'aimerais qu'on profite de nos derniers jours de vacances. soupira Harry. De toute façon il faut changer les idées aux enfants.

Il n'y a pas que les petits. Nos amis sont là aussi et je ne crois pas que ce soit par hasard. fit remarquer Pierre-François.

—  Leurs buts sont différents. Le trio est là pour être soutenu, Jimmy et Erwin pour nous appuyer. analysa Harry.

—  Nous sommes là pour veiller sur toi et ton petit confort, pas besoin de ton page, messire chevalier, répondit Jim avec agacement.

    Harry éclata de rire en l'attirant à lui par la nuque pour baiser ses lèvres. Il adorait quand Jim était jaloux, enfin, la plupart du temps...



oOo



La pluie du jour avant n'avait laissé nulle trace, aussitôt bue par un sol assoiffé. Sur la terrasse, ils terminaient leur déjeuner. Pendant la matinée, ils avaient expédié avec Jimmy et Erwin les affaires courantes du monde sorcier. Les diverses enquêtes semblaient au point mort. Un peu de répit avant une rentrée qui s'annonçait chargée.

Comme l'avait désiré Harry, ils passèrent l'après-midi sur la plage. Tous les trois revenaient d'une promenade le long de la mer, en jeans et chemise ouverte. Dès la limite de leur propriété atteinte, Pierre-François les attira contre lui par la taille et c'est enlacés qu'ils terminèrent leur ballade puis restèrent à contempler le large.

—  Qu'ils sont beaux comme ça, fit Hermione en regardant vers ses amis.

—  Moi j'aimerais bien savoir pourquoi aucun des trois ne s'est déshabillé. Ce n'est pas dans leurs habitudes de rester en jeans et chemise sur la plage, se moqua Sylas. Ils on dû encore en faire de belles cette nuit.

Dans tous les esprits passa l'image de Jim marqué de traces rouges sur les épaules et la poitrine au lendemain de l'exposition de peinture où chacun avait éprouvé de la jalousie de leurs sentiments naissants pour le loup.

—  Pierre-François n'est pas comme ça. Jamais, j'en suis sûre, il n'aurait ce genre de réaction.

Draco eut un sourire railleur en se remémorant leur façon provocante de le tenter et le striptease sur la plage qui en avait découlé. Il les regardait revenir vers eux joyeux et insouciants. Il aimait voir Harry heureux comme jamais il ne l'avait été. Il le regarda se pendre en riant au cou de Pierre-François pour l'embrasser avant d'être repoussé par Jim qui fit mine de vouloir prendre sa place, ils se poursuivaient en courant autour de leur amant qui les contemplait plein d'indulgence pour leurs débordements enfantins. Il finit par les attraper et, les serrant contre lui, les embrassa tour à tour avec passion. Ils s'assirent ensuite parmi eux sans même sembler remarquer l'attention dont ils étaient l'objet.

Robert vint déposer à coté d'eux un panier contenant des rafraichissements et des pâtisseries faites par Didier. Les plus jeunes se ruèrent sur les boissons fraiches. Aymeric enjamba les pieds de Jim mais celui-ci qui ne l'avait pas vu bougea, l'adolescent trébucha et tomba sur Pierre-François, renversant son verre glacé sur lui. Stoïque il ne bougea pas mais lança un appel muet à ses compagnons, ils se regardèrent et éclatèrent de rire tous les trois.

Je suis maudit ! se marra-t-il.

—  Enlevez votre chemise, Monsieur, je vais vous envoyer Marine avec une autre. intervint la majordome.

Les rires des plus jeunes redoublèrent, Jim en avait les larmes aux yeux.

    —  Si vous continuez tous les deux, j'en fais autant avec vous. ricana-t-il, ce qui les fit taire un court instant.

    Pierre-François en soupirant commença à retirer sa chemise.

—  Tu ne vas pas faire ça ? demanda Jim sérieux cette fois.

—  Je vais rester poisseux de limonade jusqu'au soir? Si tu notes leurs regards moqueurs, nos amis n'attendent qu'une confirmation à leurs suppositions malsaines, à mon avis ça ne vaut pas la peine que je me dérange pour aller me changer au mas.

Il tendit sa chemise au majordome livrant à l'observation de leurs amis un torse et des épaules couverts de trace de morsures et de suçons.

Vous exagérez tous les deux, lâcha Hermione.

—  Mais de quoi je me mêle ? Tu vas nous dire comment faire l'amour maintenant ? s'indigna Harry.

Faire l'amour ? C'est comme ça que tu appelles ça ?

—  Doucement Hermione ! intervint Pierre-François. Ne me fais l'affront de supposer que je n'étais pas consentant.

—  Mais...

Mais quoi, la coupa Jim furieux, tu crois que nous nous sommes acharnés à deux sur un p'ti loup soumis et subissant nos violences ? Je te croyais intelligente ! Nous étions trois à ce jeu amoureux. Draco, il serait peut-être temps que vous lui appreniez certaines choses !

—  Calme-toi, mon agneau. fit tendrement l'aîné. Eux aussi font l'amour comme ils l'entendent.

Quand Jim voulut se lever, il le retint par le poignet, le fit asseoir entre ses jambes, son dos contre son torse et referma autour de lui ses bras. Harry soupira en regardant le visage fermé de son fiancé et lança un coup d'œil plein de reproches à Hermione. Sylas et Draco, se concentrant, se lancèrent dans des explications avec elle par le lien qui finit par secouer la tête agacée, apparemment pas convaincue par leurs arguments. Harry leva les yeux au ciel et descendit sa chemise sur ses bras dégageant ses épaules et sa nuque pareillement marqués.

    —  Ce ne sont que quelques morsures Mione faites et reçues en toute connaissance de cause. Demain ou après-demain, il n'en restera que le souvenir de moments intenses et délicieux. J'aimerais qu'on passe à un autre sujet que ce que nous faisons dans notre chambre quand la porte en est fermée. C'est une discussion qui se termine ici et je ne veux plus en entendre parler. Je n'admettrai pas que tu blesses Jim ou Pierre-François une nouvelle fois.

    Ce fut au tour d'Hermione de lancer un regard peiné à son meilleur ami qu'il fit mine de ne pas voir. Sylas l'attira contre lui tendrement pour la consoler, tandis que Draco lui prenait la main. Ils se mirent en symbiose se coupant du monde qui les entourait pour se retrouver à trois ou plutôt à cinq déjà dans cette bulle intime dont ils avaient besoin...

    Erwin et Jimmy n'avait pas dit un seul un mot, pas plus que Cloud ou Justin qui avaient assisté à toute la scène. Les premiers avaient toujours été très discrets sur leur relation et très certainement jugeaient qu'il devait en être de même pour leurs amis, les seconds ne se seraient pas permis la moindre remarque pour des raisons différentes, Cloud par respect pour son père adoptif quelle que soit son opinion, Justin parce que déjà il faisait partie des amants passionnés et excessifs comme le trio.

    Pierre-François revêtit la chemise que lui apportait Marine avant de se lever pour aller aider sa fille à construire son habituel château que la marée s'empresserait de détruire dès sa montée. Harry s'étendit dans le sable très vite rejoint par Jim qui posa sa tête sur son épaule. Leur tranquillité fut rapidement troublée par une voix moqueuse à laquelle répondait une autre féminine cette fois. Sirius se dirigeait vers eux, venant de la plage voisine, il tenait par la main une jeune femme d'une trentaine d'années. Blonde, vêtue d'un paréo de couleurs vives, elle riait de ce que lui disait le maraudeur. Harry et Jim se redressèrent pour accueillir les arrivants tandis que Pierre-François laissait Lily et Teddy en compagnie de Sylvain et Aymeric pour les rejoindre.

    Dès qu'elle lui fut présentée, Harry identifia la jeune femme comme étant une sorcière, anglaise de surcroit, et ça ne lui plut pas. Les chances de rencontrer par hasard une telle personne en cet endroit lui semblaient minces. Il tenait au secret de leur bastide et il savait qu'il en était de même pour Pierre-François. Une fois de plus, dans ces circonstances plus qu'incertaines, il jugea son parrain bien imprudent. Il savait qu'elle n'apercevait pas la maison située derrière la pinède, toutefois elle devait supposer, avec raison, que la plage privée correspondait à une des villas des alentours. Que Sirius soit d'accord ou pas, un sort d'oubliette lui semblait indispensable.

    Il échangea avec Draco un coup d'œil que surprirent ses compagnons. Pierre-François comprit de suite leurs intentions et se mêla à la conversation pour faire diversion pendant que le legilimens se faufilait dans l'esprit de la sorcière. Celle-ci ravie de l'accueil, adressa une œillade à Pierre-François, qui ne le déstabilisa pas, dans son personnage de Lauzun il en avait vu d'autres. Jim par contre sursauta et adressa à la jeune femme un regard assassin qui fit rire son amant et Harry qui ne craignait que la gente masculine. La conversation se poursuivit un long moment sur des sujets anodins, les vacances et les loisirs. Lorsque Sirius et sa conquête reprirent le chemin de l'hôtel tout proche, le trio les escorta au bout de la plage de la Tamarisière. Arrivés dans un coin peu fréquenté à proximité du complexe, Harry lança un stupéfix qui immobilisa la jeune femme. Son parrain se retourna baguette brandie avant de réaliser que c'était Harry qui venait de lancer le sort.

—  Harry ? Mais que fais tu ? s'exclama-t-il désorienté.

Je prends les précautions que toi, tu oublies !

—  Je n'ai pas droit à une vie privée ?

Si mais Les Tamaris, c'est notre havre et personne ne doit en connaitre l'existence.

—  Vous n'avez pas arrêté d'y inviter du monde ! railla le maraudeur.

Du monde que nous connaissons et en qui nous avons confiance. Tu ne connais cette femme que depuis quelques jours. La moindre des choses est de faire le nécessaire pour s'assurer de son honnêteté ! Tu trouves que nous n'avons pas assez d'ennuis comme ça?

    —  Inutile de discuter de ça maintenant, intervint Jim, On va finir par nous remarquer.

    —  Je vais donc lui jeter un sortilège d'amnésie en ce qui concerne cet après-midi et ce qu'elle a vu.

—  Je peux savoir ce que tu lui reproches qui justifie cette mesure ?

—  Elle t'a rencontré par hasard, c'est vrai, étonnant mais vrai, Draco l'a vu dans son esprit.

Ah ! Tu vois !

—  Par Merlin ! Laisse-moi donc finir ! Mais elle a vite compris qui tu étais et était prête à monnayer les informations qu'elle pouvait glaner sur nous, non pas à la Loge dont elle ne sait rien de plus que tout-un-chacun mais aux journaux et plus précisément à Sorcières-Hebdo qui lui semblait le plus susceptible d'être intéressé par ce genre de potins. Maintenant que tu sais à quoi t'en tenir, tu peux continuer de t'amuser avec elle. Nous reparlerons de tes imprudence plus tard, à ton retour.

—  Je te rappelle que c'est moi ton parrain et pas le contraire. Ce n'est pas un gosse qui me donnera des ordres ! Si tout le monde te lèche les bottes, ce n'est pas mon cas ! Tu es le fils de James et si tu te crois un homme parce que tu te fais sauter par un mec qui a le double de ton âge, je te montrerai volontiers que loin s'en faut !

Je te les donne pour notre sécurité, pour celle de nos amis, pour celle de notre monde en tant que dirigeant de la Fratrie à laquelle tu as prêté serment, fit Harry en prenant sur lui pour ne pas éclater. Et que tu sois mon parrain ou pas, le meilleur ami de mon père ou pas, ne parle jamais plus de Pierre-François comme tu viens de le faire !

—  Calme-toi, Amour ! lui murmura doucement ce dernier, il a tout simplement mal.

    —  Alors il comprendra certainement que je n'apprécie pas sa manière de parler de toi sans respect comme il le fait. Moi ce n'est pas ma fierté qui est blessée, c'est mon amour. fit-il d'une voix glaciale qui accentuait chaque parole dite.

    Il jeta à la jeune femme un sortilège d'oubliette puis un sort de confusion avant de s'éloigner rapidement, laissant Sirius en sa compagnie. Jim suivit directement Harry alors que l'ainé s'attardait pour quelques mots.

Ne lui en veux pas, il a charge d'âme et n'a pas compris que déjà tu y tenais.

—  Je suis désolé Pierre-François.

—  C'est déjà oublié. Tu as essayé de le blesser dans ses sentiments comme tu l'étais, je peux le comprendre, mais as-tu pensé que tu es son parrain et qu'il t'aime.

Il n'y a donc que lui qui compte pour toi !

—  Il y a lui avant toute chose. Il est mon compagnon.

Et Jim ? Tu l'as oublié !

—  Je l'aime infiniment, amant tendre, complice, fort, passionné, mais Harry c'est autre chose.

—  ...

Tu as le choix de continuer à la voir en sachant que tu ne pourras jamais lui faire confiance et l'introduire auprès de nous ou de tout arrêter avant de souffrir plus. fit-il en désignant la sorcière. Quoi que tu choisisses ...

—  C'est déjà choisi ! l'interrompit Sirius. Ce n'est pas facile d'être le parrain du Sauveur du monde sorcier ! Je serai là pour dîner !

—  Bien !

Pierre-François s'attendait à refaire seul le chemin jusqu'à leur plage, mais cent mètres plus loin, assis dans le sable, ils l'attendaient. Il s'en voulait un peu de l'analyse qu'il avait faite à Sirius. Jim méritait bien mieux ! Il était aussi dans toute cette tourmente son point d'ancrage dans la réalité, un port, un doux et sûr refuge où se reposer et il espérait en être tout autant pour lui. Il s'assit à leurs cotés profitant de ces instants paisibles où les amateurs de bronzage ont déserté les plages ou les familles sont rentrées pour le diner. C'était l'heure des amoureux de la mer, des promeneurs tranquilles, des amateurs de photos de coucher de soleil.



oOo



Sur la petite plage des Tamaris, un silence avait suivi le départ du trio et du couple sorcier. Draco tenait à discuter avec Mia de la conversation qu'elle avait eue avec les garçons mais ne savait comment aborder le sujet. Une main douce et ferme se posa sur son genou, rassurante, apaisante.

Mia, entama-t-il gentiment, Harry a raison quand il dit que chacun a sa manière d'aimer, de faire l'amour et qu'elle doit être respectée. Tu dois pouvoir admettre ce genre de chose sans prendre position, ce n'est pas ton problème.

—  Tu ne parles que de moi, ça veut dire que tu trouves ça normal ?

Ils sont passionnés et je peux comprendre que parfois, emportés par leurs sentiments et le désir qu'ils éprouvent, ils en arrivent à une joute amoureuse dont l'enjeu est une domination du ou des partenaires, fit Draco ravi de son explication qu'il trouvait particulièrement réussie.

    —  Et dans ce cas, ils mutent et se transforment en bêtes sauvages... ajouta sa femme ironique.

    Il resta interdit devant la conclusion faite à sa tirade tandis que Justin éclatait de rire. Sylas et Cloud essayaient de ne pas en faire autant et évitaient soigneusement de se regarder.

—  Ils se laissent peut-être envahir par des instincts plus primitifs oui, mais sans jamais dépasser certaines limites qui sont celles que l'autre ou les autres tolèrent car le but est non la violence en soit mais le plaisir. admit-il à contrecœur.

    —  On peut éprouver le besoin d'une certaine violence dans les rapports pour extérioriser et évacuer des tensions qu'elles soient provoquées par la jalousie ou le stress d'une situation difficile, intervint Justin. C'est une autre manière d'exprimer son amour et le besoin de l'autre. Des amants n'en éprouveront jamais l'envie, d'autres plus passionnés, plus "à fleur de peau" le ressentiront, comme certains éprouvent le désir de faire l'amour souvent alors que d'autres se contenteront de le faire rarement et s'en trouveront tout aussi satisfaits. Harry, Jim et Pierre-François ne sont pas conformistes et ne sont pas représentatifs de la majorité, loin de là, ils font sans nul doute partie des amants passionnés et je crois qu'ils chercheront toujours à maintenir leurs relations dans cette direction, renouvelant sans cesse leur quête de la volupté. Mais est-ce important ? Le principal n'est-il pas encore et toujours le besoin d'aimer ? L'amour, je crois que c'est ça qu'essaye depuis toujours d'enseigner Harry. Je me trompe Hermione ? demanda-t-il moqueur.

    Celle-ci regarda stupéfaite le jeune serpentard de même pas dix-sept ans qui voulait lui donner un cours d'éducation sexuelle. Elle brûlait d'envie de lui dire qu'elle n'avait nul besoin de ça et encore moins venant d'un gamin mais après tout elle n'avait que trois ans de plus que lui et elle avait à plusieurs reprises constaté que Sylas et Draco mettaient dans leurs relations physiques à deux bien moins de douceur et parfois même une certaine violence.

—  Et tu trouves ça normal je suppose ?

Oui ! Le tout est de trouver une partenaire qui aime ça et de savoir ne pas dépasser la limite qu'on s'est fixée car ça peut vite tourner à l'escalade. Apparemment nos amants terribles s'accordent très bien sur ce point.

—  Vous ne pourriez pas aborder un autre sujet que la sexualité de mon père et de ses compagnons ? intervint Cloud que la conversation commençait doucement à lasser. Le fait que vous soyez leurs amis ne vous donnent pas le droit de disséquer leur vie privée comme vous le faites. Ils ont le droit de s'aimer comme ils l'entendent.

—  Cloud a raison. fit Erwin très succinctement à son habitude.

—  On égratigne ton image parfaite du chevalier Harry, sans peur et sans reproche ? se moqua Sylas avec un sourire.

—  Ce n'est pas parce que nous sommes amis qu'on n'a pas droit à un minimum d'espace et d'intimité. Pierre-François est quelqu'un de plutôt solitaire. Si vous voulez qu'il continue à apprécier votre présence n'allez pas trop loin. conseilla-t-il. Ne vous y trompez pas son attitude de tantôt ressemblait assez à une provocation en réponse à votre curiosité.

—  Harry nous a toujours considérés comme sa famille. précisa Hermione.

—  Je ne dis pas le contraire, Hermione. Il aime profondément son compagnon. La fin de leurs vacances est bien loin de ce qu'ils en attendaient tous les trois. Entre eux, les liens n'ont pas cessé de s'intensifier et ils ont trouvé une très belle harmonie où chacun à sa place. Ils s'étaient aménagé deux périodes rien que pour eux, une au début des congés et une à la fin. Les évènements font que nous sommes là, mais ce n'est pas une raison pour nous montrer aussi envahissants. Je crois que Harry a bien défini les limites à ne pas franchir il y a quelques instants. Si il y a un choix à opérer, il est déjà fait sans l'ombre d'un doute et je l'approuve sans aucune restriction même si il est à nos dépens.

Ils regardaient tous le jeune homme avec stupéfaction, il était d'habitude si discret, presque effacé, qu'ils en oubliaient l'orateur calme et efficace des négociations de Haultepenne. Là, pour la première fois, il dévoilait ses positions et les autres comprenaient mieux sa présence. Il serait réellement le page de son chevalier.



oOo



Le soleil couchant rougeoyait déjà la mer et le ciel, quand main dans la main, sereins, ils reprirent le chemin du mas. Dès leur retour, ils sentirent que l'atmosphère était différente, presque contrainte. Ils échangèrent un coup d'œil interrogatif.

—  Aujourd'hui j'aurais bien fait un peu de bateau moi ! regretta Jim en se chargeant du sac avec la zodiac.

—  On en fera demain ma tendresse. Il nous reste une semaine de vacances.

—  J'espère qu'elle sera enfin calme et que le monde sorcier nous oubliera un peu. soupira le jeune moldu.

Ils remontèrent tous vers le mas. Comme il y avait de la place, Jimmy et Erwin avaient choisi de loger dans le second bastidon autant pour préserver leur intimité à laquelle ils tenaient que pour respecter celle des autres.

Quelques minutes plus tard, Harry, Jim et Pierre-François, après une douche rapide, attendaient pour passer à table l'arrivée de tous leurs convives. Les deux inséparables que devenaient Cloud et Justin arrivèrent en premier, ce qui arrangeait Harry qui avait quelques questions à poser au sujet de l'atmosphère lourde qu'il avait perçue à leur retour. C'est Cloud qui se chargea de résumer la conversation de Draco avec Hermione, les interventions de Justin puis celle très ferme d'Erwin. Harry n'eut aucun commentaire. Beaucoup de bruits pour peu de chose. Il était pourtant content que le jeune garçon ait montré à ces deux compagnons l'autre coté du taiseux Erwin. Peut-être seraient-ils moins jaloux dorénavant ?

Sirius rentra pour le repas la mine sombre, la jolie sorcière était certainement sortie de sa vie et ça le rendait morose. Ils passèrent une soirée tranquille en discussions agréables même si quel que soit le sujet abordé, la rentrée finissait toujours par y pointer le bout de son nez.

Ils passèrent deux jours entiers à profiter de la plage et des plaisirs que leur offrait la mer. Justin avait appris à piloter le zodiac et s'en sortait très bien et si Pierre-François ne l'avait pas laissé emmener les enfants caboter, il restait des heures avec Cloud à naviguer, avec parfois comme passagères Marine et Fanny. En fin d'après-midi, Pierre-François, Harry et Jim s'évadèrent à leur tour avec les enfants le premier jour avec le trio, Jimmy et Erwin, le second seuls.

Quand l'averse les surprit, ils s'étaient éloignés vers l'embouchure du fleuve et se hâtèrent de regagner leur plage. Leurs amis avaient déjà rassemblé les serviettes et autres matelas de plage, les jouets des enfants et les parasols. Le tout réduit d'un sortilège avait trouvé place dans le sac. C'est dégoulinants d'eau qu'ils se retrouvèrent dans le salon du mas où les attendaient Robert, Fanny et Marine avec des serviettes sèches. Pendant que ces dernières s'occupaient des enfants, ils se séchaient en riant, se moquant de Cloud qui avait glissé dans le petit chemin et était tombé, de Sirius qui s'était retourné vers eux pour se moquer du plus jeune et qui avait rencontré de très près un sapin.

La pluie semblait avoir emporté le malaise qui avait subsisté entre eux depuis leur conversation et c'est une soirée très détendue qu'ils avaient passée à discuter et plaisanter jusque tard dans la nuit.



oOo



Pourtant tôt ce matin-là, Harry n'était pas aussi joyeux. Debout devant la fenêtre il contemplait l'aube noyée sous l'averse. Ce temps correspondait trop bien à son humeur, à ses craintes. Il semblait sonner la fin des vacances et de leur insouciance. Si il avait été moins absorbé, il aurait remarqué que Pierre-François ne dormait plus et observait son visage contrarié depuis un moment.

—  Viens ici, mon amour. l'appela-t-il.

—  Tu es réveillé ?

—  Je crois bien que oui ! se moqua-t-il gentiment. Viens. acheva-t-il en lui tendant la main.

Harry se coula tout contre lui avec un soupir. Pierre-François referma ses bras et ses jambes autour de lui, l'entourant d'une étreinte rassurante. Il roula sur lui-même, le déposant, serré, entre Jim et lui. Dans son sommeil, leur compagnon referma immédiatement ses bras autour de son fiancé avec un grognement impatient qui fit sourire les deux autres.

—  Raconte. fit l'aîné doucement.

—  Nous sommes déjà vendredi et nous repartons mardi.

—  C'est exact mais nous serons ensemble, n'est-ce pas le principal ? Pour moi, c'est le cas.

—  N'en doute pas ! Mais ça signifie aussi qu'il y aura des changements, de nouvelles choses à gérer en plus des anciennes.

—  De quoi as-tu peur ?

—  J'ai pris l'habitude que toi et Jim soyez toujours à me côtés et j'aime ça infiniment. J'ai peur du vide de votre absence.

—  Tu vas me manquer aussi, mais nous ne serons séparés que quelques heures par jour. Quant à vous deux, vous serez ensemble presque tout le temps. Dès que vous aurez votre horaire à l'université, je m'arrangerai pour nous faire à tous les trois un planning qui nous permettra de nous voir le plus possible. Je ne tiens pas à ce que vous passiez plus de temps qu'il ne faut là-bas.

—  ...

—  Enlève moi cet air boudeur, mon agneau, tu sais bien que la vie est ainsi faite.

—  Je ne boude jamais ! s'indigna Harry.

—  Je sais, rit Pierre-François. On ne peut pas vivre d'amour et d'eau fraîche. De toute façon, nous nous lasserions très vite d'être toujours ensemble à ne rien faire. Je veux que notre amour dure très très longtemps. conclut-il avec un petit sourire plein de tendresse.

—  Je me demande si c'est une bonne idée d'aller à l'université... grommela Harry.

—  Tu sais très bien que oui ! Tu as de grandes choses à accomplir !

—  Toujours le monde sorcier ! Et moi dans tout cela ?

—  Sois honnête avec toi même et avec nous par la même occasion. Tu sais très bien que tu ne resterais jamais éloigné des affaires de notre univers.

—  Pierre-François ! soupira-t-il.

—  Je suis là, mon doux amour, et je ne serai jamais loin de toi. fit-il en passant sa main dans les cheveux noirs indisciplinés avant de poser légèrement ses lèvres sur les siennes.

—  Je sens que nous allons transplaner souvent vers Poudlard.

—  J'essayerai de passer vous voir aussi à midi et nous déjeunerons ensemble à l'appartement ou au restaurant universitaire.

—  Tu sais que tu n'auras pas le temps pour ce genre de chose!

—  Je le prendrai chaque fois que vous en aurez besoin.

—  Tout le monde vit très bien en étant séparé de son compagnon la journée et parfois même plusieurs jours. Et moi je suis en train de te faire des histoires pour quelques heures. Tu me trouves stupide n'est-ce-pas ?

—  Non ! fit-il amusé. Juste pas très réaliste. Je te sais affamé d'amour et de tendresse. Tu demandes beaucoup c'est vrai, mais tu donnes énormément aussi en retour.

—  ...

—  Jim lui est très tactile et a sans cesse besoin de contacts physiques surtout avec toi, alors que tu m'as dit qu'il se tenait loin de George. Les demandes varient selon les partenaires aussi.

—  ...

—  Et je ne peux qu'être ravi de ce besoin de moi que tu as. Le jour où ce ne sera plus le cas, je me poserai sérieusement des questions...

—  Mais mon amour est excessif ?

—  On dirait que tu veux absolument m'entendre dire ça. Chacun réagit avec son vécu. Même si tu es loin de moi pour une longue période, ça ne m'empêchera pas de t'aimer, de te respecter, de t'être fidèle. La distance, le temps ne changeront rien à mon amour et j'en attends autant de toi. J'aime ta fougue, ta passion, je ressens les mêmes.

Harry nicha sa tête dans le creux de son épaule. C'était au tour de Pierre-François d'être troublé par la direction qu'avait prise leur conversation. Son jeune compagnon, éternel inquiet, craignait-il qu'il se soit engagé trop précipitamment ?

—  Pourquoi remets-tu notre relation en cause ?

—  Mais je ne remets rien en question ! s'exclama Harry stupéfait. Je ne veux tout simplement pas te perdre en te demandant plus que tu ne peux donner.

—  Si c'était le cas, je te le dirais. Je n'ai qu'un seul but, votre bonheur. Et jamais rien ne passera outre ça. fit-il tendrement en attirant son avant-bras à lui et en embrassant doucement l'intérieur du poignet avant de poser sa joue dans sa main.

Harry se rendormit serré entre leurs bras. Pierre-François, pensif, caressait doucement les cheveux qu'il portaient plus longs à sa demande et qui retombaient maintenant sur son front. Il commençait à bien connaître son petit homme. Quelque chose le tracassait, c'était évident.



oOo



Lorsque Harry se réveilla de nouveau il était serré dans les bras de Jim. Une fois de plus, geste chéri, il blottit son visage dans son cou pour respirer avec volupté son odeur charnelle. Il laissa échapper sans s'en rendre compte un soupir de bien-être qui amena un sourire sur les lèvres de son fiancé, mais il ne bougea pas pour prolonger les doux instants. Un long moment plus tard, il posa ses lèvres à l'emplacement odorant avant de s'en éloigner. Jim ne l'aurait jamais avoué mais depuis lui, il mettait la touche de parfum toujours au même endroit.

Il caressa doucement les épaules puis le dos nu, avant de basculer Harry pour se trouver au dessus-de lui, il déposa ensuite une myriade de petits baisers légers sur son visage.

—  Mmmmmmmh ! Quel agréable réveil ! fit son fiancé en refermant ses mains sur le corps à la peau douce.

—  Nous pouvons paresser au lit tant que nous voulons, il fait un temps de chien !

Harry jeta un coup d'œil vers la fenêtre. Il pleuvait toujours. Il se rappela sa conversation du petit matin avec Pierre-François. Où était-il ? Jamais très loin avait-il promis. Rassuré, il attira Jim vers lui par la nuque et l'embrassa amoureusement, longuement, baiser sensuel et suave comme les aimait son fiancé en dehors de leurs ébats. Puis taquin, il embrassa le bout de son nez, alternant les bisous et les mots d'amour, petites agaceries pleines de douceur auxquelles Jim se soumettait avec bonheur.

Front contre front, sans un mot, ils profitaient du moment et de la présence de l'autre, heureux de cet aparté. Ils se mirent à évoquer l'avenir, chuchotant sans raison dans la grande chambre vide, pour le plaisir de prolonger cette chaude intimité. Du bout des doigts, il caressa les lèvres qui parlaient, cela fit rire Harry qui mordilla les espiègles perturbateurs.

—  Tu ne m'écoutes pas !

—  Mais si, répondit-il en lui volant un baiser de plus.

—  Menteur ! se moqua son fiancé.

—  Tu as dit que pour notre sécurité, tu allais demander à Lucius de raccorder la cheminée de l'appartement de Poudlard à celle d'arrivée principale de l'université. Tu vois que je t'écoute ! fit Jim.

—  Ce sera plus facile pour toi, même si je préfère qu'on soit toujours deux pour se déplacer.

—  Amour, …

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase, un fort craquement suivi d'un grand bruit, firent bondir Harry du lit, il se précipita à la fenêtre pour voir la terrasse dévastée et la grande toile de l'auvent gisant au milieu de tout ce capharnaüm. Pierre-François, baguette brandie, se relevait apparemment à moitié assommé.

—  P'ti loup ! murmura Jim appuyé contre lui afin de voir.

—  Viens. fit Harry se précipitant sur le premier jean venu avant de se ruer dans les escaliers. Il n'arrivait pas à calmer les battements désordonnés de son cœur. Il avait eu tellement peur en le voyant étendu. Il s'arrêta au niveau de la porte-fenêtre, il accrocha le regard de son amant.

—  Tu n'as rien ? lui demanda-t-il d'une voix blanche.

—  Non ça va ! Voilà ce qui arrive avec les vieilles maisons. J'aurais du faire renouveler l'armature depuis un moment.

—  L'auvent aurait du être refermé hier soir et il n'y aurait pas eu de problème ! fit Harry d'un ton cassant.

—  C'est exact mais j'ai oublié et quand je m'en suis aperçu la bâche avait commencé à se remplir, expliqua le majordome. Je n'ai jamais pensé que la pluie tomberait toute la nuit et l'alourdirait à ce point.

Après un regard sévère au fautif, Harry, d'un geste de sa baguette, réduisit la toile et les armatures, répara les fauteuils de la terrasse. Pierre-François était déjà au téléphone demandant à une firme moldue de venir faire un devis. Trop content d'avoir une commande pareille en fin de saison l'artisan était là en début d'après-midi. Ils choisirent dans le catalogue un nouvel auvent qui serait placé en leur absence. Robert, Didier et les deux filles restaient sur place encore quelques jours après leur départ pour nettoyer à fond le mas et les bastidons, puis fermer la propriété qui ne serait accessible qu'à son gardien qui servait aussi de jardinier.



oOo



Le vendredi et le week-end ils profitèrent une fois de plus des choses qu'ils avaient le plus aimées pendant ce séjour. Le samedi vit Harry, Jim et Pierre-François au marché de la Tamarisière. Les trois hommes étaient considérés comme de bons clients et ils passèrent plus de temps à discuter avec les commerçants qu'ils ne reverraient que dans dix mois qu'à faire leurs achats. Le coffre de la voiture se remplit bien vite de fruits, de lavande, d'épices qui viendraient leur rappeler à Poudlard la douceur de vivre du midi de la France. Ils savourèrent un dernier mauvais vin blanc assis à la terrasse du café en bordure de la petite place.

Le dimanche après une journée à la plage, ils passèrent une soirée autour de la plancha. Les deux adolescents avaient organisés, pour les quatre plus jeunes, une partie de cache-cache dans les jardins. Ils les entendaient crier et rire même Sylvain. Si il avait des moments de d'abattement et de chagrin, l'insouciance de l'enfance reprenait très vite ses droits lors des jeux en commun.

Hermione assise sur les genoux de Sylas encourageait Draco qui jouait au ping-pong avec Sirius. Les trois hommes de la maison avec force rires et plaisanteries grillaient crustacés, poissons et légumes. Jim appuyé contre le dos de Harry, ses mains autour de la taille prétendait emmener celui-ci loin de la plaque qui disait-il lui donnait un teint de homard cuit. Cramponné à sa spatule, le dit homard retournait sans férir les crustacés vermillons. Jim décidant d'employer les grands moyens, le souleva et l'emporta, le posant quelques mètres plus loin. Aussitôt Harry, avec un rire moqueur voulut se précipiter à nouveau devant la plaque de cuisson, poursuivi par un Jim vociférant qu'il ne sortirait pas avec lui le lendemain si il avait le teint d'un iroquois. Courant tout autour de la table, il s'épuisaient pour rien. Pierre-François se détourna de sa tâche, empoigna son aide grilladin au passage et, le soulevant à son tour, voulut le déposer à ses côtés. Harry se laissa glisser tout contre lui sans le quitter des yeux, front contre front ils restaient là dans leur bulle de tendresse, isolés de tous sauf d'un, car d'un même geste, ils tendirent la main vers Jim qui les rejoignit.

Harry se rappela que c'était lors d'une soirée toute pareille autour de cet instrument rougeoyant qu'il avait renoncé il y a plus de deux mois à un couple uni et fusionnel pour créer un trio problématique et ça par amour pour Pierre-François. La perspective, ce soir là, était bien plus grave encore, la bataille de Stonehenge était imminente et il avait peur de s'y perdre ou d'y perdre ses amours mais ils étaient là, dans ses bras. Ou lui était dans les leurs, peu importe.

Loin de ses craintes de ce moment là, leur attachement n'avait cessé de se renforcer, de se magnifier... Que venaient donc faire ces pensées dans un moment pareil ? Il sentit des larmes monter sans en savoir la raison. Emotion ? Trop plein d'amour ? Regrets de ces moments insouciants dont il avait apprécié chaque minute ? Ce n'était qu'une étape, un instant dans leur vie. Posant sa tête sur l'épaule de Jim, il cacha son visage des yeux perspicaces de ses compagnons.



—  Pas de l'amour, disais-tu Mia ? interrogea Draco qui les regardait un léger sourire aux lèvres.

—  Oh si, ils s'aiment, confirma Erwin. Que Merlin protège un amour pareil ! acheva-t-il gravement.

—  Vous êtes beaucoup plus présents qu'avant, tu peux me dire pourquoi ? demanda Hermione à son frère.

—  Il se trame bien des choses dans l'ombre ! fit Jimmy; Vous avez changé le sens de la vie en prenant l'initiative de concevoir les jumeaux trop tôt et de faire revenir deux sorciers des limbes. Ce n'est pas sans conséquence. Des siècles après la première, une seconde prophétie a été faite après la bataille de Stonehenge dont vous ne saurez pas la teneur maintenant car là encore vous pourriez modifier l'avenir sans le vouloir.

—  Elle nous met en danger de nouveau ?

—  Vous ferez votre choix, être à leurs côtés ou pas ! Nous avons fait le nôtre ! répondit Erwin.

—  Je serai là quoi qu'il m'en coûte ! fit Draco catégorique.

—  Où tu vas, je vais. fit doucement Sylas.

—  Alors armez-vous de courage et de patience. La route sera longue vers la lumière. conclut Jimmy.



oOo



Le lundi matin, ils trièrent les documents dans le bureau, en laissèrent une partie au coffre et mirent les autres de côté pour les emmener. Fort de son expérience chez Hermione, Harry retira de l'ordinateur le disque dur qui alla rejoindre les bagages. Pierre-François l'avait regardé faire un peu étonné de tant de précautions mais n'avait pas fait de commentaire.

Ils descendirent au bord de la mer tôt et y prirent leur déjeuner. Assis de part et d'autre de Pierre-François, Harry et Jim avaient posé la tête sur son épaule et fixaient le large. Quand ils s'éloignèrent, laissant la garde des enfants aux plus âgés, nul ne fit de remarque. Main dans la main, ils marchaient le long des vagues qui venaient mourir sur leurs pieds. Les plages étaient pratiquement désertes, les touristes étaient déjà dans les embouteillages des autoroutes. Les autres les auraient certainement trouvés ridicules si ils avaient dit qu'ils disaient au revoir aux endroits qui avaient accueilli leur amour.



oOO



L'après-midi, ils transplanèrent avec les enfants au Chemin de Traverse et firent avec eux les emplettes pour la rentrée scolaire. Harry offrit une jolie chouette blanche et brune à Aymeric alors que Sylvain préférait un chaton persan au pelage gris clair et aux longs poils qu'il appela Mistigri. Entre robe sorcières et livres de cours, chaudron, poils et plumes, ils furent bientôt submergés de colis qu'ils durent réduire pour les transporter plus facilement. Ils entrèrent chez le marchand de baguettes. Dès que celui-ci les vit entrer, il se précipita pour aller chercher le vieil Ollivander qui voulait les voir.

—  Bonjour Monsieur Potter, je vous attendais ! Je savais que vous viendriez chercher une baguette pour ce jeune homme. fit-il en désignant Sylvain. L'annonce de son existence a fait grand bruit ainsi que le fait que vous en soyez le tuteur au détriment de ses oncles.

—  L'annonce a fait grand bruit ? mais...

—  La famille Balbi est puissante et crainte, le monde sorcier jase. A dix neuf ans, vous êtes déjà le tuteur du jeune Aymeric de Montsalve, vous voici celui de l'héritier Balbi, certains chuchotent que vous mettez les plus grandes familles sorcières sous votre coupe. Avec Monsieur Vassier qui est directeur de Poudlard, les plus médisants disent que vous allez endoctriner les enfants sorciers et asseoir une domination pire que Voldemort.

—  Vous me mettez en garde Monsieur Ollivander ?

—  Oui, Monsieur Potter. Je vous connais, je vous dois la vie. Je sais que vos intentions sont pures et beaucoup sont de mon avis, mais faites attention, la rumeur est en marche. Voyons jeune Balbi, montre moi ta main. As-tu déjà une baguette ?

—  Oui.

—  Voyons la ! Votre seconde baguette Monsieur Potter ! remplacée, je suppose, par celle de Salazar Serpentard ! Bien, nous allons essayer de vous en trouver une plus personnelle !

Longtemps, il en chercha une qui choisirait Sylvain, mais aucune ne semblait lui convenir. Il s'apprêtait à déclarer forfait quand son successeur en avança une vers l'adolescent, très spéciale, courte, presque blanche, très ouvragée sur toute sa longueur, la poignée incrustée d'un saphir bleu très foncé et d'entrelacs d'or, un véritable joyau. Sylvain la prit presque craintivement mais dès qu'il l'eut en main, elle dégagea une douce lumière blanche et au premier sort qu'il tenta comme il l'avait fait avec toutes les autres, elle lui obéit immédiatement.

—  Voilà qui résout le problème, fit le baguettier. Il est dit Monsieur Potter que chaque fois ce sont les plus surprenantes que je vous vendrai. Après la sœur de celle de Voldemort, vous voici avec la sœur de celle de Rowena Serdaigle : vingt-cinq centimètres, bois de citronnier, crin de licorne, une baguette toute en finesse pour faire de la magie puissante et précise. Le saphir est la pierre de la paix et de la prudence. Un avenir plus que prometteur, Jeune Balbi !

—  …

—  Trois de ce type ont été faites, la troisième a disparu il y a bien longtemps, elle porte en lieu et place du saphir un superbe rubis. Elle appartenait à une sorcière française nommée Camelia de Saint-Maur. Nul ne sait ce qu'elle est devenue à sa mort survenue dans des circonstances pour le moins bizarres.

Harry échangea un regard stupéfait avec Pierre-François et Jim. Il discuta ensuite des diverses nouvelles du monde sorcier avec le vieux boutiquier. Celui-ci était au courant de bien des choses, moins occupé, il parlait beaucoup avec ses anciens clients et surtout il écoutait. Hormis le problème de cette rumeur au sujet de Sylvain et du Survivant, le monde sorcier était calme, très calme tout au moins en apparence. car il se chuchotait qu'une lutte se déroulait dans l'ombre entre deux factions prônant la suprématie des Sang-Pur et que le monde moldu en faisait les frais.

Il en vint à parler des commandes spéciales qu'il avait honorées au cours des années.

—  L'une des plus étranges est toute récente et provient de votre frère Monsieur Vassier. J'ai dû la décliner d'ailleurs. Il m'a demandé de faire une réplique de la Baguette de Sureau. Copier une Relique de la Mort n'est pas un acte anodin et pourrait même être répréhensible si la contrefaçon devait servir à remplacer la vraie, ça deviendrait alors un faux. Au point de vue pratique, il est utopique de croire qu'on peut ainsi s'approprier le travail de la Mort. (1) On peut éventuellement en imiter l'apparence extérieure mais ce ne serait jamais qu'une enveloppe sans pouvoir aucun, moins que la plus ordinaire des baguettes. Certains disent que les trois Reliques de la Mort sont la possession d'un seul homme, la vôtre, Monsieur Potter, vous donnant l'invulnérabilité mais peu y croient. continua l'artisan de sa voix fluette. Si c'était le cas, cela pourrait cependant en pousser certains à essayer de s'en emparer. Mais nous savons tous que le Sauveur du monde sorcier n'est pas assez fou pour conserver un tel pouvoir destructeur. Et si ça avait été le cas le combat qu'on appelle déjà la bataille de Stonehenge n'aurait pas eu lieu.

—  Bien étrange bataille que celle-là !

—  Etrange en effet, Monsieur Potter ! Très étrange ! Elle vous a ramené votre parrain des limbes mais est-ce la seule chose qui, ce soir là, est revenue du royaume des morts ? Etrange affaire ! vraiment étrange ! fit le vieil homme à mi-voix.

—  Encore une rumeur ?

—  Plus que ça, bien plus ! Mais il est l'heure du thé, Monsieur Potter, et c'est un appel qu'à mon âge on tient à honorer. Au nom de la Lumière, nous nous reverrons très bientôt, très bientôt. finit-il avant de disparaitre dans son arrière boutique.

Ils sortirent du magasin et retrouvèrent l'air libre avec soulagement. Harry, le visage impassible, tira ses compagnons vers la boutique d'accessoires de quidditch. Il y fit l'acquisition de balais de très bonne qualité pour Sylvain et Aymeric dont le sien laissait à désirer avant de se diriger vers la ruelle derrière la banque Gringotts pour transplaner.



oOo



Assis sur une chaise longue, devant la mer, Harry récapitulait les diverses mises en garde d'Ollivander. Pierre-François s'assit à ses côtés, prit sa main et la serra doucement.

—  Que manigance ton frère, mon ange ? murmura-t-il en caressant du pouce la main enlacée à la sienne.

—  ...

—  ...

—  Je vois deux possibilités. fit l'aîné revenu de la surprise créée par le tendre surnom qu'il entendait pour la première fois. Il sait où tu as mis la Baguette de Sureau et il veut la remplacer par une copie ou il ne le sait pas et a fait cette demande à Ollivander en sachant parfaitement qu'il refuserait et que tu ne tarderais pas à être mis au courant.

—  Afin que j'aille chercher la baguette et la change de place. termina Harry.

—  Il y a peut-être une autre possibilité, fit Jim en s'asseyant par terre et en posant sa tête sur les genoux de son fiancé.

Harry caressa les boucles blondes nettement plus longues qu'à leur arrivée avec un plaisir sensuel non dissimulé.

—  Je t'écoute, mon cœur !

—  Dans les circonstances présentes, j'ai un peu difficile de rassembler mes idées. fit-il avec un petit sourire moqueur ce qui fit rire Pierre-François.

—  ...

—  Si François-Marie voulait seulement faire croire qu'il a une des reliques pour faire taire cette rumeur selon laquelle tu es invincible ? Il doit être difficile de trouver des partisans pour lutter contre quelqu'un qui ne peut être vaincu.

—  Crois tu qu'il puisse être naïf au point de supposer qu'Ollivander allait copier une des Reliques de la Mort ?

—  Si il n'a plus personne pour le guider dans ses décisions, sa folie peut en effet le pousser à croire qu'il ne peut subir d'échec, acquiesça Pierre-François, mais peut aussi lui faire supposer que son charisme suffit à lui apporter des dévouements.

—  Il serait peut-être temps, amour, que tu concrétises ton projet de traduire les carnets d'Ambre. Il y a longtemps que je ne crois plus au hasard. Si le nom des Saint-Maur est revenu au jour une fois de plus aujourd'hui il doit y avoir une bonne raison, d'autant plus quand il surgit au sujet de Sylvain dont la famille sert celle du comte depuis des générations. Je voudrais en savoir plus sur Camelia et sa mort qualifiée de bizarre.

—  Pourquoi ?

—  Je ne sais pas, je sens que c'est important.

—  Je ne suis pas sûr que ce soit le bon moment. Avec la rentrée à Poudlard puis à l'université... soupira Jim.

—  Nous l'avons déjà remis une fois. Si nous avions lu les carnets en entier peut-être aurions nous évité certaines erreurs.

    — Nous nous sommes arrêtés treize ans après le pacte d'alliance qu'Ambre avait conclu, je ne crois pas qu'il y avait autre chose à découvrir sur les jumeaux.

—  J'aimerais les voir, fit leur loup qui n'était pas intervenu depuis qu'ils avaient abordé le sujet. Si tu as cette intuition, elle mérite d'être suivie.

—  Ils sont à l'hôtel Saint-Maur.

—  Il faut en parler à Sylas, il nous suffira de les prendre en allant au club ce soir. Même si nous n'avons pas le temps de les lire maintenant, ma tendresse, ils seront à notre portée quand nous aurons un moment à leur consacrer. Et maintenant mes amours, il faut oublier tout ça pour nous focaliser sur l'anniversaire de Justin et passer la meilleure des soirées.

—  Que lui as-tu préparé que tu 'as pas voulu nous dire ?

—  Ce n'est pas le genre de chose que tu apprécieras, j'ai même beaucoup hésité car je sais que ce n'est pas ton goût. Je suis sûr par contre que Justin va bien aimer ! fit-il en regardant Harry, mais ce n'est que le spectacle qui précédera la soirée en elle-même.

—  Ne me dis que tu as prévu une spectacle de strip-tease ?

—  ...

—  En effet, la vulgarité ce n'est pas mon genre et je ne savais pas que c'était le tien ! commenta-t-il brièvement avant de vouloir se lever.

—  Harry ! fit Pierre-François en le retenant par le poignet.

—  Je vais prendre une douche et me changer ! répondit-il d'un ton sec en se libérant de son étreinte.

—  Justin et Cloud sont de jeunes adultes, ce n'est pas comme si c'était des gosses ! fit-il à Jim lorsqu'ils furent seuls.

—  Harry n'a même pas pensé à eux, p'ti loup ! Ils peuvent baver tant qu'ils veulent devant un corps de femme, il s'en moque !

—  ...

—  C'est à nous qu'il a pensé ! railla Jim.

—  A nous ? Voir une femme se déshabiller ne me fait ni chaud ni froid !

—  ...

—  Oh ! oh ! mais toi si ! Donc j'ai provoqué la jalousie de mon agneau. Tu accepterais de porter un bandeau pendant le spectacle, ma tendresse ? railla Pierre-François.

—  Viens ! on va aller le rassurer.

—  On n'a plus vraiment le temps !

—  On va le prendre, p'ti loup ! On va le prendre !



oOo



A leur retour, les deux adolescents avaient retrouvé Cloud et Justin devant la télévision. Sur un signe des plus jeunes, ceux-ci les avaient suivis. Installé sur le lit de son cousin avec les trois autres, Aymeric racontait leur visite au magasin de baguettes et les paroles du vieil homme.

—  Donc il a mis en garde ton père contre l'opinion des autres sorciers.

—  Oui.

—  Montre ta baguette, Sylvain ! demanda Cloud.

—  Très belle commenta Justin. Un peu féminine mais infiniment élégante.

—  Je la trouve superbe, fit le jeune garçon en passant un doigt timide sur les volutes d'or.

—  Tu as raison, Sylvain. Elle est exceptionnelle, lui fit Aymeric avec un sourire.

—  Mais elle était bien trop chère pour moi ! dit le plus jeune embarrassé.

—  Tu es l'héritier d'une grande famille sorcière.

—  J'ai entendu Harry dire que pour le moment il ne voulait pas exiger l'héritage de mon père et que si je l'avais, il ne voulait pas y toucher.

—  Il a raison mais tu ne manqueras de rien.

—  Apparemment, le retour de Grindelwald n'est plus un secret pour le monde sorcier.

—  Peut-être ! peut-être pas ! La rumeur court que quelque chose est sorti du royaume des morts mais savoir quoi ou qui, c'est une autre affaire !

—  Nous savons aussi qu'il y a une nouvelle prophétie qui les met en scène alors que eux l'ignorent.

—  Nous devrions le leur dire ! fit Cloud plutôt que de les laisser chercher dans la mauvaise direction.

—  Si Erwin ne le dit pas à Harry, on s'en chargera. rétorqua Justin.

—  Pourquoi lui ?

—  Parce que Jimmy accomplit son devoir de langue-de-plomb avant tout, tandis qu'Erwin aime Harry autant que Draco ou Sylas.

—  Si j'étais toi je passerais ce fait sous silence, railla Cloud.

Justin éclata de rire et fit un clin d'œil complice à son ami.



oOo



Le gâteau orné de ses dix-sept bougies fut l'apothéose du diner d'anniversaire de Justin. Une suite de mets délicieux, des vins fins comme les aimaient cette assemblée joyeuse s'étaient succédés et même si l'apéritif avait duré plus longtemps que prévu, car les trois hommes de la maison étaient en retard, ils seraient à l'heure pour la suite de la soirée.

Le dessert une fois savouré, les liqueurs appréciées, ils couchèrent les enfants avant de transplaner dans la petite ruelle à côté du club. Si Harry retrouvait avec plaisir l'endroit où tout avait commencé entre eux et Pierre-François, il ne put s'empêcher de faire une grimace à l'idée du spectacle qui les attendait. La main que Jim posa sur sa taille était possessive et rassurante, il lança un coup d'œil vers lui et se trouva face à un sourire tendre et un peu moqueur.

—  Je dois te répéter combien de fois que je t'aime ?

—  ...

—  Ne peux-tu me faire confiance ?

—  Je te fais confiance.

—  Alors pourquoi serres-tu ma main comme si j'allais te fausser compagnie à la moindre occasion ?

Ils descendirent dans la partie privée et Pierre-François les dirigea vers le même coin qu'ils occupaient lors de l'anniversaire de Draco. Ne tardèrent pas à arriver les autres membres de la fratrie qui en habitués de l'endroit amenaient les amis proches de Justin à Poudlard. Lorsque tous les invités furent arrivés, Kevin se dirigea vers leur table. Harry pensa que cette soirée serait très très longue. Malgré qu'il était assis tout contre lui, il ne put se retenir de poser une main possessive sur la cuisse de Pierre-François ce qui fit sourire doucement ce dernier qui noua ses doigts aux siens.



—  On peut débuter, Pierre-François ?

—  Tu peux y aller ! Tu vois ce jeune homme aux longs cheveux châtain clair, habillé tout en blanc ? C'est lui le roi de la soirée donc c'est à lui que les filles doivent se consacrer.

—  Bien ! Et après ?

—  Nous remonterons pour nous mêler à la clientèle. Ce n'est pas ici qu'ils trouveront un flirt pour la soirée.

—  André est là avec sa nouvelle conquête.

—  Alors ça c'est la cerise sur le gâteau ! lâcha Harry avec une grimace. Il manquait au tableau.

—  Arrête mon doux amour ! Nous ne sommes pas obligés de le côtoyer !

Kevin immobile regardait avec un sourire en coin son ancien amant discuter avec son petit ami. Si tout se passait bien, en fin de soirée, ils repartiraient chacun de leur côté.

Quand Kevin apparut deux minutes plus tard au milieu de la lumière concentrée au centre de la piste, il affichait résolument le programme qu'il allait présenter. Le corsaire moulant déchiré à plusieurs endroits, le haut qui ressemblait plus à un filet de pêche qu'à un tee-shirt révélaient plus qu'ils ne cachaient un corps androgyne, ferme et bien proportionné. Les gestes sensuels, une voix à laquelle il donnait des accents langoureux en faisaient un tentateur redoutable. Peu suivirent ce qu'il disait, tout à leur contemplation, et lorsque la pénombre envahit la piste, ils le cherchèrent pour prolonger l'instant.

Le projecteur de lumière prit dans son faisceau la première des danseuses. Un striptease sur "Lili Marlène" n'avait rien de bien nouveau mais la jeune fille était très belle et avait, ce qui ne gâchait rien, un réel talent de danseuse. Serré entre ses deux amours, la main de Jim autour de sa taille, celle de Pierre-François tenue dans la sienne, Harry pensait que ce n'était pas si terrible que ça et qu'il avait vraiment fait beaucoup d'histoires pour rien.

L'atmosphère s'échauffa légèrement quand la seconde danseuse suivie par le projecteur loin de rester au milieu du disque de lumière tamisée s'approcha des clients, prenant des poses langoureuses. La troisième ne fut pas reste et comme la précédente accorda ses attentions surtout à un Justin que le projecteur montra souriant quand elle s'assit sur ses genoux vêtue en tout et pour tout d'un string, promenant les mains du garçon tenues dans la sienne sur ses seins, sur son ventre. Charlie eut droit à la même provocation. Quand elle voulut en faire de même avec Jim, il sentit le corps de Harry se raidir contre lui. De sa main libre, il repoussa doucement la femme avant même qu'elle s'assoit, elle n'eut d'autre choix que de passer à son voisin qui était Neville que l'on vit devenir aussi rouge qu'un... Le numéro suivant était exécuté par deux garçons et une fille, numéro très érotique où l'acte d'amour était mimé avec beaucoup de sensualité sur le boléro de Ravel. Il était plus difficile d'échapper aux attentions de trois personnes que d'une mais manifestement ni Justin, ni Cloud ne se plaignaient des provocations des danseurs. Les cris enthousiastes des plus jeunes et les applaudissements des spectateurs et spectatrices disaient assez combien leur savoir-faire les mettaient en émoi et combien l'atmosphère montait crescendo comme la musique du maestro.

Ensuite un des garçons s'installa de face sur les genoux de Harry le décoiffant un peu plus en passant une main dans ses cheveux dans un geste qu'il voulait sensuel, tandis que la jeune femme appuyée sur Jim, son visage à quelques centimètres du sien, prenait une pause suggestive pour offrir à la salle un postérieur rond et parfait. Harry sentit son corps réagir au contact de cet impudique dénudé qui se frottait à lui. Pourtant à aucun moment, il ne perdit de vue la présence de ses amours à ses côtés. Lorsque le stripteaseur passa sur les genoux de Pierre-François et posa ses mains sur sa poitrine pour s'arquer en arrière avant de se retourner pour offrir aux spectateurs son corps tendu sa tête posée pratiquement sur l'épaule de son amant, Harry ne changea pas de visage. Le second pendant ce temps aguichait Sirius qui était le voisin de Jim.

Pierre-François commençait à trouver que les danseurs en faisaient beaucoup, surtout à leur égard. Il jeta un coup d'œil à ses agneaux, Jim les seins de la jeune fille offerts juste devant les yeux détournait ceux-ci vers la salle et mordait ses lèvres, Harry semblait imperturbable. Devant le manque de réceptivité de leurs victimes, ils passèrent aux clients et clientes suivants avant de disparaître quelques minutes plus tard sous les applaudissements. Kevin vint faire l'annonce que la soirée dansante les attendait au rez-de-chaussée avant de se diriger vers leur table.

—  Ils sont bons, hein ? Tu avais dit d'engager les meilleurs. fit-il à Pierre-François qui se levait pour escorter leurs invités.

Oui, ils étaient bien, même si je n'avais pas demandé d'homme, par contre ils ont semblé plus préoccupés de notre table que d'une autre.

—  Tu es le patron ! sourit le DJ.

—  Ça dépend surtout des instructions qui leur ont été données ! jugea Harry sans le quitter des yeux.

Il reçut en retour un regard provocateur qui le fit rire.

—  Tu perds ton temps, ce n'est pas ce genre de choses qui pourrait nous séparer ! Je suis peut-être possessif et jaloux mais pas idiot ! Et surtout je l'aime ! finit-il en se redressant et en s'abandonnant contre Pierre-François.

La joie qu'il vit dans les yeux de son amant récompensa Harry de cet aveu public. Il attira Jim contre lui d'un geste possessif.

—  Calme-toi, je suis là ! Tu as très bien affronté ta première soirée de strip-tease, mon amour.

—  Mon corps peut s'émouvoir à mon insu mais pas mon esprit, il ne voit que vous deux !

—  C'est ce qu'on a essayé de t'expliquer depuis le début mais sans le vivre c'est difficile. Prêt pour l'étape suivante ? demanda Jim avec un petit sourire.

—  ...

—  Moi, c'est maintenant que commence mon paradis et mon calvaire, murmura-t-il. J'adore te voir danser, malheureusement, je ne suis pas le seul.

—  Tu es aussi tentant, ma tendresse, intervint Pierre-François. Pour moi c'est à chaque fois un vrai plaisir de vous contempler, même si je préfère que ce soit du plus près possible.

André et un homme blond aux yeux foncés furent les premiers qu'ils virent au bar. Ils les saluèrent sans s'attarder avant de se diriger vers leur table. Pierre-François avait du promettre qu'il ne les laisserait pas cette fois pour aller vérifier ses comptes. Ses deux agneaux contre lui, leurs mains unies sur sa cuisse il était bien.

Il notait d'un œil exercé le nombre de clients, ce qui n'allait pas dans le service, le manque d'entrain d'un serveur ou les verres trop remplis... A mi-voix, il expliquait à ses agneaux ses diverses observations leur expliquant la marche du club, le rôle de chacun, les qualités nécessaires pour chaque emploi. A ses cotés les deux plus jeunes l'écoutaient avec beaucoup de sérieux. Il voyait le regard de Harry analyser les différents éléments qu'il lui donnait, Jim observait aussi, il lui désigna d'un geste discret un homme agacé qui essayait d'attirer l'attention du garçon qui était passé à plusieurs reprises à côté de sa table sans le voir. Aussitôt Pierre-François se leva pour aller sermonner le distrait.

Quand il revint il vit l'attente dans les yeux de Harry, il les tira pour les faire lever puis les emmena vers la piste. De Lauzun le magnifique, le sourire aux lèvres, ne quittant pas du regard ses amants, dansait avec eux. Ses clients habituels présents ce soir là, son personnel qui avaient les yeux rivés sur lui, ses élèves qui le regardaient médusés, plus rien ne comptait que ces deux jeunes gens qu'il aimait au point d'en oublier tout le reste. Quand vint une série de slows il les attira à lui, les embrassant longuement avant de les ramener vers leur table.

Ils regardaient avec indulgence Justin fêter sa libération. Dix-sept ans c'était la majorité et avec elle non pas la sécurité mais au moins la possibilité de ne plus vivre caché de son beau-père et de sa mère. Sous sa véritable apparence, une jeune fille serrée contre lui, il affichait sa volonté de profiter de la vie. Hermione, les yeux brillants de plaisir, appréciait entre ses deux serpentards ce moment privilégié d'insouciance. Entourés de leurs amis, une fois de plus, ils étaient bien. Pierre-François le solitaire devait reconnaître que leur fidélité à l'Elu était pour lui la plus belle des qualités. Ministres, combattants ou étudiants, moldus ou sorciers, tous séduits par le charisme de son homme.

Aux premières mesures de rythmes latino, Pierre-François le tira vers la piste. Sylas surgit à leurs côtés entrainant Jim. Les deux couples ainsi formés attirèrent bientôt l'attention. Le sorcier blond dansait par plaisir guidant pour la première fois Harry seul dans des figures plus compliquées. L'accord instinctif de leurs corps était juste une évidence et quand sans rompre cette harmonie Harry prit l'initiative de coller son corps contre celui de son compagnon, celui-ci ne changea rien. Soudés ils semblaient ne faire qu'un dans la danse.

Sylas guidait Jim avec maestria, la grâce nonchalante du jeune moldu faisait le reste. Quand Draco réclama sa place auprès de son mari, Jim vint tout naturellement vers ses compagnons. Pierre-François se retourna pour le guider, le serrant contre lui amoureusement. Harry passa ses mains autour de sa taille et s'appuya sur le dos de son loup, le visage dans son cou, continuant à suivre les mouvements de son corps. Ils passèrent, une fois de plus, de deux à trois simplement.

La nuit s'écoula plaisante, agréable. Il y eut bien ce moment où André s'invita à leur table avec son petit ami mais même ça ne réussit pas à gâcher une soirée qui n'avait pourtant pas tellement bien commencé.



oOo

 

Au petit matin, Kevin assis au bar, discutait en regardant vers leur table.

—  Laisse tomber il est heureux avec eux ! lui disait Sven.

—  Tu crois que ça va durer combien de temps ? Ils sont tout jeunes et ne savent rien de cette vie !

—  Tu te fais du mal ! Pourtant si j'en suis le premier surpris car tout les oppose, tu vois bien qu'ils l'aiment.

—  ...

—  Je suis là depuis l'ouverture du club. C'était, il y a quatre ans, un homme amer et désespéré. Si le succès de la discothèque lui a apporté une satisfaction, je ne l'avais jamais vu ni amoureux, ni heureux même lorsqu'il était avec lui, fit le barman en désignant André du menton.

—  ...

—  Des disputes mémorables, j'en ai entendu ici. Au bout de quelques mois c'était tous les jours qu'il lui faisait des scènes de jalousie. Puis pendant une longue période, il n'a plus mis les pieds ici, il était même repris dans les indésirables. Ensuite ils ont été amis, bien que je crois que le peintre en est toujours fou, cette période semble aussi révolue.

—  Tu sais qu'il va vivre en Angleterre avec eux ? Le club devra se passer de son patron.

—  Je ne crois pas. Regarde-le, il est en train de leur expliquer comment tout fonctionne. Il vient de créer une société où ils sont repris au même titre que lui comme propriétaires du club. Le gérant a reçu les papiers la semaine dernière.

—  Ils l'aiment hein ? Ils préparent leur retraite au soleil surtout !

—  Ne soit pas mauvaise langue, Kevin, fit le chef barman, ils sont plus riches que lui. Le blond est le fils d'un lord et d'un ministre, le jeune brun a hérité d'une des plus grosses fortunes de Grande-Bretagne. Tu sais très bien qu'il n'y a jamais eu de sentiments de sa part dans ce qui vous unissait. Vous avez baisé quelques fois ensemble au gré de soirées un peu trop arrosées, un peu trop solitaires, c'est tout ! Il ne t'a jamais considéré comme son petit ami. Arrête tes petites manigances, fais toi une raison, autrement tu vas perdre un job qui te rapporte bien pour quelques soirées par mois de travail.

—  Si ils deviennent patrons, tu crois que lui va me garder longtemps ? fit-il en désignant Harry qui remorquait Jim vers la piste, suivi de Pierre-François avec Sylas pour un rock endiablé qu'ils avaient demandé au DJ.

—  C'est vrai qu'il semble jaloux, mais il a la tête sur les épaules. Tant que tu feras ton boulot... Evite seulement les plans foireux comme celui de ce soir...



oOo



—  Par Merlin, je n'en peux plus ! s'exclama Pierre-François en se laissant tomber dans le fauteuil de leur chambre avec un soupir de soulagement.

—  Fatigué ? très fatigué ? insista Harry en s'installant sur ses cuisses face à lui, un genou de chaque côté.

Pierre-François referma avec un sourire tendre ses bras sur le corps offert.

—  Jamais trop pour t'aimer. fit-il en passant une langue indiscrète sur la lèvre inférieure de son vis-à-vis avant d'investir sa bouche. Toute la nuit, j'ai pensé à ce moment, toute la nuit j'ai eu envie de ce corps que les autres déshabillaient des yeux alors qu'il est à moi, toute la nuit j'ai rêvé d'être tien enfin.

Harry recula pour mieux voir son visage, doucement il souleva son menton pour plonger dans les yeux clairs avant de violenter sa bouche dans un baiser passionné.

—  Viens. Jim nous attend sous la douche.



Jim et ses baisers suaves, Jim et ses caresses voluptueuses... Il ne pouvait s'empêcher de gémir de plaisir sous les mains expertes mais pourtant elles n'arrivaient pas à lui faire oublier d'autres doigts qui en douceur massait une fine barrière bien souvent forcée violemment sans son consentement. Il ne fallait pas qu'il y pense... C'était un temps révolu, une époque qui ne reviendrait plus.

C'était lui, c'était son doux amour, son petit homme, celui qu'il aimait plus que tout et nul autre. Il ne fallait pas qu'il pense à eux et le rejette cette fois, il y avait tant de temps qu'il voulait être sien complètement.

—  Ne te crispe pas Amour, tu vas avoir mal. lui mumura-t-il au creux du cou, y déposant mille légers baisers. Tu peux m'arrêter quand tu veux ! Maintenant même si tu le désires! J'attendrai encore, ce n'est pas un problème.

Mais il ne le désirait pas. Il ne répondit pas trop absorbé par les sensations qu'il appelait, qu'il en était arrivé cette soirée à désirer plus que tout, il se cambra et pressa doucement ses fesses contre son envie érigée, demandant une autre volupté que celle que lui dispensaient maintenant les doigts qui massaient en légers attouchements cette petite glande que l'on disait apporter tant de plaisir mais que tout à son appréhension il ne ressentait pas. Un soupir rauque lui répondit. Il sentit Harry se positionner contre le fin anneau élastique distendu par l'envie, par les caresses puis ressentit son intrusion lente, douce, il y mettait tant d'amour, il faisait taire son caractère passionné pour son plaisir à lui. Et par Merlin, comme c'était bon de le sentir l'envahir, le posséder. Jamais il n'avait imaginé cette jouissance à ce moment bien plus spirituelle que physique qui le faisait enfin complet.

Il eut un gémissement rauque de plaisir, caressant doucement les cheveux de Jim qui interrompit les va-et-vient de sa bouche sur son membre érigé, remontant le long de son corps, jusqu'à arriver à sa bouche. Il goûta dans la sienne les premières perles de plaisir qu'il avait laissé échapper. Ses mains erraient lascivement sur la peau de soie de son agneau avec un plaisir indescriptible. Quand Harry se retira légèrement, il trembla d'impatience de le sentir revenir, de sentir la volupté qu'avait annoncée les doigts indiscrets.

—  Viens. pressa-t-il. Viens.

—  Je suis là mon ange.

Il soupira sous les attouchements de la langue de Jim qui avait repris ses caresses sur sa hampe avant de geindre sous les lents aller-et-retour en lui. Fébrile, prenant l'initiative, il alla au devant de lui ce qui fit frémir Harry qui amplifia immédiatement le mouvement. Jim vint prendre sa bouche pour un baiser plein de fougue, de passion faisant monter son envie de connaître plus que cette trop douce intrusion. Ils soudèrent leurs deux corps, virilité tendue contre virilité tendue. La tête rejetée en arrière, offert à ses lèvres, Jim se frottait contre lui, tremblant de désir. Caressant une fesse ferme, une cuisse, il remonta sa jambe au niveau de sa taille, l'y maintint et pénétra d'un coup dansle fourreau étroit et brulant, le faisant se cambrer. Ses gémissements de jouissance se muèrent en cris rauques quand Harry vint buter contre le centre de son plaisir.

Il reposait, échoué là où l'avait terrassé l'orgasme, dans les bras de Jim, Harry blotti contre son dos. C'est seulement maintenant qu'il réalisait combien tous les deux s'étaient oubliés pour être uniquement à l'écoute de son propre corps. Son doux amour toujours possessif, passionné, impatient parfois, n'avait été que douceur, l'enveloppant d'une douce étreinte, le rassurant de mots d'amour, de baisers tendres, quant à Jim il s'était oublié complètement pour se mettre à leur disposition, faisant grandir doucement la passion en lui pour aider Harry. Il ne savait plus que faire de cette tendresse qui montait en lui, qui lui serrait la gorge, qui l'étouffait et qui finit pas se libérer en larmes silencieuses sur son visage.

—  Là, mon amour, murmura Jim en caressant tendrement ses joues, essuyant du pouce les perles d'eau salée. Pourquoi ces pleurs ?

—  Ce sont des larmes de joie et d'amour tout simplement. Vous ne pouvez savoir ce que signifie pour moi l'oubli de ce cauchemar et le fait de pouvoir vous aimer, être à vous sans arrière-pensées.

Il sentit l'étreinte de Harry se resserrer autour de lui et sut qu'il pleurait lui aussi. Il en fut bouleversé. Il lui laissa le temps de reprendre ses esprits avant de changer de position, il se tourna sur le dos et les prit dans ses bras, il les regarda échanger un long baiser avant de s'endormir la tête sur sa poitrine. Harry avait posé sa main dans son cou sur sa nuque dans un geste possessif qui l'émut, il eut envie d'embrasser doucement ce poignet orné du bracelet elfique dont les pierres luisaient d'un bleu profond mais il le laissa dormir. Il resta lui éveillé un long moment encore se demandant comment il avait fait pour vivre trente quatre ans sans eux. Il revit ses différentes passades qu'il ne pouvait même pas appeler des passions, ses aventures sordides à la recherche d'un plaisir éphémère, ces conquêtes d'un soir qu'il congédiait d'un mot bref ne supportant plus leur vue. Il essaya avec ses pieds, pour ne pas les déranger de se couvrir. Une main monta sur lui le drap, une bouche déposa un baiser sur sa poitrine.

—  Dors, mon loup chéri, demain nous rentrons à Poudlard, tu seras fatigué.

Sa dernière pensée avant de s'endormir fut qu'on était déjà demain, qu'il était plus de sept heures et que quoi qu'il fasse il aurait une sale tête.



oOo



Bien entendu ils s'étaient levés tard mais pas encore assez pour être bien reposés. Malgré l'intrusion des enfants qui l'avait sorti du sommeil en sursaut et fait couvrir précipitamment les corps nus de ses amours, ce réveil lui avait été doux. Il les avait câlinés avec force baisers et caresses avant de pousser deux zombies à moitié endormis sous la douche.

Il était pourtant dit que rien ne leur serait épargné. Quand ils prirent place autour de la table sur la terrasse, pour un déjeuner tardif, les conversations continuèrent. Pas un ne se détourna pour les observer et Pierre-François poussa un soupir de soulagement. Aucune indiscrétion n'avait été faite. Ils appelèrent les enfants qui jouaient dans les jardins. Lili accourut vers son père et ses tontons, grimpa sur leurs genoux pour les embrasser avant de demander très sérieusement

—  Pourquoi vous avez dormi tout nus ?

L'éclat de rire général qui accueillit l'interrogation leur fit comprendre que la question avait déjà été posée et débattue.

—  On ne doit pas demander ce genre de chose chérie ! Les petites filles bien élevées ne sont pas curieuses et ne posent pas des questions indiscrètes.

—  Tonton Draco a dit que je pouvais, protesta la petite chipie.

—  Voyez-vous ça, fit Harry en adressant un sourire moqueur à son meilleur ami. Tu peux lui demander à lui, il dort aussi très souvent tout nu quand il a trop chaud.

—  T'avais trop chaud ?

—  Oui.

—  Tu vois Papa, tu ne devais pas les couvrir. protesta la fillette.

Pierre-François leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher d'échanger avec ses deux amours un sourire complice. Draco observait attentivement ses amis, il leur trouvait une nouvelle plénitude, une plus grande sérénité.

Les bagages commencèrent à s'amonceler dans le hall. Pierre-François regardait d'un air catastrophé les balais, les sacs de vêtements, les portables, les fournitures scolaires, les animaux familiers. Même en réduisant ce qui était possible et en jetant un sort aux sacs, ils ne pourraient transporter tout en une fois et allaient devoir transplaner à plusieurs reprises.

—  On pourrait peut-etre en laisser une partie à Robert et Didier et aux elfes, nous les retrouverons à Weymouth le week-end. suggéra Harry.

—  Même comme ça, il y a déjà les enfants à faire transplaner puis Cloud et Justin. Ce n'est pas parce qu'il a eu dix-sept ans hier que tout d'un coup il est capable de faire de longues distances.

—  Jimmy et moi nous allons vous aider. intervint Erwin qui eut la surprise de voir Pierre-François le remercier le sourire aux lèvres.

Ils trièrent les bagages qui iraient à Weymouth et ramenèrent ceux qui devaient aller à Poudlard à de plus justes proportions.



oOo



Pierre-François, accoudé à la balustre, regardait vers la Tamarisière et l'embouchure du fleuve. Encerclant sa taille Harry s'appuya sur son dos, geste qu'il n'osait faire avant de peur que son amant l'interprète mal.

—  Un dernier regard, mon ange ?

—  J'aimerais descendre une fois encore sur la plage. murmura-t-il.

—  Qui nous en empêche ? Nous ne sommes pas pressés à ce point.

Tous les trois, ils parcoururent une fois encore le sentier dans la pinède. Un autre trio était déjà installé dans le sable. Serrés dans la bulle du pacte d'alliance, ils regardaient en symbiose la mer. Jim prit Harry entre ses jambes. Contre lui, la tête posée en arrière sur son épaule, la main de Pierre-François dans la sienne, l'Elu rêvait à ce moment à un univers où seul le monde moldu existerait.

Jim eut un soupir avant de repousser Harry et de se lever. Il leur tendit la main et sans un mot ils reprirent le chemin des Tamaris.



oOo



—  Merci Erwin, c'est vraiment gentil. Oui, tu peux poser ça là, nous allons nous en occuper. soupira l'ainé avec un coup d'oeil désespéré au tas de bagages posés dans la salle à manger de leur appartement.

—  A nous tous ce sera vite fait Dad !

Harry s'était attendu à ce que, en leur absence, l'appartement ait été aménagé. Ce n'était pas le cas, il semblait à leur retour tel qu'il l'avait quitté. Il empoigna le sac d'Aymeric et se dirigea vers la chambre qu'il partagerait de temps à autre avec Sylvain. Pas question qu'ils aient des avantages par rapport à leurs condisciples, ils dormiraient dans leur dortoir respectif. Pierre-François avait pourtant fait très simplement meubler celle-ci et Harry contemplait une pièce de couleur claire, avec des meubles massifs foncés. Il laissa les deux garçons ranger leurs effets dans l'immense lingère.

Il se laissa tomber sur le grand lit de leur chambre. Il avait craint, à un moment, que leur appartement soit aménagé au goût exclusif de Pierre-François, là, qu'il ne le soit pas du tout le déprimait comme si il avait, lui, jugé superflu, inutile même, de leur aménager un cadre de vie plaisant et douillet. Il se détourna pour voir Erwin appuyé au chambranle de la porte qui l'observait. Il eut un sourire qui ne dut pas être très réussi.

—  Très belle chambre ! Tout comme les différents projets qu'a dessinés Pierre-François pour vos pièces de vie. A ta place, je ne saurais lequel choisir.

—  ...

—  Ce n'est pas les Tamaris mais le principal c'est que ce soit votre chez vous.

—  Merci Erwin ! fut Harry avec un vrai sourire cette fois.

—  Les instants de découragement ce n'est pas grave du moment qu'ils ne blessent pas les autres.

Harry se ressaisit et suivit le petit page dans la salle à manger, il empoigna le sac de Pierre-François, mit celui de Jim et le portable à côté et les fit léviter jusqu'à leur lit. Il appela Kreattur lui donnant les instructions pour ranger les vêtements dans les diverses garde-robe que leur amant avait rassemblées dans une pièce attenante qui servirait de dressing. Il répartit les bagages restant pendant que Pierre-François commençait à ranger dans leur cuisine les produits méditerranéens. Erwin et Jimmy transplanèrent une fois de plus pour ramener les derniers objets et les sacs de linge de lit que l'aîné avait tenu à emporter pour débuter avant de prendre congé. Ils iraient faire des emplettes tous les trois ensemble dès que possible. Jim regardait avec crainte les dizaines de bougies suspendues qui éclairaient pour le moment leur appartement. Harry vit son désarroi et s'en voulut de l'arracher à son univers de confort pour le plonger dans un monde où il serait toujours mal à l'aise sans magie. A Cambridge leur appartement était équipé comme en monde moldu.

Pierre-François comprit de suite ce qui motivait leur silence et leur gêne, il tendit la main vers un petit boitier et alluma les appliques qu'il avait fait placer par un des rares électriciens sorciers.

—  Pour le moment, les panneaux photovoltaïques discrètement installés suffisent pour l'éclairage de notre appartement, la batterie du portable et la cafetière électrique de la cuisine, fit-il avec un clin d'œil vers son agneau. C'est juste un petit plus pour toi, ma tendresse, je ne compte pas aller plus loin pour le moment. Il faudra t'habituer dans le reste de l'école à circuler avec une lampe-torche. Par la suite je compte faire installer l'électricité partout et une salle d'ordinateurs comme à l'université sorcière mais chaque chose en son temps.

Pour leur première soirée, après le repas venu des cuisines de l'école, ils se retrouvèrent autour des croquis de Pierre-François à discuter de l'agencement de leur logis. Discussions précieuses, projets d'un avenir commun qui les menèrent loin dans la nuit.

Harry et Jim se réveillèrent tard blottis l'un contre l'autre. Pierre-François semblait levé depuis longtemps. Ils prirent le petit déjeuner seuls. Harry déplia la carte du maraudeur et l'installa devant eux. Pierre-François était chez Hagrid. Ils virent son petit point quitter sa cabane, revenir vers le château et monter dans le bureau directorial. Ils allèrent le retrouver. Ils n'eurent plus un moment à eux de toute la journée, entre la nouvelle salle commune aux quatre maisons à aménager, les différents classes, dortoirs et locaux divers à vérifier.

Ils prirent leur repas sur le pouce. Sirius, Neville et Hermione vinrent les retrouver, ensuite ce furent Draco et Sylas, jamais loin de leur femme, ils voulurent arranger la salle commune des serpentards avec Cloud et Justin puis leur appartement. Jim décida d'installer dans sa classe une grande carte de l'Europe politique moldue. Lavande vint prendre possession de son appartement puis de son local de garderie où elle fit connaissance de Lily et Teddy que surveillait en attendant Gauthier qu'ils avaient été chercher à Paris. Aymeric et Sylvain entrainèrent ce dernier pour lui faire découvrir son petit appartement que Pierre-François avait fait aménager au rez-de-chaussée dans la même tour que le leur. Il l'avait donc fait bénéficier aussi d'un éclairage électrique.

Enfin vint l'heure de l'entrée du Poudlard Express dans la petite gare de Pré-au-Lard. Harry et Jim attendaient les élèves qu'ils guidèrent vers les carrosses tirés par les sombrals. Comme chaque année, ceux de première année étaient pris en charge par Hagrid qui les emmenait vers le château en barque. Dans le grand hall, Hermione prenait le relais de Hagrid et guidait les plus jeunes vers la grande salle, tandis que les autres allaient déposer leurs bagages dans leurs dortoirs. Cloud qui était préfet en chef accompagna les grands dans l'ancienne tour de la septième bis leur expliquant les diverses règles qui dorénavant régiraient leur vie en dehors des cours.

Enfin tout le monde se retrouva dans la grande salle. Les premières attendaient placés en ligne devant la chaise sur laquelle trônait le choixpeau magique. Harry assis à la table professorale écoutait attentivement la chanson qui chaque année les mettait en garde contre les dangers courus par l'école. Cette année pourtant à ce sujet la chanson ne parlait que d'heureux changements et de réunion des maisons. La dernière partie pourtant parlait du monde sorcier, Harry espéra que Draco l'avait mémorisée.



Aux temps anciens lorsque j'étais tout neuf

Et que Poudlard sortait à peine de l'œuf

Les fondateurs de notre noble école

De l'unité qui avait fait leur symbole

Rassemblés par la même passion

Ils avaient tous les quatre l'ambition

De répandre leur savoir à la ronde

Dans l'école la plus belle du monde

"Ensemble bâtissons et instruisons !"

Décidèrent les quatre compagnons

Sans jamais se douter qu'un jour viendrait

Où la destinée les séparerait.



Toujours amis à la vie à la mort

Tels étaient Serpentard et Gryffondor

Toujours amies jusqu'à leur dernier souffle

Tels étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.

Comment alors peut-on s'imaginer

Que pareille amitié vienne à sombrer ?

J'en fus témoin et je peux de mémoire

Vous raconter la très pénible histoire.

Serpentard disait : "Il faut enseigner

Aux descendants des plus nobles lignées."

Serdaigle disait : "Donnons la culture

A ceux qui ont l'intelligence sûre."

Gryffondor disait : "Tout apprentissage

Ira d'abord aux enfants du courage."

Poufsouffle disait : "Je veux l'équité

Tous mes élèv's sont à égalité."



Poudlard vécut alors en harmonie

De longues années libres de soucis.

Mais parmi nous la discorde grandit

Nourrie de nos peurs et de nos folies.

Les maisons qui comme quatre piliers

Soutenaient notre école et ses alliés

S'opposèrent bientôt à grand fracas

Chacune voulant imposer sa loi.



Maintenant le Choixpeau magique est là

Et vous connaissez tous le résultat :

Je vous répartis dans les maisons

Puisque l'on m'a confié cette mission

===

Mais ouvrez bien vos oreilles à ma chanson

Que je clame chaque année à l'unisson

Je vous vois œuvrer pour la plus belle des réunions

Qu'il vous faudra réaliser en communion


Oyez les augures, lisez les présages

Des prophéties respectez scrupuleusement les usages

Car notre monde n'est point hors de danger

Ne négligez nulle aide apportée de l'étranger



Ruse et courage seront enfin réunis

Et intelligence et honnêteté indissociablement liées

Guerriers des quatre maisons enfin rassemblées

Compagnons du fils du serpent tellement unis



Le septième élément a ouvert notre esprit

Mais n'a pu emp
êcher le retour de l'ennemi

Frères dans le combat et dans la vie,

Ils devront une fois de plus lutter pour la survie.



Féroce adversaire, maintenant incertain allié,

Par les Reliques éternellement tenté

La prophétie guidera les guerriers

Vers les joyaux et l'inespérée liberté.



La répartition maintenant commence. (1)



Harry échangea un coup d'œil avec Hermione qui avait elle aussi saisit le message qui leur était adressé dans la chanson qui leur semblait plus longue chaque année. Il revint à la répartition qui commençait par deux élèves plus âgés qui devaient entrer en cinquième année. Il tendit l'oreille.

—  Maxence Balbi ! appela Hermione.

—  Oh oh ! murmurait le choixpeau, un Balbi ! Cela faisait longtemps, le premier depuis les trois frères. De l'intelligence et de l'ambition mais aussi du courage et du cœur, Serpentard te conduirait sur le chemin du pouvoir, Gryffondor de la gloire.

—  Je préfère le savoir !

—  Tu es sûr de toi ?

—  Oui !

—  Serdaigle !

Maxence le sourire aux lèvres se dirigea vers la table des Serdaigle qui l'applaudissaient. La seconde élève fut envoyée chez les Poufsouffle. Les premiers premières années s'avancèrent et furent répartis.



—  Typhaine Balbi.

—  Encore une Balbi ! Pour toi, nul doute ! De l'intelligence, de la patience, de la ruse et beaucoup d'ambition ! Serpentard !



—  Sylvain Balbi.

—  Trois d'un seul coup ! Tu es un Balbi mais aussi un Saint-Maur et ça change tout. De l'intelligence, du courage, de la réflexion, une immense revanche à prendre ! Mais aussi de la sagesse et l'enseignement de l'Héritier... Serdaigle t'apporterait le savoir, Serpentard la revanche. Que choisir ?

 

 

_________________________________________________________________________________

 



  1. 1 : La légende des Frères Peverell

  2. 2 : Le début de la chanson du choixpeau est reprise du tome 5. Je n'ai écrit que les dernières strophes à partir de "Mais ouvrez bien vos oreilles à ma chanson...".

 

 

 

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    22:15 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

    02.12.2010

    L'unification salvatrice - Chap V. FRANÇOIS-MARIE

     

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    Chapitre V.  FRANÇOIS-MARIE

     

     

     

     

     

    Harry avait refermé fermement sa main sur celle de Pierre-François en sentant sa nervosité, ce dernier eut juste le temps de lui glisser « Fais attention à toi, mon amour » avant d'être interrompu par l'arrivée du ministre du monde sorcier allemand.  Jim avait vu l'échange haineux entre le secrétaire et leur amant, le mouvement de protection de celui-ci envers leur compagnon.  Depuis longtemps en monde sorcier il ne se fiait plus aux apparences mais à ses sensations, il avait pleinement confiance en Pierre-François et pensa avoir identifié l'importun.   Il fit donc ce qu'il estima bon pour protéger Harry, l'air très sûr de lui, il passa de l'autre côté de la table sans s'occuper du regard incisif qui le suivait. 

    Une fois arrivé près de Draco et leurs amis, il sembla discuter avec eux amicalement un instant avant de retourner vers ses deux compagnons, en chemin il s'arrêta à la hauteur d'Erwin, Jimmy et Jareth et se pencha pour leur souffler une mise en garde.  Lorsqu'il s'assit à côté d'eux, tout le monde était déjà installé.

    Après le petit discours de bienvenue de son père et au grand étonnement de ce dernier, Draco réclama la parole qui lui fut bien entendu accordée.

      Etant donné la nature de nos entretiens et la discrétion qui me semble nécessaire, je demande que sortent les secrétaires, les traducteurs et les aurors.

    Un grand silence succéda à son intervention avant que tous se mettent à parler en même temps dans un véritable toho-bohu.

      Mais, fit le ministre italien, comment allons nous débattre?  Je parle anglais pourtant pas assez que pour en comprendre toutes les subtilités.

      Parmi nous vous trouverez les traducteurs voulus.  Monsieur Malefoy parle italien, Messieurs Vassier et Spencer espagnol, Monsieur Caelus allemand et nous sommes plusieurs à parler français, Monsieur Vassier notamment est parfaitement bilingue. développa Sylas.   

      La sécurité de nos mondes vaut bien quelques désagréments et longueurs, renchérit à son tour Harry.

     

    Le secrétaire du ministre français semblait imperturbable mais Pierre-François ne le quittait pas des yeux.  Il avait compris que Jim était responsable de cette demande de Draco et leur ennemi devait lui aussi l'avoir saisi depuis longtemps.  Il avait prévu la présence de Jim, mais avec ses idées sur les non sorciers, il avait considéré le jeune moldu comme quantité négligeable, c'est pourtant lui qui ruinait son plan.  Son jumeau ne s'attendait certainement pas non plus à le voir là, admis aux côtés de son jeune amant, sans quoi il n'aurait pas été aussi imprudent, il savait qu'il le reconnaîtrait rien qu'à sa magie sous n'importe quelle apparence.

    Il connaissait François-Marie, il devait admettre très difficilement son échec pour atteindre Harry, il était certainement déjà en train de chercher une autre façon  de l'anéantir.  Le détruire à travers ses attaches semblait le plus probable et le plus démuni devant ses sorts était Jim.  Le fait de le blesser lui, son frère, par la même occasion dans son amour n'était qu'une motivation supplémentaire. 

    Le dernier argument de Harry avait convaincu les indécis et les personnes désignées sortaient lentement.  Quand François-Marie, resté légèrement à la traîne, arriva à proximité de la double porte et se retourna baguette brandie, Pierre-François et Harry réagirent de la même façon et c'est sur un bouclier d'une puissance incroyable que le trait vert du sort de mort destiné à Jim vint rebondir et se trouva dévié vers le ministre allemand.  D'un protego, Draco invoqua lui aussi, devant le politicien, un rempart défensif sur lequel vint se casser le sort affaibli.  Il n'avait fallu que quelques secondes pour que cette scène se déroule et déjà François-Marie avait activé son portoloin de secours et n'était plus là.

     Vous voyez, Messieurs, que notre mise en garde était des plus sérieuses.  Vous devriez mieux vous entourer, Monsieur le ministre.  fit Harry d'une voix brève et impérieuse.

      Mon secrétaire est aussi mon beau-fils et je me porte garant de lui, je ne sais qui est cet homme qui ne peut être lui.

      Le dirigeant de la Loge Sorcière ni plus ni moins, sous polynectar je suppose.  Nous le combattons depuis un an.  expliqua Jim d'une voix très calme.

      Et comment l'avez-vous identifié ? s'enquit le ministre allemand à peine revenu de ses émotions.

      J'ai reconnu sa magie, explicita Pierre-François. 

      Voilà un don très commode! railla-t-il.

      C'est mon frère !

    Un grand silence succéda à cette réplique.

      Peut-être alors pourrions-nous nous demander ce que vous faites là ? interrogea le français.

    Pierre-François pâlit mais n'eut pas le temps de répondre avant l'intervention de son agneau transformé en lion.

      Monsieur Vassier est ici à ma demande et je m'en porte garant ! Je suppose que vous ne mettrez pas mon intégrité en doute ?  le ton froid et peu amène du jeune Elu fit que personne n'osa répondre à la question et qu'auraient-ils pu répondre d'ailleurs ? 

          Jimmy ?  Peux-tu demander à Liam de revenir ici ?

    Un silence lourd et pénible s'installa.  Une fois de plus, le Survivant intervenait dans les affaires du monde sorcier et passait outre les prérogatives de ses dirigeants et cela choquait.

      Liam, prends quatre hommes et va voir après le gendre de Monsieur le ministre.  Il est très certainement stupéfixé dans un coin.  Il a des enfants? lui demanda-t-il.

      Oui, deux.

      Donc tu as peu de chance de le trouver chez lui.  Vois d'abord avec Valley.

    Liam eut un signe entendu de la tête avant de ressortir.  Harry soupira et consacra à nouveau son attention aux débuts de la conférence.    

      Je suis surpris de vous voir intervenir ainsi, osa commenter l'italien.

      Je le fais rarement mais ici cela me concerne personnellement, je me permets, c'est vrai, quelques libertés, je sais que Monsieur le Ministre ne m'en voudra pas, fit-il à Lucius qui lui rendit le sourire qu'il lui adressait en même temps.

      Je sais que tu agis toujours au mieux.

      Pourquoi pensez-vous que mon fils n'est pas chez lui parce qu'il a des enfants? questionna à son tour le français.

      Parce que mon frère ne respecte qu'une chose : l'enfance. expliqua Pierre-François d'un ton sec.  Il a dû attendre le départ de votre beau-fils avant d'intervenir.

       Je suppose que nous devons l'en remercier, ironisa le ministre.

      Je ne justifie en aucun cas son attitude, nous sommes les premiers à le combattre et croyez que ça ne m'enchante guère.  Nous nous menons une guerre fratricide sans répit depuis qu'il a repris à son compte les idées de Gellert Grindelwald, notre aïeul, et qu'il est devenu le grand maitre de la loge sorcière.  Comme vous l'avez vu nous ne nous épargnons pas et ce sont bien des sorts mortels qui sont échangés et le premier à être visé est toujours le Sauveur.  énonça froidement Pierre-François, que ce soit en lui-même ou à travers les personnes qui lui sont chères.  Mais nous ne sommes pas ici afin de débattre de nos problèmes mais des vôtres.

       Vous avez raison, Pierre-François intervint leur interlocuteur espagnol sur un ton amical inattendu  de la part de quelqu'un qu'ils connaissaient très peu.  Depuis que nous nous sommes quittés hier, j'ai étudié les clauses de l'accord passé avec les représentants du Conseil de l'Europe et je dois avouer que vous avez fait un travail exceptionnel.  J'ai les éléments juridiques nécessaires pour repousser ad vitam eternam la visite de cette commission scientifique qui trépigne d'impatience de venir examiner nos créatures magiques.  Les moldus sont tout prêts à exterminer pour leur plaisir nos elfes, trolls, harpies, loup garous, vampires et centaures comme ils l'ont fait dans leur propre monde.

      Voilà résolu un de vos problèmes mais je suppose que ce n'est pas le seul? commenta le ministre bulgare.

    Ils exposèrent leurs problèmes pendant plus de deux heures en un désordre stupéfiant, Hermione, Draco et Sylas avaient bien du mal à noter de façon claire les interventions de chacun.  Quand on frappa seul Lucius n'eut pas l'air surpris, la porte s'ouvrit sur William et un homme d'une cinquantaine d'années, pendant que celui-ci saluait les sorciers, le premier se précipitait vers Jim qu'il serra entre ses bras avant d'accoler Harry puis Pierre-François.

      Ça va papa ! le rassura le premier en réponse à l'interrogation muette qu'il voyait dans ses yeux.

      Harry?  Pierre-François?

      Je vais bien, père.

      Pas de problème, William.

      Parfait!  fit ce dernier en se tournant enfin vers Lucius.

      Comment es-tu déjà au courant? fit-il avec étonnement au moldu.

      J'ai rencontré Liam devant la cheminée d'arrivée.  Il attendait des nouvelles de ses hommes. 

      Je vous présente le secrétaire d'état, William Spencer qui a ratifié les conventions que vous avez devant vous mais qui a aussi participé à leur élaboration, il est également, comme vous avez pu le constater, le beau-père de Harry Potter, fit Lucius ayant repris un ton plus formel. Monsieur George Beans est, quant à lui, le responsable des affaires sorcières au gouvernement moldu britannique.

      Je ne comprends pas leur présence dans une conférence sorcière!  fit l'italien indigné.

      Nos relations avec les moldus se passent très bien en Angleterre ainsi que dans d'autres pays.  commenta Lucius.  Qui peut mieux qu'eux nous expliquer les réactions négatives à notre encontre?  Dans ces problèmes il y a deux aspects, l'attitude des moldus envers nous et vice-versa, qui ne sont pas toujours exemptes de toutes maladresses.  Il n'est d'ailleurs que le premier de mes invités, j'en attends d'autres.  Ils ont accepté de nous donner quarante huit heures de leur temps pour nous aider.  Justement en voilà un! Et même les deux, acheva-t-il en voyant Michel et Helmut entrer ensemble.

     

    oOo

     

    Après les présentations et les salutations, Hermione multiplia les notes qu'ils avaient prises consignant les doléances diverses et en tendit un exemplaire à chaque participant.  Ces quelques feuilles de papier serviraient de base aux discussions.  Leur contenu s'étofferait très certainement mais elles permettaient de démarrer sur quelques éléments tangibles.  On n'entendit plus que le bruit des plumes ou des stylos qui annotaient ou complétaient le compte-rendu du trio.  Au bout d'une heure, ils se dirigèrent tous vers la grande salle à manger pour un repas typiquement sorcier servi par des elfes de maison ce qui ne perturba pas les représentants du conseil de l'Europe très à l'aise.  Le responsable des affaires sorcières semblait moins fait à leurs usages.

    Les sorciers étaient presque choqués de les voir discuter en souriant avec le Survivant et ses proches.  En attendant le dessert, l'un des trois avait sorti une pochette remplie de photos de vacances passées en compagnie des jeunes sorciers et ils riaient ensemble, complices, amis.  Ils furent scandalisés lorsque l'héritier de Salazar Serpentard posa ses lèvres furtivement sur celles du descendant du mage noir Gellert Grindelwald dont ils étaient loin d'avoir oublié les atrocités commises.

    Ce jeune homme insouciant était bien différent de l'image qu'il se faisait du héros, du Sauveur de leur monde.  Les rumeurs qui s'attachaient à ses pas racontant une vie privée scandaleuse décrivant un entourage assez discutable semblaient tout à fait véridiques.  

    Le ministre espagnol quant à lui était d'un autre avis et ne se priva pas de dire ce qu'il en pensait.  Ils avaient passé des vacances calmes à Grenade dans un hôtel sorcier où il les avait rencontrés et si il est vrai qu'il vivait avec ses compagnons, ils s'occupaient à trois de deux jeunes garçons dont un orphelin que le Survivant avait adopté et de deux adolescents dont un avait été pris en charge au décès de son père par Pierre-François Vassier qui était son cousin et père d'une adorable petite fille d'environ trois ans.  Ils semblaient très bien se charger de tout ce petit monde et formaient une famille unie même si elle était peu ordinaire.  Les aurors qui les avaient protégés pendant leur séjour avaient rendu un rapport dans ce sens. 

    Si il leur arrivait d'être insouciants comme maintenant, ils n'en étaient pas moins excessivement sérieux quand ils s'agissait de défendre et de protéger leur monde. Les négociations menées avec les moldus, les accords qui avaient été signés prouvaient assez le soin pris à préserver leur univers et ses habitants quels qu'ils soient.  La récente bataille de Stonehenge où ils combattaient en première ligne avait permis de supprimer la menace que représentait Dolorès Ombrage. Le Sauveur en était avec son entourage l'instigateur et le tacticien. Dans tous les esprits se forma l'image de se groupe armé et masqué qu'on appelait la Fratrie.

    Leurs projets d'avenir étaient tous tournés vers le monde sorcier.  L'Elu aurait pu profiter de sa renommée pour occuper un poste au ministère, guignant ensuite le mandat de ministre dans un avenir plus ou moins court.  Au lieu de cela, il allait faire trois années d'études à la nouvelle université sorcière et enseigner à Poudlard la défense contre les forces du mal.  Son fiancé le suivait dans ses études de politique sorcière à Cambridge et enseignerait lui aussi une matière nouvelle :  Histoire et politique du monde moldu.  Pierre-François Vassier était depuis le mois de juin directeur de la prestigieuse école de magie.  Sorcier très puissant et charismatique, il était déjà comparé à Albus Dumbledore dont il avait été l'élève. C'est lui qui avait refermé le portail magique lors du solstice d'été ce dont leur monde devait le remercier.

    Le politicien en était là de ses révélations quand ils virent entrer Liam et deux de ses hommes.  Ils allèrent faire leur rapport au jeune Survivant et non au directeur du Magenmagot dont ils dépendaient ou au ministre Malefoy.  Il semblait soucieux en écoutant les policiers.  Il leur donna de nouveaux ordres puis passa plusieurs coups de fil, envoya deux hiboux avant de rejoindre le dirigeant français  pour le mettre au courant des dernières nouvelles obtenues.

      Je suis désolé Monsieur le Ministre mais nous n'avons trouvé aucune trace de votre beau-fils ni à son domicile ni à son bureau.  Les recherches continuent mais il peut être n'importe où dans les deux mondes aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne.  Les services de la DST française sont pareillement à l'œuvre, j'ai contacté également les hommes que j'ai à l'intérieur de la Loge sorcière.

      Vous le croyez vivant ?

      Je ne vous cache pas que plus le temps passe, plus j'en doute, toutefois nous ne renonçons pas, loin de là.

      La DST? intervint le ministre italien.  Vous travaillez en collaboration?

      En effet, ils nous ont déjà aidés à plusieurs reprises pour des affaires se déroulant en monde moldu.  Les services de police britanniques sont aussi prévenus.  Cela permet de garder nos aurors pour faire les investigations en monde sorcier.  Nous n'avons jamais eu jusque maintenant de refus de participation.  Lors des négociations de Liège avec les représentants du Conseil de l'Europe, nous avons assuré la sécurité en coopération avec les services moldus sans aucun problème et quand un des enfants dont je m'occupe a été enlevé pour faire échouer les négociations, ils nous ont aidés spontanément.  

      Comment viennent-ils ici?

      La plupart n'y sont jamais venus, d'autres ayant toute notre confiance empruntent tout simplement le réseau de cheminette.  C'est le cas de ceux qui sont ici aujourd'hui, leurs bureaux sont reliés directement au réseau du ministère.

     ...

      Ah! Voici le secrétaire d'Etat français!  Il a peut-être des nouvelles.  fit Harry.

     

    Les sorciers le virent se diriger vers un homme entre deux âges qui venait d'arriver et qui accolait ses amis puis revenir vers eux avec lui.

      Votre beau-fils est retrouvé, fit-il après avoir présenté le secrétaire d'Etat. 

      En effet, fit ce dernier mais j'ai bien peur que ce ne soit pas vraiment une bonne nouvelle.  Il est à la clinique de Neuilly.  Le gardien d'un immeuble cossu du quartier du Marais a appelé la police car un homme étrange, au regard vide semblait perdu au milieu du hall d'entrée.  J'ai bien peur que les sortilèges employés par son agresseur ait affecté le cerveau.

      Il faut le faire transférer dans un hôpital sorcier! s'exclama-t-il.

      J'ai déjà pris les dispositions adéquates, car nous n'avons pas l'expérience nécessaire pour traiter ce genre de cas.  Il sera à Sainte-Anne en fin de journée.

      Merci, Monsieur.

          Pourquoi dans cet immeuble? s'enquit le bulgare.

      Pierre-François y a son appartement.  Une provocation, une menace de plus de la part de son frère... soupira Harry en lançant un coup d'œil vers son amant qui discutait avec Helmut, jamais il n'estimera lui avoir fait assez de mal.

      Il est temps de reprendre la séance, Harry.  fit Jim en posant doucement sa main sur son épaule.

      Nous nous verrons fin de semaine à Toulouse.  conclut Pierre. Désolé de ne pas avoir su assister à vos débats, mais des problèmes urgents réclament ma présence à Paris.  Toutefois, Monsieur le Ministre,  si vous avez besoin de quoi que ce soit je suis à votre disposition, fit-il en s'adressant au Français sans remarquer l'expression étonnée des sorciers les entourant devant son initiative,  Harry vous donnera mes coordonnées.

     

    oOo

     

    Jusque vingt heures, ils exposèrent leurs problèmes, en débattirent, racontèrent ou écoutèrent leurs expériences bonnes ou mauvaises.  Les discussions furent parfois houleuses, particulièrement quand les invités essayèrent de faire comprendre que les sorciers devaient apprendre à passer inaperçus dans leur monde et pour cela savoir se servir des technologies, de la monnaie, connaitre les habitudes, les façons de manger ou de se vêtir... 

    Quelques évidences se dégagèrent des problèmes exposés, la peur et le rejet des moldus, la méconnaissance et la maladresse des sorciers. Une conclusion s'imposait, il faudrait de longues années avant que ça change et l'enseignement avait un rôle essentiel à jouer.

    Dans les pays où ils étaient malheureusement peu appréciés, ils devaient développer eux-mêmes des entreprises installant les réseaux électriques, informatiques, téléphoniques, cela limiterait les incursions dans leur milieu.

    La meilleure solution pour ça était de donner en premier lieu des cours sur le monde extérieur dans les écoles mais aussi aux adultes désireux de faire des formations dans des entreprises ou centres moldus. 

    Il était indispensable que les directeurs d'école ouvrent l'enseignement aux professeurs d'origine moldue comme c'était le cas à Poudlard ou à Beaux-Bâtons. Pierre-François prit alors la parole pour décrire la matière enseignée dans le cours d'histoire et mœurs des moldus obligatoire depuis l'année précédente.

    —  Le nombre d'heures sera doublé cette année et le cours abordera deux matières distinctes : l'histoire et les mœurs, les habitudes et les technologies et il fera l'objet de l'obtention d'une buse. Les deux dernières années, le cours intitulé Histoire et politique du monde moldu sera donné par Monsieur Spencer expliqua-t-il en désignant son second compagnon, qui vient de finir ses études de sciences politiques avec grande distinction à la prestigieuse université de Cambridge. La réussite dans cette matière sera récompensée d'un aspic indispensable pour suivre certaines études à l'université sorcière. Un troisième cours, optionnel, celui-là sera proposé sur la vie des jeunes moldus, leur façon de s'habiller, de se distraire et de vivre tous les jours dans leur société. Il sera dispensé par un non sorcier qui a toujours évolué dans ce monde mais connait aussi parfaitement les sorciers.

    —  Vous aurez donc deux professeurs non sorciers cette année?

    —  En effet.

    —  N'avez-vous pas peur, avec tous ces va-et-vient pour la sécurité de l'école?

    —  Il faut bien choisir votre personnel enseignant et il n'y aura aucun risques, il ont des attaches dans notre monde et ont choisi d'y vivre. Tout en étant libres de leurs déplacements en dehors des heures de cours, ils séjourneront dans des appartements de fonction. C'était d'ailleurs déjà le cas de tous nos professeurs qui en éprouvaient le désir. Nous tenons à privilégier les liens familiaux et les rapports humains. Dès la rentrée, une petite crèche sera organisée à l'intérieur de l'école pour nos professeurs ayant des enfants en bas-âge ce qui est mon cas puisque j'ai une petite fille de presque trois ans, celui de ma sous-directrice et de deux de mes professeurs. C'est un système moldu qui fonctionne parfaitement bien dans leurs grandes entreprises.

    Des cours similaires seront donnés pour adultes à notre université de Cambridge en soirée, ainsi que des leçons d'informatique, technologie en pleine expansion. Enfin, des cours d'études des potions, de runes anciennes, d'astronomie, de divination seront donnés aux étudiants moldus et en réciproque, l'université de Cambridge ouvrira la porte de certaines de ses branches aux sorciers. Ce dernier point est tout à fait particulier et dû à la proximité sur le même site des deux universités, le reste est réalisable dans n'importe quelle école de magie.

    Pendant presque trois heures, Pierre-François répondit avec compétence, sans jamais hésiter et de façon concise à toutes les questions posées, discutant des idées avancées par ses détracteurs, contrant les arguments qui lui semblaient archaïques. Harry et Jim le regardaient mener les débats en souriant et avec il faut bien le reconnaitre une once de fierté. Les représentants du Conseil de l'Europe intervinrent peu dans ce domaine, ils écoutaient avec étonnement leur hôte des "Tamaris" et de "L'Aigle Noir" et commençaient à comprendre cette nomination à la direction de l'école de magie qui leur avait paru pour le moins farfelue.

    Lorsqu'ils décidèrent de remettre la suite au lendemain, tous repartaient avec les notes d'un futur plan de révision de l'enseignement sorcier qui deviendrait dans un avenir très proche "La réforme Vassier".



    oOo



    Hermione et ses deux hommes dînaient chez Lucius, Sirius avait décidé de revoir seul sa maison du square Grimmaurd, Harry, Jim et Pierre-François choisirent de diner à Stratford-upon-Avon du côté sorcier puis de rentrer à Astor's Lodge où les rejoindrait le second trio. 

    Installé dans le petit restaurant sans prétentions où il avait déjà été plusieurs fois en compagnie de Jim au début de leur relation, avant même d'être son petit ami, Harry se sentait bien.  Ils avaient tenu à partager cet endroit de leurs rendez-vous avec l'aîné.  Jim racontait tendrement leur amour naissant, la timidité de Harry pour qui c'était la toute première relation avec un garçon, ses hésitations à lui face à ce monde inconnu mais sa faiblesse devant les émeraudes qui étaient déjà son univers.

    Pierre-François souriait au récit de son agneau, il imaginait très bien les scènes qu'il relatait, les gestes ébauchés mais jamais finis, les prétextes inventés pour le revoir, la peur de faire fuir l'autre par une maladresse.  Faisant taire l'envie qu'il avait de sentir sous ses lèvres la douceur des siennes, de redécouvrir le goût suave de sa bouche, il passa le revers de l'index sur la joue de Harry qui se sentait fondre devant le double regard amoureux posé sur lui.  La journée n'avait pas été de tout repos et il appréciait d'autant plus cette tendresse.  Il avait réalisé tout au long de ce jour interminable que la rentrée serait plus difficile encore qu'il ne l'avait imaginé. 

      J'étais déjà moi aussi fou de toi, mon cœur...  Jamais je n'avais osé le premier pas vers quelqu'un, pour te séduire, j'ai aussi fait taire une partie de mes principes.

      Que veux-tu dire? demanda Pierre-François curieux.

      Il avait déjà un petit ami depuis un an et si Jim n'était pas heureux, George, lui, était très épris.

      Et tu as quand même flirté avec lui? s'étonna le sorcier.

    — Si il avait tenu à George, si celui-ci l'avait respecté et lui avait donné ce qu'il était en droit d'attendre d'une relation amoureuse, je n'aurais même pas approché leur couple. Malgré son attachement, il n'osait pas assumer son homosexualité et encore moins sa tendresse pour Jim. Il se conduisait envers lui comme un copain, j'ai l'impression d'avoir plus de contacts avec Dray que ces deux là n'en avaient.

    —  Tu te rappelles le soir où tu m'as fait danser pour la première fois chez Lucius?

    —  Oui! Et aussi que tu m'as demandé pourquoi alors que j'étais hétérosexuel, j'invitais un garçon qui ne l'était pas. J'étais bien embarrassé pour te répondre.

    —  Et en fait?

    —  Je te montrais tout simplement ce que tu n'aurais jamais avec lui, mais que j'étais prêt, moi, à te donner. Je t'ai prouvé aussi que tu n'avais nulle envie de te retrouver dans son lit.

    —  Mais tu ne m'as rien dit!

    —  Pas besoin, tu étais assez intelligent pour en tirer les conclusions. Quelques jours plus tard, il n'y avait plus de George dans ta vie!

    —  Je passais tout mon temps libre avec toi et les week-ends ici à Stratford au lieu de les vivre à ses cotés. Je n'ai pas eu besoin de le lui dire, il avait compris. Quant à toi, il a fallu ta dispute avec Draco quelques semaines plus tard et que je te mette au pied du mur pour que tu admettes devant tous tes sentiments.

    —  C'est vrai! C'était nouveau pour moi et je voulais prendre mon temps, mais je n'ai pas hésité et c'est ce soir là que tout a commencé. Puis il y a eu le bal à Cambridge et je crois même me rappeler que tu as passé la nuit dans mon lit. le taquina tendrement Harry.

    Ils échangèrent un sourire complice et entrelacèrent leurs doigts. Pierre-François les regardait gravement. Loin d'être jaloux, il aimait les entendre se raconter. Il savait que cette nuit et toutes les suivantes, c'est entre ses bras à lui qu'ils chercheraient ensemble l'amour, sur son corps qu'ils marqueraient leur passage, contre son flanc qu'ils s'endormiraient confiants. Ils les avaient cru agneaux pourtant leurs dents de jeunes loups avaient depuis longtemps mis à mal la carapace qu'il s'était construite jour après jour pendant des années. Il était tout à eux. Ils étaient tout à lui. Il revit la colère dans les yeux de son jumeau en comprenant qu'il avait choisi Harry comme compagnon, la haine inscrite sur son visage quand il avait lancé l'avada kedavra sur Jim, il lui fallait les protéger coûte que coûte.

    —  Tu rêves amour? lui chuchota Harry.

    —  Oui, mais à vous...

    —  Je suis désolé, je n'aurais pas du..., commença-t-il.

    —  Non! J'aime vous écouter. l'interrompit-il. Je pensais à la peur que j'ai eue ce matin.

    —  Nous n'étions pas en danger plus que toi. répondit-il doucement. Crois-tu que je n'aie pas vu son expression d'aversion quand il a compris que je portais le bracelet?

    —  Vous avez douté de moi?

    —  Douté de toi? non! à aucun moment... fit Harry manifestement perplexe.

    —  Moi non plus, compléta Jim, j'ai compris de suite qui il était.



    oOo



    Ils reprirent lentement le chemin d'Astor's Lodge, le temps était doux même si il y avait une dizaine de degrés d'écart entre le midi de la France et l'Angleterre. Dès qu'ils furent en dehors des rues fréquentées, Harry les attira par la taille contre lui et c'est enlacés et en silence qu'ils terminèrent leur promenade. Le manoir était sombre et désert, même les elfes semblaient absents.

    Immobile dans l'embrasure de la porte du salon télévision, il faisait un triste constat. Il était à la fois content de retrouver le foyer qui l'avait hébergé pendant plus de six mois et à la fois déçu de s'apercevoir qu'il ne s'y sentait plus chez lui. Chez lui c'était les Tamaris, la maison de Weymouth, l'appartement du Marais, ce serait ceux de Poudlard et peut-être de Cambridge, mais là c'était le logis de ses amis, comme le castel rose de Toulouse ou le quartier général.

    —  Que se passe-t-il, mon agneau? demanda Pierre-François en posant par derrière sa main sur son estomac pour l'attirer contre sa poitrine.

    —  Je m'étonne de ne plus me sentir chez moi ici. fit-il tristement en désignant le salon où il avait passé de nombreuses heures. J'y retrouve mes souvenirs, les soirées avec mes amis, les débuts de nos amours à Jim et moi, nos câlins du matin à trois, mais mon foyer n'est pas ici. Ce n'est pas chez nous. finit-il.

    —  C'est vrai, c'est une page qui se tourne mais une autre s'ouvre pour nous trois. Un nouveau foyer nous tend les bras où nous aurons d'autres souvenirs, d'autres moments heureux. Ne crains rien, mon amour, tu n'oublieras pas ceux-ci, ils te seront doux. finit-il en posant un tendre baiser sur sa tempe. Que dirais-tu, pour te changer les idées, d'aller voler un peu au dessus du monde sorcier avant qu'il fasse noir?

    —  Voler? demanda-t-il les yeux déjà pétillants de joie à cette perspective.

    Quelques minutes plus tard, ils admiraient de là-haut la forêt verdoyante, la rivière qui coulait paresseuse entre les rives boisées, le soleil couchant se reflétait dans l'onde la rougeoyant. Ils filaient rapidement, suivant la tranchée que faisait dans les arbres le ruban d'eau. Conscient de Jim blotti contre lui, des mains passées autour de sa taille, de la tête sur son épaule, il était grisé par la vitesse. Pierre-François devant eux ne se laissait pas rattraper et Harry se souvint, amusé, que lors de la dernière année de son père à Poudlard, c'est le jeune serpentard de l'époque qui avait ravi le vif d'or devant le nez de son ami James. Il força l'allure pour arriver à sa hauteur. Pierre-François se tourna vers eux, les yeux brillants, un sourire moqueur aux lèvres, il s'était laissé rejoindre.

    Manifestement, il aimait le vol et la vitesse, un coté de lui qu'il n'avait pas encore vu ou qu'il avait occulté car il savait depuis le début qu'il avait été attrapeur et même un très bon attrapeur. D'un signe de tête, il lui indiqua une trouée dans la forêt et fonça vers elle, slalomant entre les arbres. Harry le suivit immédiatement sans difficulté. Une fois arrivés, l'aîné montra un petit objet doré qui frémissait dans sa main avec un regard interrogatif, il acquiesça en riant et recommanda à Jim de ne surtout pas le lâcher.

    Une fois lancée, la petite balle ailée disparut de leur vue. Postés en hauteur de chaque coté de la clairière, ils guettaient l'éclair brillant qui trahirait la présence du vif d'or, ils l'aperçurent en même temps et foncèrent tous les deux vers lui. Ils s'étaient rejoints et filaient maintenant au coude à coude à la poursuite du vif qui avait changé de direction. Lorsqu'il la modifia une seconde fois, revenant vers eux, Harry ne voulut pas freiner de toutes ses forces de peur de faire cabrer son balai et de déstabiliser Jim, il dépassa donc le petit objet volant alors que Pierre-François virait sec afin de l'attraper, pourtant il se retrouva les mains vides. Il se retourna pour voir Jim brandir le poing et éclata d'un rire joyeux. Son agneau calme, tendre, discret créait la surprise en rappelant sa témérité. Instinctivement, il avait lâché d'une main la taille de Harry pour attraper la balle au passage et il était ravi de son exploit. Il est vrai qu'il était certainement le premier moldu à capturer un vif sur un balai.

    Ils rentrèrent plus doucement. Voler dans la pénombre avait son charme aussi. Au loin les lumières de la ville attiraient le regard. Jim, la bouche contre la nuque de son fiancé, le trophée serré dans une main, se sentait étrangement vivant. Jamais il n'aurait avoué que parfois en ce monde qui lui était encore étranger, sans pouvoirs, sans magie, il se sentait diminué. Il faisait tout pour y remédier, mais à l'impossible nul n'est tenu. Alors une toute petite victoire comme celle de ce soir le ravissait.

    Quand il descendit du balai dans le parc d'Astor Lodge, il se sentit soulevé et serré par des bras fermes, vit tournoyer le ciel avant de plonger dans les yeux clairs qu'il surplombait et de se laisser glisser tout contre le corps de Pierre-François qu'il embrassa passionnément. Il se tourna ensuite vers Harry, l'enlaça et lui offrit la petite balle ailée.



    oOo



    Quand il se réveilla, Draco eut du mal à réaliser qu'ils étaient dans leur lit à Astor's Lodge. Presque deux mois qu'ils vivaient en France à Toulouse ou au Cap d'Agde et en monde moldu. Autant leur séjour au castel commençait à lui peser à la fin, autant celui au Cap lui avait plu. Il s'épanouissait entre l'amour de Mia et Sylas mais son bonheur n'était complet qu'avec leurs amis autour de lui. Il savait pourtant que son homme préférait de loin leur intimité. Aux Tamaris, la solution du bastidon séparé du corps principal de la maison avait finalement satisfait tout le monde.

    Sy s'était endormi à coté de Mia, pourtant maintenant il le sentait avec bonheur blotti contre lui. Il se retourna le plus délicatement possible pour ne pas réveiller leur petite femme et le prit dans ses bras en soupirant de soulagement et de satisfaction. Hier soir, il lui en voulait mais ils s'aimaient trop pour que ça dure. Il est vrai qu'avec le recul, il avait agi de façon un peu irrationnelle, comme d'habitude quand il s'agissait de Harry.

    Lorsqu'ils étaient revenus du manoir Malefoy après leur diner qui s'était prolongé par des discussions sur la rentrée toute proche, ils avaient trouvé la maison déserte, abandonnée semblait-il. Comme à Harry, cette impression lui avait été particulièrement désagréable. Leurs amis n'étaient pas revenus, c'était étonnant. Inquiet, il avait essayé d'appeler Harry sur son portable et découvert en entendant la sonnerie retentir non loin de lui qu'ils étaient passés à la maison, étaient ressortis et avaient volontairement laissé leur portable sur le plan de travail de la cuisine. C'est à ce moment qu'il avait commencé à gamberger. Au bout d'une heure, il imaginait le pire. Quand il les avait vus revenir avec leur balai, ivres de vitesse, insouciants, tout souriants alors que lui était mort d'inquiétude, il leur avait fait une véritable scène de diva capricieuse dont il avait un peu honte maintenant.

    Harry avait rit tendrement, Pierre-François l'avait regardé amusé et Jim avait souri avec indulgence et il avait fini étouffé dans leurs bras, laissant dans cette embrassade fraternelle le peu de dignité qui lui restait après son éclat. Ça avait moins plu à ses amours. Hermione s'était contentée de lever les yeux au ciel et de ne plus lui parler mais Sylas une fois la porte de leur chambre refermée lui avait fait bien des reproches à ce sujet, le ton avait monté et même si il sentait tout l'amour qu'il avait pour lui à travers le lien, il n'avait pas réussi à occulter les propos parfois durs de son homme, ils s'étaient disputés et s'étaient, pour la toute première fois, couchés fâchés.

    Sylas avait comparé Erwin et l'amitié qu'il avait pour lui et celle de Draco envers Harry et qualifié cette dernière d'excessive et anormale! Il n'était pas Sy et Harry pas le tranquille Erwin... Il était, lui, possessif en amitié comme en amour. L'aimer c'était le prendre tel qu'il était, si Sy ne savait pas le faire, c'est qu'il ne l'aimait pas! Et si c'était le cas Draco n'avait pas besoin de lui! Bref, il avait été très injuste avec celui qu'il aimait plus que tout et sitôt les paroles lâchées il les avait regrettées, mais sa fierté déjà mise à mal lui avait interdit toutes les excuses qu'il aurait dû faire..

    Tendrement, du bout des doigts, il caressa les paupières fermées sur les yeux d'agate, il suivit la pommette légèrement saillante puis descendit au coin de la bouche, effleurant les lèvres closes qu'il savait douces et accueillantes, avant de se pencher pour lui voler un baiser léger.

    —  Laisse-moi dormir, Dray. fit une voix peu amène.

    —  Je suis désolé, Sy. J'ai voulu te faire du mal comme tu me blessais, je ne pensais pas ce que je t'ai dit. fit-il en resserrant son étreinte.

    —  Moi aussi j'ai été trop loin. soupira Sylas sans pourtant le regarder mais en appréciant les excuses qui lui était faites. Je sais qu'il n'y a rien d'équivoque dans ton amitié pour Harry. C'est juste que je suis jaloux parfois de cette attention de chaque instant que tu lui apportes.

    —  Il y avait eu le matin même le problème avec François-Marie et il était encore présent dans mon esprit ainsi que la haine envers eux que j'ai vue sur son visage. J'ai eu peur, une peur irraisonnée que je n'ai pas su maitriser, c'est tout.

    —  ...

    —  Je t'aime, tu le sais! Par le lien, tu sais tout ce que j'éprouve. A la place de t'énerver, pourquoi ne m'as-tu pas rassuré? Tu m'as laissé partir dans mes délires sans un mot. Ça ne te ressemble pas!

    —  Si souvent je vous sers de médiateur à Mia et toi, si souvent je calme tes angoisses la nuit, si souvent j'essaye le jour de réfréner tes colères… Il m'arrive aussi d'en être las, tendre ami. avoua Sylas. Hier c'était le cas.

    —  Je suis désolé, répéta Draco.

    —  Je le sais ; je le sens. fit avec tendresse Sylas qui se pressa contre lui.

    Il le serra et posa sa joue contre la sienne. Son amour avait raison, il le réalisait. Il était bien trop souvent le tampon entre lui et Mia ou son père, c'est un rôle qu'il avait endossé tout naturellement au début de leur relation et qui lui allait comme un gant. Son calme, son analyse rapide des problèmes, sa diplomatie l'avaient conduit à cet état. Il modérait ce qu'il avait d'impulsif. Il n'avait jamais deviné que ça lui pesait.

      —  Arrête de t'en vouloir...

    —  Je ne m'en veux pas pour hier. Nous nous aimons trop pour que ça affecte notre relation. Nous nous sommes jetés des choses déplaisantes à la tête c'est vrai, mais nous savons tous les deux ce qu'il en est réellement. Par contre, je n'ai pas vraiment fait d'efforts pour tempérer mon caractère parce que je comptais sur toi, parce que j'aime que tu sois là à mes côtés pour me prendre par la main et je n'ai pas compris que ça te blessait, avoua Dray.

    —  J'aime être là, tendre ami, et tout partager avec toi, même tes humeurs... juste que parfois je voudrais souffler un peu. lui murmura-t-il.

    —  Je ne suis ni Erwin, ni Jim..., mon amour, et je ne le serai jamais.

    —  Je sais mon petit dragon cracheur de feu, je le sais... et je t'aime comme tu es! Sois-en sûr! Viens, il est temps de se lever, finit-il en le tirant vers la douche...

    Ils réveilleraient Mia après. Elle ne voulait plus se retrouver nue devant eux estimant son corps déformé et affreux. Quand ils faisaient maintenant l'amour à trois, c'était dans le noir le plus complet. Ses deux hommes ne comprenaient pas, ils ne l'avaient jamais trouvée aussi jolie. Elle n'était enceinte que de quatre mois, sa taille avait un peu épaissi et son ventre était à peine rebondi. Ils auraient voulu caresser cette douce colline qui se dessinait enfin et abritait leurs fils, leur parler, poser les mains, le visage sur la peau veloutée pour y percevoir les premiers mouvements des enfants, mais tous leurs arguments avaient été vains. Ils attendaient avec impatience sa visite à Madame Pomfresh qui aurait lieu à la rentrée.



    oOo



    Quand le trio descendit, ils trouvèrent, comme chaque matin avant les vacances, Sylas et Draco en train de préparer le petit déjeuner de tous. Au bout de la table, une petite forme recroquevillée attendait. Harry reconnut avec surprise Kreattur.

    —  Kreattur?

    —  Oui, Maître Harry, fit l'elfe dans un couinement. Il voulait vous dire que le fils indigne de son ancienne maîtresse est revenu dans la maison.

    —  Je sais.

      —  Kreattur veut travailler pour Maître Harry. Il est méchant, ce traître à son sang. Il ramène des femmes de mauvaise vie qui traitent Kreattur comme un animal, continua-t-il dans un reniflement méprisant.

    —  Tu vas faire quelque chose pour lui, j'espère? fit une voix remplie d'indignation.

    Harry soupira. Si Hermione s'en mêlait, lui, n'en sortirait jamais et pour le moment ce n'était pas tant de l'avenir de l'elfe dont il se souciait que de la sécurité de l'Ordre et de la leur par la même occasion.

    —  Kreattur, ces femmes qu'il a ramenées sont des sorcières?

    —  Le maître a dit que non, mais une d'elle en est une. Elles sont reparties très tôt ce matin. Kreattur a surveillé jusqu'à leur départ ! cracha-t-il avec mépris.

    —  As-tu entendu quelque chose qui peut laisser supposer qu'elles avaient de mauvaises intentions?

    —  Hier soir, la sorcière a écrit une lettre et a demandé à Kreattur de l'envoyer avec le hibou de maître Harry.

    —  Et tu l'as fait?

    —  Je n'obéis à personne d'autre que Maître Harry.

    —  Qu'est devenue cette lettre?

    L'elfe avait changé pour plaire à son jeune maître qui si il n'était pas de sang-pur, était l'héritier de Salazar Serpentard et le traitait correctement, si il était toujours ronchon, il était maintenant proprement mis, il sortit de sous le linge décoloré qui lui servait de vêtement, un parchemin quelque peu froissé. Harry se pencha dessus, ses compagnons lisant par dessus son épaule. Il n'y avait que quelques mots : "Ils ne vivent pas ici. Il n'y a que Black." Pas de signature, pas de marque distinctive. Par acquit de conscience, ils essayèrent le sortilège aparecium ainsi que d'autres sans succès, il n'y avait rien d'autre.

    —  Merci. Tu m'as rendu un grand service. Tu peux retourner à Poudlard si tu veux. Nous y serons dans quelques jours. Je vais voir si il y a possibilité de t'attacher à moi ou de te libérer comme Dobby.

    —  Kreattur est puni parce qu'il n'a pas obéi à Maître Black ?

    —  Puni? mais non! Si tu es libre tu pourras choisir le maître que tu veux.

    —  Kreattur ne veut pas être libre ! il veut servir Maître Harry!

    —  D'accord ! fit Harry agacé. Je vais m'en occuper.

    —  Merci, maître ! Je retourne à Poudlard ! Je ne veux pas aller dans la maison souillée. fit-il en disparaissant.

    Un silence suivit le départ du vieil elfe. Harry échangea un regard grave avec ses deux compagnons, puis se tournant vers ses amis, il leur tendit le parchemin.

    —  Comment se fait-il qu'il m'obéisse encore?

    —  Tu as reçu la maison en héritage, ainsi que ce qui lui était attaché. Sirius est revenu mais je doute qu'il ait fait le nécessaire pour récupérer le quartier général, tant que le changement n'est pas enregistré tu restes son propriétaire. fit Pierre-François.

    —  Par quel moyen une sorcière serait-elle entrée alors que tu es le gardien du secret ? demanda Draco.

    —  Peut-être n'en est-elle pas une? Ecrire quelque mots sur un bout de parchemin et demander à l'elfe de l'envoyer, c'est à la portée de n 'importe quelle moldue. argumenta Jim.

    —  Oui, mais un elfe qui se trompe sur la nature d'un sorcier, ce serait une première. Il n'y a qu'une explication, Sirius l'a fait entrer en même temps que lui grâce au papier que je lui avais donné avec l'adresse inscrite dessus au cas où il en aurait besoin.

    —  C'est bien la pire des perspectives. soupira Hermione. Nous ne sommes plus en sécurité ici non plus car les cheminées sont reliées.

    —  Je vais régler ça immédiatement. Vous avez fini? demanda-t-il à ses deux compagnons.

    —  Laisse-moi avaler mon déjeuner ! protesta Jim

    Cinq minutes plus tard ils atterrissaient dans la cheminée du 12, square Grimmaurd. Sirius, la tête entre les mains, regardait d'un œil torve sa tasse de café refroidie. Il sursauta à peine quand il vit les six amis devant lui. Draco lui tendit une petite fiole de potion contre la gueule de bois. Il fit non.

    —  Je n'ai pas bu!

    —  Tu m'expliques ça? fit son filleul en posant devant lui le morceau de parchemin.

    —  La salope! fit l'ancien gryffondor après avoir lu les quelques mots griffonnés.

    —  On va aller loin avec ça, lui jeta Pierre-François. L'Ordre du Phénix n'est plus en sûreté et Astor's Lodge pareillement, tout ça parce que tu as eu envie de t'envoyer une pute dans ta propre maison. Tu ne sais pas faire ça dehors comme tout le monde!

    —  Je crois que je le suis pas le seul. J'ai entendu dire que certains se faisaient même enlever mettant ainsi le monde sorcier en danger, tout ça pour te trouver un amant d'un soir et tromper mon filleul qui a volé malgré tout à ton secours et qui à ce jour te fait des mamours tant que tu en veux, alors serpentard de mon cœur à ta place, je me tais! railla l'ancien Gryffondor.

    —  Je respecte trop ceux qui sont devenus mes compagnons pour faire ce que tu viens d'énoncer, déclara Pierre-François d'une voix dangereusement calme, et bien que notre vie privée ne te regarde en rien je ne peux pas te laisser croire que Harry, si fier, si droit, admettrait d'être bafoué ainsi. Je ne sortais pas avec eux quand c'est arrivé même si nous nous aimions déjà. Tandis que toi, sans te poser de questions, tu ramasses deux filles dans la rue qui très certainement t'ont fait un rentre-dedans pas possible, tu t'es cru irrésistible et tu as ramené le lot au quartier général de l'Ordre du Phenix. Il est beau le résultat! persifla Pierre-François auquel Harry jeta un regard tendre. Incapable de reconnaître une sorcière, il faut le faire !

    Doucement l'Elu lia sa main à celle de son amant et mit en contact les bracelets, lui rappelant à la fois son amour, sa confiance et l'incitant au calme. Le soupir impatient qu'il entendit lui dit qu'il avait été compris mais que son appel ne plaisait pas.

    —  Je n'ai pas senti sa magie, elles doit être faible. reprit Sirius.

    —  Si j'en juge par ton état quand nous sommes arrivés, tu as pourtant subi plusieurs sorts de confusion si ce n'est un stupefix! Je me demande ce qui s'est passé ici cette nuit. Elles ont certainement opéré une fouille en règle. fit Harry soucieux. Nous allons changer de gardien du secret, faire fermer le réseau de cheminette entre ici et tous les autres lieux pendant un laps de temps indéterminé et prévenir Minerva qu'il leur faut trouver un autre quartier général. Enfin, je vais demander à Jimmy et Jareth de venir analyser les traces de magie et des sortilèges qui ont été utilisés.

    —  Ce sera plus prudent. soupira Sirius.

    —  Qu'as-tu fait au sujet de cette maison, l'as-tu déjà remise à ton nom?

    —  Je n'ai rien changé, je ne vais pas te reprendre ce que je t'ai donné!

    —  Tu devrais le faire afin que la maison traditionnelle des Black reste en dehors de ce conflit.

    —  Tu sais à quel point elle me donne le cafard. Je ne compte pas l'habiter.

    —  Peu importe. Par contre j'aimerais que tu me cèdes Kreattur, je m'y suis attaché et lui à moi.

    Ils changèrent de gardien du secret prenant provisoirement Draco puis s'unirent pour renforcer les protections de la maison.

    Une chose était sûre, même si il faisait des recherches pour fusionner avec la forme inférieure de Gellert Grindewald, François-Marie ne faisait pas que ça. Il semblait les rechercher activement et profitait de la moindre occasion pour tenter de les piéger, tout en luttant certainement contre O'Reilly. Harry se surprit à penser que peut-être il l'avait sous-estimé et que ça risquait de leur coûter cher.



    oOo



    Il était plus de neuf heures quand ils arrivèrent au ministère de la magie. Harry prit Lucius à part pour l'informer de la situation. Celui-ci lança un regard furibond vers le maraudeur avant de s'éclipser pour faire le nécessaire afin que dorénavant le réseau de cheminette sécurisé du ministère ignore le 12, square Grimmaurd.

    La conférence reprit dès l'arrivée de tous les ministres vers dix heures. Si les moldus furent atterrés devant le manque de ponctualité des sorciers, ils n'en dirent rien, tout au plus échangèrent-ils quelques regards de connivence. Ils n'étaient pas encore au bout de leurs surprises. Si c'est l'enseignement qui avait été abordé le jour avant, c'est la politique tant sorcière que moldue qui était sur la sellette celui-ci et elle semblait déchaîner les passions. Chaque article des accords passés fut commenté et plutôt bien noté mais très vite les sorciers abordèrent des points qui n'avaient pas fait l'objet des négociations premières et pour lesquels ils réclamaient un consensus. Les politiciens moldus appelés comme consultants se trouvèrent bientôt pris à partie.

    —  Ça suffit! fit Harry d'un ton sec. Nous ne sommes pas ici pour refaire les accords de Liège. De toute façon, aucun amendement ne sera possible tant que le Conseil de l'Europe sera sous présidence espagnole. En janvier 2000, la ministre des affaires étrangères finlandaise, Madame Tarja Halonen assumera cette charge, nous verrons à ce moment si quelque chose est possible. Les secrétaires d'Etat et ministres moldus qui sont ici aujourd'hui sont venus vous aider à améliorer les relations entre les deux mondes, ils sont vos alliés, non des ennemis, je vous prie de vous en rappeler et de les considérer comme tels. Ils sont mes amis et je n'admettrai pas qu'ils soient traités autrement qu'avec respect. Je vous suggère de reprendre ces débats après le déjeuner quand les esprits se seront calmés. termina-t-il en se levant et en rassemblant ses troupes d'un coup d'œil avant de sortir avec elles, ne laissant d'autre choix aux politiciens sorciers que de se calmer faute d'interlocuteurs.

    Dans son coin, l'espagnol observait. D'une simple phrase, le Sauveur du monde sorcier, un gamin du même âge que le plus jeune de ses fils, venait de faire taire une quinzaine de ministres et d'un regard s'était fait obéir des quatre représentants moldus, de ses partisans dont le ministre de la magie britannique et le directeur du magenmagot. Un jeune homme charismatique, un meneur né sans l'ombre d'un doute dont il avait pu apprécié la droiture et la gentillesse à Grenade, mais aussi quelqu'un qui pourrait se révéler très dangereux. Sans le savoir, il rejoignait dans son opinion son homologue moldu.

    Les débats reprirent plus calmement vers quatorze heures et se prolongèrent jusque vingt deux heures. Chaque sorcier s'en retournait chez lui avec un plan de réforme de son enseignement, des pistes pour éviter les problèmes avec les moldus, des solutions juridiques pour contrer les existants... et l'idée que le chemin vers l'entente serait long mais qu'il était possible. Ils se reverraient dans le courant du mois de septembre quand ils en auraient discuté avec les membres de leurs cabinets respectifs.

    Les trios transplanèrent au restaurant préféré de Pierre-François, le Magellan en compagnie de Michel, William et Helmut. Lucius, Kingsley et Sirius étaient aussi de la partie. Comme d'habitude Hermione était la seule femme parmi une gente exclusivement masculine. Le maître d'hôtel les vit arriver avec plaisir, prévenu par téléphone depuis plus de deux heures, il les attendait avec impatience. Une tablée de clients pareils dont une partie étaient des habitués, ne se refuse pas mais, une fois de plus, sa femme ne serait pas contente de le voir rentrer aussi tard.

    Ils parlèrent peu de la conférence qui était déjà derrière eux et plus de la rentrée qui se profilait et qui serait source de bien des changements. En les écoutant, Harry avait déjà l'impression que les vacances étaient finies et avait hâte de retrouver les Tamaris pour oublier l'échéance trop proche, Hermione redoutait de se trouver séparée de ses hommes qui seraient à Cambridge et remettait sa décision en cause, Jim, même si son amphithéâtre l'attendait, avait peine à s'imaginer endossant l'habit de professeur à Poudlard et Cambridge. Enfin chaque membre du trio avait difficile de réaliser qu'ils n'auraient plus le même emploi du temps que les autres. Si Pierre-François allait pouvoir jongler avec les horaires pour faire coïncider les heures de Harry et Jim à Poudlard, Minerva n'avait aucune raison de prendre cette peine. Les deux plus jeunes qui il n'y avait pas si longtemps croyaient vivre à Cambridge la semaine et ne rentrer à Poudlard auprès de leur amant que le week-end trouvaient maintenant que rester éloignés de lui les journées étaient déjà une souffrance. Ce dernier finit par remarquer leur silence et s'en inquiéter. Il connaissait bien maintenant ce petit pli mécontent entre les sourcils de Harry et cette moue boudeuse de Jim, signes que quelque chose n'allait pas.

    —  Fatigués mes agneaux? leur souffla-t-il.

    —  Non! fit Harry en secouant la tête.

    —  Non non... ça va ! le rassura Jim avec un sourire sans toutefois arriver à le convaincre.

    Ils firent un effort pour ne pas l'inquiéter. La conversation s'aiguilla sur un autre sujet et le sourire réapparut sur le visage de ses deux jeunes compagnons. Cela donna à réfléchir à Pierre-François. Apparemment la rentrée leur posait un problème et il se mit à la redouter à son tour.

    Il était plus d'une heure du matin quand ils atterrirent dans le chemin devant les "Tamaris". Harry aspira goulûment une bouffée d'air tiède chargé d'iode et du parfum des fleurs du jardin. Son bras toujours autour de la taille de Jim, il chercha le contact avec Pierre-François qui lui semblait bien lointain, il l'attira vers lui, lui volant un baiser avant de poser sa joue contre la sienne en soupirant d'aise.



    oOo

     

    —  Il faut qu'on parle de la rentrée et de ce qui ne vous plait pas, fit ce dernier quelques minutes plus tard alors qu'ils étaient tous les trois couchés pour dormir.

    —  Encore ! gémit Harry.

    Oui, encore, confirma Pierre-François. Je voudrais savoir ce qui ne va pas. Est-ce la perspective de vivre tout le temps ensemble qui vous angoisse? Si c'est le cas je peux faire l'effort de vous laisser de l'espace. acheva-t-il avec difficulté.

    —  Où as-tu été chercher ça? demanda Harry stupéfait. Ce serait plutôt le contraire pour ma part. Nous avons l'habitude d'être toujours ensemble et là tu seras à Poudlard à te consacrer à la bonne marche de l'école ce qui est plus qu'un emploi, c'est un sacerdoce et nous nous serons à Cambridge en train d'essayer d'apprendre la politique sorcière pour exercer un métier qui nous mangera tout notre temps et nous fera oublier jusqu'au sens du mot amour et bonheur.

    —  J'ai l'impression que nous avons déjà eu une conversation à peu près semblable, mon amour, fit-il amplement soulagé.

    —  Je sais que tu ne conçois pas une vie d'oisiveté, je sais que tu as besoin de te consacrer à quelque chose d'autre que nos précieuses personnes et que tu as déjà plein de projets pour Poudlard sans oublier le tournoi des trois sorciers que je suis sûr tu vas organiser en plus. Parfois, je me demande quelle place nous tiendrons encore dans ta vie.

    —  Mon agneau... Rien ne m'est plus cher que votre bonheur, ne sois pas injuste. fit-il doucement avec des reproches dans la voix. Vous tiendrez toujours la première place et je ferai tout ce que je peux afin d'être le plus souvent possible avec vous, parce que ça m'est essentiel aussi. Et toi Jim?

    —  Je sais que nous ne pouvons toujours être ensemble, même Harry et moi nous devrons nous séparer pour assumer notre rôle de professeur donc je me suis résigné à ça, par contre enseigner me fait peur.

    —  Ce ne sera pas différent des cours de karaté que tu donnes à l'AD et tu n'as éprouvé aucune difficulté, ni à te faire entendre, ni à partager ce que tu savais. Je crois que tu te tracasses pour rien. Tu es doué pour ça, même si ça te demande des efforts de patience.

    —  A ton tour ! fit Harry. Que redoutes-tu dans cette rentrée?

    Le silence qui suivit la question les surprit tous les trois. Pierre-François, pris de court, ne se décidait pas à avouer ce qui le préoccupait, ses deux compagnons qui avaient l'habitude de sa franchise, de son audace parfois, en étaient stupéfaits. Son compagnon se pressa contre lui, prit son menton entre le pouce et l'index et tourna son visage vers lui jusqu'à plonger ses yeux dans le regard clair.

    —  Explique, amour...

    —  Vous allez découvrir un nouveau milieu, fit-il avec un soupir. Faire d'autres découvertes, tisser des liens où je ne serai pas et ...

    —  Arrête tes belles phrases, Pierre-François ! le coupa brusquement Harry. Tu as peur que nous tombions amoureux de quelqu'un d'autre?

    —  Cela n'aurait rien d'impossible. admit l'ainé.

    —  P'ti loup! murmura Jim.

    —  La vie est ainsi faite... Ne pensiez-vous pas n'aimer jamais que l'autre? Jim que Harry et Harry que Jim? Je suis pourtant là.

    —  Donc tous nos serments d'amour sont vains ? Et ce n'est même plus la peine de te dire qu'on t'aime? le taquina tendrement Harry.

    —  L'amour, c'est vrai, n'est jamais acquis, mais si tu dois te torturer pour quelque chose qui n'arrivera certainement pas tu vas gâcher ce que tu peux vivre avec nous, p'ti loup.

    Il ne pouvait rien répondre à ça. Il se contenta de les embrasser avec passion, avec tout l'amour qu'il avait en lui pour eux. Il eut beaucoup de mal à s'endormir. Certains jours tout était facile et d'autres tout était à cet opposé. Il suffisait parfois d'une petite phrase entendue au détour d'un couloir pour gâcher, salir, comme cet après-midi. Il revoyait les deux ministres sorciers et entendait encore et encore le dialogue surpris.

    « —  … il est béat d'admiration devant son compagnon ! le descendant de Grindelwald, rien que ça !

    —  Amourette de jeune homme. L'autre est séduisant, parle bien, représente le fruit défendu, ça n'aura qu'un temps très court...

    —  Je le pense aussi mais je crains les dégâts que peuvent faire ces deux frères maudits... »

    Il dormit quelques heures d'un sommeil agité. Ce sont de légers baisers sur son torse et des mains douces qui le réveillèrent et dès qu'il ouvrit un œil, les tendres caresses s'interrompirent.

    —  Bonjour, mon loup.

    —  ...

    —  Tu dors mal. Tu t'agites, tu gémis...

    —  ...

    —  Alors maintenant, tu vas m'expliquer pourquoi celui qui semblait sûr de mon amour au point de me choisir pour compagnon s'est mis à en douter au point d'en perdre le sommeil.

    —  ...

    —  Tu me connais, mon loup, je ne te lâcherai pas tant que je ne le sais pas...

    —  C'est une raison idiote et je me le répète depuis hier.

    —  Mais tu n'es pas arrivé à oublier ce que tu qualifies d'idiotie alors on va en parler et on la chassera à deux de ton esprit...

    Pierre-François soupira, il connaissait l'entêtement de son agneau, si il se taisait c'était la dispute assurée. Il lui raconta la conversation surprise, se trouvant stupide au fur et à mesure de son récit. Le sourire tendre mais un peu moqueur de Harry ne l'aida pas à terminer son histoire.

    —  Je t'aime, tu le sais. Quelle importance peut avoir ce genre de mesquinerie en regard de ça? Comment as-tu pu te laisser déstabiliser par deux inconnus qui ne savent rien de nous? Je te croyais si sûr de toi, si sûr de moi... lui souffla Harry en repoussant amoureusement les longues mèches blondes loin de ses yeux.

    —  Il n'y a pas un jour où je ne me reproche de t'avoir passé ce bracelet elfique, mon agneau. Je l'ai fait par amour sans penser à quoi je t'exposais

    —  Même si j'aime être ton agneau, je n'en suis pas un. Dès le début je te l'ai fait.. comprendre, fit Harry en jouant avec le pendentif-portoloin qu'il avait passé au cou de son amant au tout début de leur lien. Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi ce loup aux yeux d'émeraude. Je savais que t'aimer ne serait pas de tout repos. C'est conscient de ça que je me suis engagé dans notre relation et à aucun moment je ne l'ai regretté. Et quand bien même il y aurait des dizaines d'étudiants beaux, riches, cultivés, en un mot, parfaits, dans cette université, aucun ne serait comparable à toi parce que tu es exceptionnel pour moi. Je suis tien et tu es mien et nul ne peut rien y faire, même pas nous.

      Pierre-François retrouvait dans les propos de Harry, l'écho de ses pensées du jour précédent. Il l'attira contre lui, les mains au creux de ses reins, le serrant avec emportement. C'est sa bouche qui lui répondit violentant presque la sienne et après une lutte interminable, ils se trouvèrent haletants les yeux dans les yeux, front contre front.

      Harry se laissa aller en arrière, reprenant sa place précédente entre ses deux amours, pour une fois ce fut son loup qui se blottit contre lui, il attira fermement Jim à lui, posa ses lèvres au coin de sa bouche, sur ses paupières puis sur le front bruni avant d'appuyer sa joue sur les courtes boucles. Il ferma les yeux et se rendormit.

    oOo



      Le soleil était déjà haut dans le ciel quand ils s'éveillèrent pour de bon. Nullement pressés de se lever, lovés dans une même étreinte, ils établissaient le programme des deux jours et demi qu'ils avaient à eux avant de passer le week-end à Toulouse chez Sylas, Draco et Hermione. Programme sur lequel ils étaient très vite tombé d'accord et qui consistait à juste profiter du soleil, de la mer et de leur présence mutuelle. Ils entendirent une galopade le long du couloir puis une seconde...

    —  Viens ici, Lily, tu dois laisser dormir Papa! fit la voix d'Aymeric.

    —  Mais il est l'heure de se lever, répliqua une autre plus aigüe.

    —  Ils sont rentrés tard, ils étaient très fatigués. Tu dois les laisser se reposer !

    —  Tu n'en sais rien ! C'est mon papa à moi, c'est pas le tien ! ragea la petite fille.

    —  Mon père dort aussi. soupira Ay.

    —  Qu'est-ce que vous faites là? demanda la voix claire de Cloud.

    —  J'empêche Lily d'entrer et de les réveiller mais elle est têtue.

    —  C'est une fille même si elle n'a que trois ans, il faut la séduire, fit la voix basse de Justin.

    —  Viens petite sœur, on va manger un croissant plein de marmelade, tu reviendras après. fit à nouveau Cloud.

    —  Avec une tasse de chocolat?

    —  Si tu veux. confirma le garçon.

    —  Je ne vois vraiment pas ce que tu fais de plus que moi ! C'est ce qu'elle mange tous les matins ! grommela le plus jeune pendant qu'ils s'éloignaient.

    Les trois dormeurs se regardèrent complices avant d'éclater d'un rire le plus silencieux possible.

    —  Dire que ma fille m'oublie pour un peu de confiture sur une viennoiserie, se moqua Pierre-François.

    Après un déjeuner pris avec les enfants, ils descendirent tous les trois au bureau. Le courrier et les rapports les y attendaient. Harry reconnut de suite l'écriture de Liam sur une enveloppe caractéristique du Magenmagot et s'en saisit, ses deux compagnons guettaient les expressions sur son visage, attendant des informations qui tardaient à venir.

    —  Rien ! Ils n'ont rien trouvé ! Le beau-fils du ministre est toujours en pleine confusion et ne se rappelle que de son enfance. Ton frère l'a certainement observé pendant plusieurs jours pour que son beau-père ne s'aperçoive pas de la supercherie. Je crois qu'il faut chercher de ce coté.

    —  Tu penses que mon frère a effacé sa mémoire parce qu'il savait quelque chose d'important, quelque chose qui pouvait nous apporter un élément contre lui.

    —  Oui, c'est ce que je crois. On va attendre un peu pour voir si il retrouve quelque souvenirs mais à mon avis c'est peine perdue. Nous fouillerons alors la vie de cet homme de A à Z en espérant trouver l'élément en question. Nous ne pouvons rien négliger.



    —  Et pour le quartier général?

    —  Jimmy et Jareth n'ont pas encore envoyé de rapport.

    —  Ils ont l'expérience nécessaire? demanda Jim.

    —  Je préfère moins d'expérience et qu'ils soient sûrs... soupira Harry en passant une main nerveuse dans ses cheveux rebelles.

    Ils travaillèrent jusqu'à l'heure du repas, négligeant leur entrainement physique pour rattraper le retard qui s'était accumulé pendant leur séjour en Espagne puis en Angleterre. Ils appréciaient cette atmosphère calme, studieuse qu'ils partageaient à trois, ce sentiment d'être les éléments d'un même dessein, de forger un destin conjoint. Il y avait presque une jouissance dans cette communion.



    oOo



    Ils passèrent l'après-midi à la plage, retrouvant avec plaisir les joies simples de faire du bateau ou de jouer en compagnie des enfants sous l'œil indulgent du vieux Gauthier assis sur une chaise longue sous un parasol.

    Allongé de côté sur le sable, la tête posée sur l'estomac de Jim endormi, Harry regardait son compagnon jouer avec Lily. Il repensait aux divers côtés de celui-ci qu'il découvrait au fil des jours avec infiniment de bonheur. Pierre-François les yeux brillants du plaisir de la vitesse en bateau ou sur un balai, Pierre-François enseignant ou discourant avec maestria devant les ministres, Pierre-François fragile, doutant de leur amour, de leur avenir et le cachant par pudeur, Pierre-François ardent amant au tempérament passionné s'oubliant, se perdant dans la jouissance... Justement, il se tournait vers eux, vit son regard et une expression d'amour transforma son visage illuminant jusqu'à ses yeux clairs.

    Un mouvement de Jim le ramena à son fiancé qui s'éveillait. Il était, lui, sa force tranquille. Depuis leur rencontre, il était toujours à ses côtés pour l'épauler, il n'avait jamais plus eu peur de la solitude. Ce qu'il éprouvait envers lui était incommensurable. Il se redressa pour permettre à Jim d'en faire autant. Assis côte à côte, ils regardaient maintenant vers le large. Sans même s'en rendre compte, tant ça lui était devenu naturel, il avait passé sa main autour de sa taille et Jim s'était alangui contre lui, la tête posée sur son épaule. Soulevant son visage du bout des doigts, il l'embrassa avec tout l'amour qu'il y avait dans ses pensées quelques secondes auparavant puis nicha à son tour son visage dans son cou respirant encore et encore son odeur sensuelle mêlée à l'Eau Sauvage. Il fut tiré de sa rêverie par une petite voix excitée qui babillait.

    Leur princesse sur les bras, Pierre-François revenait vers eux et n'était plus qu'à quelques mètres. Après l'avoir posée devant eux avec son seau, ses pelle, râteau, formes et moulin, il se laissa tomber à coté d'eux, se coucha sur le sable, tourné vers la mer, les cuisses de Harry en guise de coussin. Ce dernier caressait doucement les longues mèches soyeuses tout en surveillant la petite.

    C'est ainsi que les trouvèrent les quatre jeunes qui revenaient de la plage voisine accompagné de deux jeunes filles et un garçon de l'âge de Sylvain et Aymeric. Ils ne bougèrent pas, nullement gênés de s'aimer, même si ils virent les regards un peu choqués voire dédaigneux des arrivantes, ils échangèrent au contraire un coup d'œil complice et moqueur. Il était loin le temps où Jim cachait son penchant pour les garçons à Cambridge, l'amour de Harry l'avait affranchi de ses craintes, de ses hontes. Fanny et Marine vinrent les rejoindre avec un panier de gâteaux et des boissons fraîches qu'ils partagèrent entre tous. Bien moins occupées depuis que leurs invités étaient repartis, elles passèrent la fin de la journée avec eux.

    Ils jouèrent au beach-volley, Pierre-François, Harry et Jim avec les trois jeunes garçons contre Justin, Cloud et les quatre filles. Ils notaient la curiosité des visiteuses qui leur lançaient des regards dérobés mais insistants. Quand ils gagnèrent et que Jim s'écria pour Harry qui venait de marquer le point décisif « Bravo, mon amour ! » et Aymeric « Bravo Pa ! », le jeune garçon plus candide que ses sœurs ne put retenir la question qui le préoccupait.

    —  Ça ne peut pas être ton père, il est trop jeune et puis il est gay.

    —  Mes parents sont morts, Harry m'a adopté. Il m'a choisi pour fils et moi je l'aime autant que si c'était le cas, alors il est normal que je l'appelle papa.

    —  Merci fils, fit doucement ce dernier.

    —  Je vous aime beaucoup aussi, continua l'enfant en regardant les deux compagnons de Harry. Toi Jim, je sais que tu m'aimes même si tu veux le cacher et que tu as moins de patience mais je connais tes efforts, toi Pierre-François parce que tu es toujours indulgent mais ferme et juste. Tu veilles perpétuellement à ce que les envies, les besoins de tous soient satisfaits et tu m'as donné une adorable petite sœur. Nous formons une vraie famille et rien d'autre ne compte pour moi.

    J'étais tout seul dans une grande et riche maison, avec tous les jouets que je voulais. Mes parents étaient trop pris par leurs activités professionnelles ou mondaines et c'est une nurse anglaise qui s'occupait de moi. Je ne les voyais que rarement, pourtant à leur mort, je me suis senti plus seul que jamais et maintenant encore, parfois, ils me manquent. Un oncle qui m'était totalement inconnu est venu me chercher. Heureusement, je n'ai vécu avec lui que quelques jours avant d'aller à l'école de Poudlard comme l'exigeait le testament de mes parents pendant que son fils, mon cousin, allait dans une autre école. Je n'ai retrouvé de l'amour dans les yeux de quelqu'un, fit-il à Harry que lorsque tu les as posés sur moi la première fois, il y avait en toi toute la tendresse du monde, je n'ai jamais su pourquoi.

    —  Parce que tu me rappelais deux des personnes que j'aime le plus. Je revoyais l'insolence et la morgue de Draco quand il avait ton âge et l'espièglerie joyeuse de Sirius.

    —  Tu t'es occupé de moi depuis.

    —  Je connaissais ton oncle et ce dont il était capable. Je ne voulais pas que tu subisses ce que d'autres avaient connu en vivant dans son entourage. Nous reparlerons de ça, Ay. Le moment est mal choisi.

    —  Alors fit-il au garçon après un geste entendu vers Harry, peu importe qu'il soit gay et que j'aie trois papas à la place d'une mère et d'un père. J'ai une famille, un grand frère, une petite sœur, des amis. Je ne veux rien d'autre.

    —  ...

    —  Et avant que tu me le demandes, je ne sais pas si je serai gay plus tard. Cloud et Justin sortent avec des filles, oncle Sirius aussi.



    oOo



    Le lendemain soir, Didier et Harry cuisinaient sur la plancha pendant que Jim et Pierre-François disputaient une partie d'échecs sorciers devant un apéritif, les quatre garçons jouaient au tennis de table et Lily gazouillait ce qui devait être une berceuse à sa poupée préférée quand surgirent Jimmy et Erwin. Si ils avaient l'air détendu, le trio se doutait qu'ils n'étaient pas venus uniquement pour boire un verre en leur compagnie. Une fois de plus la politique du monde sorcier s'invitait dans la vie de son Sauveur. Jim vit Erwin poser brièvement une main rassurante sur son épaule au passage. Pierre-François fit rajouter deux couverts. Dès qu'il eut terminé la cuisson de ses gambas, Harry vint s'asseoir à leurs cotés, se servit un verre de vieux porto avant d'écouter le rapport informel de Jimmy, en même temps, il décortiquait les crustacés brûlants et les offrait à Jim qui avait horreur de faire ça, aimant mieux s'en priver.

    —  Je sais que nous nous verrons demain soir Harry mais j'ai préféré venir te mettre au courant de ce que j'ai trouvé. Nous avons identifié une des deux filles, c'est une jeune serveuse de vingt six ans qui travaille dans une taverne proche du square Grimmaurd. Je l'ai interrogée et elle ne se souvient même pas de ce qu'elle a fait ce soir là, manifestement on ne lui a pas laissé l'opportunité de s'en rappeler.

    Dans la maison, il y a eu plusieurs sorts utilisés si j'en crois les relents de magie qui y subsistent dont un soutenu, certainement l'imperium, mais ce n'est pas le plus important, nous y avons trouvé un follixe et des micros moldus. Un follixe, expliqua-t-il en voyant les regards perplexes posés sur lui, c'est ce petit module qui permet à la technologie moldue de fonctionner correctement dans notre monde plein d'ondes magiques. Il est présent sur chaque réseau informatique ou de téléphonie. Ce qui a été installé au quartier général c'est un matériel très sophistiqué d'écoute, peut-être destiné à épier les réunions de l'Ordre plus probablement les conversations pour savoir où vous vivez.

    —  Tu te bases sur le message découvert par Kreattur je suppose?

    —  En effet. Nous avons tout mis hors d'état.

    —  Bien !

    —  J'ai déjà téléphoné à ma sœur afin de l'informer que nous passerons demain matin au castel pour voir si rien n'a été installé en leur absence.

    —  Les protections y sont très importantes.

    —  Contre les sorciers oui ! mais il n'y a pas de sortilège repousse-moldus.

    —  C'est exact nous ne pouvions pas car il est classé monument historique et repris sur tous les dépliants touristiques de la région.

    —  Donc il y a une grosse faille dans sa protection.

    —  Dans celle de l'hôtel Saint-Maur aussi puisque le même problème se présente.

    —  Je vais m'arranger avec Sylas, nous irons voir demain avant de rejoindre Toulouse. Vous n'y serez qu'en fin de journée je crois?

    —  Oui.

    —  Vous avez demandé à la serveuse si elle y connaissait quelque chose en électronique? intervint Jim.

    —  Ce n'est pas le cas, fit Jimmy.

    —  Donc c'est la seconde femme qui a fait cette installation, qui demande je suppose un minimum de compétences dans le domaine? poursuivit-il.

    —  Où veux-tu en venir? questionna Harry.

    —  A ce que disait p'ti loup hier lors de la conférence. Les sorciers pour apprendre à installer ce genre de matériel font des stages en monde moldu et passent rarement inaperçus.

    —  Bien vu Jim ! Je vais demander à Jareth de poursuivre dans ce sens, fit Jimmy.

    D'un geste impatient, Pierre-François posa quelques grosses crevettes nettoyées sur l'assiette de Jim pour que Harry puisse en manger aussi, ce qui amusa Erwin qui était en face d'eux. Il avait vu la nervosité de l'ainé croître de minute en minute en regardant Jim manger distraitement ce que lui donnait Harry, ce dernier se tourna vers son amant avec qui il échangea un sourire. Il connaissait peu le futur directeur de Poudlard, il le voyait très amoureux et le savait jaloux mais le pensait capable de maitriser ce dernier sentiment, contrairement à Jim, bien entendu cette opinion n'engageait que lui.

    Quand Harry reprit sa place devant la plaque de cuisson, Pierre-François le suivit, appuyé sur la balustre de la terrasse, il discutait avec lui ignorant les autres qui parlaient politique. Complices, ils avaient l'air de faire des projets et lorsque l'aîné quitta la terrasse pour revenir avec son portable sur lequel il pianota allègrement, Jim ne put retenir un grognement de dépit qui fit rire Erwin sous cape.

    —  Qu'est-ce qu'ils me mijotent encore ces deux là ! grommela-t-il.

    —  Tu disais Jim? fit Jimmy.

    —  Rien excuse-moi. dit-il mal à l'aise de son inattention.

    Le repas se poursuivit dans la bonne humeur. Jim jetait bien de temps en temps un petit regard interrogateur à son fiancé qui lui faisait des gros yeux qui voulaient dire « plus tard quand on sera seuls ». Ils étaient devant un grand irish coffee à la crème onctueuse à souhait que Harry sirotait avec des airs de chat gourmand sous l'œil attendri de Pierre-François, lorsque les discussions s'aiguillèrent vers la rentrée universitaire.

    —  J'ai suivi ton conseil, j'ai remplacé les cours facultatifs que j'avais choisis par ceux de sciences politiques, commenta Erwin.

    —  Quelle branche as-tu prise ? interrogea Jim qui voyait déjà le "petit page" de son amour présent à leurs côtés sans arrêt.

    —  L'histoire de la sorcellerie et des trois magies, précisa le serpentard.

    —  Toi aussi Jimmy?

    —  Non ! Harry n'a nul besoin de deux personnes qualifiées dans la même branche, j'ai choisi l'étude des manipulations de l'esprit et des auras magiques, mais en accord avec Minerva et Lucius je n'ai pris aucun cours facultatif, je continuerai à travailler au ministère quelques heures par semaine pour me tenir au courant et aussi informer la Fratrie.

    — Vous voulez dire que vous avez choisi vos études en fonction des postes à pourvoir dans le monde sorcier quand il sera soit ministre soit directeur du magenmagot?

    —  Bien sûr. Nous ferons le chemin ensemble. précisa Erwin.

    —  Tu étais au courant? demanda-t-il en se tournant vers Harry.

    —  Oui, répondit simplement ce dernier.

    —  Je dois m'attendre à retrouver d'autres de nos amis sur les gradins des amphi? poursuivit Jim d'un ton cassant.

    —  Ernie et Terry Boot en droit et fiscalité sorcière, Luna en Connaissance approfondies des créatures magiques, Seamus et Justin Finch en Etudes des grimoires et langues anciennes, les soeurs Parvati en langues modernes.

    —  J'espère pour toi que je ne serai pas assis à coté de Dean ! railla Jim avec rage.

    —  Non ! Lui et Susan Bones vont faire l'école de journalisme à Londres du côté moldu. Jim, il avait toujours été dit que je ferais au mieux pour le monde sorcier, fit Harry calmement, c'est ce que je fais. La fratrie est notre groupe et reste uni.

    —  Il en manque ! fit Erwin. Lavande et Neville?

    —  Ils n'étaient pas désireux de continuer leurs études, intervint Pierre-François. Lavande s'occupera de la crèche à Poudlard sous les ordres de Madame Pomfresh et Neville assistera le professeur Chourave.

    —  Et dans notre maison ? interrogea Erwin.

    —  Peu ont refait la septième à Poudlard, Theo est en France, Blaise vous savez...

    Pierre-François détourna habilement la conversation sur leur séjour en Espagne et la conférence qui venait provisoirement de se terminer. Les enfants étaient allés se coucher et longtemps ils discutèrent de l'avenir de leur monde. Il était tard quant ils prirent congé, ils se retrouveraient dès le lendemain à Toulouse.

    Jim avait participé avec animation à la conversation générale, maintenant il était étrangement silencieux.

    —  Tu comptais me le dire quand? se décida-t-il à demander d'une voix qu'il voulait calme.

    —  Ça a toujours été prévu ainsi, mon cœur. Dans mon esprit, c'était évident. Je ne vois pas ce que ça change pour nous?

    —  ...

    —  Tu savais que de nombreux élèves de Poudlard se dirigeraient vers la nouvelle université. Je n'ai cité que ceux de la septième bis mais très certainement il y en aura aussi beaucoup de la septième. Ils fourniront le gros des étudiants. Et encore une fois, je ne comprends pas pourquoi tu en fais un problème !

    —  Et ça ne te gêne pas que ce soit pour te suivre plus tard?

    —  Je préfère travailler avec des amis, des membres de la Fratrie en lesquels je sais que je pourrais avoir confiance plutôt qu'avec des étrangers c'est certain, mais je n'ai rien demandé. Jimmy et Erwin sont les seuls qui m'en aient parlé et je leur ai donné mon avis quand ils l'ont sollicité. Ils ont fait les choix seuls.

    —  Je suppose que tu étais au courant de tout ça ? fit-il en se retournant vers leur loup.

    —  Non ! Je savais au sujet de Lavande et Neville puisque je les ai engagés à Poudlard.

    —  Tu trouves ça normal?

    —  Harry ne nous a pas parlé de sa conversation avec Jimmy et Erwin, ce n'est pas un drame. J'avais bien oublié de vous raconter mon projet de crèche pourtant vous êtes concernés aussi puisque Lily y entrera dès la rentrée. Pour le reste c'est eux qui ont choisi pas lui.

    —  Et ça ne te dérange en rien?

    —  Jim, dis plutôt que c'est la présence de certains aux cotés de Harry qui te gêne. fit leur loup avec un petit sourire.

    —  Toi pas?

    —  J'ai d'avantage peur de l'inconnu que d'Erwin qui aime profondément Jimmy d'un amour calme et entier. soupira Pierre-François.

    —  Nous sommes heureux ensemble, pourquoi irais-je chercher ailleurs?

    —  Ne t'emballe pas, amour. fit tendrement Pierre-François. C'est aussi la peur du changement et que tout se modifie y compris notre amour.

    —  Et vous croyez que je ne la ressens pas moi? Pourquoi donc pensez-vous que je n'ai pas envie d'aborder le sujet? La marche du temps est inévitable et la seule chose qui me console c'est de me dire que ce chemin là, je vais le faire à vos côtés. Je suis aussi possessif et jaloux mais j'essaye de raisonner.

    —  Je n'ai jamais fait attention à quelqu'un d'autre que vous deux depuis que nous sommes ensemble ! fit tendrement leur compagnon.

    —  Ce n'est pas toi qui regarde, ce sont les autres qui te dévorent dès que tu apparais, se moqua gentiment Harry. Cependant, mon loup, je me suis posé des questions quand j'ai vu que tu t'entendais bien avec Charlie.

    —  Tu ne m'as rien dit ! fit-il stupéfait mais au fond de lui même assez satisfait de cette jalousie de son amour qu'il n'avait pas soupçonnée.

    —  J'ai préféré attendre, il n'y avait rien d'anormal à ça. Je ne vais pas te priver de parler à d'autres sous prétexte que je t'aime, si ? Quant à toi Jim, toi et ton goût pour le corps des femmes... tu crois que je suis sans inquiétude?

    —  Je t'aime, Harry.

    —  Moi aussi ! Pourtant apparemment, ce n'est pas suffisant. M'être engagé envers toi officiellement non plus ! Qu'attends-tu de moi?

    —  Mais rien de plus que ce bonheur et qu'il dure.

    —  C'est bien toi qui disait qu'à force de se poser des questions Pierre-François allait se gâcher les moments qu'il passait avec nous ? Alors peux-tu me dire ce que tu fais ? fit-il en attirant Jim d'une main posée dans sa nuque jusqu'à poser son front contre le sien avant de doucement presser sa bouche sur la sienne. Explique moi, mon tout-beau, vers où tu t'éloignes. lui souffla-t-il.

    —  Je suis là, à tes côtés, n'en doute pas.



    oOo



    Ce n'est que bien plus tard, après l'amour, en s'endormant entre eux, serré dans leurs bras que Jim se rappela leur complicité sur la terrasse et le fait qu'ils avaient l'air de faire des projets... Sans le réaliser, il s'agita entre leur corps, se trémoussa, soupira...

    —  Qu'y a-t-il ma tendresse? murmura Pierre-François réveillé par son agitation.

    —  Tantôt sur la terrasse vous parliez de quoi dans votre coin ?

    —  On cherchait une idée pour l'anniversaire de Justin.

    —  Et vous avez trouvé?

    —  On en a deux ou trois mais on t'attendait pour prendre une décision. fit l'aîné en passant une main caressante dans les boucles douces.

    Il sourit en entendant Jim soupirer de soulagement ou de bien-être il ne savait, puis très vite son souffle devint régulier. Par dessus son corps, il chercha la taille ou la hanche de son jeune compagnon dont cette nuit il se trouvait loin alors qu'il sentait au plus profond de son être qu'il avait besoin de lui. Harry saisit sa main et entrelaça leurs doigts. Quand il se réveilla avant même que l'aube soit là, il n'y tint plus, se leva, fit le tour du lit et se glissa contre son dos. Il fut à peine surpris de l'entendre lui demander de le serrer très fort contre lui.

    —  Je suis là, mon doux amour, je t'aime. lui souffla-t-il la bouche effleurant son oreille.

    Il voulut caresser son visage et fut bouleversé de le trouver mouillé de larmes. Il l'obligea à se tourner vers lui, doucement, il fit voyager ses lèvres des yeux aux coins de la bouche, buvant les perles salées au passage. Il n'avait besoin d'aucune explication. Une fois de plus, ses démons avaient envahi Harry, son passé avait ressurgi et ramené ses blessures, sa souffrance, ses incertitudes.

    —  Nous serons là pour faire le voyage de la vie avec toi. Ne doute pas de ce que tu fais, des décisions que tu prends pour le monde sorcier, jamais. Depuis tes onze ans, tu t'y consacres. Tu fais toujours au mieux.

    —  Tu seras toujours là?

    —  Oui ! Tu es mon compagnon.

    —  Si un jour tu penses que j'ai tort, promets de me le dire !

    —  Je te le promets, mon âme.



    oOo



    Hermione ouvrit les yeux péniblement. Leur place était vide, ses hommes étaient certainement levés depuis longtemps. Elle eut une petite grimace à sa propre adresse, elle devenait de plus en plus paresseuse, non que sa grossesse la fatiguait mais elle s'ennuyait. Jamais elle n'aurait osé le dire à ses deux amours qui s'en serait sûrement vexés, mais le fait était là, elle s'ennuyait. Loin de ses livres et grimoires, elle n'apprenait rien et pour elle c'était comme mourir lentement. Chaque fois qu'elle voulait prendre un livre sérieux, Dray et Sy se récriaient qu'ils étaient en vacances. Elle était impatiente de voir la rentrée arriver. Pierre-François semblait avoir plein de projets pour Poudlard et elle avait compris qu'il était prêt à lui en confier une partie.

    Etant donné la vie trépidante du jeune sorcier et son dynamisme, elle avait pensé qu'il se vouerait corps et âme à son travail, ça ne semblait pas être le cas. Il aimait cet emploi de directeur, l'idée d'apporter à ses élèves une nourriture spirituelle, mais aussi une éducation ouverte sur le monde et il lui convenait très bien. Dumbledore avait été un grand directeur, il avait dirigé l'école, géré le conflit avec Voldemort, protégé leur monde mais il avait mené Poudlard sur le chemin de la continuité et s'était contenté de prôner le rapprochement sans un seul changement pour y arriver. Pierre-François serait le directeur des réformes entre avancée vers le monde moldu, ouverture à toutes les formes de magie, accord des maisons et préparation des élèves à l'université sorcière. Pourtant il ne lui avait pas caché que sa vie privée passerait toujours en première place. Elle en avait été sidérée.

    Lorsqu'il l'avait vu, il n'avait pas hésité à lui confier que c'était pour eux qu'il avait décidé de prendre une sous-directrice et à la demande surtout de Harry qui craignait que Poudlard l'accapare. Quand il parlait de son jeune compagnon, Pierre-François changeait de visage, ses yeux devenaient rêveurs, ses traits s'adoucissaient et un sourire flottait sur ses lèvres, tendre, léger, exactement comme Jim. Il refusait de se laisser manger par Poudlard au détriment de son bonheur. Harry et Jim avaient envie d'adopter des enfants et il désirait être présent à leurs cotés. Ce n'était pas pour tout de suite, mais il ne voulait pas prendre de mauvaises habitudes. Hermione avait souri, elle savait très bien que ce besoin d'enfants n'était pas de Jim mais de son meilleur ami.

    Elle prit de sous le lit la farde qu'il lui avait remise. A l'intérieur des feuillets couverts d'une écriture légèrement penchée vers la droite qui n'était pas sans rappeler celle de son prédécesseur, elle était un peu plus ronde et les majuscules plus grandes et déliées. Elle se plongea dans le troisième feuillet qui était le projet de crèche, le premier qui serait mis en place à la rentrée par nécessité puisque Teddy, Lily et les deux enfants de Bill et Fleur devaient y aller. Pierre-François avait choisi un local au rez-de-chaussée, une ancienne classe d'histoire très vaste qui avait l'avantage d'être lumineuse et de s'ouvrir sur le parc de Poudlard, elle serait la salle de jeu et la classe voisine la pièce pour les berceaux ou pour faire la sieste. En lisant la fiche du projet, du matériel à acheter, les règles de sécurité à appliquer, Hermione réalisait mieux qu'il avait été à vingt cinq un père attentionné qui avait élevé seul un fils dès sa naissance.

    Ligne après ligne des feuillets qu'il lui avait confiés, elle découvrait ce sorcier beau et dédaigneux qui regardait à "L'Aigle Noir"son meilleur ami avec des yeux de vampire affamé de sang. Contrairement à ses hommes, elle l'avait viscéralement détesté persuadée qu'il allait faire du mal à Harry et jamais son ami n'avait eu l'air plus heureux. Elle se replongea dans les projets et réformes de son futur patron, oubliant l'heure. C'est la voix de son frère qui la tira de là, à son ton elle sut de suite qu'il y avait un problème. Elle se précipita vers un peignoir léger, l'enfila et alla à sa rencontre.

    Elle les trouva tous les quatre devant un verre sur la terrasse. A sa vue, elle vit Draco soupirer, elle pressentit qu'elle n'aimerait pas ce qu'elle allait entendre.

    —  Jimmy ?

    —  ...

    —  Jimmy !

    —  Le mari de Françoise, après votre passage à l'hôtel Saint-Maur, a pris peur. Malgré tout ce qu'elle lui a dit pour le rassurer, il l'a quittée et a fui. Elle n'a plus de nouvelles de lui depuis une semaine, il avait promis de lui en donner chaque jour, il l'a fait les six premiers, mais là plus rien.

    —  Après le beau-fils du ministre retrouvé dans l'immeuble où habite Pierre-François, ça fait beaucoup.

    —  Est-ce qu'il faut dire ça à Harry ? soupira Draco.

    —  Oui ! Il l'apprendra de toute façon et croira que nous condamnons sa décision. fit Hermione.

    —  Ce n'était pas la sienne mais la mienne, rectifia Sylas. Il n'y en avait pas d'autre possible. Fuir était la pire des choses qu'il pouvait faire en ces circonstances car il plongeait dans un univers où il n'avait pas ses repères.

    —  Il avait certainement ses raisons.

    —  François-Marie cherche son frère et ses compagnons. Il devient de plus en plus dangereux.

    —  C'est peut-etre O'Reilly pour son propre compte. C'est lui qui avait contacté Philippe.

    —  A la conférence, François-Marie a compris que Harry portait le bracelet elfique et le regard qu'il a posé sur lui voyait plus rouge que celui de Voldemort. commenta Erwin dont on sentait l'inquiétude.

    —  Harry était déjà son obsession avant, ça ne change pas grand chose. analysa Jimmy.

    —  Il sait que tôt ou tard ils iront à l'appartement du Marais ou à la discothèque. Une fois la rentrée, ils seront à Poudlard ou à Cambridge, il aura très difficile de les atteindre. Je ne vois pas pourquoi il se serait adressé à Philippe. Par contre il ne faut pas oublier que nous avons le beau-fils de O'Reilly avec nous.

    —  Il n'ont qu'à y renoncer ! fit Hermione.

    —  Renoncer à quoi? s'étonna son frère.

    —  Au club et à l'appartement.

    —  Mia ! Tu as vu leur train de vie? Tu crois que c'est avec son traitement de directeur que Pierre-François va leur offrir ça? Tu es naïve ! fit Draco peu patient.

    —  Ils n'ont pas besoin d'un appartement à Paris, d'un mas dans le sud de la France, d'une maison à Weymouth, d'une autre à Londres et de deux appartements de fonction. énuméra sa femme.

    —  Celle du square Grimmaurd est à Sirius et les logements de Poudlard et Cambridge font partie de leurs traitements de professeurs et sont des avantages en nature. rectifia Draco.

    —  Nous non plus n'avons pas besoin de tout ça ! nous avons pourtant un castel à Toulouse, un hôtel de maître à Paris, une double maison à Stratford et une encore dans le Sussex. Draco et moi nous avons de quoi suivre. Nous avons mis en location les demeures que nous n'habitons pas pour couvrir nos dépenses, sans parler des rentes que nous fait Lucius. De toute façon si ce n'est pas à Paris, ce sera ailleurs, il ne les lâchera pas ainsi !

    Installée devant une tasse de café et des croissants tartinés d'une épaisse couche de marmelade, Mia suivait leur conversation sans plus rien dire tout en pensant qu'il fallait qu'elle aie une discussion sérieuse avec son ami. Leur séjour ce week-end à Toulouse lui en donnerait certainement l'occasion.



    oOo



    Ils transplanèrent devant la Garonne. Se rappelant son premier contact avec le castel rose, Pierre-François attira ses amours contre lui pour regarder couler le fleuve avant de monter la pente herbeuse tous les trois enlacés vers les jardins en terrasses. Sylas les guettait et vint au devant d'eux en tant que gardien du secret pour introduire Justin. Sirius soutenait le vieux Gauthier pour rejoindre cette demeure qu'il avait connue en tant qu'intendant de la famille et qu'il foulerait au pied, pour la première fois, en tant qu'invité.

    Harry retrouva de suite ses habitudes. Installé sur un lit solaire, Jim assis entre ses jambes, le dos contre sa poitrine, il avait enlacé ses doigts à ceux de son loup et respirait le parfum des derniers jasmins et des roses trémières qui montait des jardins. Bien qu'il soit maintenant habitué à la douceur du sud de la France, le castel du bord de la Garonne inspirait à l'amour. Etaient-ce les anciens troubadours célébrant les douces damoiselles sur leur vielle qui avaient imprégné les murs épais de cet atmosphère spéciale, sensuelle, capiteuse qu'il ne retrouvait nulle part ailleurs ?

    La caresse d'un pouce sur le dos de sa main le rappela au présent. Il quitta l'image des belles dames du moyen-âge, des ménestrels chantant les exploits des chevaliers et des jouvenceaux soupirant après l'élue de leur cœur pour plonger dans le regard clair de son amant.

    —  Tu es bien loin, lui reprocha doucement Pierre-François.

    —  C'est vrai, avoua-t-il, je pensais au passé de ce château, à l'amour courtois du moyen-âge. Tous ces bels gens qui en avaient fait leur Saint-Graal.

    —  Que te voilà poète, mon agneau. N'oublie pas que la fol'amor ou fin'amor comme on dit en occitan faisait la part belle à la chasteté, il était de bon ton d'aimer et de soupirer après sa dame mais non de la combler charnellement. Il trouve son origine dans la littérature arabo-andalouse qu'ont découverte les croisés au hasard de leurs aventures. Après son séjour à Antioche, Guillaume IX, duc d'Aquitaine fut le premier troubadour à écrire en langue d'oc la poésie lyrique inspirée aussi des poètes arabo-andaloux. Il louait cette relation basée sur les sentiments de dévouement à la dame de ses pensées et exempte de volupté charnelle. Il faut avouer qu'il était bien pratique pour eux de laisser les épouses aux soins de leurs soupirants respectant ce code courtois pendant qu'ils allaient tranquillement guerroyer.

    —  Mon loup ! Voilà que tu m'ôtes toutes mes illusions, se moqua doucement Harry.

    —  On peut dorénavant se contenter de soupirer. suggéra Jim dans un sourire.

    —  Tu en serais le premier marri, mon cœur.

    —  Vous avez l'air bien gais, commenta Mione en venant s'asseoir à leurs côtés.

    —  Inspirés par les ménestrels, nous allons remettre au goût du jour les principes du fin'amor et soupirer après les beaux yeux verts que voilà, fit tendrement Jim. Bien entendu dorénavant nous ferons chambres séparées. Nous nous consumerons d'amour uniquement !

    Pierre-François éclata de rire devant la moue désabusée de Harry. Hermione les regardait amusée.

    —  D'ailleurs il me faut tout de suite, une plume et un parchemin. Je sens l'inspiration me prendre et voudrais dans une chanson de gestes célébrer vos faits d'armes, ô mon doux seigneur. susurra Jim.

    —  Me voilà bien ! je voulais des beaux, des grands sentiments, je ne récolte que des bouffonneries. Làs ! Je me meurs de déception !

    —  Ça ce serait plutôt du Molière, si tu veux mon avis... analysa Jim avec grand sérieux.

    Harry le regarda interloqué avant d'éclater de rire lui aussi.

    —  Comment va mon filleul, Mione ? demanda Pierre-François.

    —  Bien je crois. J'en saurai plus à la rentrée quand je verrai madame Pomfresh.

    —  Tu commences à les sentir remuer ?

    —  Oui ! Un peu ! fit-elle avec un doux sourire qui émut son ami.

    —  C'était un de mes rares plaisirs lors de la grossesse de ma femme, poser ma main sur son ventre pour sentir les mouvements de Henri-James. Draco et Sylas doivent être aux anges.

    —  ...

    —  Mione ? reprit-il intrigué par son silence.

    —  Je ne veux pas !

    —  Tu ne veux pas quoi ? fit Harry perplexe.

    —  Qu'ils touchent mon ventre, je suis toute déformée, je ne veux pas qu'ils me voient ou me sentent comme ça.

    —  Tu n'es enceinte que de quatre mois et tu n'as jamais été aussi épanouie. commenta Jim.

    —  Ne les prive pas de ça, c'est injuste Hermione. Si tu veux qu'ils s'impliquent après la naissance de leurs enfants, il faut les faire participer dès maintenant à l'attente. Si tu ne le fais pas pour eux, fais le pour les bébés.

    — Tu veux passer tout le reste de ta grossesse sans qu'ils t'approchent? ça m'étonnerait que Dray soit un adepte du "soupirage", commenta Jim avec un petit rire moqueur.

    —  ...

    —  Ou tu comptes qu'il règle le problème entre eux?

    Le regard glacial que lui lança Hermione en se levant et en quittant la terrasse lui fit faire la grimace. Il aurait dû se taire.

    —  Je crois que c'est un sujet qu'on ne devait pas aborder... On va se promener dans les jardins? demanda Harry en poussant déjà Jim pour le faire lever.

    Ils descendirent vers le bassin et le jet d'eau, les deux petits courant à coté d'eux. Teddy était drôle à voir trottant de cette démarche maladroite, presque saccadée, jambes écartées des bébés. Les adultes flânaient. Assise tranquillement devant le bassin près de Harry, Lily n'avait pas oublié les grands discours qu'elle tenait aux poissons. Tandis que Teddy couché en travers des genoux de Pierre-François qui le chatouillait hésitait entre cris outrés et rires.

    Jim à demi couché, appuyé sur son coude regardait ses hommes pouponner. Il pensait avec amusement que lui qui n'était pas particulièrement patient envers les enfants avaient choisi deux compagnons qui les adorait. Mais choisit-on? Bonne question. Dès que leurs études seraient finies et qu'ils seraient installés dans des fonctions quelles qu'elles soient, le problème se poserait. Il ne les ferait pas attendre, il les voulait heureux. Pour eux, il apprendrait la patience.

    Teddy sur les épaules, la main de Harry autour de sa taille, il remontait vers le castel. Lily avait réclamé les bras de son père et s'endormait doucement bercée au rythme de sa marche. Ils échangèrent un sourire complice et heureux, ayant oublié tous leurs doutes, toutes leurs appréhensions. Le trio les attendait sur la terrasse autour de la table, Gauthier était devant la télévision, les jeunes jouaient au monopoly, on les entendait se disputer. Pierre-François installa son fardeau dans une chaise longue.

    Sylas, en maître de maison attentionné, proposa un apéritif. Ils sirotaient le second lorsque arrivèrent Jimmy, Erwin et Liam. La présence de ce dernier n'était pas prévue, Harry fronça les sourcils pressentant que les ennuis n'allaient pas tarder.

    —  Nous avons enfin trouvé Philippe, le mari de Françoise ! fit Jimmy d'un air sombre. Mort !

    Ils échangèrent un regard atterré.

    —  Où? Qui? Pourquoi : enfin? fit Harry d'un ton bref.

    —  A Lyon dans une taverne sorcière. A mon avis O'Reilly mais je ne sais si c'est pour son compte ou celui de la Loge. Enfin, parce que ça faisait sept jours qu'il avait disparu même si nous n'avons été prévenu que hier.

    —  Et pourquoi personne n'a-t-il jugé bon de me mettre au courant? fit Harry glacial.

     

     

     

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    16:59 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : harry potter, draco, draco malefoy, drago |

    13.11.2010

    L'unification salvatrice - Chap. 4 : SYLVAIN

     

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    Chapitre IV . SYLVAIN

     

     

     

     

    Après le départ de leurs amis, les Tamaris semblaient bien vides mais ce n'était pas pour déplaire aux trois amoureux. Peter était reparti juste après le dîner pour un petit boulot de vacances d'une durée de quinze jours, Lucius et Narcissa deux heures plus tard étaient rentrés au manoir, le ministre travaillant le lundi.

    • Il est temps d'y aller Sylas. Tu as pris une décision?

    • Je vais voir selon leurs réponses, Harry.

    • Bien. Allons-y.

    Ils transplanèrent du petit chemin devant la bastide à l'intérieur de la cour de l'hôtel Saint-Maur. Prévenu par téléphone plus tôt dans la journée le vieux Gauthier les attendait ainsi que Sylvain qui se jeta dans les bras de Harry. Celui-ci le serra tendrement contre lui. Le garçon éveillé, curieux de tout, qui avait appris ce qu'il savait de la magie seul dans des livres, lui plaisait. Il ne pouvait rêver meilleur ami pour son petit impertinent d'Aymeric. Il pensa que Pierre-François allait avoir bien du mal avec eux et se rappela qu'ils ignoraient qu'ils seraient bientôt appelés à se voir souvent. Il appela le garçon qui était en grande conversation avec son senseï Jim.

    • Oui?

    • Viens ici. Tu te rappelles que tu as déjà vu Pierre-François à Toulouse? Nous vivons ensemble. Il est aussi le directeur de l'école de Poudlard où tu étudieras dès septembre.

    • Bonsoir, Sylvain.

    • Bonsoir. Tu es beau comme le sorcier dans le grimoire du secrétaire de Madame la Comtesse, tu lui ressembles beaucoup. fit naïvement le jeune adolescent ce qui fit sourire Jim et lever les yeux au ciel à Harry.

    Il se méfiait des découvertes de l'enfant. La dernière fois, il s'était retrouvé propriétaire de la baguette d'ébène et héritier de Salazar Serpentard. Déjà, celui-ci filait chercher sa trouvaille. Ils se dirigèrent vers le petit salon. Françoise s'empressa de venir leur apporter du café et ces madeleines au citron dont Harry raffolait et qu'elle poussa vers lui en les servant, ce qui fit rire tendrement Pierre-François. Il couva son agneau gourmand du regard pendant qu'il tendait la main vers l'assiette.

    • Asseyez-vous et vous aussi Gauthier, nous devons parler sérieusement. soupira Sylas. Je vois à votre regard inquiet, Françoise, que vous savez déjà de quoi il s'agit. Votre famille sert la mienne depuis des générations et le secret de notre état de sorcier a toujours été bien gardé. Je n'ai rien à reprocher à votre service, à votre gestion, à votre discrétion, pourtant vous avez failli, continua-t-il sans voir le sursaut du vieux serviteur et son regard incrédule sur sa fille.

    • Monsieur le comte, je ne comprends pas.

    Sylas lança un coup d'oeil à son mari qui vérifiait par légilimencie ce que savaient les uns et les autres. Draco lui fit un petit signe discret d'assentiment.

    • Je vois Gauthier que vous n'étiez pas au courant et cela me fait bien plaisir car je vous aime beaucoup.

    • Monsieur le comte, balbutia une fois de plus le vieil homme.

    • Je vais vous expliquer. Votre fille a épousé un sorcier. C'est pourquoi Sylvain en est un.

    • Oh! fit ce dernier qui revenait avec un vieux manuscrit poussiéreux.

    • Tu veux aller dans ta chambre finir tes bagages, mon grand, fit doucement Harry. Nous t'appellerons. Ton père te mettra au courant de tout ceci lui-même.

    • Je disais donc, poursuivit Sylas quand, trop surpris pour protester, le garçon fut sorti, elle a épousé en toute connaissance de cause un sorcier mais pas n'importe lequel, un partisan de Voldemort, un mangemort.

    • Françoise! murmura l'ancien intendant et dans ce seul prénom qui était tout ce qu'il avait réussi à dire, il y avait toute la douleur du père qui entrevoit la trahison de l'enfant qu'il adore.

    • Quand j'ai rencontré Philippe, il fuyait cette vie de mangemort. C'était une erreur de jeunesse. Il avait été endoctriné par son père. répartit cette dernière.

    • Personne ne peut mieux vous comprendre que moi, dit Draco, et ce n'est pas ce que nous lui reprochons.

    • Ce que je n'admets pas c'est que vous nous l'ayez caché, nous mettant ainsi en danger. poursuivit Sylas.

    • Il ne ferait jamais rien qui puisse vous nuire, monsieur le comte.

    • Pourtant il l'a fait. Il y a, depuis plusieurs mois, un nouveau journal en monde sorcier qui s'appelle The Independent Wizard et qui essaye par tous les moyens de salir la réputation de l'Elu. Après notre second séjour à Toulouse, des photos sont parues dans ce quotidien prises du castel même. C'est votre mari qui en est l'auteur. expliqua Hermione doucement à cette femme qui semblait bouleversée par les accusations faites à l'encontre d'un mari aimé et qu'elle croyait au-dessus de tout soupçon.

    • C'est impossible! Je ne peux pas croire ça! répondit-elle d'une voix brisée.

    • Malheureusement, il n'y a pas d'autre explication possible. confirma Harry. Le propriétaire de ce quotidien est aussi le grand maître de la Loge sorcière. Il a les mêmes ambitions et les mêmes idées que Voldemort. Notre lutte est toujours de protéger le monde sorcier même si l'ennemi a changé.

    • Le Fratrie, c'est vous? demanda Gauthier.

    • En effet, nous en sommes tous membres. répondit Draco.

    • N'est-ce pas dangereux de nous en faire part si nous sommes des traitres? fit la gouvernante amère.

    • Je ne sais que vous dire Françoise. Vous devez à Monsieur Potter le fait que je sois ici à vous demander des explications. Ma position, au départ, était nettement plus radicale. fit Sylas.

    • Je vous comprends, Monsieur le comte, mais nous avons toujours mis un point d'honneur à faire passer les intérêts de la famille que nous servons avant tout le reste, y compris nos propres aspirations. protesta pourtant Gauthier.

    • Je n'en demande pas tant. Vous seriez venus me trouver, nous aurions cherché ensemble une solution.

    • Une solution? répéta une voix masculine rageuse et menaçante. Quelle issue quand on veut tuer votre fils?

    Ils se tournèrent pour regarder l'homme qui venait d'entrer et qui tenait sa baguette dirigée vers eux.

    • Baisse-donc ça Philippe! fit Gauthier. Tu es ridicule, c'est Harry Potter que tu essayes d'intimider pas un de tes pitoyables mangemorts!

    Mais l'ancien partisan de Voldemort ne semblait pas vouloir obéir à son beau-père. Un instant plus tard, à sa grande stupéfaction, sa baguette s'envolait de sa main et, avant même d'atteindre le sol, filait dans celle de Pierre-François qui avait réglé le problème d'un simple expelliarmus et d'un accio en magie sans baguette.

    • Quand on a enlevé votre fils, je crois que c'est bien nous qui nous en sommes occupés? fit Draco d'une vois cassante.

    • Nous vous aurions dit, déjà, que le dirigeant de la Loge sorcière n'a pas ces manières. Pour des raisons personnelles il ne fait jamais la guerre aux enfants, en cela il diffère totalement de Voldemort ou d'Ombrage. fit Harry calmement.

    • Vous m'accusez donc, en plus, de mentir?

    • Non! Vous vous êtes fait berner tout simplement. conclut Sylas. Pierre-François, continua-t-il en se tournant vers lui, tu as une photo de François-Marie?

    Il lui tendit son médaillon, premier présent de Harry figurant un loup aux yeux d'émeraude finement gravé dans un pentagramme, sous les photos de celui-ci et de Jim, il y avait celles de son fils et de son frère.

    • Je ne connais pas cet homme. fit Philippe en regardant le portrait.

    • C'est bien ce que nous vous disions. Même si ça ne prouve pas grand chose car il a assez de sous-fifres pour ne pas se salir les mains. Pouvez-vous nous décrire celui qui vous a menacé?

    • D'après ce portrait, il s'agit à mon avis de Sean O'Reilly familier de François-Marie, le grand Maître de la Loge et de Dolorès Ombrage qui avait fait enlever Sylvain pour empêcher les négociations avec les moldus du conseil de l'Europe. analysa Harry. Espionnant les deux côtés, il essaie pour le moment de reprendre l'organisation d'Ombrage en main.

    • Peu importe! Ce n'était que quelques photos! J'ai fait au mieux pour mon enfant.

    • Ces quelques photos comme vous dites étaient destinées à nuire au Survivant du monde sorcier. Vous vous doutiez que si on menaçait Sylvain de mort c'est que c'était important. Vous n'êtes pas stupide à ce point.

    • ....

    • Il sait maintenant qu'il peut vous manipuler et lui n'a pas les scrupules du grand maître de la Loge. Il n'en a aucun. C'est lui qui est responsable de l'explosion à Londres où il y a eu dix-huit victimes dont deux enfants. Et lorsque votre fils sera en sûreté avec nous ou à Poudlard, il s'en prendra à votre femme ou à votre intégrité physique pour vous obliger à lui obéir. Nous ne nus sentons plus en sécurité dans notre propre demeure, c'est pourquoi nous n'y sommes plus venus depuis plusieurs mois. Ça ne peut durer. fit Sylas d'un ton bref. C'est aussi la raison qui fait, Françoise, que ce n'est pas vous qui gérez le castel rose pendant cet été privant ainsi Sylvain de ses vacances et de la compagnie d'Aymeric.

    • Vous qui avez l'air de tout savoir, Monsieur le comte, vous avez certainement une solution miracle? cracha l'ancien mangemort.

    • J'ai tout au moins une proposition à vous faire. Soit vous assumez enfin vos erreurs et vous l'acceptez, soit je devrai me séparer de vous.

    • Monsieur Sylas... gémit le vieux, reprenant le nom qu'il donnait à l'enfant qui venait avec son grand-père visiter l'hôtel. Il sembla se ratatiner sur le bord du fauteuil qu'il occupait.

    Harry posa une main sur l'épaule de l'ancien intendant et la pressa doucement pour le rassurer.

    • Vous allez faire le serment inviolable que vous ne nuirez en rien, que vous ne révélerez rien qui se rapporte à l'Elu, à ses compagnons, à la Fratrie, à moi et à ma famille mais aussi à la vôtre, et vous allez vous engager à nous prévenir immédiatement de tout contact avec un de nos ennemis. C'est à prendre ou à laisser.

    • Vous signez mon arrêt de mon mort!

    • Pas plus que si vous lui obéissiez. Il n'a pas l'habitude de laisser derrière lui des témoins gênants.

    Il se tourna vers sa femme. Ce qu'il lut dans ses yeux le découragea d'attendre une quelconque aide de ce côté, il allait devoir, au contraire, lui fournir des explications.

    • Bien! je n'ai pas le choix!

    • On l'a toujours.

    • Vous savez très bien que si je ne le fais pas je perdrai tout ce que j'ai.

    • Et vous devrez repasser tôt ou tard du côté sombre, c'est inévitable. admit Sylas.

    • J'accepte donc.

    • Ce n'est pas avec le comte que vous le ferez mais avec moi. intervint Harry. Il n'en sera que l'Enchaîneur.

    • Qu'il en soit ainsi, murmura l'homme accablé, mais en contrepartie engagez vous à protéger mon fils jusqu'à l'âge adulte.

    • Ce n'est que juste. accepta Harry.

    Face à l'Elu, il joignit ses mains aux siennes. Harry énonça les clauses du serment d'une voix claire et ferme. A chacune d'elles acceptée par Philippe, Sylas toucha leurs mains jointes de sa baguette et une chaine de feu rougeâtre surgit de celle-ci, s'enroula autour des mains des participants, restant en place et s'entrelaçant les unes avec les autres au fil des autres conditions du Serment. Enfin le père énonça la contrainte de protection, le dernier lien les enchaîna définitivement et s'éteignit.

    • Comme convenu, nous allons emmener Sylvain en vacances, il reviendra juste avant la rentrée à Poudlard. Il serait mieux que vous lui révéliez qui vous êtes vous-même. Et juste ce que vous voulez lui en dire. Il n'a pas besoin de tout savoir.

    Philippe quitta la pièce sans un mot.

    • Monsieur le comte, j'aimerais vous suivre à Toulouse. Je voudrais m'éloigner un peu d'ici. murmura le vieux serviteur, gêné de cette demande faite devant sa fille.

    • Sylvain vient rejoindre Aymeric chez nous, au bord de la mer, intervint Pierre-François. Vous y êtes le bienvenu, en tant qu'invité, précisa-t-il.

    • Nous y séjournons aussi, précisa Draco.

    • Si Monsieur le comte m'y autorise...

    • Gauthier, vous n'êtes plus à mon service depuis longtemps même si nous sommes ravis de vous retrouver ici, aux côtés de votre fille, à chacun de nos séjours, vous pouvez enfin profiter de votre temps pour vous-même.

    • Alors, c'est avec joie que j'accepte, Monsieur de Lauzun.

    Sylvain vint les retrouver les yeux rougis, manifestement il avait pleuré. Il dit au revoir à sa mère pendant que son père posait deux sacs à côté de lui sans dire un mot. En mains, l'enfant tenait le vieux grimoire et un album photos qui paraissait lui aussi ancien, il fixa Harry dans les yeux avant de s'effondrer en larmes entre les bras de son grand ami. Ce dernier fixait Philippe avec rancune. Comment avait-il présenté les choses au garçon? Jim intervint avant que Harry prenne le mangemort à partie.

    • Il est temps de rentrer. Aymeric nous attend. dit-il d'une voix calme. Tu partageras sa chambre, Sylvain. Il est impatient de te voir, il demande après toi depuis plus d'un mois.

      Et ton grand-père vient avec toi. Il a besoin de vacances lui aussi.

    • Françoise, nous vous le ramènerons deux ou trois jours avant la rentrée pour que vous puissiez la préparer ensemble. fit Sylas.

    • Non! il ira à Poudlard directement. déclara son père. Ce n'est pas trois semaines qui changeront les choses.

    • Dans ce cas, il te faut ton balai. fit Harry. Va le chercher.

      Je ne comprends pas votre attitude, continua-t-il en se tournant vers le père. Pourquoi le priver de votre amour et de celui de sa mère.

    • Je veux voir mon fils. Ton idée est ridicule. renchérit Françoise.

    • Vous nous l'arrachez parce que je suis un mangemort. Je ne me contenterai pas des miettes que vous me laisserez. Je préfère en rester là. Il porte le nom d'une famille respectable de Sang-Pur, j'espère qu'il en sera digne.

    • Françoise, donnez-nous de vos nouvelles. soupira Sylas d'un air excédé. Nous viendrons vous chercher si nécessaire. Il n'a jamais été question de vous priver de votre fils.

    • Il part seulement quelques jours à la mer avec son meilleur ami, comme c'était prévu depuis des mois. Ne soyez pas inquiète et essayez de calmer votre mari. renchérit Hermione lorsque celui-ci eut quitté la pièce.

    • Je vous remercie de votre compréhension, Monsieur Le Comte. Je vais mettre les choses au point avec lui. répondit-elle en serrant une fois encore son fils dans ses bras.

    • Remerciez Monsieur Potter. Quant à moi, je ne suis pas sûr d'arriver à vous faire pleinement confiance une fois encore.

    • Je ne voulais pas vous nuire, je vous assure, et ça ne se reproduira jamais. Sois sage, mon chéri!

    • Maman, je n'ai plus cinq ans! s'indigna-t-il.

    • Il vous téléphonera régulièrement Françoise, j'y veillerai. conclut Harry.



    oOo



    Il était bien plus de minuit quand ils transplanèrent devant la bastide. La lumière sous le porche les accueillit, chaude, rassurante, symbole de ce foyer qui les attendait. Harry poussa un soupir de contentement que Pierre-François perçut. Il ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras et de poser tendrement un baiser sur sa tempe. Quand Jim s'appuya contre lui pour réclamer sa part d'attentions, il passa son bras autour de sa taille et le serra, tout en posant sa tête contre la sienne.

    • Contents de rentrer mes amours?

    • Oh oui! Comme distraction il y a mieux que régler ce genre de problème, souffla Jim. C'était plutôt pénible.

    • Encore plus pour le gamin! murmura Harry en désignant Sylvain qui discutait déjà avec Aymeric mais qui leur adressa un regard qu'ils jugèrent surpris en les voyant dans les bras de son futur directeur.

    Il échangea avec ce dernier un regard entendu, il fallait expliquer la situation au jeune adolescent. Sylas et Draco se chargèrent de guider Gauthier à leur bastidon et de lui montrer sa chambre. Il s'installerait le lendemain.

    Ils se retrouvèrent assis tous les trois avec les deux enfants, dans ce salon qui avait très peu servi depuis plus de cinq semaines qu'ils étaient là. Ils préféraient vivre à l'extérieur sur les terrasses. Comment expliquer à un garçon qui vous admire, sans le choquer, que non seulement vous n'aimez pas les femmes comme tout le monde mais les hommes et qu'en plus vous ne vous contentez pas d'un seul? Bien sûr il connaissait le pacte d'alliance qui unissait Hermione, Draco et Sylas et malin comme il est, il avait dû chercher dans les livres de magie de la bibliothèque de l'hôtel Saint-Maur... Bien sûr il le savait fiancé à Jim... mais avoir en plus pour amant son futur directeur...

    Il avait presque le même âge qu'Aymeric. Ce fils que lui avait donné le capricieux destin. Père adoptif à dix-huit ans d'un enfant de onze. Lui! qui n'avait jamais eu l'exemple de parents aimants, qui n'avait que son instinct pour le conduire vers l'âge d'homme et en faire quelqu'un de bien! Quelle tâche. En était-il digne? Ay ne parlait pas de ses parents décédés dans des circonstances particulièrement douteuses. Par pudeur? Pour ne pas évoquer une vie heureuse qui lui manquait? Pour oublier une enfance d'indifférence ou de douleur? L'enfant était secret, franc, courageux jusqu'à la témérité. L'amour peut-il tout remplacer?

    Il sortit de ses pensées et réalisa que tous attendaient son bon vouloir. Pas un regard qui ne soit fait de tendresse mais aussi d'attente... expliquer sans choquer et sans blesser ses amours.

    • Sylvain, nous sommes heureux de t'accueillir chez nous, j'espère que tu t'y plairas. Je ne sais comment ton père t'as présenté le fait qu'il soit sorcier mais tu peux poser toutes les questions que tu veux, j'y répondrai au mieux.

      Tu occuperas ici la même chambre qu'Aymeric. A côté de vous, il y a les chambres de Cloud et Justin, un peu plus loin celle des filles Lily et Sarah, la petite amie de Cloud qui nous quitte demain, en face la nôtre à Pierre-François, Jim et moi. Je sais que la situation peut te paraître étonnante mais nous nous aimons profondément et...

    • Pa! Il est déjà au courant! l'interrompit une petite voix moqueuse.

    Il regarda Aymeric d'un air incertain. Il l'avait appelé papa pour la première fois ce qui lui paraissait incongru en un pareil moment de doute et avait mis fin à son explication laborieuse. Etait-il à ce point pathétique qu'il avait volé à son secours?

    • Nous nous téléphonons souvent et même nous nous écrivions. expliqua-t-il à ce jeune père qui se demanda pourquoi il n'était en rien au courant de ça.

    • Oui, renchérit Sylvain, il utilisait les hiboux de l'école, c'est moins cher que le téléphone. Grand-père s'en occupait pendant que j'écrivais la réponse.

    Harry soupira. Il n'avait jamais pensé à vérifier les factures de l'abonnement du portable qu'il lui avait offert, Gringotts se chargeait de payer toutes les notes dues y compris les moldues. Il tourna les yeux vers Pierre-François, incertain.

    • Ay, montre ta chambre à Sylvain et ne réveillez pas les autres qui dorment. Demain matin, vous avez quartier libre. Vous pouvez vous joindre à nous pour l'entraînement si vous le désirez. Défense de descendre à la plage seuls! leur commanda l'aîné. Nous irons de toute façon après déjeuner.

    • Tu as dis qu'on irait en Espagne. protesta Aymeric.

    • J'y travaille. Ce n'est pas facile de trouver une réservation pour autant de monde en plein mois d'août. Laissez-moi un peu de temps.

    • On fera du bateau alors?

    • Oui! Promis! Maintenant au lit. fit Harry d'un ton ferme.

    Dès que les enfants furent partis, à leur grand étonnement, Fanny vint leur demander si ils ne voulaient plus rien.

    • Pas encore couchée? Que se passe-t-il? fit Pierre-François qui vit la jeune fille hésiter avant de lui répondre.

    • J'ai vu Madame Hermione rentrer alors je suis allée voir si elle n'avait besoin de rien. J'ai voulu aussi aider le vieux monsieur à s'installer. Il pleurait! Il m'a fait tellement de peine. Il avait vraiment l'air désespéré.

    • Je vais le voir. fit Harry. La famille Saint-Maur et sa fille faisaient sa vie.

    • J'ai prévenu Monsieur Sylas et Lord Malefoy y est allé, il lui a donné un somnifère et il dort.

    • Bon! ça attendra demain alors, fit Harry avec une grimace.

    • Nous allons trouver une solution, mon amour. le tranquillisa Jim.

    • Vous allez empiéter sur l'autorité de Sylas. leur rappela Pierre-François.

    • C'est notre invité, non?

    • Tout à fait, mon agneau, et c'est bien connu, nous devons pourvoir au bien-être de nos invités d'un jour pendant des décennies. se moqua-t-il. Bon! pour ce soir nous en avons fait assez. Si nous allions dormir?



    oOo



    Pierre-François s'agita dans le lit. Il avait froid, une impression de manque insupportable l'étouffait. Son fils... Où était son fils? son sourire d'enfant... ses yeux clairs qui riaient... Pourquoi ce regard émeraude qui le transperçait? Le regard de Lili... le regard de Harry! Avait-il rêvé ce bonheur? Il fit un effort pour tâter l'espace à côté de lui. Ce lit était glacé! Il y était seul! Il s'entendit gémir de désespoir. Seul! Encore! Toujours!

    Il perçut un bruit qui lui sembla familier sans pourtant arriver à l'identifier. Qu'était-ce? Il fallait qu'il sorte de cette torpeur. Péniblement, il ouvrit un œil sur un oreiller creusé, sur des draps en pagaille, sa main tâta la place vide et froide. Qui l'avait désertée au petit matin? Quelle aventure, une fois de plus, ramassée au coin d'une rue, au hasard d'un bar louche? Relations physiques qui épuisaient son corps et laissaient son cœur indifférent... Mais cet amour qu'il sentait en lui? Ces yeux verts, ces yeux d'un bleu sombre? Un beau rêve, aussitôt enfui l'aube venue... Pourtant, c'était tellement réel! Quand...?

    Il sentit le matelas se creuser de l'autre côté tandis qu'une voix tendre murmurait : « Tu es réveillé p'ti loup? » et qu'un parfum familier envahissait son monde de désespoir. Jim! Jim et Harry! ses compagnons! ses amours! comment avait-il pu les occulter même en rêve? Quelle reviviscence pénible! Le premier réveil sans eux blottis contre lui depuis qu'ils étaient ensemble. Pourquoi? Ça avait suffit pour le plonger dans un monde cauchemardesque.

    • Où est Harry?

    • Fatigué des viennoiseries françaises, il a décidé d'apprendre à Didier comment faire les vrais pancakes anglais!

    • Par Salazar! J'ai horreur de ces machins élastiques!

    • Je crois bien qu'il est le seul avec Mione à les aimer. fit Jim complice. Je suis sûr que Didier aura prévu d'autres choses.

    Il tendit les mains, ramena son agneau à lui et le serra de toutes ses forces contre lui. Si Harry était habitué à ce trop plein d'amour, de passion qu'il avait et qu'il partageait souvent avec lui, ce n'était pas le cas de Jim. Il fut surpris de le sentir l'envelopper fermement de ses bras, se serrer contre lui encore plus, comme si il voulait qu'ils ne fassent qu'un, répondant ainsi à son attente mais de façon toute différente de Harry qui lui rendait son étreinte follement et l'embrassait avec une flamme aussi dévorante que la sienne.

    • Un problème, amour?

    • Un mauvais rêve, ma tendresse, où vous n'étiez pas à mes côtés et un réveil pénible dans un lit déserté.

    • Oublie les vite! car nous ne serons jamais plus loin de toi et toi, jamais plus seul, ce que tu vas peut-être bientôt regretter. le taquina-t-il.

    • Certainement pas. fit-il farouchement ce qui fit sourire le plus jeune.

    • Je t'aime. murmura-t-il doucement.

    • ...

    • P'ti loup?

    • Tu ne me l'avais pas encore dit, balbutia l'aîné ému.

    • Je ne l'avais jamais pensé comme maintenant. fit Jim en posant son front contre le sien.

    • Et alors les paresseux? Je vous attends moi!

    • P'ti loup a fait un cauchemar! C'est ce qui l'a réveillé.

    Pour Harry, cauchemar était synonyme de Voldemort, de meurtre, de sang, de souffrance... Il regarda vers Pierre-François avec inquiétude puis s'agenouilla sur le lit à côté d'eux enlacés, sans rien dire attendant qu'il se confie ... ou pas!

    • J'étais de nouveau Lauzun avec ses souvenirs et ses peurs, je ne vous avais pas connus réellement, vous n'étiez qu'une illusion et la seule réalité était ma solitude après avoir rêvé notre vie actuelle.

    • Nous sommes là! Quoi que tu fasses... lui fit-il avec un petit air moqueur, reprenant l'idée exprimée par son fiancé quelques minutes plus tôt.

    Il fit un geste vers Harry qui sourit et se lova contre lui en lui précisant, d'un air complice, que c'était juste pour un petit moment. Il se revit au tout début de leurs relations se glissant chaque matin dans leur lit pour un tendre câlin au réveil, leur disant la même phrase, les habituant doucement à sa présence dans leur vie, à son corps dans leur couche, à ses mains sur leur peau, s'apercevant par après qu'ils n'étaient pas dupes et que c'étaient eux qui l'enchaînaient jour après jour.

    • Je ne pourrais plus vivre sans vous!

    • C'est un peu comme ça qu'on voyait les choses, mon loup! confirma Harry avec cette expression tellement suave que pouvaient prendre ses yeux quand ils disaient : « je t'aime, toi, follement... » et qui le chamboulait.

    Il caressa sa chute de reins, voluptueusement, maudissant ces galettes insipides et poisseuses de sucre d'érable qui le poussaient hors du lit.

    • Il est temps de me lever, si je veux goûter tes pancakes avant qu'ils soient froids.

    • Pierre-François, je sais très bien que tu as horreur de ça! fit-il ironique. Même sous ta forme d'animagus tu ne les manges pas! Nous avons fait des scones aux fruits aussi. poursuivit-il plus gentiment. Dépêche toi.

    Il posa légèrement ses lèvres sur les siennes, puis se tourna vers Jim et embrassa doucement ses paupières avant de quitter à son tour le lit redevenu douillet de leur présence. De retour de la douche, il les trouva chuchotant, blottis l'un contre l'autre comme si souvent. Au regard qu'ils tournèrent vers lui, il sut qu'ils parlaient de son mauvais réveil et devina qu'il ne trouverait plus leur place vide en sortant du sommeil.



    oOo



    Les pancakes n'étaient pas meilleurs que d'habitude pourtant ils y firent honneur retrouvant l'Angleterre dans leurs assiettes, sauf Hermione qui ne les supportait plus depuis sa grossesse. Ils descendirent ensuite tous au sous-sol pour trier les photos trouvées chez le maître-chanteur. Harry unit sa puissance à celle de Pierre-François pour ouvrir une partie des coffrets à combinaison sans dégâts pendant qu'Hermione, Draco et Sylas se chargeaient des autres. Chaque cassette contenait des enveloppes de négatifs portant une date et un nom. Très vite ils s'aperçurent que les contenants correspondaient à des années différentes. Il y avait donc cinq ans que cette femme poursuivait sa lucrative activité. Si ils croyaient trouver dans les fardes l'adresse et les références de ses victimes ils furent déçu, ce n'était que la préparation de dossiers non encore concrétisés. Quand au carnet, c'était un livres de comptes.

    • Qu'allons nous en faire? Nous brûlons tout? demanda Justin.

    • Nous ne pouvons pas faire ça, fit Hermione. Ses victimes ont le droit de savoir qu'elle ne peut plus leur nuire.

    • Il y a une quarantaine de personnes à retrouver et à prévenir. soupira Cloud.

    • Ohé! les imbéciles heureux, quand vous aurez fini de vous admirer avec un air béat, vous reviendrez un peu avec nous? lança Sirius goguenard.

    En effet, Jim, Pierre-François et Harry, le sourire aux lèvres, étaient plongés dans les photos de la soirée au Bora Club.

    • On peut dire tout ce qu'on veut mais c'est une bonne photographe! J'aurai de jolis souvenirs, apprécia Harry en montrant à ses compagnons une photo qui les fit rire tous les trois.

    Jim contemplait, songeur, un cliché qui montrait l'expression amoureuse de ses deux compagnons en le fixant, alors que Pierre-François avait en main une image d'eux dansant sur la musique gitane, le regard que posait son jeune agneau sur lui était plus que gourmand. Cela le fit rire. Ce que révélait le portrait était autre chose qu'un coup d'œil que l'on surprend, fugitif... Il tendit la main vers une seconde, les mains dans le creux des reins de Jim, il dansait l'air rêveur, joue contre joue.

    • Harry! appela Dray avec un reproche dans la voix.

    • Désolé! fit ce dernier en les rangeant pour les regarder plus tard. On va se partager la tâche. Nous sommes neuf et il y a quarante deux enveloppes, chacun cherchera cinq adresses? Cloud, Justin et Sirius seulement quatre.

    Mélangeant les différentes années, il donna les enveloppes à chacun. Draco se leva pour aller chercher son portable ainsi que Cloud et Jim.

    • Attention! il faut être prudent et déterminer à quel sujet le chantage est exercé. Inutile de renvoyer à son domicile, les photos d'un homme qu'on fait chanter pour son infidélité. fit Harry ironique.

    On n'entendit plus pendant un long moment que les cliquetis des touches des claviers et les pages des annuaires. Ce sont les deux garçons qui les interrompirent pour l'entraînement. Pendant qu'ils rangeaient, Pierre-François vérifiait sa boîte mail.

    • J'ai reçu des réponses d'Espagne et nous pouvons choisir entre deux hôtels sorciers l'un à Séville, l'autre à Grenade.

    • Pourquoi sorciers? questionna Jim.

    • Pour plusieurs raisons ma tendresse. Trouvez un hôtel convenable qui ait encore des chambres pour douze personnes et deux bébés au milieu du mois d'août en monde moldu, ce n'est pas évident. Pour y aller nous transplanerons directement, ce qui serait très délicat si ce n'est pas en monde sorcier. Enfin, je préfère que les autorités espagnoles ignorent notre présence qui sera immédiatement connue si elle est consignée sur les registres d'un hôtel.

    • Pourquoi? s'inquiéta Cloud.

    • Parce qu'ils savent que Harry est un sorcier important et que la très catholique Espagne ne nous voit pas d'un bon œil.

    • Avec l'Italie et le Portugal, ils étaient les principaux opposants à l'accord avec le monde sorcier lors de nos négociations avec les représentants de l'Union Européenne. Et ton frère, p'ti loup?

    • Dès septembre, nous rentrerons en Angleterre. Il le sait. Je ne crois pas qu'il se préoccupera de nous avant. O'Reilly c'est autre chose mais il a le réseau d'Ombrage à prendre en main et donc assez de soucis pour le moment. Il faut faire attention c'est vrai mais moins qu'en France parce que ce n'est qu'une villégiature de quelques jours alors qu'ici c'est chez nous et qu'il est important que notre retraite reste secrète.

      Si vous veniez voir lequel vous préférez?

    Ils se pressèrent autour de lui regardant les photos sorcières évoluer sur ce réseau web parallèle qui se développait de plus en plus. Pierre-François guettait du coin de l'œil les réactions de son agneau chéri qui avait exprimé l'envie de voir l'Andalousie.

    • Grenade semble plus calme, Séville plus touristique si c'est possible. Ces hôtels ont de beaux jardins. Celui de Grenade est un ancien palais fait de ce mélange d'architecture arabe et espagnole si typique de l'Andalousie, bâtiments d'habitation articulés autour d'un grand patio avec une fontaine, il est situé en dehors de la ville mais ils ont une aire de transplanage dans la vieille ville. La table de celui de Séville qui est situé dans l'ancien quartier juif en pleine ville est très renommée. expliqua-t-il.

    • Celui-là est très beau!

    • C'est le Riad Inès à Grenade. Il est moins prestigieux que le Santa-Anna de Séville mais il est aussi plus raisonnable de prix. Ils nous proposent des suites de deux chambres pour notre trio et Teddy, puis pour nous et Lily, des chambres doubles pour les enfants et simples pour Sirius et Gauthier. Les horaires des repas sont assez souples et il y a un room service pour les gourmands... rit-il doucement.

    • Pourquoi tu me regardes en disant ça?

    • Pour rien mon agneau.

    • On dirait que je passe ma vie à manger, grommela Harry mécontent tandis que Pierre-François, amusé, mêlait tendrement ses doigts aux siens.

    • Je trouve qu'il est bien le Riad Inès, renchérit Jim en pensant à ce qu'ils avaient déjà dépensé depuis le début des vacances.

    Lorsqu'il avait commencé à aider Pierre-François à tenir leur comptabilité, lui, qui ne s'était jamais préoccupé de ça, avait été stupéfait de voir ce que coûtait leur train de vie actuel. Ils déboursaient largement plus que les rentrées de "L'Aigle Noir" et le traitement de directeur de Pierre-François réunis et si le coffre de ce dernier était très largement pourvu chez Gringotts, ce n'était pas une raison pour dépenser sans mesures. Il réalisait que les réserves s'épuiseraient vite si ils perduraient.

    • Il a l'air calme et agréable. Le luxe n'y est pas tapageur, commenta Sylas. Je le trouve très bien.

    • Bien. Adopté! fit Pierre-François en confirmant leurs réservations pour le mercredi. Voilà qui est fait! Nous pouvons aller nous entraîner maintenant.



    oOo



    • Que se passe-t-il? fit un jeune homme aux yeux noirs en se pressant dans les couloirs de l'hôtel Riad Inès.

    • Je l'ignore. répondit son collègue.

    • Il parait que nous allons recevoir quelqu'un de très important. renchérit une jeune fille brune toute menue qui les rattrapait.

    • Le service des femmes de chambre vient de recevoir l'ordre de préparer deux suites et plusieurs doubles. confirma le second.

    • De toute façon, nous allons le savoir, fit le premier en frappant à la porte du directeur.

    Quand ils en ressortirent dix minutes plus tard, ils n'avaient rien appris de plus. Ils avaient supporté un discours, qu'ils avaient jugé interminable, de la chef du personnel, une anglaise qui les dirigeait d'une main ferme. Elle leur avait rappelé principalement leur devoir de confidentialité et les mesures de sécurité. Dans le bureau, il y avait aussi deux hommes qui semblaient être des aurors et c'était bien la première fois qu'ils voyaient le ministère s'occuper de leur clientèle.



    oOo



    • Il avait promis qu'on ferait du bateau!

    • Nous arrivons Ay. Laisse Harry finir de discuter avec le grand-père de Sylvain.

    • Ça fait un moment que ça dure! protesta l'adolescent.

    • C'est important pour cet homme mais aussi pour ton ami. Essaie un peu de le comprendre et ne pense pas toujours et uniquement à toi. le gronda Pierre-François.

    Aymeric lui lança un regard ulcéré avant de retourner vers Sylvain. Il les vit courir vers la mer et sauter parmi les vagues. Il se dirigea vers le même endroit avec Lily. Si il savait Aymeric bon nageur, il ignorait comment se débrouillait le petit parisien et ne voulait pas le perdre de vue. Il entendit un souffle derrière lui. Il se retourna Jim et Harry couraient sur le sable mouillé. Arrivé à sa hauteur, l'un enlaça sa taille, l'autre posa une main caressante sur sa nuque. Il les serra contre lui, heureux. Ils jouèrent au ballon dans l'eau avec les garçons puis enfin firent du bateau, avant de reprendre le petit sentier dans la pinède pour aller faire honneur au repas préparé par Didier.



    oOo



    Pourtant quelques heures plus tard, ils le descendirent de nouveau tous les trois. Les autres jouaient au ping-pong, regardaient la télévision ou simplement paressaient sur la terrasse. Ils se laissèrent tomber sur le sable. Jim et Pierre-François regardaient la boule rouge qui finissait de sombrer dans la mer, les plongeant peu à peu dans une semi obscurité. Harry vit Pierre-François s'étendre, creuser le dos, remuer les épaules puis ployer la nuque. Après l'entraînement, ils avaient joué au ballon, nagé puis il était resté longtemps immobile à la barre du zodiac, il devait souffrir. Si il ne portait plus les traces des flagellations que lui avait infligées le père de Cloud sur les ordres de son propre père, cela ne l'empêchait pas d'avoir des douleurs chaque fois qu'il était fatigué.

    • Tu as mal, mon loup? fit-il en l'attirant contre lui et en passant tendrement la main de sa taille au creux de ses reins.

    • En jouant avec Justin au beach-volley, je suis retombé trop lourdement sur le dos. répondit-il en frémissant sous la douce caresse de la bouche qui suivait maintenant sa colonne vertébrale. Jim... murmura-t-il.

    • Oui, p'ti loup?

    Mais seul un soupir répondit au jeune moldu qui échangea un sourire complice avec son amour dont les yeux l'appelaient. Il se glissa entre lui et leur amant, délaissant complètement ce dernier pour enlacer Harry et l'embrasser voluptueusement s'abandonnant lascivement contre lui. Ils roulèrent ensemble deux mètres plus loin. Puis, à genoux dans le sable, face à face, ils se déshabillèrent mutuellement. Volontairement, ils offraient à l'aîné dans cette claire obscurité le spectacle de leurs corps nus et de leurs impudiques caresses.

    Harry, le corps cambré, la tête rejetée en arrière, offrait sa virilité à la bouche experte de son homme. Lauzun le libertin, une fois de plus, se trouvait emmené par les deux plus jeunes sur le chemin d'une volupté inconnue qui repoussait ses limites. Le spectacle de leur nudité, de leurs gestes sensuels, le ciel et la mer derrière eux, leurs geignements, leurs soupirs rauques et le bruit des vagues, l'ensemble le bouleversaient... Harry avait tourné le visage, lui offrant l'envie d'être sien qui y était peinte. Son propre corps était en émoi avant même de les effleurer et son gémissement répondit au sien.

    Jouant le jeu, il se leva et se déshabilla sans les quitter des yeux avec des gestes lents et provocants leur exposant son corps en pleine maturité et son désir avec fierté. Il voyait la même fièvre en eux et rit de les voir pris à leur propre piège. Il se laissa tomber à genoux contre eux, gémissant au contact de leur peau chaude et moite. Et sa bouche mordit, sa langue goûta leur épiderme iodé, ses mains fébriles coururent sur eux les faisant geindre de plaisir et il leur fit l'amour à grands coups de reins et de mots passionnés, de "Je t'aime" fous, ne se déclarant satisfait que quand il les entendit, chacun à leur tour, crier leur jouissance.

    Jim blotti contre son flanc, Harry serré entre ses bras, il reposait fatigué mais repu et comblé. Quand le premier posa doucement ses lèvres sur son épaule, il l'entoura à son tour et les réunit dans une même étreinte avec un soupir heureux et une expression rêveuse.

    • Où es-tu? lui demanda Jim.

    • A "L'Aigle Noir".

    • Tu m'expliques? fit Harry d'un ton sec.

    Pierre-François sourit, Harry était de loin le plus possessif de ses deux agneaux, mais ça ne lui déplaisait pas. Il prenait même plaisir parfois à le provoquer comme en ce moment. Doucement, à tâtons dans le noir maintenant complet, il couvrit son visage de petits baisers légers, tendres...

    • Réponds-moi! lui intima-t-il.

    • Je me rappelais notre rencontre.

    • ...

    • Je ne devais pas passer au club ce soir là. Je dînais chez André et son compagnon mais, une fois encore, ils se disputaient. Dominique avait cru bon d'inviter un jeune comédien susceptible de me plaire. Ce n'était hélas pas le premier. En général, ils attendaient tous ce que je ne voulais pas leur donner et se contentaient rarement d'une nuit de sexe qui était ce que j'avais l'intention de leur offrir, j'étais donc plus que prudent. Il était beau, inculte et imbu de lui même. Il ne jouait certainement que dans des films muets car sa voix haut-perchée était des plus déplaisante. Je le trouvais agaçant et lourd. André l'a vu et a reproché à son ami de vouloir me caser à tout prix et avec n'importe qui. Le ton montait. J'en ai eu assez et je suis parti les laissant tous les trois. C'est ce qui m'a conduit au club.

      Quand je suis arrivé, j'ai été prendre la température auprès de mon chef-barman. D'après lui, tout allait au mieux et il y avait du beau monde, des politiciens en goguette, mais aussi des proies intéressantes et d'un geste, il vous a désignés. J'ai vu un jeune homme fougueux au déhanchement sensuel perdu dans la danse et un éphèbe blond à la grâce nonchalante qui ne le quittait pas du regard. Ils étaient certainement ensemble.

      Tu as levé les yeux, Harry, et tu les as plongés dans ceux de Jim et cet échange là je ne suis pas prêt à l'oublier. Il m'a bouleversé. C'était ça que je voulais. Je désirais que les mêmes regards pleins d'amour et de désir se posent sur moi. Je vous voulais! Déjà je savais que je n'avais pas envie seulement d'une nuit, d'une semaine, d'un mois de ce bonheur, de cet amour mais de toute une vie... fit-il rêveur. Je me suis approché, il fallait que je vous vois, que je vous touche. Je t'ai pris par la taille Jim et j'ai reçu un regard émeraude plein de colère. Par la barbe de Merlin, que tu étais beau en cet instant, mon doux amour. fit-il en posant sa joue contre celle de Harry.

      Je suis resté là à vous contempler et quand tu es passé à côté de moi, j'ai réalisé que tu ressemblais beaucoup à James dont j'avais donné le prénom à mon tout petit. Je vous ai suivi des yeux jusqu'à votre table et à ce moment là, chose incroyable, un legilimens a essayé d'envahir mon esprit, j'étais tellement surpris qu'il m'a fallu quelques secondes pour élever une barrière. Sorciers! Le monde sorcier se rappelait à mon souvenir de bien étrange façon. C'est à cet instant que j'ai compris de qui j'étais tombé amoureux fou. Je t'ai vu discuter avec Malefoy et regarder de mon côté et même si ça n'a pas changé ton attitude, j'ai compris ta curiosité.

    • ...

    • ...

    • Raconte encore! fit Harry en blottissant la tête dans son cou, comme un enfant qui réclame la suite d'un conte.

    • Je vous ai observés toute la soirée, toute la nuit. Je vous ai vu danser la salsa puis la lambada et enfin il y a eu la musique tzigane. Vous auriez fait l'amour sur la piste, ça n'aurait pas été plus indécent que vos regards. Vous m'aviez mis le feu aux reins. Je devais vous approcher d'une manière ou d'une autre. J'ai demandé à mon barman si il y avait des habitués dans votre groupe. Ce n'était pas le cas mais un couple de clients réguliers connaissait le secrétaire d'état français qui vous accompagnait puisqu'ils avaient été le saluer. Je leur ai offert une bouteille de champagne et je leur ai demandé de me présenter. Ils n'ont jamais compris pourquoi.

    Jim se mit à rire de façon moqueuse.

    • J'avais envie de vous faire l'amour, pas de vous baiser, ça n'aurait pas suffit. Je voulais vous rendre heureux, vous combler et surtout que le lit ne soit pas vide à mon réveil comme lors d'une aventure sans lendemain.

    • Ce n'était pas un peu présomptueux de vouloir nous satisfaire tous les deux?

    • Si, indubitablement. Mais je crois que je ne m'en tire pas trop mal, fit-il avec un sourire amusé.

    • Je ne me plains pas, fit Jim complice.

    Une tendre caresse sur son poignet fut la seule réponse de Harry. Pierre-François se rembrunit. Il craignait toujours, malgré ses dénégations, que son agneau possessif, passionné mais impatient quoi qu'il en dise, se lasse d'attendre qu'il soit prêt à se donner à lui. Il ne cherchait plus à l'apprivoiser, semblant y avoir renoncé et c'était pire que tout. Il le serra contre lui d'un mouvement vif et emporté. Harry noua ses doigts aux siens, posa ses lèvres sur les siennes pour un baiser léger comme la brise marine et lui souffla, la bouche tout contre son oreille : j'attendrai. Il le devinait toujours, son doux amour.



    oOo



    • Tu ne les as pas trouvés?

    • Ce n'était pas le moment de les déranger, railla Draco.

    • Et ton père?

    • Il faudra sans doute que ça attende demain.

    • Qu'est-ce-qu'il y a tendre-ami? demanda Sy en attirant son mari sur ses genoux.

    • Je suis tombé sur une scène que je n'aurais pas dû voir et avoir surpris mon ami dans cette situation me met plus que mal à l'aise.

    • J'ai l'impression que ce n'est pas tout...

    • Je ne suis pas arrivé à me détourner d'eux. Ils offraient à Pierre-François le spectacle impudique, provocateur, fascinant, de leurs préliminaires. J'étais tétanisé. C'est lui ensuite qui s'est déshabillé pour eux... J'avais l'impression d'être cloué au sol par l'érotisme qu'il dégageait.

    • ...

    • Je n'ai tourné les talons que quand il s'est laissé tombé à côté d'eux et qu'ils ont commencé à faire l'amour... jamais je n'avais imaginé Harry sous ce jour aussi charnel...

    • Je croyais que tu le connaissais bien? se moqua doucement Sylas.

    • Je le connais bien! C'est juste que je ne l'avais jamais imaginé comme ça.

    • Tu l'as déjà dit.

    • Oui je sais. fit-il penaud.

    • Il est où le problème Dray?

    • Il n'y en a pas!

    • Tu riais toi-même de les voir après l'amour.

    • Après! pas pendant!

    • En fait, fit Sylas avec tendresse, tu t'en veux d'avoir jouer les voyeurs.

    • Aussi! admit-il. Comment vais-je les regarder en face maintenant?

    • Nous allons le savoir tout de suite, les voilà.

    • Pas encore au lit vous deux? Et Mione?

    • Non en fait je t'attendais... Mon père a téléphoné et veut que tu le rappelles même tard. Mione est allée dormir.

    • Tu sais pourquoi?

    • Non!

    Harry s'éloigna pour aller téléphoner et Jim pour faire une tasse de café. Pierre-François se laissa tomber sur une des chaises avec une grimace.

    • Tu as mal au dos? lui demanda Draco.

    • Oui! répondit-il en se servant un verre de limonade.

    • Je vais te donner un baume à mettre avant d'aller dormir.

    Pierre-François regarda Dray avec perplexité, depuis qu'ils étaient remontés de la plage il évitait leur regard. Que se passait-il? Que lui avait appris son père? qu'allait encore affronter son agneau?

    • Que se passe-t-il Dray?

    • Mon père ne m'a rien dit.

    Si le blond était un bon legilimens, il se défendait aussi plus que bien et le faisait de façon très discrète. Il hésita puis s'y décida. L'image qu'il vit directement dans l'esprit de leur ami l'étonna tellement qu'il en perdit toute concentration et se retira, mais c'était suffisant. Il eut un rire moqueur. Ainsi il était venu les chercher sur la plage et ce qui le mettait si mal à l'aise c'est ce qu'il y avait vu. Il préférait ça à une catastrophe dont Harry aurait encore souffert. Pourtant il était persuadé qu'il valait mieux que ce dernier ignore que son meilleur ami avait été témoin de son effeuillage.

    • Ne fais pas la même tête avec lui! Il n'est pas idiot, il ne mettra pas plus de temps à comprendre que moi. Ce n'est pas la fin du monde!

    Seul un regard penaud lui répondit.

    • Même si tu y as trouvé du plaisir. ajouta-t-il goguenard. Que tu l'aies vu lui, peu importe, mais nous, ça ne lui plairait pas, il est trop possessif et trop jaloux. Merci ma tendresse, fit-il à Jim qui revenait avec une tasse de café.

    • Que se passe-t-il? demanda le jeune moldu.

    • Draco est venu nous prévenir sur la plage que son père appelait Harry !

    • Oh! fit Jim en regardant son amant les yeux ronds puis leur ami.

    Le retour de Harry les ramena à des préoccupations plus sérieuses. Il avait sa figure des mauvais jours. Pierre-François l'attira vers lui avec un regard interrogateur.

    • Lundi, je dois rentrer à Londres. soupira-t-il.

    • Nous rentrons... corrigea l'aîné. Combien de jours? et pourquoi?

    • A cause des moldus espagnols et italiens. Je dois assister à une réunion de la Confédération internationale des mages et sorciers. Nos accords avec l'Europe moldue les avaient obligés début de cette année à revoir la Charte internationale du Secret magique signée en 1692 protégeant nos secrets, mais aussi les créatures magiques, les elfes, les centaures, les trolls, les vampires ainsi que les animaux comme les licornes, les dragons, les sombrals pour ne citer qu'eux. Les relations entre les ministres de la magie espagnol et italien et leurs homologues moldus se passent assez mal et remettent en cause nos accords. Je n'en sais pas plus pour le moment.

    • ...

    • Cela prendra un ou deux jours je suppose.

    • Ainsi nous en sommes arrivés à ce que nous redoutions. murmura Jim.

    • Il semblerait, oui! L'intolérance mais aussi l'avidité des moldus mettent notre monde en danger. Si c'est sérieux nous demanderons une nouvelle réunion avec les représentants européens.

    • ...

    • Nous n'avions pas le choix pourtant. fit-il douloureusement.

    • Tu sais bien que nous n'en avions pas d'autre, Harry. lui fit Sylas. C'était ça ou le conflit armé avec toutes les souffrances que nous connaissons déjà. Tu as bien fait.

    • Devons nous annuler notre petit séjour en Espagne? demanda Pierre-François.

    • Non, mon loup, non! fit Harry avec une caresse légère sur son poignet. Nous serons juste prudents pour qu'on ne nous identifie pas à l'extérieur de l'hôtel en tant que sorciers. Nous sommes tous familiarisés avec le monde moldu, nous serons noyés dans les touristes. Ce sera sans problème. Demain matin, il nous faut finir les recherches des victimes de chantage pour que je puisse transmettre la liste à Jimmy. Il s'occupera du reste.

    • Il est temps d'aller se coucher alors. confirma Jim en s'appuyant contre Harry une main caressante posée au creux de ses reins.

    Ce dernier le regarda étonné puis sourit en resserrant son étreinte autour de la taille de son fiancé apparemment pas contre un nouveau rapprochement, ce dernier en profita pour l'embrasser longuement. Pierre-François leva les yeux au ciel avec une mimique amusée et Jim lança un regard narquois à Draco qui ne savait plus quelle contenance adopter, il opta pour le masque sang-pur malefoyen ce qui fit rire le provocateur.



    oOo



    Pierre-François s'éveilla une fois de plus. On ne peut pas dire que la nuit était de tout repos. Il essaya de bouger, sans réveiller plus cette douleur qui le vrillait malgré la pommade de Draco qui le soulageait seulement pour une période de courte durée. Il échoua lamentablement.

    • Tu souffres encore, mon loup. Attends, fit une voix tendre, je vais te masser avec le liniment et tantôt je demanderai à Lucius de passer.

    • C'est juste l'affaire de deux ou trois jours, ne t'inquiète pas.

    • Tu avais mal, on n'aurait pas dû hier sur la plage...

    • Arrête, mon agneau, ça m'est déjà arrivé, ça passe toujours. essaya-t-il de le tranquilliser.

    Dès qu'il eut fini de le soigner, il le prit dans ses bras pour le rendormir. Jim se blottit contre son flanc, il posa sa tête sur la sienne avant de sombrer.

    Quand Harry se réveilla de nouveau, il faisait grand jour. Il se dégagea doucement de leur étreinte, caressa tendrement, afin de le rassurer, le visage de Jim qui avait gémit quand il l'avait poussé et descendit téléphoner. Il donna des instructions à Robert pour la journée. Les elfes et ceux du quartier général appelés en renfort pour l'occasion achemineraient à Grenade les bagages dès qu'ils seraient terminés. Il calcula les frais éventuels pendant leur absence, en discuta avec le majordome puis lui laissa la somme nécessaire. Enfin il en profita et examina les factures récentes pour les commandes passées par Didier. Quand il entendit des bruits de pas et de voix qui s'approchaient, il poussa un soupir de soulagement réalisant combien il était tendu. Il accueillit Lucius avec empressement. Devant une tasse de café, il lui raconta les flagellations mais aussi les viols répétés subis par Pierre-François, la gêne qu'il éprouvait dès qu'il se fatiguait et parfois, comme à ce moment-là, la douleur qui durait plusieurs jours ne lui laissant aucun répit.

    • Qui l'a soigné jusque maintenant?

    • Pendant son adolescence c'est Madame Pomfresh mais après, je l'ignore.

    • Il avait quel âge lors des flagellations?

    • Vingt ans.

    • Ces crises de douleurs arrivent souvent?

    • C'est la première depuis que nous sommes ensemble.

    • Je vais voir ce que je peux faire mais je crois qu'il n'y aura qu'une solution et il ne sera pas facile à convaincre.

    • Il faut me convaincre de quoi?

    • Bonjour Pierre-François. Laisse-moi d'abord t'examiner veux-tu que je puisse rassurer Harry qui m'a tiré du lit à sept heures du matin.

    Il sembla à ce dernier que l'examen n'en finissait plus. Le visage sérieux de Lucius ne trahissait aucun sentiment, pourtant le soupir qu'il poussa n'était pas encourageant.

    • C'est ce que je pensais. La circulation sanguine quand tu es fatigué se fait moins bien dans la moelle épinière parce que tes vaisseaux sont comprimés et en mauvais état. Parfois une inflammation se déclenche et t'occasionne les douleurs que tu ressens. Il suffirait de te donner un potion anti-inflamatoire mais ça ne fera que repousser le problème.

    • C'est à dire?

    • Dans l'état actuel des choses, tu peux à tout moment perdre la mobilité du bas de ton corps.

    Harry regarda Lucius avec horreur, puis son loup avec amour.

    • La solution? demanda ce dernier d'une voix blanche.

    • Moi, je ne peux rien faire.

    • ...

    • Il faut que tu laisses Harry te soigner avec la magie elfique.

    • Mais je ne suis pas un elfe. s'étonna celui-ci.

    • Tu es son compagnon. A travers le bracelet.

    • Tu as dit l'autre jour que si je sollicitais sa puissance magique pour soigner j'allais l'affaiblir.

    • C'est ta seule chance.

    • On va le faire.

    • Explique moi mieux. demanda l'aîné d'une voix ferme.

    • Vous allez mélanger vos auras magiques à travers le lien que crée entre vous le bracelet comme vous l'aviez fait sans même le réaliser pour soigner Draco puis Violaine.

    • Jusque là rien de compliqué, commenta Harry.

    • Par contre la dernière fois, Pierre-François, c'est toi qui a soigné, ici il faut que Harry le fasse et là est la difficulté puisque ça lui est tout à fait inconnu. Tu ne peux donc que compter sur sa faculté de perception et surtout sur sa puissance.

    • Les dangers?

    • On ne peut complètement écarter la possibilité que vos deux magies se rejettent ou se combattent.

    • Et dans ce cas?

    • Je l'ignore. Le risque que cela se produise est infime puisque vous l'avez déjà fait sans problème, au contraire vos auras devraient se reconnaître. Sans le réaliser, vous l'avez tenté deux fois.

    • Il peut perdre une partie de sa magie?

    • Oui.

    • Et si je le soigne mal?

    Lucius ne répondit pas et se contenta de les regarder.

    • Etends-toi, amour. On va faire ça de suite avant que tu me trouves cent raisons pour fuir.

    • Non!

    • Vous devez le faire! intervint la voix calme de Jim qui semblait là depuis un moment.

    • Tu ne sais pas ce que provoquerait, pour le monde magique, le fait que l'Elu perde la plus grosse partie de sa magie.

    • Peut-être! Mais je sais ce que tu feras si demain tu venais à être paralysé. Tu t'estimeras un fardeau pour nous. Il n'est pas question de perdre notre bonheur. Alors tu n'as pas le choix. Toi aussi tu cours un risque si Harry te soigne mal.

    • Tu dois le faire, mon loup. Pour toi d'abord, mais aussi pour Lily et Cloud, pour nous aussi. Je t'en prie. finit-il d'une voix brisée.

    Pierre-François, déconcerté, regardait l'Elu, son amour si fier, si fort, pratiquement en train de le supplier, devant Lucius et Jim, de se laisser soigner pour qu'ils puissent continuer leur vie ensemble. C'est vrai que jamais il ne voudrait être une charge pour eux et que dans ce cas il préférerait s'effacer. Devait-il renoncer à ce bonheur sans même se battre? Jim était venu s'appuyer contre Harry et ils ne le quittaient pas des yeux. Ce furent les larmes qui se mirent à couler lentement des émeraudes le fixant qui emportèrent ses dernières hésitations. Du revers de l'index, il cueillit doucement une larme, la but d'un geste naturel puis sans un mot, se coucha sur le canapé que Lucius avait magiquement agrandi. Harry se plaça à genoux à côté de lui de telle façon à joindre son bracelet à celui de Pierre-François, posa doucement ses lèvres sur sa tempe et tous les deux firent monter leur puissance magique.

    • Je vais te donner les instructions au fur et à mesure.

    • Bien.

    • Tu vas te concentrer et ne plus voir que son dos. Tu ne dois plus penser à rien d'autre. Tu fais le vide en toi et tu me dis quand tu arrives à percevoir les légères stries blanches sur le corps de Pierre-François qui sont les vestiges des coups reçus.

    Jim était venu se placer à la tête de ce dernier pour l'encourager mais ses yeux étaient rivés sur son fiancé.

    • Je les vois, fit-il d'une voix calme au bout d'une dizaine de minutes d'attente.

    • Bien! fit Lucius surpris de la rapidité de Harry à se concentrer.

    • ...

    • Monte ta puissance sans les perdre de vue. Redescends, redescends! s'affola-t-il en sentant la magie développée par l'Elu ce qui fit sourire Pierre-François.

    • ...

    • Voilà ça devrait-être bon comme ça. Transfère toute cette magie dans la pointe de tes doigts.

    Bientôt les extrémités des mains de Harry furent entourés de la même brume opalescente que ceux du descendant des sindars quelques jours auparavant.

    • Bien! Suis maintenant chaque sillon jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je ne peux plus t'aider. C'est ici le plus difficile car il faut que tu ajustes ta puissance ni trop forte pour ne pas faire de dégâts collatéraux ni trop faible car elle ne soignerait pas complètement.

    Le silence régnait dans la pièce. Jim suivait les gestes de Harry qui très lentement passait sur des sillons que lui ne voyait pas. Une heure passa sans qu'il s'interrompe. Lucius fit une grimace. Il n'arriverait jamais en une séance à tout enrayer. Les stries blanches guéries s'effaçaient et faisaient place à d'autres plus anciennes encore qui remontaient à la surface de la peau. Pourtant, patiemment le Survivant, les dents serrées, faisait disparaître les effets du calvaire subi par son amant. Naïvement, il avait cru que Pierre-François n'avait subi qu'une flagellation et qu'il avait cédé ensuite aux ordres de son père d'épouser la femme qu'il lui avait destinée. Manifestement c'était loin d'être le cas et il avait résisté longtemps avant d'obtempérer. Le visage de plus en plus grave, de plus en plus tendu, il le soignait mais son cœur étouffait sous la tendresse qui montait, mouillait ses yeux et bientôt il savait qu'il en perdrait sa concentration. Il essaya de se ressaisir. La main de Pierre-François unie à la sienne l'encouragea d'une douce pression qu'il lui rendit, il inspira profondément et poursuivit.

    Ce n'est que presque deux heures plus tard qu'il s'arrêta satisfait mais épuisé étant enfin arrivé à faire disparaître toutes les marques blanches. Il en avait profité pour soigner des blessures plus intimes et plus anciennes encore occasionnées par les viols sauvages et répétés. Où avait-il trouvé la force, leur courageux amour, après tout cela, après la mort de son fils, de devenir de Lauzun le magnifique? Ce fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le noir.

    Ce fut Jim qui le premier réagit et étendit les bras pour rattraper le corps qui glissait vers le sol. Il leva un visage angoissé vers Lucius.

    • Juste de la fatigue, trop de concentration, trop de magie utilisée, trop d'émotions, un repos de quelques heures devrait suffire à le remettre sur pieds.

    • Bien!

    Sans un regard pour leurs amis rassemblés autour d'eux depuis un moment, il le prit dans ses bras et le transporta dans leur chambre. Il l'étendit sur le lit et se coucha à ses côtés, bien décidé à attendre là son réveil. Harry gémit dans un demi-sommeil et se pressa contre lui.

    • Jim...

    • Je suis là, mon amour, je suis là.

    • Je t'aime. murmura-t-il avant de se rendormir.

    • Je le sais. J'en suis le premier surpris après cette relation unique que je viens de voir mais je suis sûr que tu m'aimes et je t'aime aussi, plus que tout.

    Il resserra son étreinte autour du corps abandonné, posa sa bouche sur la sienne. Baiser léger pour ne pas le réveiller, baiser amoureux par besoin de le toucher, baiser pour se rassurer.



    oOo

     

    • Comment te sens-tu?

    Pierre-François se releva avec précaution mais sans ressentir de douleur.

    • Bien!

    • Il m'a étonné, il est arrivé à se mettre en condition très vite, puis il a fait ça avec beaucoup de minutie. Il a dépensé une magie incroyable. Quand j'ai vu ce qu'il découvrait à faire peu à peu, j'ai pensé qu'il faudrait plusieurs séances. J'ai bien peur que deux ou trois heures ce soit insuffisant pour qu'il récupère.

    • Et sa magie?

    • Je ne crois pas qu'il y ait un problème, peut-être lui faudra-t-il un peu de temps avant de récupérer sa puissance maximale.

    • Merci Lucius.

    En fait, Pierre-François était pressé de retrouver Jim dont la réaction l'avait blessé. Dès le départ du ministre, il passa à la cuisine prendre un plateau de viennoiseries, deux tasses de café et se dirigea vers leur chambre. Il trouva son agneau, appuyé sur la tête du lit, le casque de son baladeur sur les oreilles et Harry endormi serré dans les bras. Il s'assit sur le bord du lit.

    • Ça va, ma tendresse? fit-il

    • Oui et toi? la douleur?

    • Envolée. Tu veux du café?

    • Merci.

    • Pourquoi es-tu parti ainsi?

    • Je voulais le tenir dans mes bras, le sentir contre moi, l'emmener loin de ce qu'il avait lu dans ton dos en le guérissant et qui lui avait amené les larmes aux yeux...

    • Je ne me suis pas aperçu de ça.

    • Tu ne pouvais pas. Qu'a-t-il vu, amour?

    • Harry a vu dans la mémoire de Draco l'image d'une flagellation.

    • Je l'ai vue aussi dans la pensine.

    • J'aurais dû m'en douter, sourit Pierre-François, il a certainement supposé que c'était la seule. Ce n'était pas le cas, j'ai résisté presque un an enfermé au manoir des Vassier. Mac Dowell le père de Cloud était l'exécuteur du mien aidé de mon frère qui a assisté à tout cela sans un mot.

    • Tu as dû détester ta femme.

    • Moins que François-Marie.

    • ...

    • Au début oui, mais elle était autant victime que moi. Elle devait épouser un homosexuel notoire, partager sa couche et lui donner une descendance. Elle était d'une santé fragile et le rôle qui lui était attribué, celui d'une génitrice, ne lui convenait aucunement. Elle en est morte d'ailleurs.

    • ...

    • Nous avons fini par vivre en bonne harmonie comme frère et sœur si on excepte les nuits que j'ai dû passer avec elle pour donner un héritier aux Vassier. Si je ne l'ai jamais trompée, je n'ai pas réussi à aller plus loin que ce respect de la parole donnée et à créer un semblant de bonheur ou à lui donner du plaisir, pas plus que je n'en ai pris.

    • Et ton frère?

    • Nous avons été très proches jusqu'à notre entrée à Poudlard. Avant, nous vivions en vase clos. La découverte du monde extérieur nous a séparé peu à peu. Je m'ouvrais aux idées autres que celles qu'on m'avait inculquées, lui non. Puis est venu le moment où il a compris mes penchants et mon attirance pour les autres garçons. Il n'a rien eu de plus pressé que d'aller le raconter à notre père devant Mac Dowell, à partir de ce jour je n'ai plus eu de repos.

    • ...

    • Après la mort des Potter et la disparition de Harry, à plusieurs reprises j'ai pensé mettre fin à ma vie, chaque fois quelque chose m'a retenu. Aujourd'hui, je ne le regrette plus, fit-il en amenant le dernier morceau d'un croissant devant le bouche de Jim.

    Celui-ci sourit avant de le manger puis de libérer une main pour boire son café. Ils finirent de déjeuner en silence. Pierre-François ôta le plateau et s'installa appuyé contre Jim, profitant simplement de leur présence. Il somnolait depuis un moment, rattrapant sa mauvaise nuit, lorsqu'on frappa à la porte. Aymeric et Sylvain venaient aux nouvelles. Le premier, inquiet, ne quittait pas des yeux son paternel adoptif ; le second tenait en main le fameux manuscrit et l'album trouvés dans l'hôtel Saint-Maur.

    • Il va aller mieux?

    • Mais oui mon grand, dans une ou deux heures il sera bien, peut-être un peu moins puissant ces prochains jours mais personne ne s'en apercevra.

    • Je ne sais pas ce que je deviendrais si il lui arrivait quelque chose.

    • Il ne lui arrivera rien, Ay, et si un jour c'était le cas, nous serions là Jim et moi, pour toi et Sylvain.

    • Pourquoi mon père ne m'a-t-il pas dit qu'il était sorcier? demanda ce dernier.

    • Parce que quand il était jeune, il a fait une erreur de jugement et adopté les idées que son père lui a inculquées sans chercher si elles étaient justes ou non et maintenant il en a honte.

    • Il a suivi Voldemort et est devenu mangemort. C'est ce que je t'avais dit! s'exclama le jeune serpentard.

    • C'est exact, mais ensuite il a réalisé son erreur et il lui a fallu beaucoup de courage pour ne pas continuer dans la mauvaise direction. expliqua Pierre-François.

    • Pourtant il a fuit! Ce n'est pas très valeureux! soupira Sylvain.

    • Il est parfois plus difficile de partir que de rester. Il a perdu tout contact avec sa famille, ses habitudes, le monde sorcier et lui un sang-pur a dû apprendre à vivre et à travailler comme un moldu. Ne le sous-estime pas.

      Montre ce que tu nous apportes.

    • Je les ai trouvés dans le même secrétaire où j'avais découvert la baguette. Il y a plein de tiroirs secrets.

    • ...

    • Voilà la photo qui te ressemble! termina-t-il en tendant l'album ouvert à Pierre-François.

    Celui-ci resta étonné devant l'ancien portrait en couleurs déjà d'un sorcier aux cheveux longs bouclés et au regard enjoué et vif, d'un bleu très clair, il semblait plus âgé que lui. Plus qu'une vraie ressemblance, c'était une impression familière que rendait le cliché, en dessous un prénom et une date : Gellert – 1935. Ainsi, c'était là le portrait de son arrière grand-oncle, Gellert Grindewald. Rien en ce visage beau et aimable ne trahissait les folles ambitions, les méfaits perpétrés, les crimes commis.

    • Albus avait raison, il avait un regard étonnant, bien loin de sa nature. fit une voix calme et claire à leurs côtés.

    • Tu es déjà réveillé! s'exclama Jim. Comment te sens-tu?

    Harry regarda avec plaisir les quatre visages qui attendaient son éveil. Il se rappelait avoir voulu, avant sa rencontre avec eux, fonder une famille élargie avec ses amis. Quelle utopie! Il les adorait mais ils avaient leur vie et chacun créait la sienne, ils auraient toujours une très importante place dans son cœur mais sa famille à lui c'était eux, ses amours et ces enfants que le hasard avait mis sur son chemin.

    • Je vais bien! fit-il en embrassant doucement son fiancé. L'impression d'être un peu mou, mais ça va. Et toi? acheva-t-il en se tournant vers l'aîné.

    • Plus de douleur. C'est parfait.

    La joie qui inonda ces traits disait assez la peur qu'il avait eue pour lui et le soulagement qu'il ressentait.

    • Il avait donc cinquante deux ans au moment de la prise de cette photo. Et le reste? fit-il en désignant le manuscrit.

    • Nous n'avons pas encore regardé.

    • C'est un journal intime qui appartient à Gellert Grindelwald et commence en 1899, il y a cent ans, il contient des pages avec des poches en papier de soie et des papiers dedans, précisa Aymeric, mais ils sont blancs et ne répondent pas au revelio.

    • Si je comprends bien vous avez déjà fait votre petite enquête, se moqua-t-il gentiment tout en prenant une feuille de papier vierge et en tendant une à Pierre-François.

    Tous les deux avec leurs baguettes essayèrent différents sorts de révélation sans succès. Après avoir épuisé les sortilèges de magie blanche et noire, ils se concertèrent du regard.

    • A quoi penses-tu, mon agneau?

    • Si ce sont des lettres d'amour, elles proviennent très certainement d'Albus et, comme je le connais, elles ne sont lisibles que par Gellert. Je me rappelle avoir lu dans un vieux grimoire de la réserve à Poudlard un sort de verrouillage qui permet de dissimuler à tous le contenu de lettres, de contrats qui ne peuvent être lus qu'avec le mot convenu.

    • Le sort sigillum palinodia, confirma Pierre-François. J'en connais la formule mais encore faut-il avoir le mot d'ouverture.

    • Essaie le mot citron ! suggéra Harry.

    • Non !

    • Suçacides ?

    • Non plus !

    • Sorbet citron?

    La feuille de papier se couvrit immédiatement d'une écriture fine et régulière, légèrement penchée. Pierre-François le regarda avec étonnement, il s'était attendu à une longue série inutile de mots et à un échec au bout mais Harry semblait connaître son mentor bien mieux qu'il ne le supposait. Ils se penchèrent ensemble sur la lettre. L'en-tête "Mon amour" fit hésiter l'élève d'Albus, lire cette missive lui semblait une trahison. Il la replia sans aller plus loin et regarda ses compagnons. Pierre-François caressa doucement le bracelet lien qui les unissait.

    • Tu veux la lire seul? demanda Jim.

    • Je ne veux pas la lire du tout. fit-il en secouant la tête.

    • Voyons le journal ! murmura le descendant des elfes.

    "16 octobre 1899.

    Je me décide à écrire dans tes pages, journal, mais c'est à lui que je vais m'adresser, lui qui t'a offert à moi, lui à qui je confiais tout depuis plus de deux mois, lui mon amour, mon âme, ma moitié... Qu'il me manque depuis ce tragique accident qu'a été la mort d'Ariana, comment en sommes-nous arrivés Abdelforth et moi à échanger des sorts impardonnables? Il n'a pas supporté de découvrir son frère amoureux d'un garçon et encore moins de moi, nos idées n'ont été qu'un prétexte pour justifier sa colère!

    Et moi, comment me suis-je retrouvé mêlé à cette querelle fraternelle ? Même si j'avais été blessé par toutes les horreurs que j'ai entendues, jamais je n'aurais dû sortir de mes gonds. Et me voilà, ici, dans cette France inconnue, accusé des pires atrocités et dans l'impossibilité de rentrer en Angleterre. Pourtant il y a pire...

    Notre pauvre Ariana, notre tendre complice de la première heure, elle qui protégeait notre amour s'est retrouvée entre ses deux grands frères. Pourquoi, petite fée, a-t-elle voulu s'interposer? Nous avons fauché ses quinze printemps, sa joie de vivre, son regard innocent ... Je me suis enfui horrifié. Même si ce n'est pas mon sort de mort qui l'a touchée, je me sens aussi coupable que lui.

    Une seule fois, j'ai senti ses bras autour de moi en presque deux mois, pendant ces quelques heures passées ensemble dans ce monde moldu que j'abhorre et où nous étions perdus. Depuis la rentrée, quelques lettres dont le mot de passe me rappelle le moment dans ce salon de thé de la rue Rivoli devant un sorbet acidulé que je ne voyais pas, trop préoccupé de ses yeux, de sa bouche, de ses mains que je désirais sur mon corps... Ensuite cet hôtel miteux où je lui ai appartenu pour la première fois. Regards méprisants, velours rouge mité, odeur de moisi, ressorts grinçants et draps douteux que j'ai oubliés contre lui. Puis dépouillé de lui par la séparation sans savoir quand nous nous reverrons mais plus fort de ses "je t'aime" et de son serment...

    En attendant sa présence, je vais continuer de rêver de ce programme que nous avons mis au point ensemble pour sauver le monde sorcier et que je lui ai juré de réaliser coûte que coûte. Je lui parlerai à travers toi journal, lui racontant jour après jour mes idées, mes journées, mes humeurs..."

    La page de garde finissait par ces mots et le journal commençait par : "Albus, mon amour".

    Harry referma le journal atterré. Albus pour protéger son frère, la réputation de sa famille mais aussi la sienne avait laissé courir les rumeurs accusant Gellert de la mort de sa sœur et malgré cela, il était devenu l'amant de ce jeune homme de seize ans perdu dans un pays inconnu et lui avait fait des promesses et certainement des serments qu'il n'avait pas tenus.

    • Harry, il n'avait que dix-huit ans... tenta de justifier Pierre-François.

    • Admettrais-tu cette raison si demain, malgré mes mots d'amour, je te laissais? Gellert lui n'en avait que seize.

    • Nous ne savons pas ce qui les a éloignés l'un de l'autre... Albus n'a jamais cessé de penser à lui puisqu'ils sont restés en contact jusqu'à la fin. Ne juge pas sans savoir. Il est évident que Gellert était très amoureux mais rien ne dit que la réciproque n'était pas vrai. Ton mentor a reconnu avoir fait bien des erreurs peut-être pensait-il à cela aussi. De toute façon, ça ne change en rien le parcours du mage noir Grindelwad.

    • Il est presque l'heure du repas, les interrompit Jim. Nous n'avons pas terminé la recherche des adresses des victimes de chantage et j'aimerais passer notre après-midi à la plage avant le départ en Espagne puis en Angleterre.

    • Il faut aussi faire nos valises. précisa Harry.

    • Vous pouvez sortir ce que vous voulez emporter et les elfes se chargeront de les mettre dans nos sacs.

    • Bien! apprécia Jim ce qui fit sourire ses compagnons qui le savaient incapable de plier correctement des vêtements dans une valise.

    • Les garçons vous le ferez avec Marine avant d'aller à la plage. Fanny aidera Gauthier. fit Pierre-François en sortant de sa garde-robe les tee-shirts choisis.

    • Je vais transmettre à Jimmy les dossiers avec les adresses que nous avons déjà, les autres attendront notre retour. J'ai prévenu Pierre et la DST est allée interroger notre photographe très officiellement sur les photos parues. Elle se tiendra tranquille un moment. fit Harry en composant le numéro sur son portable.

    La discussion téléphonique se prolongeait et si Harry ne répondait que par monosyllabes son interlocuteur semblait plus bavard. Il ne pouvait manquer les coups d'œil de plus en plus insistants de ses amours. Aussi reçut-il un double regard noir et coléreux lorsqu'il susurra un "Oui, chéri, tu as raison". Il esquiva la main de Jim qui se tendait vers le portable.

    • Pourquoi je t'appelle ainsi? Pour faire bouillir les deux jaloux qui sont devant moi et qui estiment ma conversation avec toi trop longue.

    • ...

    • Oui! bien sûr que c'est pour ça que je prends mes distances!

    • ...

    • Mais non, je n'ai pas changé, mes amis restent mes amis et le resteront, mais j'ai des comptes à rendre maintenant. se marra Harry en tenant à distance un Jim rageur.

    • ...

    • Oui, tu peux passer prendre les dossiers demain, Robert sera au courant et on se voit au ministère lundi.

    • ...

    • Arrête Jim! tu es ridicule! fit-il à ce dernier quand il eut raccroché. Que pouvais-tu critiquer avant que je vous taquine en l'appelant "chéri"? Il me racontait son emménagement avec Jimmy et les cours qu'il a choisis à l'université, rien d'anormal quand on est amis... Si?

    • ...

    • Et je n'ai pas à les renier parce que vous êtes possessifs.

    • Certainement non! mon agneau. répondit Pierre-François en lui tendant une main que Harry s'empressa de saisir en lançant un regard interrogatif à son fiancé qui vint les enlacer en soupirant.

    Ils passèrent l'après-midi à la plage comme l'avait souhaité Jim, nageant, faisant du bateau et jouant avec les enfants. Ils y restèrent tard profitant jusqu'au dernier moment de cette douce quiétude. Ces quelques jours en Espagne qu'ils avaient voulus, maintenant, ils les appréhendaient. Il avait suffit d'un coup de fil de Lucius pour les replonger dans le monde sorcier et ses soucis.

    Il leur avait rappelé que la rentrée approchait et avec elle leur retour en Angleterre, la lutte de la Fratrie contre La Loge et O'Reilley, la réalisation de la prophétie, le combat de l'Elu pour la protection de leur monde, le début de leurs études à Cambridge, l'organisation du tournoi des trois sorciers et la venue des deux écoles rivales mais aussi plus personnellement leur emménagement à Poudlard, leur emploi de professeur et leur nouvelle vie de tous les jours.

    Une année qui s'annonçait riches en évènements, en soucis mais Harry voulait avant tout qu'elle consolide leur union et il ferait tout pour ça.



    oOo

     

    • Alors, fit Juan le garçon aux yeux noirs, on sait enfin qui c'est?

    • Non! Les femmes de chambre sont en train de ranger les bagages apportés par quatre elfes de maison et d'après elles il s'agit de personnes jeunes et possédant des vêtements luxueux aussi bien sorciers que moldus.

    • Il y a aussi deux tout jeunes enfants et deux plus grands, renchérit Dolorès la jeune fille toute menue. J'ai reçu l'ordre de mettre dans la chambre de ces derniers une console de jeux, les jeux qui vont avec et dans celles des bébés un lit de poupée pour coucher celle qui était dans les bagages et un porteur pour le garçonnet.

    • Ils sont aux petits soins! c'est la première fois que je vois ça!

    • Surtout que c'est la Walters qui m'en a donné l'ordre. Elle semble particulièrement concernée par la chose et elle n'a attribué à leur service que des personnes sachant parler anglais, ainsi que les aurors qui prendront leur service demain matin une heure avant leur arrivée, j'ai vérifié. poursuivit Dolorès.

    • Donc ils sont anglais ou américains. Et les elfes?

    • Ils n'ont rien dit, certainement tenus au secret. Par contre ils étaient soignés, bien habillés et souriants, ce qui est rare.

    • Tout l'hôtel fait des paris sur l'identité de ces clients.

    • Plus que quelques heures à attendre...



    oOo



    Ils transplanèrent en fin de matinée dans le sas de réception de l'hôtel. Etrangement, il y avait plus de personnel à cet endroit que d'habitude, les uns et les autres trouvaient tous les prétextes pour y traîner. De jeunes sorciers apparurent d'abord, l'un avait des cheveux très blonds et portait un bébé, le second aux yeux noirs aurait pu être espagnol, il soutenait un monsieur âgé, une jeune femme brune souriante complétait le groupe, ensuite ce fut un sorcier, la quarantaine aimable, le regard pétillant de malice qui servait de transplaneur d'escorte à deux jeunes gens qui apparemment n'avait pas l'âge pour se déplacer seuls, enfin survint un groupe composé d'un jeune homme blond aux yeux bleus et d'un noir aux yeux verts, d'un beau sorcier qui portait une petite fille d'environ trois ans et de deux jeunes garçons d'une bonne dizaine d'années. Le directeur de l'hôtel accompagné de Madame Walters vint au devant d'eux.

    • Monsieur Potter, quel honneur de vous accueillir parmi nous!

    Un certain vent de stupéfaction soufflait sur le personnel du "Riad Inès". Ainsi les clients tellement attendus n'étaient autres que le Sauveur du monde sorcier britannique, le Survivant, l'Elu, et son entourage. La situation actuelle en Espagne justifiait amplement les précautions prises. Seul un jeune homme aux cheveux roux et aux nombreuses taches de sons affichait un sourire satisfait. Ses collègues lui devaient une petite fortune et ça le dédommagerait des quolibets subis toute la semaine à cause de ses idées soi-disant farfelues.

    Ils passèrent quatre jours de rêves. La curiosité insatiable de Harry qui n'avait jamais vu du monde moldu que Little Whinging, le square Grimmaurd, la gare de King Cross, le quartier de la banlieue de Londres où se situait la maison d'Hermione, Stratford-upon-Avon où il sortait avec Jim et enfin un peu de Paris ainsi que du Cap d'Agde, ravissait ses compagnons. Il semblait aussi émerveillé devant les jardins andalous et arabisants, devant l'Alhambra de Grenade ou la Giralda de Séville que Sylvain et Aymeric. Le fait que Jim et Pierre-François parlent espagnol facilitait leur séjour et les excursions.

    La table de l'hôtel était délicieuse et ils découvraient avec joie la cuisine relevée espagnole. Les jardins de l'hôtel étaient splendides et incitaient à la flânerie.



    Ooo

     

    C'était la veille de leur départ et aussi celle de l'assomption très fêtée en Andalousie, ils déambulaient à travers les rues du quartier traditionnel pour rejoindre la feria de la plaza Santa-Maria. Le lendemain une grande procession était organisée et la vierge serait promenée dans toute la ville, mais le 14 août était réservé aux chants et aux danses. Ils avaient décidé d'aller assister à une démonstration de fandango, de séguedille et de flamenco. Le fond de l'air était doux et la liesse ambiante mettait de la joie sur les visages, nos touristes sorciers avaient comme tous le cœur léger.

    Harry adorait leur séjour et les richesses découvertes. La civilisation islamique se retrouvait en tout, dans les noms, dans la cuisine, dans chaque ruelle, dans l'architecture très fortement marquée par les musulmans pendant plus de sept siècles. La domination de Grenade avait cessé en 1492 mais la présence musulmane avait perduré jusqu'en 1609. Quatre siècles de chrétienté et d'inquisition n'avaient pas réussi à faire disparaître les influences trop profondément ancrées.

    Il avait été frappé de voir que sous toutes les latitudes les ambitions se traduisaient toujours de la même façon. La très célèbre inquisition avait réprimé avec excès les actes qui s'écartaient d'une stricte orthodoxie comme le blasphème, la fornication, la bigamie, la pédérastie et combattu l'hérésie des judaïsants, mais aussi établi en 1556 la délivrance des "certificats de propreté du sang". Cette mesure était destinée à bouter hors d'Espagne les Maures, les juifs et enfin les protestants. Les sorciers, les homosexuels n'avaient pas été épargnés. Les dénonciations étaient légions puisqu'une partie des biens était attribuée au dénonciateur, l'autre allant grossir les richesses de l'église catholique espagnole. L'inquisition avait été abolie une première fois avec la conquête du pays par Napoléon en 1808, puis définitivement par la reine Marie-Christine en 1834, pourtant l''influence sous-jacente des extrémistes de l'église se faisait encore sentir et la chasse aux sorciers n'était pas obsolète.

    A leur arrivée, il avait discuté longuement avec le propriétaire de l'hôtel et ensuite toléré, pour la sécurité des siens, la présence à leurs côtés des deux aurors chargés de leur protection. Il leur avait demandé de veiller sur les enfants plutôt que sur celle des adultes capables de se défendre. Pour un entretien informel, il devait rencontrer le lendemain matin le ministre de la magie espagnol qu'il retrouverait lundi lors de la conférence à Londres.

    Mais, pour le moment, il découvrait les ruelles de l'ancienne ville avec ses compagnons et ses amis, la petite main de Lily serrant la sienne.

    Ils s'assirent à une des terrasses improvisées pour la feria devant les bars espagnols et commandèrent un grand verre de sangria ou de horchata pour les plus jeunes cette boisson sucrée traditionnelle introduite par les maures, faite à base de jus de chufas appelées aussi amandes de terre. Sur des tréteaux, huit danseuses dont deux fillettes d'une dizaine d'année tapaient des talons sur les rythmes enlevés du fandango joués par un guitariste. Pendant plusieurs heures, Harry se plongea dans cette musique exceptionnelle qui renferme "les trois mémoires de l'Andalousie, mêlées de façon inextricable : la musulmane, savante et raffinée ; la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire" (1).

    Le flamenco était jusque il y a peu réservée aux adultes en tant que danse de l'amour, appelée ainsi suite aux mouvements collés et à la vivacité des gestes effectués. Il fut captivé par la farruca, traditionnellement une danse masculine, exécutée avec maestro par un jeune danseur qui devait avoir son âge, bouleversé par une ballade triste où la profonde sensibilité musicale des Gitans s'exprimait racontant leur éternel exil sur fond de guitare flamenca, touché aux larmes par un chant aux accents déchirants où l'on découvrait toute l'influence des berceuses des mères juives.

    Si Jim avait quelque peu froncé les sourcils en voyant l'admiration dans les yeux de son fiancé pour le danseur de farrucca, Pierre-François découvrait avec passion la sensibilité du jeune compagnon qu'il s'était choisi. Jamais il n'admettrait, par respect pour son second agneau qu'il aimait profondément, qu'il se sentait plus en harmonie avec le jeune sorcier mais le bracelet elfique qu'il avait passé au poignet de ce dernier le trahissait.

    Il était tard lorsqu'ils reprirent le chemin de l'hôtel, les plus jeunes au milieu des adultes. Teddy dormait dans les bras de Sylas, Draco enlaçait Mia. Le vieux Gauthier fatigué s'appuyait sur Sirius. Les deux aurors suivaient de près. Désignés parce qu'ils parlaient anglais, ils avaient accepté cette mission comme une corvée nécessaire, estimant que le Survivant faisait preuve de bien de légèreté en venant en Espagne en pareil moment. Depuis quatre jours, ils avaient vécu avec eux, avaient surpris les secrets de leur vie familiale et intime et avaient changé d'avis sur bien des points. Ils avaient été de suite intégrés au groupe, ils partageaient leurs repas, leurs distractions et étaient considérés comme des amis. Ils avaient eu, une fois rentrés dans leurs suites, de longues discussions politiques avec eux, s'apercevant avec stupéfaction que les autres mondes sorciers ne connaissaient rien de leurs problèmes.

    Le jeune Elu les écoutait mais aussi ses compagnons et ses amis. Très vite ils avaient parlé de leur envie de former un groupe semblable à la Fratrie anglaise dont les exploits étaient relayés par la presse sorcière, très vite ils avaient compris sans que ce soit dit que Harry en était le dirigeant et que les autres en étaient les premiers membres. Ils avaient à leur tour appris la situation en Angleterre, leur lutte contre la Loge sorcière, Ombrage, la présence de Gellert Grindewald, ce qui attendait l'Elu et son entourage à leur retour à Londres.

    Ce soir, Harry n'avait pas envie de discuter. Ce qui le gênait le plus depuis le début de leur séjour, c'était la distance qu'il était obligé de mettre entre lui et ses compagnons, ne retrouvant leurs tendres gestes que la nuit, une fois les portes de leur suite refermées enfin sur eux et les aurors partis dormir. Il savait qu'il devrait en faire autant en monde sorcier anglais et la perspective ne le réjouissait pas.

    La sangria, cette traitresse, l'avait transporté dans un monde un peu flou, cotonneux où la seule réalité était ses deux compagnons. Dès qu'ils atteignirent leur suite, il attira son fiancé contre lui avant même que les aurors aient vérifié leur appartement comme tous les soirs. Jim lui murmurait des mots tendres en souriant, laissant à Miguel et Domingo le temps de s'assurer que nul n'avait piégé leurs chambres pendant que Pierre-François couchait sans la réveiller leur petite Lily. Quand il revint dans leur salon, il eut un petit rire en voyant la scène, ce qui attira son attention sur lui.

    • Mon loup!

    • Il me semble que tu as bu un peu trop ce soir, commenta-t-il tendrement. C'est la première fois que je te vois dans cet état.

    • Viens! appela-t-il en tendant la main.

    • Nous avons fini, il n'y a pas de problème, ni chez les enfants, ni chez vous. Nous allons vérifier la suite des Malefoy-Van Neeren. A demain. fit Miguel le plus jeune des policiers.

    • Oui, nous descendrons à neuf heures pour déjeuner avec le ministre de la magie,

    • Nous y serons.

    Avant de sortir, Domingo se retourna. Le Survivant, serré dans les bras de ses amants, embrassait Pierre-François avec passion. Doucement, il referma la porte sur eux pour ne pas les déranger tout en pensant qu'il ne comprenait ni leurs sentiments ni leur relation et il se mit à penser à sa femme qu'il n'avait plus vue depuis cinq jours.



    oOo



    Harry ouvrit les yeux péniblement, se traîna dans la salle de bain, aspergea sa figure d'eau froide avant de se regarder et de se faire peur. Etait-ce bien lui ce visage hagard aux yeux injectés de sang? Il fouilla la poche secrète de son sac et en sortit une petite fiole qu'il avala d'un coup. A peine quelques minutes plus tard, il voyait plus clairement ce qui l'entourait. Il se rappelait vaguement la sollicitude de ses compagnons, les mots rassurants de Jim, la main fraîche de Pierre-François qui soutenait son front pendant qu'il était penché au dessus de la cuvette des toilettes et rendait cette fichue sangria. Il se laissa tomber lourdement dans le fauteuil et, la tête renversée sur le dossier, yeux fermés, pensa au spectacle qu'il leur avait offert.

    Une main se posa sur son genou, apaisante.

    • Je suis désolé.

    • Ça m'est arrivé aussi, rappelle-toi la soirée à Poudlard.

    • ...

    • On va prendre une douche puis on réveille p'ti loup?

    • Quelle heure est-il?

    • Presque quatre heures.

    • Après ce début catastrophique, ça m'étonnerait qu'il ait envie de ça en pleine nuit.

    • Harry, ce n'est pas le fait que tu aies bu trop un soir qui changera le regard amoureux qu'il pose sur toi. C'est notre dernière nuit ici. Viens.

    Un peu plus tard, deux corps nus se glissaient tout contre Pierre-François qui ouvrit un œil et referma ses bras sur eux, surpris de les sentir encore chauds et humides de leur douche, excités de s'être lavés mutuellement. Une bouche qui cherchait la sienne, une autre dans son cou lui contèrent mieux que des mots ce qu'ils venaient partager avec lui.

    Pierre-François s'éveilla bêtement heureux, on aurait pu même dire euphorique. Il resserra son étreinte autour de ses amours blottis contre lui, réveillant à moitié Harry au passage. Dans son esprit, la nuit dernière avait scellé leur union. Ils auraient pu faire l'amour seuls sous la douche, il n'en aurait rien su, ils ne s'étaient rien promis, rien interdit, mais ils ne l'avaient pas voulu. Tout naturellement, ils étaient venus le retrouver. Il n'avait jamais pu oublier qu'au début, ils avaient prévu de vivre avec lui seulement les fins de semaine et d'habiter leur appartement de Cambridge seuls le reste du temps. Depuis Harry lui avait assuré plusieurs fois qu'amoureux, ils voulaient tout partager avec lui mais il en était resté une sourde inquiétude qui avait enfin disparu.

    • Excuse-moi pour hier!

    • Harry! Arrête!

    • Je sais que tu as horreur de ça!

    • C'est vrai, mais chez toi j'ai juste trouvé ça plutôt attendrissant, excepté quand tu as été malade mais ce n'est pas grave, ce n'est pas comme si tu en faisais une habitude. J'ai passé une très bonne soirée. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé ces quelques jours et ce que je découvre de vous petit à petit.

    Amoureusement, il caressa chaque trait de son visage avant de poser légèrement ses lèvres sur les siennes.

    • Malheureusement la politique reprend déjà ses droits ce matin. fit Harry avec une grimace.

    • Il nous restera encore cet après-midi. Que voudrais-tu faire?

    • J'aimerais retourner à l'alhambra.

    • Dommage qu'il y ait autant de touristes, c'est un lieu chargé de magie ancienne dont on ne se lasse pas. répondit Pierre-François avec un sourire et un air rêveur.

    • ...

    • Quand nous serons à Londres nous en profiterons pour faire les achats pour la rentrée d'Aymeric et de Sylvain. Nous n'aurons pas besoin ainsi d'y retourner.



    oOo



    Le ministre de la magie espagnol était un homme entre deux âges, le cheveu rare, l'embonpoint conséquent, le sourire bonasse. Si il fut surpris d'avoir en face de lui non seulement l'Elu mais aussi ses compagnons ainsi que trois autres jeunes sorciers qu'il lui présenta, il ne le manifesta pas.

    Il décrivit longtemps les problèmes rencontrés depuis l'accord passé par le Conseil de l'Europe avec le monde sorcier britannique. Les contacts prévus avaient bien eu lieu entre le gouvernement et le ministère de la magie espagnols, un service avait même été créé pour traiter les différents entre les deux communautés, mais ce n'était là que apparence. Dès qu'un sorcier était identifié en monde moldu comme tel, il était en butte à toutes les tracasseries administratives et policières. L’Église catholique, très fortement opposée à l'existence de leur monde indépendant, continuait d’exercer une influence considérable, pas tant sur la société mais sur la législation et l’école. La hiérarchie ecclésiastique s’était peu à peu installée sur le terrain de l’extrême droite. Les scientifiques avaient demandé à ce qu'une commission soit constituée pour visiter le monde sorcier et le ministre de la magie n'arrêtait pas de repousser cette incursion. Les membres de ce groupe de travail comptaient dans leurs rangs des sympatisants de ces partis et le ministre de la magie tentait d'obtenir la suppression de cette visite.

    Harry et Jim échangèrent un regard en se rappelant la clause de discrétion qu'ils avaient fait ajouter avec l'aide de William et Michel lors des négociations de Haultepenne.

    • Vous pouvez invoquer la clause de non divulgation des secrets du monde magique.

    • Il y a un article de ce genre?

    • Vous n'avez pas étudié le texte des accords? fit Harry après un sursaut de stupéfaction.

    • Encore faudrait-il l'avoir! Nous avons reçu un résumé en espagnol comme si nous étions trop ignares pour traduire un texte anglais!

    • Qui vous a communiqué ce document?

    • Votre ministre de la magie!

    • Je ne peux croire que mon père ait fait une erreur aussi grossière. lâcha Draco atterré qui s'en voulut aussitôt de cette critique faite publiquement.

    • Je suis désolé, jeune homme, malheureusement c'est le cas. fit le ministre débonnaire.

    • ...

    • Donc vous êtes sûrs que cet article existe dans ces négociations?

    • Sans l'ombre d'un doute, c'est nous qui les avons rédigés avec l'aide du père de Jim qui est le secrétaire d'Etat britannique moldu et son ami le représentant belge qui est juriste. expliqua Sylas.

    • Vous si jeunes? Et des moldus vous ont aidé à protéger notre monde? s'étonna l'espagnol.

    • Nous avons mené en effet ces négociations et sommes restés en contact avec différents représentants des états européens moldus. Ils viennent de passer une partie de leurs vacances dans la maison que nous avons en France. Vous nous retrouverez d'ailleurs lundi matin autour de la table de conférence aux côtés du ministre de la magie britannique.

    • ...

    • Jim vit en monde sorcier avec moi, nous sommes fiancés, continua Harry. Etudiant en sciences politiques à Cambridge, il en est sorti avec distinction cette année et dès la rentrée il intègre l'école de Poudlard comme enseignant et notre université en tant qu'étudiant en politique sorcière. Il sera le premier ambassadeur de notre univers auprès du monde moldu. Son père a appris à connaître notre monde ainsi que ses amis qui sont aussi devenus les nôtres. Chacun parmi nous a des attaches en monde moldu et peut y évoluer sans problèmes. C'est peut-être ce qui manque à la plupart des sorciers, dès qu'ils sortent de leur milieu ils ne passent pas inaperçus.

    • Je vais vous chercher une copie de cet accord, décida Draco en se levant. Je n'en ai pas pour longtemps.

    • Je t'accompagne.

    Pendant l'absence de ses deux hommes, Hermione fit au ministre un résumé des débats et des évènements arrivés lors de la conférence, elle expliqua comment l'enlèvement de Sylvain avait attiré la sympathie vers eux alors qu'il était censé empêcher la signature des accords, elle parla de la visite du monde sorcier par les politiciens, de celles de Gringotts, de l'université puis le séjour à Poudlard enfin de la signature des accords sur place et de la soirée d'adieu offerte aux moldus. Le petit sourire complice qu'échangèrent ses deux agneaux n'échappa pas à Pierre-François qui comprit que c'était la fameuse soirée trop arrosée de Jim.

    • Ensuite, relaya Harry, nous avons pressé la ratification des accords avant la présidence de votre représentant. Elle s'est faite discrètement à Paris et nos détracteurs ont été mis devant le fait accompli.

    Une fois Draco et Sylas revenus, ils multiplièrent les copies d'un simple sortilège et étudièrent les différentes clauses de l'accord passé. Jim penché sur l'épaule du ministre lui traduisait en espagnol les passages sur lesquels il hésitait. Pierre-François et Sirius qui était enfin venu les rejoindre découvraient eux aussi les textes approuvés par les représentants et le travail accompli par les jeunes gens. Le futur directeur de Poudlard appréciait une facette de plus de ses agneaux.

    Il était plus de treize heures quand ils arrêtèrent leur séance de travail rappelés à l'ordre par un Aymeric boudeur qui vint se planter devant son père adoptif lui déclarant qu'ils avaient tous faim, que sa petite sœur était infernale ainsi que Teddy et que le personnel de l'hôtel attendait depuis un long moment leur bon vouloir. Le ministre se confondit en excuses pour les avoir retenus aussi longtemps alors que c'était leur dernier jour en Espagne et se retira.

    Après le repas, ils passèrent le reste de l'après-midi dans les magnifiques jardins de l'alhambra avant de paresser dans le patio de l'hôtel bercés par le murmure des fontaines. Ils prirent leur dernier dîner espagnol avant de faire leurs adieux Riad Inès.



    oOo



    Sur la terrasse devant la mer, blotti contre Jim dans le même fauteuil, Harry savourait le plaisir d'être rentré chez eux. Quand Pierre-François les rejoignit, ils restèrent un long moment, mains unies, à regarder au loin les quelques crêtes blanches danser dans le noir. Nul n'osait dire aux deux autres qu'il appréhendait de reprendre la vie active et de se retrouver à nouveau dans la tourmente politique, pourtant tous les trois le pensaient.

    Et quand, plus tard ils se serrèrent au creux des draps dans une même étreinte c'est à travers celle-ci qu'ils firent passer leurs craintes et leur amour.

    Le lendemain matin, ils se levèrent de bonne heure afin de prendre le déjeuner ensemble. Ils avaient hésité à emmener les enfants avec eux puis après en avoir discuté avec Gauthier et Robert ils avaient décidé de les laisser là. A Londres, absents toute la journée ils auraient dû les confier à Narcissa. Aux Tamaris, ils seraient choyés et surveillés par Fanny et Marine qui n'avaient plus grand chose à faire. Ils résistèrent au désir d'aller les embrasser avant de partir pour ne pas les réveiller et empruntèrent avec Sirius le chemin qui les mena en dehors de la zone abritée par les sorts de protection, d'anti transplanage, de repousse-moldu, ils transplanèrent dans le parc d'Astor's Lodge.

    Ils y furent accueillis par Erwin arrivé avant eux. Le petit regard narquois qu'il lança aux compagnons de Harry après avoir accolé celui-ci fit rire Sirius et faire la grimace à Jim. Pierre-François eut un sourire amusé mais posa la main sur la taille de son agneau.

    Ils se changèrent et revêtirent des tenues traditionnelles sorcières. Une fois de plus Harry fut impressionné par la prestance de son amant et le charme de Jim qui portait la robe sorcière aussi élégamment qu'il portait un jean ou un costume cravate, tout allait à sa nonchalante décontraction.

    • Chacun a un portoloin de secours ? Et une arme en plus de sa baguette ? demanda-t-il redevenu le dirigeant de la fratrie.

    • Nous allons à une conférence au ministère ou dans l'allée des embrumes ? railla Sirius.

    • Tu es pourtant bien payé pour savoir que ce n'est pas un lieu exempt de dangers. fit son filleul en fixant dans une poche de sa robe de sorcier un petit pistolet de calibre 22.

    • Voldemort n'est plus !

    • En effet, mais il a été remplacé immédiatement, des mégalomanes il y en a toujours. Nous ne nous sommes pas tourné les pouces l'année dernière, loin de là.

     

    Ils laissèrent Sirius puis Erwin entrer dans la cheminée et disparaître dans une gerbe d'étincelles vertes. Harry, Jim serré tout contre lui, l'embrassa amoureusement avant de le laisser à son tour prendre le réseau de cheminette. La bouche exigeante et passionnée de son amant remplaça celle suave et aimante de son fiancé, avant qu'il atterrisse lui aussi dans l'atrium du ministère. Après avoir fait enregistrer leur baguette auprès d'Erich Munch, ils se dirigèrent de concert vers les ascenseurs pour se rendre au niveau cinq, département de la coopération magique internationale. Ils y retrouvèrent Draco discutant avec son père. Manifestement il lui reprochait le fait que le ministre espagnol n'avait reçu qu'un résumé des articles ratifiés. Dès qu'il vit son ami, il fonça vers lui.

    • Harry! C'est une catastrophe! Aucun ministère n'a reçu le texte entier des accords! Ils ont tous eu un memorandum plus ou moins complet selon les compétences des traducteurs.

    • La première chose à faire est donc de remédier à ce problème. fit-il tout en accolant Lucius négligeant de lui faire le moindre reproche trop tardif pour être utile.

    A la place de chaque ministre étranger, il fit déposer un dossier contenant la totalité des accords conclus. Il choisit les places des membres de la fratrie plaçant Hermione avec ses deux hommes et Sirius à une extrémité de la grande table de conférence, Pierre-François, Jim et lui de l'autre côté. Il plaça Lucius au centre d'un des côtés avec Kingsley à sa droite et Arthur à sa gauche. En face Jimmy, Erwin et Jareth. Les ministres étrangers seraient ainsi entourés et protégés en cas de problème. Ensuite il s'intéressa aux aurors et demanda le remplacement du dénommé Valley par Liam, se rappelant que le premier travaillait pour Ombrage et qu'ils avaient déjà eu affaire à lui.

     

    Il avait à peine fini ses préparatifs que les dirigeants des différents mondes sorciers commencèrent à arriver. A l'entrée de la salle de réunion, aux côtés de Lucius, Harry les accueillait, Jim et Pierre-François ne le quittaient pas. Bon nombre étaient déjà installés lorsque vint le ministre français, assez âgé, il était accompagné de son secrétaire particulier qu'il présenta sous le nom de Stéphane Dunier. Ce dernier inclina la tête vers eux pour les saluer de façon ostentatoire, plantant au passage son regard dans celui de Pierre-François.

    Harry sentit de suite l'atmosphère changer. La tension entre les deux hommes était palpable, leurs regards se chargèrent de haine. Son amour ne put retenir un geste de protection instinctif, il noua sa main à la sienne, mettant les bracelets elfiques en contact. Leur vis-à-vis suivit le mouvement, vit le bijou et son visage se déforma sous l'effet d'une immense colère. Quelques secondes plus tard, redevenu impassible il s'éloignait.

     

     

     

     

     

     

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    (1) : Sophie Galland, in Le Courrier no 66, de janvier 1993

    15:04 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

    17.10.2010

    L'unification salvatrice - Chap. 3 : HARRY

     

     

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    Chapitre III. HARRY







    Ils venaient d'achever de prendre le petit déjeuner. Jim une ultime tasse de café en main attendait ses élèves. Pour le troisième matin consécutif il allait faire ce qu'il appelait, avec humeur, son animation club Med! Depuis leur arrivée, Jan et Adriaan participaient déjà à leur séance d'entraînement de karaté le matin. Helmut avait fait part de son désir d'y assister lui aussi avec sa famille, bientôt suivis de Chi et Michel. Justin les avait rejoints ainsi que Joris qui ne quittait pas Aymeric, mais encore Jimmy, Erwin et Jareth. Ils avaient donc préféré la terrasse pour réunir tout le monde plutôt que de sur peupler la salle du sous-sol.

    Harry et Pierre-François le contemplaient l'œil moqueur. Depuis trois jours, il n'arrêtait pas de ronchonner pour la forme. Il avait horreur qu'on lui force la main et aussi d'enseigner, disait-il. Ses compagnons n'étaient pas dupes. Si il n'aimait pas le rôle de professeur, il appréciait les multiples "Senseï Jim" que lui donnaient les adolescents et les dames de la maison.

    Mais la nervosité de Jim était provoquée par une tout autre raison. Ce n'était pas un jour habituel, aujourd'hui, 31 juillet, c'était l'anniversaire de son amour. Pierre-François et lui avaient soigneusement mis en place la soirée, acheté les cadeaux, tout était prêt. Il voulait que tout soit parfait. Seulement, depuis qu'il était fiancé, il savait que, pour des raisons parfois mystérieuses, les choses ne se déroulaient jamais comme elles étaient prévues.

    Les premiers arrivés furent Jimmy et Erwin qui avaient revêtu une tenue sportive. Il jeta un coup d'œil sur ce dernier, Harry avait raison il avait non seulement un corps à damner un saint mais une grâce nonchalante des plus séduisantes. Il tourna son regard et rencontra celui railleur de Harry. Il se sentit coupable. Depuis leur arrivée, son fiancé n'était jamais resté seul avec eux, s'était efforcé de ne pas être trop proche, avait même évité toute discussion ou tout jeu commun afin de ménager leur jalousie. Heureusement, comme il y avait beaucoup d'invités, ça passait inaperçu sauf à ses yeux attentifs. Leur loup l'avait certainement remarqué aussi, ainsi que Jimmy et Erwin eux-mêmes.

    Il se leva pour aller s'asseoir contre lui même si le mot d'ordre était discrétion. Il n'y resterait que deux minutes, voilà tout. Harry noua ses doigts aux siens.

    • Tu peux me dire où tu avais les yeux, il y a un instant, mon tout-beau?

    • Harry, je suis désolé, c'est juste en passant je...

    • Calme-toi! Je voulais seulement te montrer que ça peut arriver à tout le monde et que la différence est dans l'intention. Je vous aime, toi et Pierre-François et même si je trouve Erwin beau et craquant, ça ne va pas plus loin que toi.

    • Pourtant tu te rappelles après l'exposition d'André? le taquina Jim. Tu n'étais pas aussi indulgent.

    • Et toi encore plus possessif! se moqua Harry. Mais c'était notre loup et c'était différent. Il est magnifique notre amour! Et déjà les sentiments s'en mêlaient et nous le savions tous les deux. poursuivit-il avec un sourire à ce dernier qui écoutait leur conversation.

    • Déjà la première soirée à la discothèque tu en étais fou! fit Jim avec une grimace. Et c'est vrai que j'étais jaloux et j'avais raison, l'avenir nous l'a montré.

    Si Pierre-François était heureux de découvrir au fur et à mesure de leurs conversations que dès le premier contact Harry avait ressenti une attirance vers lui par contre la tournure que prenait à chaque fois la conversation entre eux l'inquiétait. Il s'empressa d'y mettre un terme.

    • C'est de toute façon moi qui vous ai aimés en premier, il n'y a aucun doute là-dessus! Au point d'aller à Poudlard vous voir.

    • Un détail me revient sur lequel j'aimerais quelques éclaircissements. Le grand-duc qui est venu ce jour là n'avait pas tes yeux bleus mais des bruns pourtant c'est une particularité des animagi, ils gardent les yeux de leur forme humaine.

    • De simples lentilles colorées avant la transformation en animagus.

    • Voyez-vous ça! Et les barrières de protection de l'école?

    • Je ne vois pas de quoi tu veux parler! railla le directeur.

    • C'est peut-être à cause de ça que tu les as si bien vérifiées avant de fermer pour les vacances. se moqua Harry.

    • Tu t'étais déjà chargé de les renforcer avant.

    • Tu as voulu revenir?

    • Non, j'ai eu peur que cette fois tu sois moins indulgent envers celui que tu avais accueilli sans le dénoncer mais dont tu ne connaissais pas les intentions. J'ai vérifié quand je suis venu te voir jouer au quidditch.

    • Je ne pouvais pas laisser de pareils lacunes dans les défenses de Poudlard. C'était impensable. Le jour même nous avions remédié au problème.

    • Ils sont en retard, maugréa Jim.

    • Nous avons été dormir tard cette nuit, mon agneau. Ils vont arriver.

    • Oui! ben moi aussi, je serais bien resté au lit et il a fallu que je me lève. On ne m'a pas laissé le choix! fit-il en jetant un coup d'œil rancunier à son fiancé.

    • Nous ferons une sieste cet après-midi, mon cœur. Arrête de faire ton ronchon. fit Harry amusé.

    • Tu sais le pas que tu as montré avant hier à Sylas, j'aimerais que tu me l'apprennes pour ce... pour la prochaine fois! demanda-t-il à l'aîné en sautant du coq à l'âne.

    Pierre-François leva les yeux au ciel. Harry qui savait que quelque chose avait été prévu pour son anniversaire sans savoir quoi, s'efforça de faire comme si il n'avait pas entendu la petite indiscrétion involontairement commise. Jim se détourna conscient de sa bourde. Alors Harry ne résista pas et d'une douce pression de la main, complice, le rassura. Les deux minutes d'intimité projetées devinrent une grosse demi-heure en attendant sa petite troupe et lorsque tout le monde fut là, c'est enlacés que les deux fiancés les rejoignirent.

    Le temps s'égrenait paisiblement. Ils avaient passé l'après-midi à la plage et Jim avait pu rattraper son manque de sommeil pendant qu'il jouait avec les plus jeunes au badminton, puis faisait nager Teddy et Lily avec Pierre-François. Une fois de plus ils reprirent le petit sentier vers les Tamaris, ivres de soleil et d'air salin.



    oOo



    Dans la baignoire immense, Harry se détendait dans un bain parfumé que son fiancé lui avait fait couler. Il se laissait guider par ses deux amours dans son emploi du temps se doutant que celui-ci leur permettait de préparer sa soirée. Il se sentait doucement, irrésistiblement, plonger dans une agréable torpeur. Les yeux fermés, il revit par flashs sa vie tellement changée depuis Jim. Six mois qu'il n'était plus seul pour affronter l'avenir...

    Jim, beau dans sa détermination lorsqu'il leur avait fait confiance à Cambridge pour guérir son bras cassé, Jim, curieux de tout qui, au restaurant universitaire, n'avait pas eu peur de s'installer aux côtés de ces sorciers qu'on leur présentait comme démoniaques, Jim, à qui ils devaient en partie le succès de leurs négociations avec les dirigeants de la très sérieuse université... Jim et son regard bleu, profond, posé sur lui...

    Il avait su que même si il décidait de ne pas revoir cet étudiant brillant et anticonformiste, cette rencontre l'avait obligé à voir en lui quelque chose qu'il avait refusé d'admettre jusque là, un garçon pouvait lui plaire bien plus qu'une femme. Et il avait décidé de saisir sa chance et discrètement, tout fait pour rencontrer à nouveau et séduire ce jeune homme calme, tendre, qu'il avait découvert avec bonheur, au bout de quelques semaines, amoureux, prêt à tout laisser pour lui. C'est ce que Jim avait fait. Il avait entièrement revu ses projets de vie pour le suivre en monde sorcier et être à ses côtés toujours. Il était proche de lui comme d'aucune autre personne, son âme sœur, sa moitié.

    Quand il y pensait il ne comprenait plus son engouement pour Pierre-François trois mois plus tard. Pourtant, c'est de nouveau le regard qui l'avait immédiatement frappé, captivé, ces yeux si bleus, si clairs, parfois douloureux, qui démentaient le masque arrogant et la réputation de libertin. Il avait voulu à tout prix découvrir l'homme qui se cachait au delà de l'apparence hautaine. Peut-être était-ce là la différence, le regard d'Erwin pourtant fort beau ne lui parlait pas, ne lui inspirait rien alors que celui de ses deux amours parlait à son âme. Draco, en lui montrant ce qu'il avait surpris par légilimencie dans l'esprit du beau sorcier, les viols subis, la mort de son fils, la flagellation l'avait rendu tellement humain, tellement vulnérable.

    Quand effrontément, sous sa forme animagus de grand-duc, portant le pectoral d'argent avec les armoiries des Lauzun, il était venu à Poudlard lui porter ce carton d'invitation pour le vernissage d'André, becquetant entre ses doigts les miettes de gâteau ou le coin de sa bouche avant de s'envoler, il avait été séduit par son audace au contraire de Jim qui ne l'avait été qu'à l'exposition lorsque de Lauzun avait laissé place à un Pierre-François Vassier ému devant les toiles représentant son fils.

    Ses deux amours se ressemblaient plus qu'ils ne le pensaient, même hardiesse, même courage, même volonté, même solidité, une personnalité différente mais complexe tellement riche. Extraordinaires, tels ils étaient... Si le devenir du monde sorcier restait sa préoccupation principale et qu'il y travaillait quotidiennement, si il construisait son avenir de telle manière à servir cette maîtresse exigeante qu'était la politique, il devait admettre que son amour pour ses deux compagnons enrichissait sa vie et qu'il ne pourrait jamais y renoncer.

    L'eau du bain refroidissait, il tendit la main vers le robinet d'eau chaude, soupira de bien-être quand elle fut revenue à une tiédeur lénifiante et baissa les paupières. C'est un parfum enivrant, une bouche douce et experte qui le réveillèrent. Il ouvrit les yeux et se perdit dans les deux lagons clairs qui le contemplaient. Un remous à sa gauche lui fit tourner la tête vers le second corps nu qui le rejoignait et se pressait contre lui chaud et avide. Avant d'oublier tout ce qui n'était pas eux, il pensa que cette soirée d'anniversaire promettait.



    oOo



    Disposées sur le lit trois tenues les attendaient. Harry ne risquait pas grand chose en pariant que celle du milieu, pantalon noir à pinces, tee-shirt et chemise gris clair, cette dernière avec revers et pattes de col doublées de vert cobalt, lui était destinée. La tenue de Jim était la même mais d'un gris plus soutenu avec un tee-shirt et les parements d'un beau bleu profond. A son habitude, Pierre-François avait opté pour le noir mais exceptionnellement un tee-shirt bleu Nattier, la patte de col de la même couleur égayaient sa tenue.

    Une fois habillé, Jim lui tendit un petit paquet en papier cadeau raffiné. Sous l'emballage une boîte rouge portant le sigle d'une maison parisienne de haute couture aussi connue pour son célèbre n°5. A l'intérieur une bouteille noire, de lignes dépouillées.

    • Nous aussi nous aimerions associer ta présence à une douce odeur. P'ti loup et moi l'avons choisi en accord. A toi maintenant d'apprécier ou non.

    Harry vaporisa un petit jet sur un poignet, le frotta sur l'autre avant de le sentir. Il fut étonné, ils lui avaient choisi un parfum musqué, riche, somptueux, là où il avait cru découvrir un parfum frais et éthéré. Si c'était la première impression qu'offrait la fragrance, très vite elle s'étoffait et débouchait sur une senteur capiteuse qui devait être entêtante voire plus si on en abusait.

    • Simple au premier contact mais tellement profond et insaisissable quand on essaye de te découvrir et de t'aimer, murmura Pierre-François.

    • Il me plaît. Votre choix m'étonne mais il me plaît. Anteus... L'idée de sentir comme une divinité grecque est somme toute assez attirante.

    • Tu t'attendais à quoi? demanda Jim qui savait déjà la réponse.

    • Un parfum dans le genre du tien, léger, citronné.

    • Et qui ne te conviendrait pas du tout car si l'Eau Sauvage me correspond elle est bien loin de ta personnalité.

    Harry sourit puis renifla une fois encore son poignet. Décidément, il le séduisait.

    • Je me demande si on n'a pas eu tort de le lui offrir, p'ti loup, murmura Jim pourtant assez haut pour que Harry l'entende, il va se respirer lui-même et c'est nous qui allons y perdre.

    Son fiancé eut un petit rire moqueur, attira Jim dans ses bras et nicha son visage dans son cou pour le respirer.

    • Tu sais très bien que sans ça je ne vis pas.



    oOo



    Dans le bastidon des Malefoy-Van Neeren, régnait une animation inhabituelle.

    • Mia, tu n'as pas vu ma chemise noire?

    • Tu avais dit que tu mettais la verte!

    • Ben j'ai changé d'avis...

    • Tiens Dray.

    • Merci Sy. Montre-toi! tu es superbe. Je suis surpris, cette chemise grège n'est pas terne sur toi, elle te va très bien! fit-il en passant ses doigts dans la mèche noire qui revenait sur les yeux d'onyx.

    • Il est beau c'est vrai, mais toi tu es en retard. le tança sa femme.

    • J'y vais! soupira-t-il en se dirigeant vers la salle de bain.

    Sylas s'assit à côté de sa mie en train de se coiffer devant le psyché. Elle portait une tunique à bretelles en voile d'un camaïeu de beiges et un pantalon léger et souple en crêpe. Un léger maquillage rehaussait seulement ses yeux, son teint bruni n'avait besoin d'aucun artifice. Il la contemplait épanouie dans sa grossesse maintenant que ses nausées la laissaient en paix. Elle venait de relever ses cheveux en un chignon serré en haut de sa tête, dégageant un cou mince et des épaules rondes juste ce qu'il faut. Doucement il posa ses lèvres sur sa nuque là où de petits cheveux fins bouclaient.

    • Tu es très belle, ma mie.

    • Merci mon ange.

    • Et moi, on ne me dit pas que je suis magnifique? fit une voix moqueuse.

    • Tu le sais déjà tellement, tendre ami, qu'il n'y a plus besoin de te le dire! s'exclama son mari gentiment moqueur en se levant pour caresser les cheveux si clairs et si disciplinés.

    • Hè! protesta Draco.

    Mais Sylas éprouvait un vrai plaisir sensuel à passer ses mains dans les mèches douces. Il finit par l'embrasser passionnément.

    • C'est beaucoup mieux comme ça! Tu as un petit côté sauvage très excitant.

    • Voyez-vous ça! s'exclama Draco en se collant plus étroitement à lui.

    • Continue comme ça et on ne va pas dîner du tout! répliqua Sylas avec un petit air aguicheur qui fit sourire son amant.

    • Je me demande pourquoi Pierre-François veut faire la soirée dans un club et pas ici. intervint Hermione.

    • L'ambiance en discothèque n'est jamais la même qu'à la maison, Mia. Tu n'as pas envie de sortir? Il y a très longtemps qu'on ne l'a fait. Depuis l'anniversaire de Dray à L'Aigle Noir d'ailleurs.

    • Il sait que Harry estime ça dangereux et pour sa fête il fait le contraire de ce qu'il désire. Je me demande si Jim a encore un rôle dans leur trio.

    • Tu ne vas pas recommencer Mia! grogna Draco déjà impatient.

    • Jim a la place qu'il veut. Il est toujours aussi proche de Harry même si ils font un effort pour ne pas se toucher tout le temps pour ne pas choquer les enfants, comme nous d'ailleurs. Et Pierre-François le regarde avec toute la tendresse du monde. Ils mettent leur vie entière en commun. Si tu as remarqué ils commencent aussi à diriger la maison ensemble. commenta Sylas avec patience.

    • Il a retenu cette table VIP au BORA Club lors de leur premier séjour ici il y a presque deux mois. Harry n'avait pas exprimé ses craintes à ce moment là! La bataille de Stonehenge n'avait même pas eu lieu.

    • Au prix de la réservation et surtout pour autant de personnes, il a intérêt à l'honorer. commenta Lucius qui entrait son épouse à ses côtés.

    • Justement nous ne passerons pas inaperçus. renchérit Hermione avec agacement.

    • Tu crois qu'ils échappent aux regards curieux quand ils vont ensemble au marché de la Tamarisière? Pour y avoir été avec eux, je peux t'assurer que non! Ils ne sont là que depuis un mois et tous les commerçants les connaissent.

    • D'autant plus que Pierre-François est un client très exigeant préférant payer le prix mais avoir une marchandise irréprochable. opina Sylas.

    Draco contemplait ses parents. Il était toujours étonné des changements intervenus en son père et qui manifestement rendaient sa mère très heureuse. Dans une fine tunique vert d'eau d'inspiration orientale, adaptée pour elle par la créatrice moldue Elie Saab et qui ressemblait étrangement à la robe de Rania de Jordanie (1) une autre de ses créations, Narcissa avait rajeuni de dix ans. Lucius vêtu d'une chemise en soie bleu marine à col Mao n'avait rien à lui envier! Un très beau couple sans l'ombre d'un doute.

    • Fils! arrête! on dirait que tu vas me demander en mariage! railla son père.

    Draco éclata de rire. Une fois de plus son esprit s'égara du côté de son meilleur ami et de ce que lui devait sa famille. En suivant Voldemort, son père n'avait obtenu que haines, désillusions et séjours à Azkaban. De sa période en tant qu'espion pour l'Ordre du Phénix, il savait peu de choses et n'en saurait à l'évidence pas plus. Depuis que Harry avait décidé de lui donner une autre chance, il avait réalisé toutes ses ambitions. Il était un ministre de la magie puissant et respecté.

    Pourtant il soupçonnait le dirigeant de la Fratrie, tout comme lui même d'ailleurs, de ne pas lui faire entièrement confiance et de craindre le côté manipulateur de Lucius. A son insu, celui-ci devait très certainement être tenu à l'œil par certains de ses proches collaborateurs. Arthur Weasley, Kingsley Shacklebolt faisaient partie de l'Ordre du Phénix mais coopéraient avec la Fratrie dont ils endossaient à l'occasion le costume. Harry avait sûrement au ministère d'autres espions inconnus de son paternel.

    • On verra à quoi ça mènera, conclut Hermione sur un ton un peu pincé.

    • Ne peux tu comprendre qu'ici, pour eux c'est la liberté, Mia. Dans le monde sorcier, le Survivant, son fiancé, le directeur de Poudlard ne peuvent agir comme ils le veulent. Ils font déjà bien des choses inconcevables pour certains sorciers de sang-pur. Leur union à trois est un secret de polichinelle. Ils ne le tolèrent que parce que c'est l'Elu et l'héritier de Salazar Serpentard et que tous les sorciers des nés moldus aux Sang-Pur mettent en lui leurs espoirs et leurs attentes, mais au moindre faux pas ils lui tourneront le dos et ce jour là il ne pourra compter que sur ses vrais amis.

    • Dont tu seras!

    • Dont je serai sans l'ombre d'un doute. Quoi qu'il fasse! Harry c'est une partie de ma vie. Je serai à ses côtés quoi que je doive sacrifier.

    Sylas posa doucement sa main sur l'épaule de Draco pour le calmer. Comme sa haine avait été irraisonnée, l'amitié de son mari pour Harry était inconditionnelle et il en perdait son sens critique. Et par dessus tout, il ne supportait pas que sa femme qui se disait la meilleure et la plus ancienne amie du Survivant remette en cause ses choix amoureux alors que lui avait admis de suite Draco dans la vie d'Hermione pour son bonheur.

    Cette dernière regardait son mari pâle de colère, ses yeux gris chargés de tempête, ses poings serrés... Quand avait-il cessé d'être sien pour être leur? Elle n'était plus la première dans sa vie, elle devait le partager avec eux. Sylas d'abord, Harry ensuite, elle en dernier, tel était le tiercé le gagnant. Quelle place auraient les jumeaux? Il l'aimait bien sûr elle le savait, elle le sentait grâce au lien unique qui les unissait, ce pacte d'alliance qu'ils avaient voulu tous les trois.



    oOo



    • Tu es prêt?

    • Non! Je ne sais pas quoi mettre!

    • Ce n'est pas les vêtements qui te manquent! Dad n'a pas lésiné sur les achats!

    • Justement! Je n'ai jamais eu une garde-robe pareille et je connais encore mal les vêtements moldus contrairement à vous tous qui évoluez dans ce monde sans problème. J'essaie d'habitude de copier ce que vous faites pour ne pas me tromper mais je ne suis jamais sorti en discothèque.

    • Pas de jean's! trancha Cloud en reprenant des mains de Justin celui qu'il avait pris. Choisis un pantalon! regarde ce blanc là, si tu l'aimes, ferait l'affaire. Et ce tee-shirt gris clair à l'encolure tunisienne ira parfaitement avec. Tu mettras cette veste gris souris toute légère dessus! Essaie!

    Justin soupira avant d'enfiler la tenue choisie par son compagnon de chambre. Il jeta un coup d'œil vers le grand miroir et se trouva à son avantage. Les filles ne pourraient que lui tomber dans les bras.

    • Laisse ouvert si tu veux leur donner des idées... fit l'autre garçon en déboutonnant l'encolure de son tee-shirt.

    • Comment fais-tu pour toujours deviner mes pensées.

    • Ce n'est pas compliqué les filles c'est un peu ton obsession... donc j'ai nonante neuf pour cents de chance d'être dans le bon! railla Cloud.

    L'autre lui tourna ostensiblement le dos. Il haussa les épaules.

    • A t'entendre, je suis superficiel.

    • Là, c'est toi qui extrapole.

    • Si j'étais comme tu le crois, je ne me serais jamais impliqué dans cette lutte. Je serais tranquillement chez moi.

    • Arrête de te plaindre! tu es mieux ici! Tu as été accueilli les bras ouverts.

    • C'est vrai mais ma mère et ma petite sœur me manquent. soupira-t-il. Depuis la mort de mon père nous étions très proches tous les trois.

    • Tu la retrouveras à Poudlard à la rentrée.

    • Je n'ose pas imaginer ce que mon beau-père lui a fait subir pour essayer de savoir où je suis.

    • Rassure-moi! elle ne sait rien?

    • Comment voulais-tu que je lui dise ce que j'ignorais moi-même?

    • Tu n'as pas tort sur ce point là! admit Cloud.

    Il n'avait jamais été très proche de Justin à Poudlard, de personne d'ailleurs. Il était relativement solitaire. Il étudiait beaucoup, il voulait réussir. La confiance que sa nouvelle famille lui accordait l'y poussait même si il aimait encore jouer au rebelle parfois. Justin était un bon élève mais dissipé, passant plus de temps à courir le jupon que plongé dans ses parchemins. Ses devoirs étaient toujours rentrés dans les délais et corrects mais sans plus. Il aurait pu être brillant, il n'était que bon.

    Pourtant à plusieurs reprises, il avait cru entre apercevoir en son compagnon de chambre, comme en cet instant où il venait de parler de celles qu'il avait laissées derrière lui, une blessure, une fêlure qui l'avaient interpellé mais il n'aborderait pas le sujet. Justin se confierait quand ils seraient plus amis. Leur situation respective les rapprochait, leur promiscuité aussi. Jusqu'à présent ils s'entendaient bien, même si le sujet de discussion de prédilection de Justin semblait encore et toujours les filles ce qui agaçait Sarah mais elle ne serait pas toujours à ses côtés. Dès la fin des vacances de celle-ci et plus encore à la rentrée à Poudlard, ils deviendraient plus proches et peut-être amis.



    oOo



    Quand ils arrivèrent sur la terrasse, Harry se crut transporté dans un autre lieu. L'auvent avait été replié et, comme à Poudlard, dans la grande salle, ou à l'université, dans le majestueux hall, des centaines de bougies en suspension illuminaient le lieu qui en devenait féérique. De grands candélabres en argent garnis de bougies bleues opalescentes faisaient rutiler la vaisselle et l'argenterie des grandes occasions. Appuyé contre Pierre-François, il contemplait l'œuvre de ce dernier.

    • Ouah! Vraiment époustouflant, mon loup. souffla-t-il tendrement.

    Ce n'est pas l'expression éblouie des moldus qui arrivaient qui allait démentir cette impression. Pourtant c'est le visage émerveillé des enfants qui le marqua le plus.

    • Content que ça te plaise. Il est temps de passer à table. fit-il en le poussant doucement de sa main sur sa taille vers sa place.

    Didier s'était surpassé et leur avait préparé un dîner digne des plus grandes tables. Les invités semblaient avoir oublié tous leurs soucis et Harry entre ses amours et ses amis avaient relégué bien loin, l'espace d'une soirée, le monde sorcier. Les conversations étaient insouciantes, les rires nombreux. La bonne chair et les bons vins faisaient pétiller les yeux. Une fois les bougies soufflées sur le gros gâteau au chocolat, ce fut le moment des cadeaux.

    Chacun avait essayé de faire plaisir à Harry selon ses moyens. Aymeric, Justin et Cloud s'étaient associés pour lui offrir un très brau sac en cuir pour transporter les parchemins de ses élèves mais aussi ses livres de cours, le trio quant à lui avait choisi une très belle montre Santos de chez Cartier, Erwin et Jimmy les boutons de manchettes assortis (2), Jareth et Violaine un nécessaire à écrire... Lucius créa la surprise en lui offrant son inscription et des heures d'auto-école pour passer son permis de conduire en monde moldu. Le cadeau de Michel provoqua l'hilarité des convives et la moue contrariée de Jim qui se rappelait les quelques kilos pris par Harry pendant leur semaine passée à Liège. Il consistait en un énorme panier rempli de spécialités belges et de ce chocolat qu'il avait tellement apprécié lors de son séjour à Haultepenne. Les protestations du jeune moldu qui prétendait qu'on voulait lui engraisser son fiancé comme une oie pour Noël déchaînèrent les moqueries surtout celles d'un certain maraudeur. Redevenu sérieux celui-ci tendit à son filleul un album contenant des dizaines de photos sorcières des maraudeurs contant mieux que des mots leurs années à Poudlard.

    L'instant le plus émouvant fut sans aucun doute celui où une fillette brune, haute comme trois pommes, grimpa sur les genoux de son tonton pour lui offrir un petit présent enrubanné. Harry, Lily installée contre lui, découvrit sous le papier coloré un vieil écrin en cuir avec la lettre V gravée et à l'intérieur, un médaillon sans aucun doute très ancien en forme de livre (3). Réalisé en or gris, gravé d'un dessin très fin il simulait un grimoire miniature avec un minuscule loquet que Harry ouvrit d'un sort, à l'intérieur du côté gauche la lettre V gravée de la famille Vassier, de l'autre la photo de Lily. Au delà du présent, il y avait toute la symbolique de Pierre-François offrant les bijoux de sa famille à son compagnon. Il embrassa l'enfant mais ce sont ses yeux trop brillants qui remercièrent son amant.

    Après avoir reçu tous ses cadeaux, Harry coupa le gâteau au chocolat que leur avait fait Didier. Après sa dégustation et celle d' un digestif ou d'un café, les invités commencèrent à se disperser la plupart pour aller coucher les enfants.

    • Viens, mon amour. Viens voir notre cadeau. souffla Jim à Harry qui le suivit sans protester dans leur chambre.

    Trônant au milieu de celle-ci un solide chevalet portait une grande toile recouverte d'un tissu.

    • On attend p'ti loup.

    • Je suis là. fit Pierre-François.

    Il les rapprocha de lui, Jim mit sa tête sur son épaule attendant une suite que lui connaissait.

    • Vous aviez semblé tous les deux aimer mon portrait lors du vernissage de l'exposition d'André, fit l'aîné d'un air moqueur, nous avons utilisé ici le même procédé. Le jeune peintre très prometteur qui a réalisé cette toile a fait ses études aux Beaux-Arts en monde moldu mais est sorcier. Il a lu par légilimencie ce que j'ai voulu lui montrer de nous. J'ai expliqué à Jim comment ne livrer que ce qu'il voulait que l'autre voit mais je ne suis pas sûr qu'il y soit vraiment arrivé. fit le sorcier avec un regard tendre vers la tête blonde contre lui. Je trouve en tout cas que c'est une réussite même si ce portrait devra rester dans notre chambre à coucher à Weymouth.

    D'un geste, il dévoila le tableau. Celui-ci les représentait tous les trois sur ce qu'on devinait être leur lit. Harry fut stupéfait de ce que révélait cette acrylique. Manifestement, les instants choisis étaient ceux qui succèdent immédiatement à l'acte charnel comme celui de son loup peint par André. Le peintre avait parfaitement rendu cette passion dévorante qui habitait Pierre-François quand ils venaient de faire l'amour et que la communion de leurs corps nus ne lui suffisait pas et qu'il voulait aussi celle de l'âme, l'expression satisfaite de chat gourmand de Jim comblé par la volupté ressentie et le plaisir, ensuite il y avait lui vu par ses amants, le visage enfin apaisé avec un regard encore voilé par la jouissance, rêveur, absent, presque extatique.

    Si ces amours étaient tournés vers lui, son absence semblait presque une offense à leur beauté sensuelle mais ses gestes démentaient cet oubli d'eux, sa main était nouée à celle de Jim et son bras passé en dessous de Pierre-François venait se refermer autour de la taille de celui-ci. Leurs corps alanguis, aux trois quarts nus dans les draps bouleversés, seuls remparts pour préserver leur intimité, étaient parfaitement représentés dans leur plénitude satisfaite, il retrouvait celui mature et superbe de leur loup, celui souple et parfait de proportions de Jim et enfin le sien plus mince avec encore des attaches fines d'adolescent. Même leurs habitudes étaient là, la tête de Jim posée sur son épaule, légèrement en arrière, le visage levé vers lui, dégageant son cou fin, sa main posée sur sa hanche, le genou de Pierre-François remonté sur son corps qu'il enserrait comme si il craignait sa fuite pendant le sommeil qui allait le prendre.

    Et toujours cette apparente défaillance... Etait-il ainsi? Insaisissable? quasi inaccessible? En tout cas, c'est ainsi qu'ils le voyaient.

    • Il est magnifique, murmura-t-il ému, ne trouvant rien de plus à dire.

    • Mais?

    • Il n'y a pas de mais, mon loup. Il est réellement superbe et c'est un cadeau exceptionnel. Je vous remercie tous les deux. fit-il tendrement en les embrassant.

    Les deux autres se regardèrent perplexes et déçus, ils auraient aimé plus d'enthousiasme. Pierre-François ne dit rien mais se promit de revenir plus tard sur le sujet. Jim leur tendit une veste légère et les poussa vers la sortie. Pourtant au moment de sortir de la maison, Harry fit demi-tour sans un mot. Ils le retrouvèrent devant leur portrait, les larmes aux yeux.

    • Tu peux nous expliquer, mon agneau chéri? fit-il doucement l'enserrant par derrière la poitrine tout contre son dos.

    • Je suis réellement ainsi? absent? presque indifférent? murmura-t-il. En tout cas, c'est tel que vous me voyez.

    Pierre-François se sentit soulagé, savoir ce qui le préoccupait n'était pas toujours facile.

    • Tu as tendance après l'amour à t'isoler un peu oui, comme si tu n'arrivais pas à revenir de suite dans la réalité, mais ce n'est pas de l'indifférence mon doux amour, loin de là. J'ai toujours considéré ça, au contraire, comme un hommage.

    • Ça ne dure jamais longtemps, renchérit Jim en venant s'appuyer contre eux. Tu donnes juste l'impression d'avoir difficile de sortir de l'orgasme. J'aime ce moment! C'est moi qui l'ai suggéré, dans mes pensées, à l'artiste. Je te trouve bouleversant, terriblement émouvant lorsque tu es ainsi. Tu es rarement aussi vulnérable.

    Pierre-François le sentit se détendre.

    • Je craignais de vous blesser à chaque fois.

    • Ce n'est pas le cas au contraire.

    • C'est un merveilleux cadeau! Je l'aime vraiment beaucoup! Vous êtes tous les deux très bien rendus, je retrouve chacune de vos attitudes, ça en est troublant.

    • Harry les autres nous attendent! fit l'aîné maintenant amusé de l'enthousiasme qui remplaçait l'incertitude.

    • Où m'emmenez vous?

    • En discothèque, elle est ouverte depuis peu, tu vas voir c'est une des plus grandes de la côte. Je sais que tu nous as recommandé la prudence mais j'avais planifié ça et payé les réservations lors de notre première venue aux Tamaris.

    • Pour ce soir pas de problème, mon loup. C'est après que ça risque d'en poser si par hasard ton frère est mis au courant et nous cherche ici en France.

    • Nous renoncerons à aller au marché...

    • Sûrement pas! c'est un de tes plaisirs. Nous ne sommes pas en vacances pour nous priver de ce genre de choses! Nous ferons attention, c'est tout.

    • Et alors on n'y va pas? les interpella Draco impatient.

    • Si Dray, fit Jim. Nous arrivons.

    Sirius, Jimmy, Erwin, Jareth et Violaine avaient choisi le transplanage vers une zone discrète. Ils seraient déjà là à leur arrivée. Dans la voiture de Pierre-François, en plus des trois amoureux, il y avait Cloud, Justin et Peter. Les autres se répartirent entre les voitures de Michel, Jan et Helmut, se serrant un peu. Le Bora Club n'était qu'à quelques kilomètres de là, situé sur l'île des loisirs dans la baie du Cap d'Agde. Plusieurs discothèques et restaurants, un lunapark, un hôtel drainaient les touristes sur l'île et ils eurent bien difficile de trouver des places pour se garer.

    Leur groupe se dirigea lentement vers les néons bleus formant le nom du dancing. Harry se laissait guider. Il semblait fasciné par ce qu'il percevait du lunapark illuminé de néons, la grande roue, les autres attractions, les odeurs de sucre et de graisse chaude... Pierre-François l'observait du coin de l'œil. Il le retint par le bras, l'attira contre lui, prit son menton pour tourner son visage vers lui.

    • Amour? Tu n'as jamais été dans un parc d'attractions?

    • C'est le premier que je vois ailleurs qu'à la télé et l'impression est très différente, je ne sais pas si c'est parce que c'est la nuit et qu'il y a toutes ces lumières...

    • Quand nous serons seuls avec les enfants nous irons si tu veux, ici ou ailleurs. Parle Harry quand tu désires quelque chose. Tu peux tout vivre maintenant. Comment veux-tu que je devine ce dont tu as envie?

    • Je ne le sais pas moi-même puisque je ne connais pas. Dudley y allait souvent et en revenait très excité, c'est tout ce que j'en sais.

    Pierre-François, une fois de plus, maudit cette famille de moldus et Albus par la même occasion pour avoir privé son agneau de son enfance. Il poussa un soupir, posa un baiser tendre sur le bout de son nez, noua ses doigts aux siens et suivit les autres. Il rencontra le regard de Sirius qui les attendait et y vit de la compassion là où d'habitude il n'y avait que de l'ironie.



    oOo



    Dès la porte extérieure franchie, il constata que, malgré le monde présent, ils étaient attendus. Il se laissa piloter par leur guide dans le dédale des cinq discothèques à l'atmosphère et à la musique différentes qui composaient le Bora Club jusqu'à leur table VIP. Il avait demandé au patron de leur réserver un endroit assez vaste que pour les mettre tous mais aussi assez proche que pour qu'ils puissent se sentir bien dans l'ambiance. Pari réussi. Il leur avait réservé toute la mezzanine. (4) L'escalier était fermé par une chaîne portant une plaque "soirée privée" leur assurant une certaine intimité. De leurs clubs confortables ils pourraient voir les danseurs sur la piste et la table de mixage du DJ.

    Ils retrouvèrent déjà installés leurs amis qui avaient transplané des Tamaris mais aussi Neville, Luna, Seamus, Dean, Lavande, Charlie, Bill et Fleur, Liam et Ginny, George et Angelina qui se pressèrent autour de Harry afin de lui souhaiter un bon anniversaire. Le fait qu'un des garçons qui venaient prendre leur commande assistait à la scène et enregistrait la chose pour la rapporter à son patron leur échappa complètement.

    Les amis de l'Elu savaient que la relation entre les deux fiancés et le directeur était assez étroite mais voir Harry remercier ce dernier pour sa surprise en lui roulant le patin du siècle avait de quoi en perturber plus d'un. Dean et Seamus échangèrent un coup d'œil entendu. Le premier se voyait déjà en train de consoler de très près le pauvre Jim éploré. Six mois qu'il attendait ça! Quelle ne fut pas sa surprise quand Harry administra le même traitement à l'objet de toutes ses convoitises! Et ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Pierre-François une fois installé, Jim s'assit tout contre lui une main possessive posée sur sa cuisse, tandis que Harry se tenait de l'autre côté le bras de l'aîné autour de sa taille.



    oOo



    Le patron du Bora regardait vers ses clients VIP de la soirée. Le club était nouveau et avait besoin d'asseoir sa réputation. Les transformations des bâtiments, l'achat des mobiliers et du matériel, l'aménagement, l'installation avaient coûté bien plus que prévu. Il fallait rembourser les prêts, payer le personnel, vivre. Les discothèques devaient rapporter gros au plus vite. Leur venue ce soir était une bénédiction. Il avait tout fait afin que cette soirée soit parfaite, mobilisant une partie de son personnel dans le but de les satisfaire.

    Il reconnut sans peine le couple de clients que pilotait vers la mezzanine un de ses garçons, c'était leur secrétaire d'état aux affaires européennes et sa femme. Devant lui était posé le journal du jour où l'on reconnaissait aisément sur la photo de la première page un autre des invités de cette soirée, un second ministre, allemand celui-là. Ce n'était certainement pas les seuls. Et puis il y avait de Lauzun, le roi des nuits parisiennes, le propriétaire de la discothèque la plus branchée de Paris, la rumeur disait qu'il était amoureux fou de jeunes anglais ce qui semblait se confirmer puisqu'il l'avait vu arriver les mains posées sur la taille de deux jeunes gens. Apparemment, c'était l'anniversaire de l'un d'entre eux et ils le fêtaient chez lui. Une occasion unique!

    Pourtant il hésitait encore à faire venir le reporter du journal régional qui lui devait un service, ça risquait de déplaire fortement à sa clientèle locale. Il eut une autre idée. Il prit son téléphone portable et se dirigea vers le jardin tropical où il serait au calme pour passer son coup de fil.

    Une demi-heure plus tard, une jeune femme arrivait avec un gros sac et le patron lui expliquait ce qu'il attendait d'elle.

     

    oOo



    Pierre-François avait choisi une formule "inclusive" comprenant une bouteille d'alcool pour quatre personnes ainsi que le soda, le coca ou le jus d'orange pour les accompagner. Ça ne l'empêcha pas de commander du champagne pour les dames et pour Jim. Il ne pouvait se retenir de garder un œil sur toute sa petite troupe vérifiant si tous leurs besoins étaient satisfaits, pourtant quand il vit le regard de Harry tourné résolument vers la piste métallique et son pied bouger en mesure, il n'hésita pas à laisser tout le monde se débrouiller. Il prit ses agneaux par la main et se jeta dans la cohue des danseurs.

    Jim soupira en regardant Harry se déhancher au rythme de la musique, une fois de plus il attirait les regards et la convoitise des deux sexes. A son habitude il était indifférent à l'intérêt qu'il provoquait, perdu dans les sons et les décibels. Quand enfin se profila une période de slows, il se mit tout contre son amour avant de le retrouver dans des bras inconnus, Pierre-François avait eu le même réflexe et ils se trouvèrent enlacés à trois, ça ne les changeait pas vraiment, ce qui était différent c'était le lieu et les yeux qui les regardaient. Leur loup les poussa doucement vers les escaliers.

    Quand commença une série de danses latino, Harry échangea un clin d'oeil complice avec Draco et Sylas puis tira vers la piste ses deux amours.

    • Harry! ce n'est pas sérieux! tenta de protester Pierre-François.

    • Viens! fit-il en posant brièvement ses lèvres sur les siennes.

    Draco et Sylas avait déjà commencer à danser, quand ils virent arriver Harry, Sylas se tourna dos contre la poitrine de Draco, attira Harry face à lui et le guida. Jim se mit contre Harry et Pierre-François derrière, ils dansaient donc à cinq en ligne. Leurs mouvements étaient parfaitement synchronisés par leur sens du rythme, l'entente de leurs corps mais aussi l'habitude. Parmi leurs invités aucun étonnement, ils avaient déjà tous vus ce spectacle au club parisien. Par contre les autres danseurs commençaient à leur lancer de fréquents coups d'œil.

    Lauzun le libertin était conscient du spectacle quasi indécent qu'ils devaient offrir. Lorsqu'il les avait vu danser ensemble à "L'Aigle Noir" la première fois, il n'arrivait pas à détacher les yeux de leurs corps qui se déhanchaient, se frottaient... rien que l'idée du feu qu'ils devaient ressentir dans les reins l'avait troublé et le troublait aujourd'hui à nouveau. Ses pensées le conduisaient inévitablement sur le chemin du désir et sans qu'il le perçoive ses gestes un peu raides au début se faisaient lascifs, il resserra son étreinte autour de la taille de Jim.

    A la fin de la première danse, il vit Mione venir vers eux. Draco et Sylas les quittèrent pour danser avec leur femme, la mettant entre eux. Jim changea de position pour se mettre derrière son fiancé et Pierre-François se trouva face à un agneau aux émeraudes voilées de désir. Voulant repousser ses cheveux qui tombaient sur ses yeux, il tendit une main dans laquelle Harry posa sa joue au passage d'un geste enjôleur de félin qui cherche la caresse. Il déglutit péniblement, posa la main sur la taille fine et commença à danser guidant ses amants sur ces rythmes gitans des Gipsy Kings que Harry adorait.

    Pierre-François perdit peu à peu la notion du temps et de leur environnement se laissant emporter par les percussions latines frénétiques, les accords enflammés et la proximité des corps aimés et tentateurs. Dès que la musique changea de rythme, il noua ses mains aux leurs et les ramena vers leur table. Il nota de suite les regards curieux qui l'accompagnaient même parmi leurs amis, il lança un regard interrogateur vers Dray qui lui répondit par un sourire railleur.

    • Un peu de glace? lui demanda Sirius aimablement tout en lui tendant un verre rempli uniquement de glaçons.

    Il comprit de suite l'insinuation et voulut lui répondre vertement mais autour du maraudeur, les visages étaient tout aussi gentiment moqueurs. Il soupira avant de se rasseoir ses deux agneaux blottis contre lui. Il vit Adriaan qui reposait sa camera vidéo et Michel un gros appareil photo avec un téléobjectif. Il sentait qu'il n'avait pas fini d'en entendre parler. Et la nuit était loin d'être finie. Il croisa le regard de Ginny et y lut de la jalousie.

    • Joli déhanché Monsieur le directeur. lui souffla une voix amusée.

    • Merci, Monsieur le professeur de défense contre les forces du mal, mais peut-être vaudrait-il mieux oublier cela.

    • Si j'étais vous je n'y compterais pas trop! Personne n'a envie de perdre cette vision de si tôt!

    • Bill!

    • Oui, Monsieur le directeur? fit l'aîné des Weasley d'un air angélique.

    • Rien. répondit Pierre-François découragé provoquant le rire de Bill.

    Pourtant cela ne l'empêcha pas de retourner danser quand Harry en eut envie ce qui fit dire aux femmes que le plus jeune menait l'autre par le bout du nez.



    oOo



    Justin, Cloud et Sarah étaient ravis de leur première soirée en boîte. De nombreux regards traînaient sur eux parce qu'ils faisaient partie des invités de cette soirée privée qui provoquait toutes les curiosités. Quand Justin invita une jeune fille pour un slow, il subit un interrogatoire en règle. Briefé par Cloud sur l'histoire de son père adoptif, il répondit que oui le bel homme blond avec les cheveux en catogan était bien de Lauzun le propriétaire de "L'Aigle Noir", le club parisien, ce qu'elle s'empressa d'aller répéter à ses amies dès la danse finie. Le garçon abandonné trouva sans aucun mal quelqu'une pour la remplacer et passa fréquemment d'une fille à l'autre.

    Pierre-François cherchait ses enfants comme il les appelait. Cloud et Sarah étaient devant lui dansant le zouk collé-serré, par contre, depuis environ une demi-heure, il ne voyait Justin nulle part. Une morsure dans le cou le rappela à l'ordre, son agneau n'appréciait pas sa distraction alors qu'ils étaient ensemble. A côté d'eux, Jim qui dansait avec Luna eut un petit rire moqueur, il connaissait les manières possessives de son fiancé.

    Quand il vit leur loup murmurer à son oreille et celui-ci sursauter avant de survoler la piste du regard, il comprit que la soirée risquait de se gâter. Pas besoin de parler. A la fin de la danse, il reconduisit la Serdaigle jusqu'aux escaliers et fit un signe à Draco, Sylas et Sirius qui lui emboîtèrent le pas. Harry et Pierre-François leur expliquèrent la situation, le club était immense. Chacun alla rechercher un équipier et ils se mirent à fouiller les moindres recoins des dancings. Harry et Jim cherchaient instinctivement un endroit sombre et plus calme. Ils choisirent donc de commencer par la discothèque la moins fréquentée, ils en étaient aux toilettes quand son fiancé reçut un appel sur son portable.

    • Viens! ils l'ont retrouvé!

    • Dans quel état?

    • Blessé.

    Lorsqu'ils arrivèrent dans le jardin tropical, Pierre-François déposait sur une banquette un Justin qui respirait difficilement par un nez manifestement cassé et une bouche bien gonflée, un magnifique rond bleuâtre commençait à se dessiner autour d'un œil injecté de sang. Les jointures de sa main droite saignaient preuve qu'il avait essayé de se défendre courageusement.

    • Dray! Remets le sur pied...

    • Si je fais ça, ils ne vont pas comprendre comment ça ...

    • Ils seront trop contents d'échapper à plus grave! l'interrompit l'Elu avec son regard des jours sombres.

    Pendant que Draco soignait le jeune homme, Harry prévint tout le monde qu'ils l'avaient retrouvé. Lucius ne tarda pas à arriver pour seconder son fils alors que Pierre-François et Charlie qu'il avait choisi comme partenaire faisaient le guet pour éloigner tout témoin moldu. Un recurvite nettoya enfin le sang sur le tee-shirt et le pantalon blanc. Bien que secoué le garçon ne portait plus aucune trace des coups reçus.

    • Raconte! lui ordonna le dirigeant de la Fratrie.

    • Ce n'est pas ma faute! Quand je suis allé aux toilettes, quatre types m'ont chopés et amenés ici. Je me suis défendu comme j'ai pu mais je ne suis pas un surhomme hein!

    • Pas ta faute? questionna Pierre-François dubitatif. Tu es sûr? Je t'ai vu danser, il n'y a pas moyen que tu gardes tes mains sages. continua-t-il en regardant l'adolescent qui baissa la tête.

    • ...

    • Ce n'est pas une raison pour te corriger comme ils l'ont fait, mais on ne touche pas à la femme des autres, Justin. Il y aura toujours des hommes jaloux pour te le rappeler avec leurs poings ou avec leur baguette. J'espère que ça te servira de leçon.

    • Quant à moi, je veux que tu me montres qui c'est!

    • Harry, ne fais pas de bêtises! intervint Jim doucement la main sur son épaule.

    • Ce n'est pas une manière de régler un différent, eux aussi doivent le comprendre pourtant je ne vais pas mettre à sac ce superbe club, n'aie pas peur!

    Mais lorsqu'ils essayèrent de retrouver les quatre agresseurs, ils échouèrent. Manifestement ils n'avaient pas attendus les conséquences de leurs actes. On aurait pu croire que l'aventure allait calmer Justin, il fut pourtant le premier à retourner sur la piste avec le sourire. Dès le prime moment de stupeur passé, et sur un regard de Pierre-François, Cloud le suivit avec Sarah.

    • Je me demande ce qu'il fait à Serpentard celui-là, s'exclama le futur directeur, il a l'inconsciente témérité des Gryffondor.

    • J'espère que c'est un compliment, mon loup? questionna une voix à ses côtés alors qu'il était manifeste que ça n'en était pas un.

    • Vous n'avez pas la prétention d'être parfaits je suppose? répondit Pierre-François d'une voix amusée en enlaçant son agneau.

    • Pas plus que les vilains et sournois serpents... le taquina l'autre.

    • Et c'est l'Héritier qui me dit ça! se moqua-t-il.

    Harry lui tira la langue, ce qui rappela à son amant qu'il avait seulement dix-neuf ans ce jour-là. Il se laissa entraîner avec Jim vers la piste. La quasi totalité de leurs invités y étaient déjà. Justin réalisait que le groupe le surveillait de près, ça ne le gênait pas, au contraire, il se sentait choyé, aimé. Il continua donc de danser avec insouciance au milieu de son cercle protecteur.



    oOo



    Le propriétaire surveillait d'un œil ses clients VIP. Les jeunes consommateurs commençaient à partir, la photographe aurait de plus en plus difficile de prendre des clichés discrètement. Lorsque De Lauzun et une grosse partie de ses invités furent assis à leurs table, il décida donc de frapper son grand coup, il fit un signe discret à son DJ. La musique diminua d'intensité et ce dernier déclara à quel point ils étaient fiers d'accueillir, ce soir là, Pierre-François de Lauzun, propriétaire de "L'Aigle Noir", le plus célèbre des clubs parisiens ainsi que ses invités. Ils tenaient à souhaiter un bon anniversaire à son compagnon. La mezzanine s'était illuminée d'une rampe de spots supplémentaire. Des garçons ouvrirent ensemble devant eux cinq bouteilles de champagne et servirent des flûtes à tous les invités. Derrière son bar, le tenancier voyait la jeune femme mitrailler la scène et jubilait. Si après la présence affichée d'une pareille clientèle, son club n'était pas lancé... Quelques minutes plus tard la photographe free-lance sortait discrètement du club.



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    Dans la mezzanine, l'atmosphère était tout autre. Pierre-François, nullement dupe de la manœuvre, hésitait entre aller demander des comptes au patron ce qui ne servirait à rien, le mal étant fait ou prendre les choses avec philosophie en espérant qu'elles n'auraient pas de répercussions. Il se faisait de la publicité sur leur dos c'était certain tout en essayant de paraître attentif à leurs désirs, c'est un moyen que lui n'appréciait pas mais qui était utilisé par bon nombre de ses rivaux. Harry conscient de l'état d'esprit de son amant le rassura d'une pression de la main sur sa cuisse.

    • Tu ne peux rien y faire, mon loup! Viens danser.

    • Encore?

    • Déjà fatigué?

    • Non! mais j'aime aussi, vous deux à mes côtés, regarder les autres danser, en profitant juste de l'ambiance.

    • Alors attendons un peu. fit Harry en nouant ses doigts aux siens et à ceux de Jim qui s'était blotti contre lui.

    Mais quand les accords des guitares gitanes se firent entendre, il lui adressa un tel regard que Pierre-François une fois de plus rendit les armes et se leva pour aller sur la piste sans que son chéri ait besoin de le lui demander.

    • Michel! s'exclama Lucius moqueur, c'est le moment de prendre les photos que tu as manquées tantôt.

    • Je suis prêt! répondit le belge en riant.

    Harry leur fit une grimace avant de suivre ses compagnons.

    • Pauvre Pierre-François! Il va le faire tourner en bourrique! commenta Charlie.

    • C'est déjà fait! grinça Ginny.

    • Vassier ne ferait pas quelque chose si il n'en avait pas envie. Il aime danser avec eux comme ça, ce qu'il apprécie moins ce sont les regards posés sur ses deux amours. fit Sirius en haussant les épaules.

    • Si en plus il est jaloux, où allons-nous?

    • Il l'est, fit Hermione, et Harry et Jim lui en ont donné le droit en devenant ses compagnons. Il n'y a rien là d'anormal.

    • De toute façon, ils l'adorent, il n'a aucun motif de jalousie, conclut tranquillement Draco.

    • Ils ont tous les deux aimé des femmes, il a de quoi avoir des craintes. protesta Ginny. Un jour ils se lasseront.

    • Ni Jim ni Harry ne sont hétérosexuels, intervint Erwin calmement. Ils sont sortis avec des filles avant de savoir qu'ils aimaient les hommes et cela ne les a pas satisfait. Aucun des deux ne commettra cette erreur à nouveau surtout après avoir trouvé le bonheur qu'ils ont maintenant.

    • Ça, c'est ta façon de voir les choses.

    • Erwin a raison, même si ça te blesse, Ginny. fit doucement Hermione essayant de ne pas faire mal à son amie. Tu es heureuse avec Liam alors oublie que Harry ne t'aimait pas comme il les aime, cela te rend amère. poursuivit-elle. Depuis eux, je ne l'ai jamais vu regarder une femme, quand il envisage quelqu'un c'est un homme.

    • Ah bon? Parce qu'il regarde les autres hommes maintenant? critiqua la jeune Weasley sans voir le sursaut de William placé derrière elle.

    • Regarder n'a jamais fait de mal à personne... je me retourne sur une jolie femme dans la rue ou sur bel homme, ce n'est pas pour ça que j'ai envie d'aller plus loin. Tous les hommes font de même. J'ai déjà vu Jim le faire aussi. les coupa Draco d'un ton sec. Et que je sache leur vie privée ne nous regarde pas. Contentez-vous de ce que vous en voyez.

    Hermione sentit la colère de son mari, après la discussion du matin, elle préféra s'abstenir de toute réponse. Ce fut d'ailleurs le cas de tous. L'air glacial et hautain du jeune Malefoy, ses yeux remplis d'orage et sa bouche pincée ne poussaient pas à la réplique. Lucius regardait son fils défendre l'Elu et constatait une fois encore son attachement à son meilleur ami, il avait pu vérifier à plusieurs reprises que celui-ci était réciproque. Etrange personnalité que celle de ce jeune Survivant, insaisissable, exigeant, intransigeant parfois, droit, fier, fidèle à ses principes jusqu'à l'entêtement mais faible dans ses amitiés et plus encore dans ses passions. Et paradoxalement, cet amour, c'est ce qui faisait sa force depuis sa naissance.

    Il reporta son attention sur la piste. Le trio dansait une fois de plus en symbiose bien que différemment. Harry, face à Jim, avait posé ses deux mains dans sa nuque afin qu'ils restent les yeux dans les yeux. Lucius vit Pierre-François resserrer son étreinte d'une main sur la poitrine de Harry et poser l'autre sous le coude de Jim qui tenait son fiancé. Unis dans la danse comme dans la vie.

    Il regarda autour de lui. Les femmes chuchotaient en regardant vers les trois amoureux, ce qui lui fit faire la grimace, Michel filmait avec la caméra d'Adriaan les danseurs dont ce dernier et Jan tout en bavardant avec William, Bill, Charlie, Liam, Jimmy et Erwin parlaient du nouveau règlement de Poudlard, les autres dansaient... Il se tourna vers sa femme avec un regard interrogateur.

    • Volontiers. lui répondit-elle en se levant.

    Ils restèrent sur la piste, avec les plus jeunes, jusqu'au matin.



    oOo



    Il faisait jour quand ils sortirent tous épuisés. Ils se séparèrent dans le parking désert, certains transplanèrent directement vers l'Angleterre, Jareth et Violaine aux Tamaris. Jimmy et Erwin les suivirent en soutenant Sirius qui avait légèrement abusé des mélanges alcoolisés. Les derniers se dirigèrent vers les voitures. Pierre-François, sachant qu'il devait conduire, avait très peu bu, tout comme les conducteurs des autres voitures.

    Assis sur les genoux d'Harry, Jim somnolait la tête sur son épaule, il inclina doucement la sienne jusqu'à le toucher. Il posa sa main sur la cuisse de son loup qui sourit. La route qui suivait la côte était déserte et le soleil se levait blafard sur la mer. Le monde semblait à portée de main, ils en étaient les rois grâce à leur amour. Malgré l'épisode de Justin maintenant endormi sur Cloud qui serrait tendrement Sarah contre lui, il savait que Harry avait passé une bonne soirée.

    • Tu n'es pas fatigué? lui souffla-t-il.

    • Si mais je suis en même temps excité par cette nuit. Et puis, j'ai faim.

    Pierre-François éclata de ce rire mélodieux qu'aimaient tant ses agneaux.

    • Je te préparerai quelque chose en rentrant.

    • Des toasts au chocolat?

    • Si tu veux! fit-il avec un sourire amusé, en serrant sa main brièvement de la sienne avant de la reposer sur le volant.

    Comme il était parfois facile le bonheur.



    oOo



    La vie reprit au mas douce et indolente. Les affaires du monde sorcier, calmes pour le moment, les occupaient le matin ensuite l'entraînement, puis le repas et la plage, le bateau, de nouveau le repas, puis les soirées entre jeux, discussion, danses parfois... Les invités désertèrent les bastidons, il ne resta bientôt plus que Lucius, Narcissa, Peter et Sarah. Les héros du monde sorcier s'endormaient dans une apparente tranquillité. Ça ne pouvait durer! Ça ne dura pas!

    Ce fut Robert qui troubla cette quiétude une semaine après la soirée d'anniversaire. Il revint du Cap d'Agde avec le journal régional, descendit dans le bureau et, interrompant leur séance de travail, le tendit sans commentaire à son patron ouvert sur un article précis. Chaque vendredi paraissait en page douze ce qu'ils appelaient pompeusement le billet mondain, il faisait d'habitude un huitième de la douze. Cette fois sur la page entière s'étalaient des photos de la soirée privée au Bora.

    Le pigiste ne s'était pas contenté des clichés, il avait manifestement fait quelques recherches et les noms des divers représentants européens s'étalaient dans l'article, ainsi que celui de de Lauzun. Les photos étaient bonnes et donc très nettes. On y voyait Jan danser enlacé avec Adriaan, William tenir par l'épaule un jeune homme dont il n'était pas précisé qu'il était son fils, Michel danser le zouk serré contre son épouse, Pierre avec la sienne et enfin le trio ensemble sur les rythmes gitans. Le moment des bouteilles de champagne y figurait aussi ainsi que des prises de vue plus générales.

    • J'aurais dû aller trouver le propriétaire du club, cet article ne serait pas paru.

    • Ce qui est fait est fait! intervint Sirius. Ce ne sont sûrement pas les seules photos! il faut les récupérer avant qu'elles ne paraissent dans d'autres journaux.

    Une grosse demi-heure plus tard, Harry, Pierre-François, Jim et Draco débarquaient au bureau du journal demandant à voir le rédacteur de l'article. Au vu de leur insistance, l'employé à l'accueil les envoya chez le sous-directeur qui les reçut très ennuyé. La politique de la direction était : pas de vague, pas de procès. Il leur donna donc tous les renseignements demandés et même un peu plus, la présence d'un legilimens parmi eux n'étant pas fortuite. Le plumitif était un petit journaliste free-lance qui leur avait vendu l'article et les photos. Récupérer le CD-rom avec ces dernières fut plus difficile. Mais à sorcier entreprenant rien n'est impossible et ils ressortirent avec un petit boîtier plat pendant que, seul dans son bureau, le sous-directeur éberlué ne se rappelait plus pourquoi il avait interrompu son travail.

    • Tu devais absolument lui effacer la mémoire? demanda Jim.

    • Il s'apprêtait à prévenir l'écrivaillon par téléphone dès notre sortie. répliqua Draco. Nous n'allons pas chercher après lui pendant des heures. De toute façon, il est préférable que nul ne se rappelle notre visite.

    • Il reste l'employé qui nous a accueillis et la secrétaire.

    • Je ne crois pas, non... affirma Dray ironique.

    Jim le regarda un peu interloqué de sa réponse, parfois il n'aimait pas leurs méthodes. Ils jouaient trop facilement avec les moldus. Leur désinvolture l'effrayait. Harry avait suivi les pensées de Jim.

    • Ce n'est pas à toi que j'expliquerai l'importance de retrouver ces photos, mon tout-beau, lui glissa-t-il. Une carrière politique ne tient qu'à un fil. Il est important pour nos amis que les photos ne paraissent pas dans les grands journaux et encore moins dans leurs pays respectifs. En plus nos accords passés pourraient être sujet à suspicion, il ne faut pas que ça arrive.

      Si ces clichés sont rendus publiques en Angleterre puisque ton père est dessus, ça veut dire que François-Marie sera au courant que nous sommes ici et nous ne serons plus aucun en sûreté.

      Nous avons très peu de temps pour arriver à les récupérer ainsi que les négatifs.

    oOo



    Assis devant une tasse de café, à peine réveillé, le patron du Bora-Club exultait en regardant la page entière consacrée à la soirée du samedi précédent. Il en espérait des retombées financières dès le soir-même.



    oOo



    Ils discutaient garés dans la rue devant l'immeuble où habitait le journaliste, situé dans un quartier modeste, loin du luxe tapageur des hôtels pour touristes et yachts des plaisanciers de la marina. Pierre-François voulait y aller seul avec Draco estimant que leur présence serait déjà assez remarquée comme ça. Harry et Sirius protestaient vigoureusement, le premier parce qu'il ne voulait pas laisser son compagnon y aller seul, le second parce que rester dans la voiture n'avait rien d'amusant. Jim et Sylas attendaient calmement la fin de leurs palabres.

    • Nous allons faire ça discrètement en y allant tous sauf un sous sortilège de désillusion. fit Harry fermement.

    • En plein jour et au soleil? intervint Sylas dubitatif. Que fait-on des ombres?

    • Nous n'avons que la rue à traverser.

    • Pourquoi sauf un?

    • Parce que les portières de voiture ne s'ouvrent pas toutes seules?

    • Bon allons-y! Nous perdons du temps. fit Pierre-François d'un ton plus sec que remarqua de suite son amant.

    Mais il sortait déjà de la voiture. Harry eut juste le temps de désillusionner Jim puis lui-même avant qu'il ouvre la seconde porte, et enfin celle de derrière. Après avoir vérifié le numéro et l'étage sur les boîtes aux lettres, ils prirent l'ascenseur qui les mena au sixième. Ce sont six hommes bien visibles qui arpentèrent le couloir de gauche pour arriver devant le 603. Un pas traînant se fit entendre en réponse au coup de sonnette, la porte s'entrouvrit, l'homme bedonnant, torse nu, une serviette posée sur son cou s'éloignait déjà dans l'appartement sans avoir vérifié qui était derrière lui.

    • Déjà toi? Il faut chaque fois que tu oublies tes clefs! T'es vraiment pénible, fillette!

    • Je ne savais pas que nous étions attendus! fit Pierre-François railleur.

    • Qui êtes vous? fit le pigiste en sursautant au son de la voix masculine comme si il avait été piqué par un scorpion.

    • Vous avez la mémoire courte, Monsieur Woodstein. Vous avez pourtant écrit un article sur nous il n'y a pas si longtemps.

    • ...

    • Une certaine soirée au Bora Club. Vous situez mieux?

    • Et?

    • Nous voulons toutes les photos et les négatifs. Tout de suite.

    • Ça va être difficile, railla l'homme. Je ne les ai pas! Tout ce que j'avais a été remis au journal.

    • Donnez-nous l'adresse de la photographe et vite! intervint abruptement Draco ayant collé sur son visage son masque dur et hautain de sang-pur.

    • Je ne l'ai pas.

    • Nous n'avons pas le temps de jouer, Carl! menaça Draco.

    • Qu'allez-vous faire? railla l'écrivaillon. Vous êtes des personnages publics, je peux tout raconter aux flics ou aux médias.

    • Je ne crois pas! fit Harry méprisant en se concentrant.

    Quand les autres virent l'homme grimacer de douleur puis se plier en deux, avant de se relever haletant mais soulagé, ils fixèrent l'Elu stupéfait.

    • L'adresse de cette photographe?

    • Je ne l'ai pas!

    • Je vois que tu n'as pas compris! C'est regrettable. Plus tu mets du temps à me donner ce que je veux, plus tu souffriras mais sache que tu me le donneras de toute façon. fit Harry glacial.

    La sueur se mit à perler sur le visage de Carl Woodstein et il ne put retenir un gémissement de douleur avant de s'effondrer dans la position du fœtus ultime défense contre la souffrance. Quand il se redressa enfin, tremblant de rage et d'amertume, la crainte avait envahi sa figure.

    • Comment faites-vous ça? Vous n'avez pas le droit! C'est de la torture!

    • L'adresse!

    • Pourquoi la voulez-vous?

    • Tu n'es pas naïf à ce point! Pour un article minable sur une soirée dans un club tu risques de ruiner la carrière d'hommes politiques appréciés et de mettre un monde à feu et à sang. Tel est l'enjeu, donc, sache que je n'hésiterai pas. assena Harry. La sécurité de l'Etat prime tout.

    • Ce n'est qu'une question de temps, nous la trouverons de toute façon. Des Catherine Malempré, photographe free-lance dans la région il ne doit pas y en avoir beaucoup. intervint Draco.

    • Elle n'a fait qu'exécuter une commande.

    • Quelles en étaient les conditions?

    • M'apporter de quoi rédiger un article sur votre soirée au Bora Club. Elle a été payée pour les clichés qui sont parus dans le journal et que nous avons choisies ensemble, les autres elle pouvait en faire ce qu'elle voulait.

    • Et toi tu as été payé pour rédiger l'article puis tu l'as vendu au quotidien local.

    • Même pas! fit l'homme amer, j'avais une dette de jeu envers Flora la propriétaire du cercle 21, la compagne de Carlos le patron du Bora.

    • Je vois! Alors pourquoi ne pas me donner l'adresse de cette reporter free-lance?

    • Il est contraire à notre éthique de révéler nos sources.

    • Ne me fais pas rire veux-tu! Tu n'as pas autant de scrupules avec Carlos et Flora. Et ça vaut la peine de mourir pour la couvrir? fit Harry très calme.

    • Je ne vous dirai rien!

    • Comme tu veux!

    Carl Woodstein regarda la main du Survivant du monde sorcier se tendre une nouvelle fois vers lui pour lui infliger ce mal terrible, inévitable qui lui tordait les tripes et contractait horriblement tous ses muscles.

    • Quai du Bosc, 12 à Sète. cria-t-il avant de s'évanouir.

    Draco fit léviter le corps et le déposa sur son canapé. Après lui avoir lancé un sort d'oubliette, il se tourna vers ses compagnons. Harry, blême, appuyé sur Pierre-François qui doucement caressait son visage, semblait prêt à rendre son petit-déjeuner. Jim aussi blanc que son fiancé le regardait avec encore un peu de cette horreur qui l'avait saisi lorsqu'il l'avait vu infliger les doloris au journaliste. L'aîné lui lança un coup d'œil impératif. Ce qu'il avait fait avait assez marqué son agneau sans qu'il lise la réprobation sur le visage aimé. Il vit Jim essayer de se ressaisir.

    • Mon ami, il est temps d'y aller avant que sa copine ne revienne, fit Draco en posant une main sur l'épaule de Harry.

    • Tu as raison, fit ce dernier redevenu parfaitement maître de lui. Allons-y.

    Jim avait réussi entretemps à récupérer de ses émotions. Le voir dans le rôle du tortionnaire l'avait remué au plus profond de lui-même, c'était tellement loin de ce qu'il était et il avait fallu le rappel à l'ordre de Pierre-François pour le ramener à la réalité. Il s'en voulait. Il aurait dû dépasser sa répugnance pour seconder Harry mais il n'avait pas pu. Il le prit contre lui pendant qu'il le désillusionnait. La sensation de ce froid qui coulait sur lui allait de paire avec celui qui s'était insinué dans son cœur quelques instants plus tôt. Il éprouva le besoin de sentir sa chaleur, de sentir que malgré ce qu'il avait vu il était toujours son amour, son amant, sa vie.

    Et c'est Harry qui sembla comprendre ce qu'il ressentait. Doucement il prit ses lèvres dans cette intimité que leur procurait leur quasi invisibilité, avec tendresse, amoureusement, il explora sa bouche pour enfin lui murmurer : « Je t'aime, mon amour! ». Et comme leur premier soir où il avait vu, son parrain mourir sous les coups des sbires d'Ombrage, Jim pleura dans ses bras, silencieusement.

    • Il faut y aller mes agneaux. fit leur loup avec tendresse. Nous perdons du temps.

       

    oOo



    Ils mirent une grosse demi-heure pour atteindre l'adresse indiquée. La maison était située en bordure du canal de Sète qui rejoignait le port de plaisance. Le quai du Bosc était nettement plus fréquenté que le quartier du journaliste mais était plus cosmopolite, sa population était faite en grande partie de touristes ayant leur bateau ancré dans la marina, ils passeraient donc facilement inaperçus. Ils se garèrent à environ deux cents mètres avant la demeure de Catherine Malempré. Elle ouvrit dès le premier coup de sonnette, ne sembla pas surprise de les voir et les fit entrer dans un living cossu qui dépassait de loin les moyens d'une simple photographe free-lance.

    • Entrez Messieurs, je vous attendais.

    • Je vois. répondit Pierre-François.

    • Je ne doutais pas que vous réussiriez à remonter jusqu'à moi. Vous avez une certaine réputation Monsieur de Lauzun, peut-être surfaite mais qui doit s'appuyer au départ sur du tangible. railla la jeune femme.

    • Que nous proposez-vous?

    • J'ai des photos et des négatifs à vendre aux plus offrants. Certains partis politiques des pays auxquels appartiennent les ministres et secrétaires d'état qui étaient à cette soirée seraient certainement prêts à me les acheter très chers. Dans votre métier, le fils d'un secrétaire d'état dans votre lit ou un jeune homme d'à peine dix-neuf ans entre vos bras ne peuvent qu'alimenter votre réputation sulfureuse et vous apporter une publicité appréciable! Le monde est ainsi fait. Mais pour les hommes politiques il en est tout autrement. Ces photos valent leur pesant d'or.

    • Et si, tout simplement, nous vous assommions pour récupérer ces photos? Vous n'oseriez pas, de toute façon, prévenir la police car toutes ces jolies choses, ce mobilier luxueux qui nous entourent peuvent difficilement avoir été achetés avec ce que vous gagnez comme photographe. Je crois que le chantage vous apporte la majeure partie de vos revenus.

    • Vous pensez bien que j'ai pris mes précautions et que si les photos sont ici à disposition pour être consultées, les négatifs eux sont en sécurité.

    • Et si pourtant nous décidions, là, de fouiller cette belle demeure? Seriez-vous toujours aussi sûre de vous? intervint Sylas ce qui donna à réfléchir à ses compagnons.

    Draco, très certainement, lisait dans l'esprit de la femme et transmettait les renseignements à Sy par le lien du pacte d'alliance.

    • Je vous en prie faites! fit l'autre sur un ton sarcastique.

    • Ce n'est pas sage de nous recevoir seule alors que nous pourrions vouloir récupérer ces négatifs par la force! C'est même très imprudent! railla Sirius à son tour.

    • Dans ce cas je ne traiterais pas avec vous et ils seraient vendus à d'autres. Votre mission serait alors un échec, monsieur de Lauzun. poursuivit-elle en fixant Pierre-François.

    • Je crois que c'est pourtant la solution que nous allons adopter après avoir bien entendu neutralisé votre amant qui attend patiemment dans la chambre que nous soyons partis. fit Draco glacial tout en sortant sa baguette et en lui lançant un stupéfix.

    Aussitôt Harry, Sylas et Draco se précipitèrent à l'étage dont ils redescendirent presque immédiatement en poussant devant eux un homme taillé en armoire à glace qui leur lançait des regards assassins. Bousculé par Sy, il se retrouva assis à coté de sa copine, stupéfixé puis ligoté grâce à un incarcerem. Dray, avec un sourire des plus ironiques, écarta le panneau en textile, peinture abstraite, d'environ un mètre cinquante de hauteur et un mètre de largeur, pendu au mur devant eux. Derrière ils découvrirent une petite porte située à environ cinquante centimètres du sol. Il leur fallait trouver le mécanisme d'ouverture.

    Un alohomora prononcé par Sirius résolut le problème, d'un collaporta il scella la porte d'entrée de la maison pour être sûr qu'ils ne seraient pas dérangés, d'un second incarcerem il garrotta à son tour la jeune femme avant de regarder les jeunes avec un sourire narquois. Ils enjambèrent le muret pour se retrouver dans une pièce presque vide. Une table, deux chaises, un ordinateur en constituait tout l'ameublement mais une porte dans le fond semblait plus intéressante. Ils découvrirent la chambre noire où elle développait. Au mur, des dizaines de petits casiers avec des photos déjà tirées. Jim saisit une boîte en carton emplie de bidons de produits, la vida et commença à la remplir de tous les clichés trouvés sur les étagères.

    Il manquait le plus important : les négatifs.

    • Dray? Où sont-ils?

    • Dans un coffre au premier étage. Il est dissimulé dans le sol sous un tapis.

    • Je comprends pourquoi elle n'avait pas peur d'une fouille.

    • Mais elle ne connaît pas mon expérience en cachettes diverses, se moqua Draco. Quand on a vécu au manoir Malefoy, on ne peut qu'être maître en la matière.

    Ils montèrent et ouvrirent trois portes avant que Dray reconnaisse la pièce vue dans l'esprit de la jeune femme. Ils écartèrent la chaise de bureau et soulevèrent le tapis. Sur le parquet mosaïque, il leur fallait trouver les bonnes lames qui formaient un rectangle soudé d'environ trente centimètres sur soixante et ensuite un mécanisme sur un des petits côtés.

    Un nœud dans le bois d'une lame située presque sous le bureau intriguait Jim, il était le seul, le reste du parquet était parfait sans aucun défaut. Il appuya dessus sans résultat, c'était compter sans son entêtement. De ses doigts fins, il se mit à palper, à pousser la surface du nœud, sur un bord, puis sur l'autre, sur le centre, sur l'ensemble, il s'acharnait depuis un moment sous l'œil des autres qui avaient interrompus leurs recherches pour l'observer. Enfin il entendit un déclic et le panneau bascula sur un axe révélant une cachette contenant cinq petits coffrets à combinaisons de couleurs différentes. Ils n'avaient pas le temps de les ouvrir. Chacun en prit un, Jim quant à lui se chargea des quelques fardes cachées et de ce qui semblait être un livre de compte, avant de refermer la cachette et de remettre tout en place.

    Une fois redescendu, Sirius fouilla dans la cuisine, y découvrit un cabas et vint les retrouver dans la pièce secrète. Ils réduisirent magiquement tout ce qu'ils avaient trouvés, ainsi que la tour de l'ordinateur et les entassèrent dans le grand sac de vannerie. Pour faire bonne mesure, Sirius ajouta sur le tout une botte de poireaux et un céleri qu'il avait découverts dans le frigo avant de tendre le tout à Pierre-François.

    • Tiens! Tu aimes faire le marché! lui lança-t-il goguenard.

    Agacé, ce dernier leva les yeux au ciel, tout en prenant la banne remplie. En revenant dans le salon, ils virent le regard de la femme se charger de désespoir en voyant le sac, pourtant elle ne savait pas qu'ils avaient vidé entièrement ses cachettes et avec un peu de chance ne le découvrirait pas de suite. Draco lui lança un sort d'oubliette ainsi qu'à son compagnon et Harry un de confusion avant de les délivrer d'un finite incantatem et de ressortir dans la clarté et le soleil qui inondaient le quai. Après l'antre du maître-chanteur, le contraste était flagrant et ils eurent l'impression d'une délivrance.



    oOo



    Ils rentrèrent aux Tamaris juste à l'heure pour déjeuner. Ils retrouvèrent avec soulagement Hermione et les enfants qui les attendaient. Lily sur ses genoux, Harry réalisait à quel point avoir un chez soi était important et rassurant. Tout à ses pensées, il ne vit pas le départ de Jim de la terrasse. Quand il le réalisa, nul ne sut lui dire où il se trouvait.

    Assis seul sur la plage, devant la mer, il ruminait ses pensées. Il ne s'aperçut pas de la présence à ses côtés avant que Harry passe sa main autour de sa taille et pose sa tête sur son épaule.

    • Je suis désolé Harry.

    • De quoi mon cœur?

    • De ne pas avoir été à la hauteur.

    • Qu'as-tu été te mettre en tête?

    • Je sais que tu n'as pas terrorisé cet homme par plaisir et que ça t'a blessé. J'ai été tellement choqué que je n'ai pas su t'épauler comme Pierre-François ou Draco. C'est si peu toi.

    • Chacun réagit avec sa sensibilité propre et son vécu. Tous les deux ont déjà vu et subi bien des souffrances. Ce n'est pas ton cas.

    • ...

    • Ne crois pas qu'on s'habitue ou qu'on devient indifférent à la douleur des autres, pourtant on s'y résigne quand il n'y a pas d'autres solutions. Je lui ai infligé trois doloris mais j'ai très fortement modéré ma puissance. Draco et Pierre-François ont enduré bien pire. Ils sont à la fois préparés et révoltés à la vue de ce genre chose.

    • Toi aussi tu as en a subis?

    • Oui, moi aussi. Mais ce n'est pas ce qui m'a marqué le plus. Vivre dans la peau même de Voldemort certaines de ses actions voilà ce que je ne peux oublier et ma plus grande crainte est de devenir comme lui.

    • Tu ne seras jamais comme ça!

    • Je prends pourtant à l'occasion les mêmes manières et la Fratrie parfois me fait penser aux mangemorts.

    • Notre but est le bien du monde sorcier et aussi préserver le monde moldu.

    • Même si nous jetons un peu trop de sortilèges d'amnésie?

    • Même dans ces cas-là, fit Jim en retrouvant un sourire timide.

    • ...

    • Je ne veux pas être faible et t'être inutile.

    • Tu ne l'es pas, mon cœur... Tu ne l'as jamais été! Tu as tous les courages, toutes les audaces! Je te revois ce premier jour quand tu défiais les recteurs de Cambridge en nous faisant confiance pour guérir ton bras, puis quand tu es venu t'asseoir près de nous au restaurant universitaire, lorsque tu t'es installé à nos côtés dans l'amphi. Ce jour-là, tu m'as obligé à réaliser qu'un garçon me faisait plus d'effet que m'en avait jamais fait une fille...

    • ...

    • Je te rappelle que tu m'as sauvé la vie plusieurs fois, Monsieur l'inutile. Que tu t'es battu jusqu'à épuisement de tes forces à la bataille de Stonehenge pour nous protéger Pierre-François et moi! Et tu étais tellement concentré sur ce but que tu les as affrontés toi aussi les doloris, mon amour, sans férir.

    • Harry, je t'aime.

    • Je n'en ai jamais douté. Je t'aime aussi. fit-il doucement en baisant tendrement ses lèvres. Ils doivent nous attendre pour manger, il faut qu'on y aille.

    Ils remontèrent enlacés le petit sentier qui sinuait dans la pinède jusqu'à la terrasse du mas. Ce fut le regard aimant de Pierre-François qui les accueillit. Ils passèrent à table aussitôt. Le repas fut plutôt silencieux, ce n'est qu'à sa fin que les langues se délièrent. Les plus jeunes faisaient des projets de plage que les aînés écoutaient en souriant heureux que la menace soit éloignée.

    • Moi, j'attends ce soir avec impatience! s'exclama Sirius.

    • Pourquoi?

    • Pour aller rendre une petite visite à notre ami Carlos.

    • Je ne suis pas sûr que ce soit utile! asséna Harry.

    • Il mérite une petite leçon.

    • En effet, mais qui dit leçon dit souvenirs autrement elle ne sert à rien! et notre but est de passer inaperçus. raisonna Pierre-François.

    • Il fallait peut-être y penser avant d'aller vous trémousser en boîte collés comme des moules à un rocher. railla le maraudeur.

    • Je vous suggère plutôt quelques jours en Andalousie pour oublier tout ça.

    • Il nous faut d'abord examiner le contenu des coffrets et du disque dur puis détruire ce qui ne nous concerne pas.

    • Nous devons aussi aller chercher Sylvain à l'hôtel Saint-Maur et éclaircir cette histoire d'espion. raisonna Harry en se tournant vers Sylas. Nous pourrions faire ça ce soir.

    • Je crois en effet qu'il est temps. opina Sy.









    (1) : la robe de Rania de Jordanie : http://www.purepeople.com/media/rania-de-jordanie-en-1999...

    (2) : la collection Santos de Cartier :

    la montre : http://www.cartier.fr/les-collections/accessoires#/les-collections/horlogerie/w20056d6-montre-santos-de-cartier-galb%C3%A9e-petit-mod%C3%A8le?tab=2

    les boutons de manchettes : http://www.cartier.fr/les-collections/accessoires#/les-collections/accessoires/t1220294-boutons-de-manchette-santos-de-cartier

    (3) : Je me suis inspirée pour ce bijou de ce médaillon conservé au musée de Compiègne : http://www.bijoux-malmaison-compiegne.fr/html/13/selectio...

    (4) : Une petite visite virtuelle du Bora Club?  C'est ici   Il a certainement été modernisé depuis son ouverture en 1999 mais ça donne une idée... ^^

     

     

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    12:40 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |

    08.10.2010

    Lettre à Pansy

    Texte écrit en réponse à un défi organisé sur le FoF, forum francophone consacré aux fanfictions...

     

    Un OS devait être rédigé répondant aux conditions suivantes :

    Ecrire la lettre d'amour d'un personnage timide avec à l'intérieur un poème

    Conditions : Fandom : à choisir

    La lettre doit contenir un poème de minimum trois strophes

    Pas de nombre de mots minimum

     

     

    LETTRE A PANSY

     

     

     

     

    lettre à Pansy Many.jpg

     

     

     

     

    Chère Pansy,



    Tu seras surprise, sans aucun doute, par cette missive. Mais accorde-moi de la lire jusqu'au bout. Il me faut tant de courage pour oser l'écrire. Dans sa rédaction, je me lance, à la fois terrorisé de mon audace, à la fois fasciné par toi. Il faut qu'avant de quitter Poudlard et ne plus y revenir, je te parle de cet encombrant sentiment qui en moi grandit depuis tant de temps. Cela m'est devenu essentiel.

    Dans cette guerre fratricide que nos maisons se mènent, point de place pour l'amour. Je te regarde vivre de loin dans cet environnement vert et argent, je ne peux faire moins mais je ne peux faire plus. Je connais tes habitudes et tes goûts, le langage sensuel de ton corps et tes gestes retenus... Cette lèvre que tu mordilles quand tu ignores que répondre, ce poing que tu serres quand on te blesse, cette moue que tu fais quand tu n'aimes pas... Je sais le parfum que tu laisses derrière toi où que tu ailles. Non! Ne dis pas que je t'espionne car rien ne serait plus faux. Je n'arrive tout simplement pas à empêcher mes yeux de se tourner vers toi. Jour après jour.

     

    Tu ne me regardes pas, tu ne m'as jamais vu, tu n'as d'yeux que pour lui. Tu ne l'aimes pas mais il t'impressionne. Moi, insignifiant gryffondor, qui suis-je pour supplanter dans ton esprit le prince des serpentards? Pourtant lui ne t'envisage même pas, trop occupé à traquer des yeux un certain regard vert qui fait de son mieux pour l'ignorer. Ces deux là sont aussi éloignés l'un de l'autre que toi de moi. Pourtant j'ai choisi, moi, d'oser te dire à travers ce poème ce doux sentiment qui fait ma vie.

     

    Ce soir j'ai envie de te l'écrire

    Ce soir j'ai besoin de te le crier

    Ce que depuis si longtemps je tiens caché

    Je crains déjà d'entendre ton rire

     

    Et il ne semble y avoir dans l'encre

    Où je trempe ma plume de cancre

    Que des mots doux qui s'accrochent

    Sans plus de vains reproches.

     

    Je voudrais la verve des troubadours

    Et la facilité de Cyrano à conter l'amour

    Mais rimer je ne sais faire

    Je crains déjà de te déplaire

     

    Le temps court et me presse

    Ne reste au bout de ma plume

    Que ma passion pour toi, ultime hardiesse

    Qui chaque jour me consume.

     

    Et je ne sais te dire ce sentiment

    Que vivent mes jours et rêvent mes nuits

    Autrement qu'en le murmurant

    Je crains déjà de provoquer ton ennui.

     

    Demain nous quittons Poudlard,

    Demain nous nous dirons au revoir

    Jamais plus je n'aurai le courage de te conter

    Cet ineffable amour que tu m'as inspiré.

     

    Voilà, le mot est prononcé et ne le renie,

    Je n'attends point d'admiratives locutions,

    Ni même une quelconque considération

    Je crains déjà de te faire fuir, tendre amie.

     

    Mon cœur ose, embrase mes sens

    Et tremble à cette idée insoutenable

    Te perdre. Et le voilà qui soupire, si faible

    Et dès maintenant, pleure ton absence.

     

     

    Je sais que le hibou reviendra la patte vide de toute réponse mais mon admiration n'en demande point. Elle se suffit à elle-même. En me lisant, tu auras ce sourire ironique qui étire si souvent ta bouche délicatement ourlée, à ton habitude tu pencheras la tête doucement vers la droite et tes cheveux brilleront à ce mouvement. Tu es belle. Pour moi, la plus belle.

     

    Mais je me laisse emporter et, déjà, te vois froncer ton joli nez. Las, le temps n'est déjà plus aux amabilités. Il me presse, cet assassin. Je dois te quitter. Non sans te dire que je ne suis pas Malefoy mais fier d'être Londubat et que, non loin de toi, je vis et t'aime. Je ne dirai point comme dans les grandes tragédies sorcières que je me meurs de toi, je préfère vivre, attendre et espérer qu'un jour, d'amour sincère tu auras besoin et te souviendras de moi. Sache qu'à ce moment je serai là.

     

     

     

                                                                                                                             Neville.

     

     

     

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    16:52 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : harry, poudlard, potter, neville, londubat, pansy, parkinson, draco. |

    01.10.2010

    L'unification salvatrice - Chap. 2 : GELLERT

     

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    Chapitre II. GELLERT







    • Au moins ont-ils pensé à un plan pour lui, ce qui n'est pas notre cas! jugea Harry.

    • Tu ne vas pas encore t'en vouloir aussi à ce sujet? lui demanda Jim en levant les yeux au ciel.

    • Si! c'est une négligence de ma part impardonnable.

    • Calme-toi, Harry. fit Pierre-François en posant une main sur son épaule.

      Où-est-il, Cloud? poursuivit-il.

    • Eh bien, il n'a pas dix-sept ans, il n'a pas le permis de transplaner et ne peut pas faire de magie donc il ne pouvait pas aller bien loin. Il est dans le monde moldu. Je lui ai expliqué comment prendre le bus et je lui ai donné l'adresse d'Hermione. Tout le monde le cherchera en premier vers Poudlard. Aucun autre endroit n'était sûr... Ils ont des contacts partout, au ministère, au magenmagot...

    • Mais comment as-tu eu mon adresse?

    • Par ton frère. Je suis désolée, Mione, c'est un peu osé de ma part mais on n'avait pas le choix. Si il n'y arrive pas, on a prévu une autre solution...

    • Inutile de discuter! on va déjà là-bas! Munissez vous de vos armes, de vos capes et de vos masques. On transplane à Astor's Lodge dans cinq minutes. Mione, ma grande, fit-il en se tournant vers sa meilleure amie,...

    • Je sais! le coupa-t-elle, je reste ici avec Sarah pour la sécurité des jumeaux.

    • Oui! Ma mie, c'est plus prudent. confirma Sylas en souriant tandis que Draco lui caressait doucement l'épaule en passant.



    Ils s'habillèrent et s'équipèrent rapidement. Bientôt vêtus de la cape noire, de leur masque de cuir, munis du ceinturon-holster garni du Glock et de plusieurs chargeurs, ils furent prêts. Les trois karatékas complétèrent leur tenue par un étui de cheville garni d'un poignard. Pierre-François accroupi devant Harry et Jim ajustait l'arme blanche pour qu'ils ne risquent pas de se blesser.  Quelques minutes plus tard, Sirius, Draco, Sylas, Pierre-François, Jim, Cloud et Harry se retrouvèrent dans le petit chemin devant la bastide et transplanèrent au milieu du parc de la maison de Sylas du côté sorcier. Elle semblait bien vide sans eux, presque abandonnée. Harry appela Valis un des elfes de maison, lui demanda où étaient Jareth et Violaine et l'envoya les chercher.

    • Harry pourquoi veux-tu rassembler tout le monde? Il suffit d'aller prendre ton gamin et de rentrer. Nous sommes sept c'est largement suffisant. demanda Sirius dont on sentait l'impatience.

    • Si c'était si simple! François-Marie a la déplorable manie de mettre des puces électroniques sur tous ses partisans. Je suppose que dès qu'O'Reilly a eu des soupçons sur Justin il a pris la même mesure. Moi, c'est ce que j'aurais fait.

    • Si j'allais chercher mon père?

    • Si tu sais où il est, Dray, parce que le temps presse.

    • J'en suis conscient. fit-il en disparaissant dans la cheminée.

    • Tu es inquiet pour Julien mais il y a plus. questionna Pierre-François.

    • Erwin et Jimmy se sont établis chez Hermione en attendant d'avoir leur appartement. J'ai essayé de leur téléphoner, ils ne me répondent aucun des deux.

    • Ça ne veut rien dire, peut-être qu'ils sont sortis et dorment encore! tu les connais... intervint Jim qui regardait le visage de Sylas devenu livide à la mention de son meilleur ami et de son beau-frère.

    L'arrivée de Violaine et Jareth interrompit leur discussion. Avec son habituel instinct, ce dernier s'était déjà équipé ainsi que sa femme. Joshua, leur vieil instructeur moldu, les accompagnait. Lucius et Narcissa atterrirent dans la cheminée dans une lueur verte.

    • J'ai relié celle des Granger au réseau de cheminette sécurisé du ministère. Nous pourrons ainsi arriver de plusieurs côtés à la fois.

    • Très bonne idée, Lucius. Toi et Narcissa, Joshua, Jareth et Violaine allez vous y rendre de cette manière. Nous allons transplaner du parc derrière la maison d'Hermione sous sortilège de désillusion, dès que tu nous vois faire, tu attends cinq minutes avant de nous rejoindre.

    Lucius regarda les deux amants jeter le sort à Jim, puis se désillusionner eux-même. Quand il ne sentit plus leur aura magique il se mit à compter les minutes, il échangea un regard avec sa femme avant de prendre un peu de poudre verte, d'entrer dans la cheminée et de donner l'adresse. Les autres suivirent le ministre et atterrirent dans le living des Grangers. Seuls les membres de la Fraterie les y attendaient. La maison était déserte et nulle concentration anormale de magie ne dénonçait un quelconque affrontement.

    Harry sortit son portable et essaya une nouvelle fois d'appeler leurs amis, c'est avec soulagement qu'il les entendit à l'autre bout du fil.

    • Par la barbe de Merlin, où êtes vous?

    • ...

    • Vous sortez du restaurant? Et vous aviez coupé votre portable...

    • ...

    • Nous vous attendons chez vous.

    • ...

    • C'est pressé.

    • Qu'ont-ils dit, mon agneau?

    • Qu'avec moi, c'était toujours des urgences.

    Un petit sourire moqueur fut la seule réponse de Pierre-François. Ils n'avaient pas tort.

    • Cloud! Quel est votre fameux plan de rechange?

    • Ben comme toutes les maisons sont sous sortilège de Fidelitas, nous n'avions pas vraiment le choix. Je l'ai envoyé à Cambridge, à l'Université sorcière dans la crypte. Si il doit se défendre comme l'accès est limité, il aura plus facile.

    • Mais comment connais-tu la crypte de la chapelle? interrogea Harry étonné.

    • Jimmy nous a raconté la tentative de meurtre dont tu as été victime par les partisans d'Ombrage et qui a échoué.

    • La peste soit des serdaigle trop bavards! pesta Sirius.

    • Ta précaution risque de se retourner contre nous si ils l'ont à leur merci et qu'ils nous attendent. expliqua L'Elu en se tournant vers le garçon.

    • Il fallait faire un choix. Dad? fit-il en quêtant l'approbation de ce dernier.

    • Tu as fait au mieux, Cloud. le rassura son père. La prochaine fois que vous avez ce genre de problème, venez nous en parler. soupira-t-il en mettant une main rassurante sur l'épaule de l'adolescent.

    Ils attendaient depuis dix minutes quand un ronronnement de moteur se fit entendre, ensuite un bruit de clefs dans la serrure et deux jeunes gens en tenue de motards, pantalon serrant et blouson de cuir, casque à la main firent leur entrée. Harry ne put s'empêcher de penser qu'Erwin vêtu dans cette tenue avait tout d'un ange déchu et séducteur. Ses traits doux, son regard très clair d'enfant sage, ses longs cheveux châtains clairs ondulés tranchaient avec son corps moulé dans le cuir noir, il était la tentation incarnée. Une main possessive qui se referma sur sa taille le rappela à l'ordre. Ah, les mains de Jim et leur éternel langage. Celle-là voulait dire : « Tu es à moi! Ne l'oublie jamais! », il se tourna vers lui avec un sourire tendrement moqueur. Ensuite il accrocha le regard de son loup et lut dans ses yeux plein d'orage un message semblable. Il ne put s'empêcher de rire doucement. Jimmy et Erwin faisaient partie des invités qu'ils recevaient dès le lendemain, ça promettait de l'animation.

    Ils redescendirent quelques minutes plus tard portant eux aussi la tenue de la Fratrie maintenant connue dans le monde sorcier. Harry leur résuma la situation. Jimmy lui posa quelques questions auxquelles il répondit le plus brièvement possible.

    • Quelles sont tes intentions? interrogea Erwin.

    • Nous allons transplaner directement dans les jardins de l'université, je vais appeler Ballic et ses elfes et leur demander si ils ont vu Justin. Selon leur réponse, j'aviserai.

    • Bien.

    • Oui? l'interrogea Harry qui le voyait hésiter.

    • Justin est loin d'être stupide. La crypte est peut-être un endroit facile à défendre mais une fois que tu y es tu ne peux plus en sortir, ça m'étonnerait qu'il s'y soit enfermé. analysa Erwin.

    • Je ne sais vraiment pas quel a pu être son raisonnement.

    • On y va ou on continue de discuter? coupa sèchement Pierre-François.

    • Nous y allons, mon loup. lui répondit Harry aussi tendre que l'autre était abrupt.

    Une fois en dehors de la maison, il fit monter son aura magique pour jeter le sort de désillusion sur Jim, il attrapa Pierre-François par l'avant-bras, l'approcha d'eux, puis Cloud pour transplaner enlacés à quatre. Une fois dans l'allée du jardin de Cambridge, il appela Ballic et mit fin au sortilège les rendant pratiquement invisible. Pierre-François, Draco, Sylas l'imitèrent, suivis des autres.

    • Maître Harry Potter, je suis si content de vous voir.

    • Bonjour Ballic. Tu as vu un tout jeune homme qui essaie de se cacher? il doit être dans la crypte de la petite chapelle à l'entrée ou dans le domaine universitaire.

    • Je les ai fait entrer dans votre logement, maître Harry.

    • Les? Dans notre appartement?

    • Oui! Le jeune homme et sa compagne. Ils ont demandé après vous. J'ai pensé que vous alliez arriver.

    • Tu as vu quelqu'un d'autre?

    • Oui! Ils sont au moins six sorciers qui fouillent le bâtiment principal. Je n'en ai pas vu dans l'aile des logements mais je ne peux rien certifier.

    • Bien. Merci beaucoup Ballic. Une fois de plus deux sorciers te devront la vie.

    • Maître Harry! La jeune fille n'est pas une sorcière.

    • Une vie est une vie, Ballic. Merci de ton aide.

    • C'est ce qu'aurait voulu Dobby, conclut simplement l'elfe.

    Harry divisa le groupe en deux, il prit avec lui ses compagnons de vie et Cloud. Les dix autres se dirigèrent vers le corps de logis à la recherche des sorciers de la Loge.

    Devant la porte de leur appartement, Harry murmura le mot de passe qui l'ouvrait. Ils pénétrèrent prudemment ne sachant pas ce qui les y attendait. Des bruits les guidèrent vers la chambre d'Aymeric. Un cri leur fit craindre le pire. Pierre-François et Harry se précipitèrent ouvrant la porte à la volée. Ils la refermèrent aussi vite, se fixèrent avec ahurissement puis éclatèrent de rire, Harry en avait les larmes qui lui coulaient sur les joues. Les deux autres les observaient abasourdis. Pierre-François récupéra le premier son sérieux.

    • Il y a une bande de sorciers dangereux qui le cherchent pour le tuer juste à côté de lui et il se paie une partie de jambes en l'air avec sa petite-amie! Il est vraiment inconscient!

    Jim et Cloud les regardèrent incrédules.

    • Que faisons-nous? interrogea le second.

    • On se fait un petit café en attendant qu'ils aient fini... suggéra Harry.

    • Tu es sérieux? Un café?

    • J'en connais qui ne savent pas s'en passer, répondit-il avec un coup d'œil tendre vers Jim.

    • C'est vrai que ça ferait du bien, renchérit celui-ci.

    • Les autres viendront nous retrouver ici quand ils auront terminé leur opération de nettoyage. A mon avis, ceux-ci sont à la fin de leurs ébats. Le timing est bon! ironisa Harry.

    Dans la cuisine, Harry avait préparé le breuvage à la manière sorcière. Pierre-François et Cloud exploraient leur appartement avec Jim pour guide. Le premier revint seul dans la cuisine, les deux autres s'étant attardés autour du matériel informatique relié au réseau universitaire l'un des plus puissants d'Europe.

    • Harry? Qu'est-ce qu'il y a eu entre toi et Erwin?

    • Rien, mon loup. Et il n'y aura jamais rien. J'ai juste pensé qu'il était magnifique et infiniment attirant dans sa tenue de cuir. Vraiment pas de quoi fouetter un chat.

    • ...

    • Et surtout pas de quoi allumer dans tes yeux la tempête que j'y ai vu tantôt.

    • Tu le dévorais du regard. Ça n'est pas passé inaperçu de Jim non plus.

    • J'ai été à Poudlard avec Erwin pendant huit ans, je ne l'ai jamais remarqué.

    • Tu ne voyais que les filles à cette époque.

    • Quand nous avons commencé à fréquenter Sylas et Erwin, je l'ai trouvé beau, tentant mais c'est tout, ça n'a pas été plus loin.

    • ...

    • Tu penses que je suis quelqu'un de volage?

    • Non mais... c'est bien ton petit page?

    • Oui, c'est vrai, c'est le surnom que je lui ai donné en raison de son physique androgyne et de sa façon habituelle de s'habiller. Pas par tendresse, mon amour.

    • ...

    • Tu penses que je ne tiens pas à toi? fit-il doucement en posant sa main sur la sienne.

    • Je sais que tu m'aimes.

    • Alors pourquoi as-tu peur?

    • ...

    • Pourquoi avez-vous peur? Car j'ai vu la jalousie de Jim aussi.

    • Je ne peux pas répondre à sa place. Je t'aime et je crains de te perdre pour des raisons tellement nombreuses que les énumérer me semblerait fastidieux.

    • Surtout très inutile, mais je t'écoute...

    • Harry, laisse...

    • Non, je tiens à ce que ça soit réglé une bonne fois pour toute.

    • Mon âge, mes origines, le milieu où tu m'as trouvé et le fait que peut-être tu te lasses de ne pas avoir ce dont tu as envie. jeta son compagnon en vrac.

    • C'est de Lauzun le magnifique qui me dit ça? Tu connais le regard des autres sur toi! tu sais leur concupiscence, leur envie dès que tu apparais, pourquoi es-tu si incertain quand il s'agit de moi?

    • ...

    • Regarde tes doutes pour un malheureux regard un peu trop appuyé sur quelqu'un d'autre? Je t'aime Pierre-François, avec ta maturité qui te va si bien, avec la famille que tu n'as pas choisie, avec ton douloureux passé que tu es arrivé à surmonter... J'aime tout de toi. Ton courage en sus!

    • ...

    • Quant au reste, je te l'ai dit, nous avons toute la vie et celle des sorciers est longue.

    • ...

    • N'oublie pas, nous avons dit jamais de mensonge. Tu n'as rien à craindre d'Erwin ou de qui que ce soit d'autre. Ton café sera froid, mon loup. finit-il tendrement.

    Pierre-François attira son amant contre lui, enleva son masque et le sien, posa ses lèvres sur les siennes pour un long baiser passionné et emporté. Un cri étranglé les sépara. Une jeune fille en sous-vêtements les regardait les yeux exorbités. Elle fit demi tour et s'enfuit en courant vers la chambre. Ils entendirent ses cris puis le bruit de pieds nus sur le carrelage et Justin leur apparut souriant.

    • A la description, ça ne pouvait être que vous! Il y a longtemps que vous êtes là?

    • Assez pour savoir que tu n'es pas prudent pour deux sous. Tu as des sorciers dangereux qui te traquent et toi tu t'envoies en l'air!

    • D'après ce que m'a rapporté Joyce, je ne suis pas le seul à avoir des envies en mission!

    • Il rendrait des points à ton fils! commenta Harry goguenard.

    • Je vois. On se prépare de beaux jours. confirma son amant.

    • Bon tu racontes? Qui est Joyce d'abord? Ta petite-amie?

    • Non! je l'ai rencontrée ce matin, elle prenait le même train, elle m'a aidé. Elle fait ses études ici à l'université moldue.

    • ...

    • Je la remerciais! conclut-il avec un clin d'œil.

    • Tu sais que plusieurs sorciers pas vraiment bien intentionnés à ton égard sont en train de fouiller les bâtiments?

    • Oui! L'elfe m'a prévenu mais il m'a dit aussi que les protections que tu as mises sur ton appartement étaient telles qu'ils n'arriveraient jamais à entrer, alors j'occupais le temps en attendant votre arrivée.

    Harry se laissa tomber sur un canapé. Il savait qu'il devait se fâcher mais il n'avait qu'une idée : s'empêcher de rire! Il vit dans l'encadrement de la porte Jim et Cloud sidérés par ce qu'ils venaient d'entendre. Pierre-François lui tournait le dos et se servait une autre tasse de café mais aux légers soubresauts qui agitaient ses épaules, il comprit qu'il n'arrivait pas plus que lui à garder son sérieux.

    L'arrivée de l'équipe qui cherchait les partisans de la Loge fit retomber la pression. Il vit de suite le visage pâle et la grimace de douleur de Draco appuyé contre Sylas.

    • Dray? demanda-t-il inquiet.

    • Rien de grave! intervint Lucius. Une balle dans l'épaule. Violaine a été plus touchée par des sorts de découpage.

    En effet, derrière eux, Jareth faisait léviter sa femme. Il la déposa dans la chambre d'amis que lui indiqua Jim. Lucius s'y précipita. Sylas entreprit de dénuder le bras de son mari, n'y arrivant pas il découpa le vêtement d'un sortilège. Pierre-François s'approcha.

    • Tu veux le faire toi-même, Sy?

    • Non. Je prépare seulement pour Lucius.

    • Draco tu préfères attendre ton père?

    • Vas-y.

    Le sorcier frotta les paumes de ses mains l'une contre l'autre puis sans baguette les posa sur le haut du bras de l'ancien serpentard. Les yeux fermés, concentré, il sondait la blessure grâce à sa seule puissance magique.

    • La balle n'est pas ressortie et a été se loger dans l'omoplate... couche-toi dans le canapé et ne bouge pas, Dray! Ce ne sera pas sans douleur. Sylas, tiens-le.

    • Ça va aller, fit Draco en rassurant ce dernier.

    Doucement il passa sa main dans la mèche qui tombait sur les yeux d'ébène, la repoussa avant de poser ses lèvres sur celles de son homme puis essaya de se concentrer pour communiquer via le pacte. Bientôt, il fut en symbiose avec lui et se détendit en sentant son amour.

    Attirant un pouf, Pierre-François s'y assit pour être à la bonne hauteur. A quelques centimètres de la blessure, une légère aura d'un vert délicat enveloppait les mains du descendant des Sindar que regardaient avec fascination le blessé et ses compagnons. Bientôt le nimbe entoura la plaie et Pierre-François se concentra plus que jamais. Harry sentit une chaleur au niveau de son poignet. Les pierres du bracelet avait complètement changé de couleur, elles étaient devenues d'un blanc laiteux. D'instinct, il sut que son compagnon avait besoin d'aide. Il régula sa respiration l'approfondissant puis il monta sa puissance magique et posa ses mains sur ses épaules.

    La lueur verte devint intense et légèrement dorée, Draco poussa un cri de souffrance et la balle se retrouva dans la main du sorcier. Il la posa puis à nouveau analysa la blessure, ne trouvant aucun autre corps étranger, il entreprit de reconstituer les tissus abîmés et de refermer la plaie en profondeur. Quelques minutes plus tard c'était chose faite. Il appliqua un moment ses mains à plat sur la zone de la blessure, lorsqu'il les retira, il n'y avait plus trace d'une quelconque plaie, même pas une cicatrice.

    Harry pensa à l'analyse d'Hermione sur l'origine elfique de son amant. Les Sindar avaient toujours eu de grands pouvoirs de guérison dont il semblait avoir hérité. Il était temps qu'il se penche sur cet aspect de son compagnon. Il laissa redescendre sa puissance magique. Jim lui fourra une tasse chaude dans les mains et un baiser au coin des lèvres, il eut la même attention pour Pierre-François. Ce dernier avait l'air épuisé, guérir et faire appel à cette lointaine hoirie semblait lui demander beaucoup d'énergie. Il noua sa main à la sienne et fit se toucher les bracelets, si il arrivait à l'apaiser peut-être pouvait-il aussi lui apporter de la force? Il ne fut conscient d'aucun transfert ou communion mais il semblait mieux et lui même se sentait rasséréné.

    • Justin?

    • Oui?

    • Viens avec moi, nous allons voir pour le tracker.

    Il l'entraîna vers la troisième chambre. Au passage, il ouvrit doucement la porte derrière laquelle, Lucius soignait Violaine. Jareth au chevet de sa femme, lui tenait la main.

    • Harry! j'ai besoin de ta puissance!

    • J'arrive Lucius.

    • Va, mon agneau! Je m'occupe de la puce. lui murmura Pierre-François.

    • Merci.

    Pendant quelques minutes, Harry l'aida à soigner Violaine apprenant des gestes simples mais demandant une très grande puissance. Lucius épuisait peu à peu la sienne et préférait la conserver pour les opérations plus complexes.

    • Mon fils? demanda-t-il à Harry.

    • Je suis là, Père.

    • Ton épaule?

    • Pierre-François s'en est occupé.

    • Bien! Tu te sens capable de refermer les coupures du visage pendant que je m'occupe du reste?

    • Si je le fais il restera des cicatrices. fit Draco après avoir regardé la face ensanglantée de la jeune femme. Une ou deux ce n'est pas grave mais là c'est lacéré. Je vais appeler Pierre-François. poursuivit-il sans même attendre la réponse.

    • Je n'ai jamais fait ce genre d'opération, murmura ce dernier devant le figure de Violaine inconsciente, tout en lançant un coup d'œil interrogatif à Jareth qui lui répondit de la tête affirmativement.

    Et une fois de plus, il les stupéfia. Une légère brume opalescente entoura le bout de ses doigts qu'il passait doucement sur les profondes lacérations, il fit ainsi tout le visage une première fois. Il recommença une seconde, quand Harry vit les pierres du bracelet commencer à changer de couleur et virer vers le blanc, il le tint par les épaules et développa son aura. Quand le deuxième passage fut fait sur chaque déchirure, Pierre-François apposa ses mains sur les traits de Violaine pendant un long moment, quand il les retira nul n'aurait pu dire qu'elle avait été blessée.

    Il était blême, Harry attira son dos contre sa poitrine, il se laissa aller sur lui à bout de force. Alors une nouvelle fois il unit leurs bracelets jusqu'à ce que les pierres soient de nouveau bleues.

    • Ça va, mon loup?

    • Oui!

    • C'est très bien la magie de soins elfique malheureusement ce n'est pas fait pour les sorciers, Pierre-François. commenta Lucius. Utilise-la le moins souvent possible car tu auras de plus en plus difficile de récupérer tes forces vitales et ta propre puissance de sorcier. Celle de Harry se mêle à la tienne pendant un moment mais un mélange de deux magies n'est pas sans risques et à la longue tu l'amoindriras lui aussi.

    Au sursaut de son compagnon, Harry comprit que seul avait compté pour lui ce dernier argument. Il voulut l'apaiser une nouvelle fois par les bracelets mais il tressaillit et se libéra brusquement. Il s'attendait à cette réaction. Avec un sourire, il reprit son poignet et cette fois le retint d'une poigne de fer. Il savait que Pierre-François était plus fort que lui et si il le désirait vraiment... cependant le pouce qui caressa doucement le dos de sa main le rassura. Il acceptait de tout partager avec lui, les bonnes et aussi les moins bonnes choses.

    Lucius avait terminé de soigner Violaine et lui administrait une goutte de cette infecte potion de sommeil, noire et nauséabonde, que les deux Malefoy appréciaient et administraient un peu trop souvent à son goût. Il avait eut maintes fois l'occasion d'en faire la connaissance. Il lui lança un regard interrogatif.

    • Ses jours ne sont pas en danger, ceux de l'enfant non plus. Pourtant étant donné sa grossesse, il lui faudra un moment pour récupérer. Elle pourra transplaner avec escorte à son réveil pourtant évitez de le faire à plusieurs reprises ses prochains jours.

    • Pourquoi n'as tu rien dit? Sa place était à Astor's Lodge ou avec Hermione et les enfants! fit-il glacial à Jareth.

    • Je l'y aurais volontiers laissée si j'avais été mis au courant. Ce qui n'est pas le cas!

    Un silence embarrassé suivit l'aveu du jeune homme.

    • Elle est enceinte de combien de temps? demanda ce dernier à Lucius.

    • Une douzaine de semaines.

    • ...

    • C'est une petite fille. Le développement est correct, il ne semble pas y avoir de complication en vue.

    • Merci. soupira le futur père.

    Tous quittèrent la chambre sauf Harry.

    • Jareth, tu restes ici le temps que tu veux. Si tu as besoin de quelque chose tu peux appeler Ballic, si il peut t'aider, il le fera. Nous vous attendons comme prévu dès que tu le peux.

    • ...

    • Je suis sûr qu'elle allait te le dire, Violaine t'aime.

    • Je ne voulais pas d'enfant maintenant alors que nous ne sommes nulle part et elle en voulait un. Il semblerait qu'elle se soit passée de mon avis.

    • Un enfant c'est un cadeau du ciel, Jareth. Tu ne connais pas ta chance.

    • Harry, tu le savais en te fiançant avec Jim que...

    • Je sais, fit-il en le coupant, se demandant pourquoi il s'était laissé aller à cette demi confidence alors qu'il n'était pas tellement proche du langue-de-plomb.

    • Ils t'aiment, vous adopterez. Pierre-François est un père merveilleux. Quand je vous vois tous les trois avec la petite Lily, je me dis que j'aimerais connaître pareil bonheur mais les temps ne s'y prêtent guère et mon métier encore moins.

    • Tu peux changer de département au ministère, tu sais très bien que Lucius ne sera pas contre.

    • Je crois que je n'aurais pas tellement le choix. Sans enfant, j'avais déjà des problèmes avec Violaine. Jouer les enquêteurs et les infiltrés m'obligent parfois à des actes incompatibles avec l'état d'homme marié et c'est vrai qu'elle le supporte de moins en moins.

    • Je vais en dicuter avec Lucius quand tu lui en parleras il sera déjà prêt.

    • Merci. Harry?

    • ...

    • Tu n'es pas heureux?

    • Si. Vivre sans eux est impensable.

    Jareth sourit puis l'accola, Harry se baissa vers Violaine, posa un baiser sur son front avant de sortir.

    Il retrouva tout le monde dans le living. Les aurors étaient venus chercher les membres de la Loge qui étaient en réalité au nombre de huit, Pierre-François avait enlevé la puce que Justin portait sous la peau dans le pli de l'aine, il ne restait que le problème de la jeune Joyce. Pendant que les autres transplanaient des pelouses, Harry, Jim et Pierre-François enlevèrent leur cape et masque et accompagnèrent Justin et la jeune fille du côté moldu de l'université. Après l'avoir conduite dans un couloir proche de son studio, l'Elu lui lança un sort de confusion puis d'oubliette, quand Joyce reprit ses esprits elle était seule et se demandait comment elle était arrivée là.



    oOo



    Le mas bourdonnait de bruits malgré le nombre restreint d'invités. Lorsque le trio était rentré avec Justin, les réactions n'avaient pas tardé et c'est Harry qui avait remis les choses en place.

    • Ça suffit! C'est vrai que c'était un peu léger de sa part de ramener une fille et de l'emmener ensuite au lit... mais ça n'a rien changé à la donne.

    • C'est toi qui dit ça? fit Hermione.

    • Oui c'est moi qui le dit! Et tu sais pourquoi? J'y étais et j'ai pu le constater. Si les partisans de la Loge l'ont retrouvé c'est parce que, sans qu'il le sache son beau-père lui avait mis une puce sous la peau. Et ça il ne pouvait rien y faire.

    • Alors il a fait preuve de sagesse?

    • Je n'ai pas dit cela et je m'en expliquerai avec lui en tant que dirigeant de la Fraterie. Justin nous a fourni de très précieuses indications, notamment pour la bataille de Stonehenge et ceci avec beaucoup de courage malgré son jeune âge.

    • L'Héritier défend ses serpentards... gouailla Sirius.

    • Je défends nos combattants quelle que soit leur maison d'origine. Les griffons n'ont pas toujours l'apanage du courage!

    • Je dois avouer que là, il a été plus gryffondor que vert et argent, se moqua le maraudeur amusé.

    • Nous avons d'autres problèmes. Quand seras tu majeur, Justin?

    • Le 16 août!

    • Tu as un tuteur autre que ta mère?

    • Non.

    • Il faut que je trouve une solution pour les trois semaines restant. Cloud?

    • Oui.

    • Tu vas lui montrer comment changer son apparence. Amusez-vous mais ne lui donnez pas un look extravagant qui attirerait trop l'attention.

    • Bien, Harry, fit-il en entraînant son camarade et sa petite amie.

    • Tu vas devenir son tuteur à lui aussi?

    • Non, Aymeric! Un seul garnement comme toi me suffit amplement. fit-il en serrant l'enfant qui arbora un large sourire.

    • Sylvain va venir quand?

    • J'irai le chercher dans quelques jours, il passera ici le reste des vacances.

    • Tu crois qu'il ira à serpentard?

    • Je crois que serdaigle ou griffondor lui conviendront mieux. Mais ça n'a plus la même importance qu'avant, les maisons ne sont plus ennemies et sous le directorat du très sérieux professeur Vassier, fit-il avec un regard amusé vers son amant, elles deviendront plus amies encore. Si le tournoi des trois sorciers est organisé une fois de plus à Poudlard, toute l'école s'unira autour de son champion.

    • Il y aura aussi des dragons?

    • Nous n'en sommes pas là. répondit Pierre-François. L'école de Beaux-Bâtons n'a pas donné son accord. Madame Maxime a ouvert pour la première fois l'année dernière son école aux garçons et cela ne s'est pas fait sans mal. Poudlard n'a pas vu la différence mais Durmstrang a perdu une partie de ses élèves et les relations entre les deux écoles sont plutôt tendues.

    • Aïe! s'exclama Harry avec une grimace.

    • Oui, si nous mettons sur pied la compétition, il nous faut prévoir qu'il y aura ce conflit sous-jacent à gérer en plus de la rencontre en elle-même.

    • Avec Karkarof comme directeur nous savions où nous allions.

    • En effet, avec celui-ci nous l'ignorons, je n'en avais jamais entendu parler avant.

    • On peut se renseigner. suggéra Jim qui, paresseusement appuyé contre Harry, n'avait rien dit jusque maintenant. C'est toujours mieux quand on sait qui on a en face de soi.

    • Tu es sûr que tu veux te mettre ça sur le dos pour ta première année en tant que directeur? interrogea Hermione.

    • La tradition... Il faut que je prouve que si je fais des changements, je sais aussi respecter nos coutumes.

    • Mais l'usage est de faire le tournoi dans chaque école à tour de rôle. intervint la jeune femme.

    • En effet, mais ce qui complique tout c'est que si nous remontons dans le passé et calculons, Albus n'aurait pas dû accueillir le tournoi il y a cinq ans! C'était le tour de Durmstrang et cette année le nôtre, argument dont se sert le directeur Palliotov.

    • Quelle mauvaise foi! s'indigna Mione en secouant ses boucles brunes.

    • Si on l'organise, on prendra le personnel nécessaire. Tu n'auras pas plus de travail.

    • Je ne m'inquiète pas de ça.

    • Je sens d'ailleurs que je vais devoir demander à certains des professeurs qui enseignent à temps partiel de prester plus d'heures...

    Jim et Harry éclatèrent d'un rire moqueur, avant que le second lui tire une langue espiègle!

    • Bon... ben alors, je vais devoir prendre un adjoint qui passera les soirées avec moi à mettre tout ça sur pied... Dean Thomas, peut-être? fit Pierre-François faussement soucieux.

    • Pour ne pas te déranger ces soirs là, nous resterons à l'appartement de Cambridge tous les deux, le nargua à son tour Harry.

    • Voyez-vous ça! se marra l'aîné. Ne va pas trop loin, mon agneau... Tu as déjà un certain regard à te faire pardonner...

    • Ce n'est pas vrai! tu en es toujours là? Leur séjour ici risque d'être éprouvant si je comprends bien... Erwin est si tentant! c'est bien difficile de poser ses yeux ailleurs, soupira Harry.

    Ses amis le regardaient avec ahurissement, Jim avec un air plus que mécontent. En un instant, ils retrouvèrent le de Lauzun de "L'Aigle Noir", provocateur, hautain, affichant un désir dévorant pour eux... mais il y avait au fond de ses aigues-marines une lueur que Harry ne connaissait pas, dangereuse, menaçante lui rappelant que son amant n'était pas n'importe qui mais un sorcier d'une grande puissance à la réputation sulfureuse. Il savait qu'elle n'était pas sans fondement, il n'avait pas hésité à tuer à plusieurs reprises de sang-froid pour venger son petit ange, ce chérubin aussi blond que son père qui avait regardé de ses mêmes yeux d'azur la mort en face. En ce moment, il aurait fait peur à n'importe qui.

    Pierre-François vit le désarroi inscrit sur les visages qui les entouraient; Harry quant à lui portait son verre à sa bouche d'un geste nonchalant. Il effleura du regard les pierres elfiques qui brillaient d'un bleu aussi insolent que le vert des émeraudes de son agneau. Il l'aimait, ça, il le savait!

    Dans quel duel s'était-il engagé? Que cherchait-il? La mesure de sa jalousie? Les limites de sa patience? La profondeur de son amour? Sans cesser de l'observer, il se servit un verre de cognac et en but une gorgée calmement. Il avait failli le conduire au point de non retour, avec une simple provocation. Quelle emprise, il avait sur lui!

    Il avait commencé à le provoquer avec Dean et ça c'était retourné contre lui. Il se rappela le regard qu'il avait posé sur Erwin et de nouveau son sang commença à pulser, il eut l'impression d'avoir subitement de la fièvre et il dut poser ses mains sur la table pour qu'il n'en voit pas le tremblement. Pendant quelques minutes, il les écouta vaguement discuter d'épreuves possibles pour le tournoi, puis il se leva et quitta la terrasse pressé de mettre entre ses yeux et lui le plus d'espace possible.

    • Qu'est-ce qui t'a pris? souffla Jim.

    • Rien! J'ai répondu à sa provocation.

    • Harry! Pas à moi veux-tu! Tu l'as mis en rage volontairement.

    • Il va se calmer.

    • Tu l'as blessé!

    • Ce n'était pas mon intention!

    • Tu nous avais déjà heurtés tantôt par ton regard sur Erwin, pourquoi a-t-il fallu que tu insistes en public? Pour te plaire, doit-on oublier toute fierté?

    • Jim, je...

    • Une fois de plus tu n'as pas réfléchi. ragea son fiancé.

    • Mais je t'aime. D'accord j'ai été trop loin mais je ne voulais pas t'humilier, tu sais bien que ce n'est pas mon genre, ça...

    • Tu essaies de l'apprivoiser depuis des semaines, tu crois que tu vas y arriver de cette manière? quand tu auras semé le doute ce sera trop tard!

    • ...

    • Ne fais pas cette tête! J'ai compris depuis un moment que nos relations n'étaient pas celles que tu voulais. J'ai toujours été dominant et pour vous je l'ai oublié, pour toi par amour, pour lui parce que je sais qu'il ne peut pas faire autrement. Mais il te faut plus! Avoir plus d'emprise...

    • Tu te trompes. Ce qui a amené ça c'est qu'il m'a demandé des comptes ce matin.

    • Et il n'a pas ce droit? Tout comme moi?

    • Il n'avait pas à revenir dessus!

    • Ce n'est pas toi qui disais que la jalousie est le plus irrationnel des sentiments?

    • ...

    • Va le chercher.

    • Il va me tuer...

    • Débrouille-toi! ça t'apprendra!

    • Viens nous retrouver, mon cœur. fit-il à Jim qui détourna la tête en soupirant.

    Harry passa par la cuisine tout en sachant qu'il ne le trouverait pas là mais il avait besoin d'un peu de temps pour comprendre comment ça avait dérapé. Jamais il n'avait eu l'intention d'aller jusque là, il voulait seulement le taquiner. Il n'était pas dans leur chambre, il le trouva enfin dans la sienne qu'il n'occupait plus depuis un mois. Les persiennes étaient tirées et la pièce dans une demi pénombre. Il était étendu sur le lit, fermé, le corps raidi par la tension.

    Il s'assit au bord du lit et caressa le visage volontairement indifférent qui le touchait, lui faisait mal. Il s'en voulut.

    • Excuse-moi! Je n'ai pas voulu te blesser.

    • Après ce que je t'avais confié ce matin... Pourquoi?

    • Je ne sais pas vraiment... Parce que tu ne me fais pas confiance peut-être et qu'inconsciemment j'ai voulu te punir.

    • Si tu me voyais regarder quelqu'un de la même façon, ça ne te ferait rien?

    • ...

    • Un peu de courage, Harry que diable, réponds-moi?

    Il imagina la scène. Il se rappela quand il avait appris qu'il avait ramassé un inconnu dans un bar et avait passé la nuit avec lui, puis le soir, au club, où Kevin était collé à son corps comme une sangsue, ensuite le matin où il avait trouvé à ses côtés André qui s'était glissé dans son lit pendant qu'il dormait... Ils n'étaient pas encore ensemble, mais la possessivité était déjà là...

    • ...

    • Tu te rappelles de ta jalousie alors que je n'étais encore rien pour toi?Regarde-moi au lieu de détourner la tête, tu étais tellement fier tantôt de me provoquer de tes émeraudes devant tout le monde!

    • Sais-tu seulement depuis quand tu es quelqu'un pour moi? Si tu t'intéressais à un autre, je crois que j'aurais envie de te briser. fit-il d'une voix sans timbre.

    • ...

    • Pierre-François?

    • Ce que j'ai lu sur ton visage ce matin, Harry... Jamais plus! intima-t-il.

    • ...

    • Avant qu'on soit ensemble, ici même dans la mer, tu m'as demandé mes pensées...

    • Je me rappelle.

    • Et tu m'as prévenu que tu ne tolérerais aucune infidélité. Il en est de même pour moi. Ni en fait, ni en intention!

    • ...

    • Moi le libertin, je n'avais jamais éprouvé ça, je me suis découvert d'une jalousie dévorante.

    • ...

    • Je ne veux pas de ce pouvoir que tu as sur moi! fit-il en fermant les yeux, une expression douloureuse sur les traits.

    • Ce n'est pas un pouvoir, c'est l'amour. Et j'éprouve la même chose, parce que je suis fou de toi. Tellement!

    • Ce que tu m'as fait ressentir devant Erwin tantôt... souffla-t-il en fermant les yeux.

    • Venge-toi... lui murmura-t-il en se rapprochant de lui et en posant ses mains dans sa nuque.

    • Quoi?

    • Venge-toi! répéta-t-il avec une moue et un demi-sourire provocateurs tout en mettant un genou de chaque côté de la taille ferme de ce corps dont il connaissait les petites imperfections, les chérissant chaque jour un peu plus parce qu'elles étaient siennes. Il s'appuya en arrière sur ses bras tendus, le corps offert à son amoureux stupéfait.

    • Tu crois que tu vas t'en tirer comme ça? souffla Pierre-François d'une voix erratique.

    Mais déjà redressé, il remontait le tee shirt et posait le front sur la poitrine presque imberbe, ses mains montaient le long des cuisses, une devant effleurait la bosse formée par le jean, l'autre flattait les deux rondeurs et le creux des reins. Quand il l'entendit soupirer de désir, il eut tout le mal du monde à ne pas lui répondre de la même manière. Il détacha les boutons du pantalon sans pourtant aller plus loin, continuant ses caresses mais effleurant seulement la zone sensible du bout des doigts.

    • Jim? chuchota-t-il.

    • Je suis étonné qu'il ne soit pas là... fit-il en passant son tee-shirt par dessus sa tête. Je lui ai dit de venir nous retrouver.

    • Tu étais bien sûr de toi!

    • Non! J'étais sûr de toi, mon amour! murmura-t-il en ployant la nuque pour prendre ses lèvres.



    oOo



    Ça n'avait rien de tendre ou de doux c'était un baiser emporté, violent, passionné. Il libéra ses cheveux, mêla ses doigts aux longues mèches et tira sa tête en arrière, son autre main maintenant son menton, il ravagea sa bouche, mordillant, léchant, investissant en conquérant. Quand il sentit une morsure dans son cou, il gémit. Il attendit le tendre baiser qui ne manquerait pas de suivre, souffler le chaud puis le froid et inversement, Jim faisait ça très bien.

    • Tourne-toi mon amour! lui souffla Pierre-François.

    • Me tourner?

    • Oui étends-toi sur moi maintenant...

    Harry une fois couché sur lui, le dos contre sa poitrine, il l'entoura de ses bras, se décala légèrement pour l'embrasser. Il l'enserrait, caressait ses bras, ses épaules, lui murmurait force mots doux. Jim sourit, il savait où leur loup voulait en venir. Il ôta le jean et le boxer de son fiancé qui se retrouva nu contre celui de Pierre-François et émit un grognement de frustration. En le cajolant, il déshabilla aussi ce dernier, flatta doucement l'intérieur de ses cuisses, remonta le long de sa hampe érigée.

    Il abandonna son loup, pour se consacrer à Harry, il effleura son désir de la langue provoquant un gémissement qui le fit frémir, remonta le long du corps de son fiancé jusqu'à sa bouche. Il se fit enjôleur, doux, suave même si il sentait son désir de passion, puis il passa d'une bouche à l'autre finissant dans une le baiser commencé dans l'autre, recommençant encore et encore, il mélangea leur salive, leur saveur jusqu'à les entendre geindre.

    Pierre-François avait discrètement lubrifié ses doigts et du bout de ceux-ci il massait doucement l'anneau lui interdisant le centre de plaisir de Harry que l'envie assouplissait déjà, son agneau en demanda très vite plus. Il positionna celui-ci juste au dessus de son membre, jusqu'à butter contre la rosace close et tout naturellement d'un léger coup de rein, Harry le fit pénétrer dans son étroite moiteur, les faisant, de concert, gémir de plaisir.

    Jim répondit au tendre appel de leur amant qui le prépara d'une main experte avec délicatesse, tout en douceur, introduisant à peine les doigts mais caressant, massant la prostate d'un léger touché, lui procurant une sensation qui devint vite exaspérante, lui donnant une folle envie d'être possédé. Affolé de cette volupté nouvelle, il poussa une plainte qui fit réagir Pierre-François qui le poussa vers son plus jeune agneau. Jim se souleva et doucement s'empala sur le désir tendu de celui-ci dans un soupir rauque de plaisir qui fit frémir ses amants. L'aîné fléchit les jambes, ses genoux aidèrent Jim à se maintenir, ce dernier s'appuya dessus pour commencer un balancement lascif qui les fit s'emboîter profondément.

    Harry, blotti dans le parfum doucement épicé, dans les bras de son amant qui l'enserrait, qui lui murmurait des mots d'amour, se sentait étrangement euphorique et quand Jim accentua son mouvement, il suivit et vint buter de plus en plus énergiquement contre le bas-ventre de Pierre-François qui se déplaça légèrement jusqu'à atteindre ce point qui amènerait son amour à la félicité. Harry regardait devant lui son fiancé les yeux clos, le souffle erratique, le visage extatique perdu loin d'eux dans sa volupté. Il était beau, simplement beau. Il tendit les mains l'attirant un peu plus vers l'avant, il connaissait le corps de l'aimé.

    • Penche toi un peu en arrière, mon cœur.

    Le gémissement rauque qui lui répondit l'informa qu'il avait atteint son but, presque au même moment Pierre-François atteignit le sien et il ne put retenir un cri de jouissance, cherchant sa bouche avec rage et passion. Pourtant sa main se fit douce et câline pour saisir la hampe dressée de Jim et l'amener vers la jouissance finale.



    oOo



    Quand ils revinrent sur la terrasse après une douche, seuls les attendaient les plus jeunes, Cloud, Justin, Sarah, Aymeric et les deux petits qui construisaient des murs interminables avec des briques colorées en plastique autour de figurines d'animaux. Ils avaient changé l'apparence de Justin qui avait maintenant des cheveux longs noirs, un visage allongé, des yeux très foncés, un nez retroussé et une bouche plutôt mince. Ils n'avaient pas modifié sa taille mais lui avait fait perdre son aspect longiligne en rajoutant quelques kilos. L'ensemble lui apportait un charme espiègle qui lui allait comme un gant.

    Cloud et Aymeric de leur côté regardaient ces hommes qui étaient devenus toute leur famille. Ils avaient senti la tension entre eux et même plus... Cloud plus averti en avait compris la raison même si l'attitude de Harry l'avait dérouté. Maintenant, ils guettaient sur leurs visages leur humeur du moment. Les trois s'installèrent côte à côte. Cette journée qu'ils avaient attendue avec impatience depuis huit jours tiraient déjà à sa fin, bien différente de ce qu'ils en attendaient. Toutefois, assis là ils étaient bien, ils avaient retrouvé leur sérénité et profitaient du moment présent.

    • Dad?

    • Oui, Cloud?

    • Nous aimerions aller en discothèque.

    • Tu sais que ce n'est pas possible sans nous et franchement aujourd'hui nous aimerions profiter de notre soirée à trois et rester tranquillement ici.

    • Nous avons prévu d'y aller quand Jan, Michel et les autres seront ici. acheva Harry gentiment.

    • C'est chouette une sortie avec des gosses de maternelle aux basques! railla son parrain qui jouait aux échecs sorciers avec Peter au bout de la terrasse.

    • Ils n'ont que deux ans de moins que moi. Si ils ont l'âge de combattre, d'espionner, de tuer, ils ont aussi celui de s'amuser! conclut l'Elu.

    • Je croyais que ça Justin l'avait déjà fait ce matin... lança taquin Sirius.

    • Jaloux, le maraudeur? répartit le jeune serpentard nullement impressionné par la réputation du nouveau professeur de vol.

    • Allons Justin... ce ne sont pas les jeunes biches qui manquent, je t'en laisserai quelques unes... répliqua Black ravi de cette petite joute oratoire.

    • Hè hè... la chasse aux jeunes oiselles est fermée aux séducteurs qui ne sont plus de prime fraîcheur... le taquina Justin dont l'œil pétillait de malice.

    • La jeunesse aime l'expérience et ce n'est sûrement pas mon filleul qui me contrariera... railla l'ancien gryffondor.

    Le trio eut le même sursaut et les deux plus jeunes le même réflexe : protéger l'aîné attaqué, Jim noua ses doigts aux siens, Harry passa son bras autour de sa taille sans lâcher son parrain des yeux. Pierre-François eut une expression à la fois tendre et triomphante au vu de cette réaction instinctive.

    • Ce n'est pas une question d'expérience mais plutôt de classe, de prestance et de sourire... fanfaronna Justin. Toutes, jeunes ou moins, elles aiment rire, s'amuser, se sentir belles pour quelqu'un...

    • Il a encore du lait derrière les oreilles et croit déjà avoir tout compris des femmes... répondit l'ancien gryffondor en levant les yeux.

    • D'un autre côté, ce n'est pas à Azkaban que tu as pu en apprendre beaucoup! J'y ai passé deux mois et je n'ai pas vu l'ombre d'un corps féminin. fit Draco qui revenait enlaçant Sylas.

    Il s'assit en attirant son mari sur ses genoux.

    • Où est Mione? interrogea Harry.

    • Elle se fait belle pour dîner avec tous ses hommes, se moqua tendrement Sylas.

    • En effet, ce soir elle sera la seule femme de l'assemblée... constata leur hôte.

    • Et grâce à toi, Pierre-François, elle est en pleine forme. Cette décoction avalée chaque matin au réveil fait merveille.

    • Pendant que mon épouse attendait Henri-James, elle l'avait grandement soulagée.

    • Je suis quoi, moi? intervint la voix claire de Sarah.

    • Tu es une très jolie fille en fleurs, Sarah! fit de Lauzun le séducteur, mais pas encore une femme. Et tu as bien le temps pour ça! acheva-t-il avec indulgence.

    Plus rouge qu'un coquelicot mais ravie, l'adolescente sourit. Le baiser que Cloud posa sur sa bouche acheva de la déstabiliser et elle ne sut plus où se mettre. Sirius renifla dédaigneusement dans son coin. Si le directeur lui-même se mettait à avoir du succès auprès de la gente féminine où allait-on?



    oOo



    Ce dernier, Jim et Harry descendaient vers la mer suivis de Draco et Sylas, les jeunes avaient refusé de se joindre à eux pour cette rêverie sur la plage. Ils les virent s'asseoir sur le sable Sylas serré contre Draco, Harry et Jim enlacés par Pierre-François, leur tête posée sur son épaule.

    Sarah étant partie se changer pour dîner, Cloud pensa que c'était le bon moment pour expliquer à Justin les rapports existant entre les membres de sa famille peu banale. Le garçon connaissait, comme toute l'école le pacte d'amour qui avait uni Hermione et Draco les liant jusqu'à la mort et qui s'était transformé en pacte d'alliance officiel avec l'arrivée de Sylas leur donnant à chacun statut de mariés. Le lien spécial entre eux était palpable, leur entente qui n'avait pas besoin de paroles, puisqu'ils communiquaient entre eux par télépathie, leur puissance conjointe... tout cela était su de tous.

    En ce qui concernait la liaison des trois hommes, il y avait eu des rumeurs, les photos parues dans le "Independent Wizard" mais rien de concret. Si le garçon devait vivre un moment avec eux, mieux valait le lui expliquer. Mais comment aborder le problème? Il lui jeta un coup d'œil, il avait les yeux fixés sur la plage.

    • Tu vas m'expliquer les roses ou les choux, la cigogne ou les petits lapins? se moqua-t-il sans tourner la tête.

    • Justin!

    • Quoi Justin? Ce n'est pas parce que j'aime les filles que je ne vois pas ce qu'il se passe autour de moi. fit-il en riant. Déjà en les voyant ensemble à Poudlard j'avais compris. Encore plus, avant la bataille de Stonehenge. fit-il sérieux.

    • ...

    • Tu crois que je peux oublier la vision du directeur, ce sorcier beau et puissant que tous comparent déjà à Albus Dumbledore, un genou en terre devant le Survivant, en train de l'équiper pour aller combattre, ce que se hurlaient leurs yeux qui ne pouvaient se quitter sous le regard amoureux de Jim?

    • ...

    • Et quand ça a été le tour de ce dernier, il l'a soulevé par la taille, l'a assis sur un bureau pour ajuster son étui de cheville et de nouveau silencieusement ils se criaient, s'accordaient, s'embrasaient et en le reposant par terre, il a effleuré ses lèvres, dernier au revoir avant qu'ils aillent courtiser la mort sur le site de Stonehenge. Il n'y a rien à expliquer. Tout est dit. conclut le garçon avec un haussement d'épaules.

    • Le côté pratique alors. La chambre d'amis est devenue la tienne, j'ai vu qu'ils avaient procédé à quelques changements tantôt. A mon avis après-demain, tu auras droit à une séance de shopping pour ta garde robe. Tu seras majeur le 16 août mais ne crois pas que la porte te sera fermée pour la cause, tu es ici pour le temps que tu voudras.

    • Tu es avec eux depuis longtemps?

    • Onze semaines.

    • C'est précis! Tu comptes les heures aussi? le taquina-t-il.

    • Quand tu sors de l'enfer, tu as tendance à en retenir la date!

    Justin ne répondit rien. Le sérieux de son condisciple n'appelait pas de réponse. Quand il serait prêt, il se raconterait. La jeune Marine vint débarrasser leurs verres et commencer à dresser la table du dîner. Il la suivit des yeux appréciant son déhanchement sensuel.

    • Tu ne t'arrêtes donc jamais? se marra Cloud.

    • Tu envisages les filles comme des plats appétissants, intervint Sarah avec une grimace dédaigneuse.

    Cloud posa un léger baiser sur le nez de sa femme-enfant. Lui aussi avait papillonné avant de la rencontrer et au début de leur relation on ne peut pas dire qu'il lui était particulièrement fidèle, mais il s'était attaché à cette adolescente à la fois espiègle et tendre. Il était jeune et elle plus encore, il ne savait pas combien de temps cela durerait mais il la découvrait et se sentait de mieux en mieux en sa compagnie.

    Ils virent remonter ensemble Jim, Harry et Pierre-François, ils discutaient un peu moqueurs et très complices, semblant avoir oublié le différent de ce matin. Cloud leva les yeux au ciel en voyant son père commencer à courir après Harry pendant que Jim riait aux éclats.

    • Qu'est-ce qu'ils font encore?

    • Laisse-les, fit Sarah, ils sont amoureux et je trouve ça beau. Tout comme j'ai trouvé tantôt la jalousie de ton père adorable.

    • Adorable? Il faisait peur, oui! fit Justin.

    • Je crois qu'il vaut mieux être à ses côtés que contre lui! admit Cloud.

    Ils le virent arriver portant sur l'épaule le Survivant dont la tête ballotait dans son dos. Jim suivait un sourire moqueur sur les lèvres. Il laissa glisser le corps sur une chaise longue.

    • Tu as perdu, agneau.

    • Pas grave mon loup... pas grave! fit-il avec un regard qui promettait une vengeance future.

    Le dîner fut joyeux. Ils passèrent la soirée parlant de tout et de rien, de l'avenir, de temps futurs moins agités, de bonheur calme.



    oOo



    La bastide retentissait du bruit des rires et des voix multiples de la nombreuse assemblée. Jan et Adriaan étaient arrivés les premiers, partis très tôt le matin des Pays-Bas puis les belges Michel et sa femme Chi, ensuite Erwin et Jimmy avaient transplané quand celui-ci avait eu fini au ministère. Jareth avait prévenu qu'ils ne les rejoindraient que le jour suivant au soir, Violaine se portait bien mais il préférait attendre avant de transplaner. Lucius et Narcissa seraient là en même temps qu'eux. Lucius devait assister à une réunion importante de la    Confédération internationale des mages et sorciers.

    Pour le moment donc cette nombreuse compagnie était toute à la joie des retrouvailles. Ils n'avaient plus vus Michel et Chi, Jan et Adriaan depuis les fiançailles de Harry et Jim. Jan avait emmené avec lui Joris, son neveu qui avait un an de plus qu'Aymeric et celui-ci avait enfin un camarade de jeux. Leur installation ne s'était pas faite sans mal. Jimmy et Erwin avaient pris l'ancienne chambre de leur hôte, Joris dormirait dans celle d'Aymeric. Jan, Adriaan, Michel et Chi logeraient dans la deuxième partie des communs modernisés. Sarah pour quelques jours partagerait la chambre de Lily et Justin celle de Cloud pour laisser la sienne à Violaine et Jareth. Narcissa et Lucius rejoindraient leur trio dans les dépendances transformées appelées premier bastidon. Quant à Helmut, sa femme et leurs deux filles qui arriveraient seulement le mercredi, ils occuperaient le bastidon des moldus comme l'appelait déjà les enfants.

    Pierre-François, Harry, Jim et même Cloud s'occupaient de leurs invités, essayant de soulager les filles un peu débordées. Comme Pierre à son arrivée, Jan et Michel s'étaient posé la question des relations entre Pierre-François et les fiancés. Si de nouveau ceux-ci se montraient peu démonstratifs pour ne pas les mettre mal à l'aise, les regards et la tendresse de certains gestes ne pouvaient tromper. Ce fut l'aîné qui involontairement les trahit en adressant à Harry un froncement de sourcil qui se voulait discret quand celui-ci manifesta l'intention de se resservir un alcool. Le plus jeune lui adressa une grimace moqueuse mais choisit une limonade avec le sourire. Le regard tendre qui le remercia ne passa pas inaperçu des néerlandais qui observaient leur silencieux dialogue, ils échangèrent un coup d'œil entendu. Les trois hommes allèrent coucher leur poupée et Hermione, Teddy. Les adolescents s'étaient établis sur la terrasse devant la bastide jouant au ping-pong ou discutant entre eux. Les arrivants ayant conduit plus de dix heures se retirèrent tôt.

    Jim se blottit entre les jambes de Harry installé sur une chaise longue, Pierre-François en poussa une tout contre et s'assit à leurs côtés. Harry posa la tête sur son épaule et ils unirent leurs mains avec un soupir de satisfaction.

    • Jim? j'ai oublié de te demander, quand arrive William? demanda Michel revenu sur ses pas.

    • On doit aller le chercher mercredi soir ou jeudi matin, il téléphonera.

    • Bien Merci.

    Il s'éloigna le sourire aux lèvres content de la certitude obtenue, tandis que les trois amoureux échangeaient une grimace moqueuse nullement dupes du prétexte trouvé par le diplomate.



    oOo



    Le lendemain ressembla aux jours précédents. Harry se réveilla dans la douce étreinte de ses compagnons et paresseusement se refusa à bouger. Son visage dans le cou de Jim, il le respirait, faisant provision de sa peau, de son odeur pour sa journée..., puis doucement il remua rien que pour sentir Pierre-François resserrer instinctivement son étreinte autour de son corps. S'apercevant qu'il l'avait réveillé il se retourna dans ses bras et couvrit son visage de baisers légers.

    • Que voilà, un agréable réveil, mon doux amour.

    • Il faut prendre de l'avance pour toute la journée parce qu'avec tout le monde là... soupira-t-il.

    • Ce sont tes amis, mon agneau et tes invités. J'aurais volontiers passé toutes les vacances avec vous deux dans mes bras et les enfants à nos côtés.

    Il le sentit se tendre.

    • Ce n'est pas un reproche, calme-toi... Je les supporterais deux fois plus nombreux pour te satisfaire, mais je voudrais justement que ça te fasse plaisir.

    • J'aime les avoir autour de moi mais ma joie est gâchée parce que je dois renoncer à notre intimité, à nos gestes. Je sais que ça blesse Jim pareillement.

    • Notre amour tout nouveau, très fort a besoin de s'exprimer mais les autres cantonnent leurs témoignages d'amour au secret de leur chambre, à partir de septembre, malheureusement, ce devra être le cas. Nous devrons être discrets à Poudlard ou à Cambridge.

    • Je le sais, mou loup. Je le sais! soupira-t-il.

    • Mais dès que la porte de notre appartement sera refermée sur nous, nous aurons tout loisir de nous aimer. Il y aura aussi tous les week-ends et les vacances à la maison de Weymouth. Je me demande d'ailleurs si nous l'avons achetée assez grande, car à la vitesse où s'agrandit notre famille..., fit-il avec un petit rire.

    • ...

    • Tous ces gestes te sont réellement nécessaire pour croire que je t'aime?

    • J'ai besoin de vos bras à toi et Jim pour me sentir bien, pas comme preuve d'amour. J'ai l'impression que c'est ma place.

    • J'éprouve la même chose, intervint une voix douce et calme. C'est pour ça que nous sommes toujours collés l'un à l'autre.

    • Collés? interrogea Harry après avoir tendrement embrassé son fiancé et passé amoureusement ses doigts dans les courtes boucles qui au réveil partaient dans tous les sens.

    • J'avoue que le terme n'est pas élégant, admit le jeune moldu avec un petit rire.

    • Si nous voulons nous occuper du courrier en retard, il est temps de se lever.

    Les plus jeunes firent une moue peu enthousiaste.

    • Vous devenez paresseux tous les deux!

    Une petite voix résolut le problème pour eux.

    • Papa, papa, j'ai faim! s'écria une petit tornade brune en sautant sur le lit au milieu d'eux le transformant en trampoline.

    • Déjà levée et affamée? j'en connais deux qui vont bien ensemble, fit Pierre-François avec un coup d'œil moqueur vers son agneau.

    • Viens ma chérie! Nous sommes de grands incompris! fit Harry en tendant les bras à la puce bondissante qui se jeta sur lui de tout son poids.

    • Tu mettras encore du beurre et du chocolat sur mon croissant?

    • Chut! Papa va dire que nous sommes des gourmands.

    • Moi, ze t'aime, tonton Harry! gazouilla l'espiègle en narguant son père.

    Après avoir pris le petit déjeuner; ils se consacrèrent avec Sirius, Draco et Sylas à la politique sorcière puis à l'entraînement. Jan et Adriaan se joignirent au groupe pour la séance de karaté. Ils passèrent l'après-midi à la plage entre jeux, natation et bateau. Le soir vit arriver leurs invités du jour. Ne manquaient plus que Helmut, Karen sa femme et ses deux filles Andrea et Tanja âgées respectivement de 10 et 13 ans.



    oOo



    Ceux-ci arrivèrent le lendemain soir.

    Sorciers et moldus s'entendaient parfaitement, tous étaient assis autour de la grande table sur la terrasse du jardin dans les senteurs capiteuses des roses et de la lavande. Ils regardaient Didier, le chef français, Harry et Pierre François cuire sur la plancha magiquement agrandie. Jim et Cloud s'occupaient des boissons. Les plus jeunes avaient été rassemblés en bout de table, Marine et Fanny mangeaient avec eux s'occupant des plus petits. Les moules, les coques et palourdes, les couteaux, les calamars, les crevettes et les langoustines cuites avec des herbes aromatiques, secret de Didier, s'amoncelaient sur les plateaux aussi vite dévorés accompagnés de tartines de pain aillé et de crudités qu'ils étaient cuisinés. Les cuisiniers improvisés partagèrent avec eux le contenu du dernier plat.

    Didier dut aller en cuisine et Jim, une fois leur dégustation finie, prit sa place. Manifestement, Harry adorait cuisiner et il n'avait pas oublié la première leçon donnée par le chef plus d'un mois auparavant. Le visage rougi par la chaleur, les yeux brillants, il nettoya la plancha d'un sort recurvite puissant, avant d'y verser un peu d'huile d'olive parfumée. Ils commencèrent à cuire les côtelettes d'agneau, les petites brochettes de bœuf, les légumes méditerranéens, les champignons... Quand Robert et Didier apportèrent les plats de gratin dauphinois et les salades, les viandes étaient prêtes. Cloud tendit aux grillardins un grand verre d'eau qu'ils avalèrent. Pierre-François fit glisser sur sa main le reste de son eau glacée et mouilla le visage empourpré de Harry, puis sa nuque. Il eut le même geste tendre pour Jim sans s'apercevoir que les trois quarts de la tablée regardaient, émus, les attentions amoureuses qu'il avait pour ses amants. Du pouce il essuya une trace noirâtre sur la joue de Harry avant de poser un bref baiser sur ses lèvres. Il vit le regard amusé de celui-ci, se rendit compte que les conversations s'étaient tues et qu'ils étaient le centre de l'attention générale. Il se rappela qu'il avait conseillé le matin même la discrétion... ce n'était pas gagné! Il posa sa main dans le creux de son dos et le poussa doucement vers sa place, avant d'attirer Jim à ses côtés.

    L'hospitalité de Pierre-François lui ressemblait, elles était généreuse et sans limite. C'est repus après une salade de fruits en dessert que ses invités changèrent de terrasse pour prendre le café et un vieil alcool devant la mer pendant que les enfants aidaient les filles à débarrasser la table. Très vite deux groupes se formèrent les hommes discutaient politique, quant aux femmes elles parlaient poupons, prénoms, chaussons, biberons avec passion.

    Les sorciers écoutaient les moldus faire le bilan de leur politique internationale. Harry regardait Jim exposer calmement ses théories. Il retrouvait l'analyste efficace et précis des négociations d'Haultepenne. Les délégués discutaient avec le jeune master en science politique internationale comme avec l'un des leurs, ils connaissaient ses capacités pour l'avoir affronté lors des négociations en Belgique. Pour Pierre-François qui ne l'avait connu qu'après celles-ci, c'était nouveau, il découvrait un autre côté de son agneau si tendre, si calme, un côté passionné, sûr de lui. Erwin ne tarda pas à intervenir dans la conversation aidant par petites remarques, par légères touches toujours pertinentes l'argumentation de Jim. Sylas suivit développant certains points trop peu exploités d'après lui. Harry souriait, fier de retrouver son équipe. Quand il fit une remarque, les trois s'empressèrent de l'exploiter et Pierre-François put apprécier la cohésion de l'équipe.

    • Impressionnant, n'est-ce pas? lui glissa discrètement Draco.

    Il opina de la tête sans répondre.

    • Ici, ce n'est qu'une simple discussion, en négociations, ils sont redoutables.

    • Je suis sûr que tu n'es pas en reste.

    • Je me défends, fit-il en souriant, je suis un Malefoy. Pourtant pendant les pourparlers avec le conseil de l'Europe et les dirigeants de Cambridge, mon rôle a été autre.

    • ...

    • Etant donné mes dons en légilimencie, pendant tout le temps des tractations, je lisais dans les esprits de ses messieurs leurs dispositions, leurs états d'âme, leur argumentation et je renseignais Hermione et Sylas par les liens du pacte. La première consignait et le second négociait. On s'en est pas mal tiré.

    • Je comprends pourquoi Harry dit que tu es le meilleur des legilimens.

    • A Liège, continua Draco souriant, Jim est intervenu avec beaucoup d'à propos pour parler de notre université, de Harry dont ils craignaient la puissance, mais c'est Erwin qui a fait définitivement pencher la balance en notre faveur avec son charme.

    • ...

    • Ne fais pas cette tête! Harry t'aime et n'a jamais rien ressenti pour lui. Beaucoup de garçons seraient volontiers sortis avec notre Survivant mais il n'en a jamais vu aucun.

    • Erwin était dedans?

    • Je l'ignore. Possible. Moi-même, il fut un temps, si il m'avait envisagé autrement qu'en ennemi peut-être que j'aurais oublié que j'aimais les filles... plaisanta le serpentard.

    Pierre-François regarda le meilleur ami de son homme avec stupéfaction.

    • Mais Hermione et Sylas?

    • Nous nous connaissons depuis huit ans. expliqua Dray. Il m'a fallu du temps pour la voir autrement que comme la mégère qui suivait notre Elu. Lui, j'ai parfois l'impression qu'il a toujours fait partie de ma vie et son opinion a de tout temps été pour moi très importante... Me voir dans ses yeux a souvent mit un frein à mes stupidités, pas dans tous les cas malheureusement, j'ai aussi souvent voulu le dépasser et ça m'a conduit aux pires résultats. Mais il a toujours été là au centre de ma vie et j'ai toujours été là au centre de la sienne. Bien que d'une autre façon, je tiens autant à lui qu'à mes amours et, contrairement à Hermione, je vous apprécie Jim et toi parce que vous le rendez heureux. Le reste m'importe peu.

    • Et Sylas?

    • Je suis passé à côté de lui pendant huit ans en l'ignorant il était comme moi un amateur de filles, passant d'une à l'autre, et lui ne supportait pas mon arrogance et ma muflerie! C'est notre amour commun pour Mia qui nous a rapprochés. Maintenant il est tout. Nous aimons Hermione de tout notre cœur mais Sylas et moi c'est encore autre chose... acheva Draco rêveur.

    Pierre-François revint aux discussions et vit de suite la tension qui habitait ses agneaux.

    • Malheureusement, disait Michel, il semble que chaque mégalomane qui veut prendre le pouvoir chez vous est pire que le précédent.

    • Je ne suis pas d'accord avec toi Michel, Voldemort a été le pire. fit Harry.

    • Depuis notre entente, j'ai pris des contacts en monde sorcier et j'ai beaucoup étudié vos mages noirs, de Salazar Serpentard à François-Marie Vassier en passant par Gellert Grindelwald et Lord Voldemort. Et Vassier est bien parti pour les dépasser tous si il est réellement prêt à fusionner avec l'âme d'un des pires... Il suffit de voir l'explosion qui a fait dix huit victimes dans la capitale anglaise non loin du monde sorcier.

    • François-Marie n'est pas responsable de cette explosion. Elle a été provoquée par une bombe artisanale que nous connaissons bien. Nous avons échappé à un attentat il y a environ dix mois, le même engin avait été employé. expliqua Harry qui se retrouvait à défendre un ennemi qu'il exécrait..

    • Tout à fait exact, intervint Jimmy, c'est moi qui ai fait l'enquête à Londres avec notre spécialiste en explosifs moldus.

    • Il n'est pas question de nous attribuer tout ce qui est inexpliqué en monde moldu. Même si nous le combattons, ce n'est pas une raison pour charger François-Marie de crimes qu'il n'a pas commis. Il a bien des défauts mais il a eu une enfance plus que difficile et si la folie n'est jamais loin de ses actes, il a un respect profond de l'enfance et il n'aurait pas organisé cette attaque en sachant que des enfants seraient chez eux à ce moment de la journée. Alors que Voldemort était capable de contraindre un adolescent de seize ans au crime en menaçant de tuer ses parents en son pouvoir, François-Marie n'enrôle dans ses partisans que des sorciers majeurs.

    • Harry, je ne fais que reprendre quelques faits de recherches connus de tous les services de police moldus. Une enquête internationale est en cours aussi bien pour ces derniers faits que pour ses activités d'import-export. Il a été convoqué par les services de police moldus cette semaine et est resté en garde à vue le temps légal c'est paru dans tous les journaux. Il a été relaxé parce qu'il avait un bon alibi mais l'affaire n'est pas classée pour autant.

    Harry revit la dernière scène qui avait opposé Pierre-François à son jumeau, il se rappelait la haine incommensurable et les menaces de mort de ce dernier à l'encontre de son frère. Il savait qu'ils ne seraient jamais tranquilles avec ce fou en liberté mais il sentait, bien qu'il ne le lui ait jamais dit, que la disparition de François-Marie marquerait profondément son amant. Pierre-François lui avait, au contraire, toujours conseillé de mettre son frère hors d'état de nuire, il voulait le protéger lui de sa vindicte. La tentative d'empoisonnement dont il avait été victime à Poudlard, la campagne de dénigrement contre son propre frère montraient assez que les hostilités étaient ouvertes entre eux et qu'il ne ferait pas de quartiers. Par la barbe de Merlin, que tout cela était compliqué.

    • Michel, en monde sorcier, rien n'est simple, rien n'est noir ou blanc. se décida-t-il à expliquer. Salazar Serpentard n'est pas un mage satanique comme vous l'entendez. Il pratiquait la magie noire et avait des idées bien précises et illusoires sur une tradition de sang-pur qui ferait l'élite du monde sorcier. La magie sombre vient de la même magie ancienne que la blanche, elle n'est pas mauvaise en elle-même, c'est ce qu'on en fait qui est discutable. Bien que sang-mêlé, il s'avère que je suis l'Héritier de Salazar Serpentard et où que tu tournes les yeux hormis Violaine, Jimmy et Jareth qui viennent de serdaigle, Hermione et moi de Gryffondor, tu ne verras autour de nous que des élèves actuels ou anciens de cette maison de notre ministre à mon fils adoptif en passant par mes meilleurs amis et Pierre-François. Ils œuvrent pourtant tous pour la Lumière.

    • ...

    • Gellert Grindelwald a été un jeune homme insouciant comme bien d'autres. Il voulait rassembler les Reliques de la mort et devenir invincible. Il a rencontré pour leur malheur réciproque un jeune sorcier puissant, intelligent, prometteur. Ils se sont plu, ils se sont aimés. Ils ont imaginé un monde purifié et utopique, un monde moldu asservi et dominé par les sorciers de sang-pur. Ils travailleraient « Pour le plus grand bien ». Ils se sont aimés deux mois! deux mois qui ont fait basculer leur vie.

      Le second sorcier s'appelait Albus Dumbledore, il avait à ce moment dix-huit ans, son amant seize. Bien plus tard, il est devenu mon mentor. C'est à lui que je dois d'être ce que je suis, en bien, en mal.

      Le frère d'Albus, Abdelforth constatant la folie des idées de son frère lui en fit reproche et la scène tourna à l'affrontement. Gellert était là. Les amants s'unirent et les sorts fusèrent des deux côtés. La sœur d'Albus, Ariana, fut touchée au passage d'un sort de mort. Je ne sais qui a lancé le sortilège, qui l'a dévié... le savent-il eux-même? Gellert s'est enfui et n'a plus revu son amant. Si il a eu ensuite d'autres amours il ne l'a jamais oublié, ni leurs ambitions communes et il a essayé de les réaliser sans lui. Albus s'est toujours senti coupable de la mort d'Ariana.

      Malgré l'avenir brillant qui lui était promis, il est devenu simple professeur à Poudlard, puis bien plus tard directeur. Il a refusé à plusieurs reprises le poste de ministre de la magie qui lui était offert craignant d'être repris par ses démons et d'employer mal ce pouvoir. Sa puissance pourtant n'avait fait que croître et il est devenu évident qu'il était le seul à pouvoir arrêter la folie destructrice de Gellert Grindelwald. Il a repoussé l'affrontement pendant trois ans, puis en 1945 il s'est décidé. Pour le monde sorcier et moldu, il l'a fait et a enfermé son unique amour dans sa propre prison de Nurmengard. La devise qu'ils avaient imaginée ensemble "Pour le plus grand bien" et qui accueillait visiteurs et condamnés à l'entrée du camp pénitentiaire, l'a salué à son tour. Il y est resté cinquante trois ans sans une seule visite autre que celles de ses gardiens. Pourtant pendant tout ce temps il est resté en contact avec l'extérieur, il écrivait des lettres à Albus qui lui répondait.

    • ...

    • Et 1998, Tom Jedusor, alias Voldemort, s'est présenté à la prison. Il cherchait à son tour les Reliques de la Mort et notamment la Baguette de Sureau qui était devenue la possession de Gellert. Il l'a torturé longuement, il y a pris du plaisir et s'est délecté des cris déchirants du vieil homme cependant il y a longtemps que Grindelwald n'était plus un corps mais seulement un esprit et un cœur. Il a refusé de parler, de révéler qu'Albus était devenu le possesseur de la baguette en le vainquant. Il a nié l'avoir jamais eue en sa possession et il est mort dans d'atroces souffrances.

    • Il l'a protégé jusqu'au bout... murmura Sylas.

    • Non! Je ne crois pas! De tout temps, Voldemort savait que son ennemi serait Albus Dumbledore. Il était le plus puissant des mages et de surcroît mon mentor. Grindelwald ne l'ignorait pas. Je crois qu'il avait changé sa façon de voir le monde.

    • Tu te rends compte de ce que tu dis? demanda Jim choqué.

    • Oui. Je sais ce que cela implique.

    • Harry? Comment sais-tu ce qui s'est passé à la prison de Nurmengard. interrogea Draco.

    • Il y a toujours eu entre Voldemort et moi un lien spécial créé dès mon plus jeune âge, une connexion intermittente qui me faisait voir ce qu'il regardait, qui me faisait ressentir ses colères, ses joies, ses haines... Dès que je l'ai relaté à Dumbledore, il a voulu que je ferme mon esprit et que j'apprenne ce que nous appelons l'occlumencie qui permet d'ériger une barrière pour empêcher toute intrusion mentale. Je n'y suis pas arrivé et bien souvent je me suis servi de ce lien particulier pour savoir ce que Voldemort faisait, mais ça n'avait pas que des avantages. Parfois il prenait possession de mon esprit et je devenais l'acteur involontaire de scènes que je ne crois pas pouvoir oublier.

      Ce jour là, j'étais dans le corps de Voldemort, j'étais lui! j'ai tout vu par son regard, j'ai ressenti sa joie lorsqu'il le torturait, son excitation quand il l'entendait hurler de souffrance, sa rage quand il l'a tué! Je pouvais presque sentir l'odeur écœurante du sang. Dans son visage ridé, ravagé, blessé, seuls bien vivants, ses yeux ouverts me regardaient, de magnifiques yeux bleus, très clairs, tes yeux... fit-il en se tournant vers Pierre-François, tu as hérité de ce qu'il y avait de plus beau, de plus pur en lui. Après avoir insulté sa dépouille, il l'a enfin laissé là, dans une mare pourpre, le corps lacéré, mais les yeux toujours ouverts. termina-t-il d'une voix sans timbre.

    Sans un mot et se moquant de la discrétion, Pierre-François l'attira contre lui. Harry blottit son visage dans le creux de sa clavicule. Il ne vit pas le regard de pitié que lui lançait Jan, celui horrifié de Michel, celui compatissant de Lucius. Ayant uni leurs bracelets, il laissa à son amour le temps de se calmer, caressant sa nuque doucement puis il le poussa vers les bras de Jim qui l'enserra.

    • Comme vous l'avez deviné à l'écoute du récit de Harry, Gellert Grindelvald fait partie de ma famille, je suis l'arrière petit-fils de sa sœur.

    • Et François-Marie Vassier? interrogea Adriaan.

    • C'est mon frère jumeau.

    Un long silence suivit.

    • Comment peut-on vous distinguer? demanda Michel.

    • Il a les yeux bruns et une longue balafre dans la figure que je lui ai faite il y a très longtemps.

    • Vous vous opposiez déjà tout jeunes?

    • Il défendait ma mère, elle était d'origine moldue et une gryffondor. intervint Harry en liant sa main à celle du sorcier tout en restant contre Jim.

    • Et ma seule amie, ajouta Pierre-François.

    • Elle t'aimait beaucoup et James aussi. Ils étaient toujours inquiets pour toi. lui dit Sirius gravement.

    • Je sais.

    • Que sont devenues ces Reliques de la Mort qui ont fait couler tant de sang? demanda curieux Helmut.

    • Je crois que personne ne le sait, fit Lucius. Selon la croyance, elles ont un maître et doivent être conquises par force ou par ruse ou léguées. On a longtemps cru que Voldemort les possédait, il l'avait laissé sous-entendre mais heureusement il n'en était rien.

    • Les Reliques étaient la possession des trois frères Peverell : Antioch, Cadmus et Ignotus. Tom Jedusor n'a eu que la Pierre de Résurrection, elle était sertie dans l'anneau des Peverell, expliqua Harry. Il l'avait caché dans les ruines de la maison des Gaunt, la famille de sa mère. Il n'a jamais eu les autres. La bague a ensuite appartenu à mon mentor qui désireux de revoir sa sœur et ses parents morts l'a passée à son doigt déclenchant ainsi un terrible maléfice qui le conduisit à sa mort. Il détruisit la bague ne gardant que la pierre.

      La Cape d'Invisibilité a été transmise à mon père, James Potter, descendant d'Ignotus Peverell, puis à moi et reviendra à mon fils.

    • Et la troisième?

    • La Baguette de Sureau aussi appelée Bâton de la Mort ou la Baguette du Destin appartenait à Gregorovitch, lorsque Gellert la lui vola après l'avoir assommé. Lors de son combat avec Albus, ce dernier la gagna, il l'utilisa jusqu'à sa mort, ensuite elle fut la possession du seul sorcier qui désarma Dumbledore. Heureusement, il ne sut jamais qu'il la possédait, il aurait signé son arrêt de mort, dit gravement Harry en fixant Draco. Je la lui ai prise et elle est mienne.

    • Tu en as donc deux ... constata Cloud.

    • A sa mort, Albus m'a légué un vif d'or, il contenait la pierre, je l'ai utilisée pour revoir ceux que j'aimais, mes parents, Remus et toi avant la bataille de Poudlard, fit-il en se tournant vers son parrain qui lui sourit. Je suis le maître de droit des trois reliques, annonça Harry calmement.

    Pierre-François sursauta le regardant avec effroi.

    • Tais-toi! intima-t-il à son amoureux.

    • N'aie pas peur! Je ne crains rien, mon loup. J'en suis le maître mais je ne les ai pas. Elles sont perdues à tout jamais pour les sorciers, moi-même je ne pourrais les trouver. Je n'ai gardé que la cape léguée par le sang.

    • Tu les as détruites? demanda Lucius incrédule.

    • L'océan est vaste. répondit Harry avec un haussement d'épaule. Je ne suis pas suicidaire! Autant porter une pancarte : sorcier à tuer.

    • Mais le pouvoir...

    • Ne m'intéresse pas et surtout pas dans ces conditions! Etre un petit despote seulement préoccupé de se protéger, doutant de tous et de tout... Non! J'ai d'autres ambitions à la fois plus modestes et plus belles, conclut-il en jetant un coup d'œil à Jim et Pierre-François.

    • Tu es fou! s'exclama Lucius.

    • Moi? non! Albus disait : "Les Reliques, les Reliques... Réelles, dangereuses, parfait appât pour les fous." Il avait raison, c'est pourquoi je n'en ai pas voulu.

    • On peut utiliser le pouvoir pour faire le bien! répartit leur ministre.

    • Oui! "Pour le plus grand bien"... conclut Harry en souriant sereinement.

    Nul n'osa plus répondre au jeune dirigeant de la Fratrie qui songea que de là où il était Albus devait le regarder les yeux pétillants de malice! La politique n'est que jeu de menteurs!

    oOo



    Appuyés contre la balustre, le visage tourné vers le large dont on ne voyait qu'une masse sombre et mouvante parsemée de quelques lumières se déplaçant paresseusement, les deux fiancés enlacés rêvaient.

    • Il en met du temps p'ti loup!

    • Autant d'invités dans une maison c'est beaucoup de choses à organiser et à prévoir et nous ne l'aidons pas. Nous nous laissons gâter par lui comme des enfants.

    • Il aime ça!

    • Pour le moment, mais un jour ça lui pèsera, je veux être à ses côtés.

    • Que vas-tu faire? Donner des ordres à des employés qui ne sont pas les tiens et peut-être contraires aux siens?

    • De la façon dont tu présentes les choses nous ne vivons pas chez nous mais chez lui.

    • La maison de Weymouth sera notre toit parce que nous l'avons achetée ensemble, nous emménagerons en même temps, nous avons tout choisi à trois, ici c'est le sien.

    • Ce sera le même personnel, la même organisation...

    • Je ne comprends pas pourquoi ça te blesse.

    Pierre-François qui assistait depuis un moment à leur conversation se demanda où Jim avait cette fois mis ce sixième sens qu'il possédait dès qu'il s'agissait de Harry. Comment avait-il oublié qu'une des blessures de son fiancé était d'avoir toujours vécu chez les autres et jamais chez lui? Il hésitait à intervenir de peur de mettre son agneau encore plus mal à l'aise.

    • Si nous sommes ensemble je ne veux pas de ce genre de considération, chez nous c'est là où il est et inversement.

    • Discutes-en avec lui, c'est la meilleure des solutions, mon amour. Je te suis, tu le sais, conclut Jim.

    • Avec qui dois-tu parler et de quoi? fit Pierre-François en posant ses mains sur leur taille et en s'appuyant contre eux.

    • Avec toi...

    • Moi aussi j'aimerais échanger quelques mots avec mon agneau décidément trop secret...

    • On commence par quel sujet?

    • Je suis mort alors nous débutons par une douche puis nous parlerons bien installés dans notre lit. Qu'en penses-tu?

    • Adopté!

    • Jim?

    • Je vous suis...

    Ils prirent une longue douche ensemble avant de se coucher.

    • Vas-y mon agneau. Que voulais-tu me dire? demanda Pierre-François en les attirant contre lui.

    • J'aimerais t'aider et participer à la bonne marche de la maison.

    • C'est quelque chose que je ne refuserai certainement pas, je dois avouer que pour le moment, le soir, je suis plus que fatigué. Ce sera plus facile si on se répartit le travail tous les trois. De quoi voudriez-vous vous occuper?

    • Qu'as-tu fait ce soir?

    • J'ai vérifié l'emploi du temps de tout le monde avec Robert pour demain, j'ai dressé les menus des repas en compagnie de Didier. On a fait le tour des différents problèmes comme le robinet qui goutte dans la salle de bain du bastidon occupé par Draco, comme le fait que Peter s'occupe beaucoup de Fanny et Justin de Marine alors qu'elles sont là afin de travailler et non pour satisfaire la libido de nos invités. Je note ce que je dois faire éventuellement le lendemain par exemple demander à notre homme à tout faire de passer s'occuper du fameux évier. Ça c'est à faire tous les jours.

      Une fois par semaine, je récapitule les dépenses. Didier fait les emplettes courantes de la cuisine et Robert celles de la maison. Ils ont tous les deux une certaine somme devant eux pour ça. Je vérifie ce qui a été utilisé et je complète la provision que j'ajuste si il y a des dépenses supplémentaires prévues comme pour l'instant. Les achats plus conséquents sont tous discutés avant d'être envisagés, par exemple une acquisition de vins chez un vigneron, de la vaisselle ou un appareil ménager.

      Enfin fin du mois je fais la comptabilité mensuelle, j'établis les fiches de salaire et je verse ceux-ci, je m'occupe des paiements des charges pour ici mais aussi l'appartement de Paris et maintenant la maison de Weymouth. Je prends en compte les rentrées du club. Le tout doit s'équilibrer.

      Je voudrais d'ailleurs savoir pourquoi ce mois-ci, la banque Gringotts m'a versé une belle somme que je n'attendais pas. Je suis sûr que tu peux m'expliquer ça, mon agneau. fit-il en repoussant d'une main caressante les cheveux qui tombaient sur le regard vert qui le fixait attentivement depuis tantôt.

    • Tu n'as pas à supporter toutes les dépenses de la maison tout seul, ce n'est pas logique! Chacun doit y contribuer selon ses moyens. Quand nous aurons notre traitement de professeur chaque mois ce sera mis dans le budget commun, c'est normal. Et comme ce ne sera pas grand chose, je participerai aussi à tous les gros achats. Les Potter sont loin d'être sans ressources, conclut-il avec le sourire.

    Pierre-François sentit une bouffée de tendresse monter dans sa gorge envers son petit homme. Il avait bien plus les pieds sur terre que Jim pourtant plus âgé mais plus insouciant. Il envisageait leur avenir à trois avec le même sérieux qu'il apportait à tout ce qui lui tenait à cœur. Il se rendit compte que Harry avait raison, il les avait jusque maintenant considérés comme de jeunes amants à gâter financièrement, à combler physiquement. Manifestement, ça ne suffisait pas au plus jeune qui voulait une place de compagnon à part entière, d'égal à égal. Rien ne le comblerait plus que de la lui donner.

    • Je vous propose de m'accompagner deux ou trois soirs, de voir comment tout fonctionne et quand vous vous sentirez prêts, vous choisirez ce que vous voulez faire?

    • C'est très bien comme ça. acquiesça Harry.

    • Ma tendresse?

    • Oui, c'est d'accord, fit une voix ensommeillée.

    Pierre-François eut un petit rire amusé avant de redevenir plus grave..

    • Harry? Tu sais où sont les reliques n'est-ce pas?

    • Oui.

    • Il faut t'en débarrasser réellement.

    • Ce n'est pas utile. J'ai perdu la Pierre de Résurrection lors de la bataille de Poudlard dans la forêt interdite et je trouve qu'elle y est très bien.

    • Pourquoi avoir dit que tu étais le propriétaire des trois reliques?

    • Rien ne reste secret. Cela va se répandre. Celui qui aura l'idée de les chercher sait qu'il devra m'affronter d'abord, j'espère que ça fera réfléchir! ton frère en premier.

    • Si j'étais toi je n'y compterais pas. On n'a jamais pensé à prendre les journaux moldus pour voir ce qu'ils disaient de cette affaire.

    • Ne te tracasse pas, François-Marie aura pris ses précautions. Ils ne trouveront rien.

    • Tu l'as fait prévenir?

    • Oui! Pas pour ton frère et, excuse-moi, même pas pour toi. Il est important que personne ne soupçonne le monde sorcier d'être la cause de ces morts. Nous avons eu beaucoup de mal à négocier la non-ingérence dans nos affaires. Certains représentants de l'Europe étaient tout à fait contre.

    • ...

    • Nous avions comme principaux opposants les pays méditerranéens et très catholiques : l'Espagne, l'Italie et le Portugal. Une fois les accords conclus, nous n'avions besoin que de quelques représentants pour les ratifier, avec la complicité d'Helmut, nous en avons pressé la signature pour qu'ils ne soient pas remis en cause lors du changement de présidence. En secret, nous nous sommes réunis avec ceux qui nous étaient les plus favorables et avons entériné nos accords. Tu les as vu tous à nos fiançailles puis cet été sauf Erik le luxembourgeois dont le planning était trop chargé.

    • Si je comprends bien leur séjour ici est un peu aussi une manière d'entretenir des relations plus qu'utiles?

    • Je n'en suis pas fier mais oui, c'est le cas. Helmut a fini son mandat, c'est le représentant espagnol qui occupe la place pour six mois et en cas de problème, nous aurons besoin plus que jamais de nos alliés.

    • Mon agneau... hésita le sorcier.

    • ...

    • Si j'ai bien compris ta demande de tantôt pour la maison, tu veux que nous partagions tout ce qui fait nos vies.

    • Exact. Je veux être ton compagnon pleinement.

    • Moi aussi. poursuivit-il prudemment.

    • ...

    • Si nous recevons chez nous, non des amis, mais des relations utiles, j'aimerais le savoir.

    • Ils ne sont pas que ça, mon loup. Nous avons réellement sympathisé lors de cette conférence, puis nous nous sommes revus à Paris. Le jour où nous nous sommes connus à L'Aigle Noir, rappelle-toi, ils étaient avec nous.

    • Je ne sais pas! Je ne voyais que vous deux! fit-il en caressant son visage du bout des doigts. Je sais que Pierre était là puisque c'est lui qui nous a présentés. Mais là n'est pas le problème, mon amour. Quand nous avons décidé de recevoir des amis pendant une partie de l'été, j'aurais préféré que tu me mettes au courant de la situation.

    • Excuse-moi.

    • Harry, arrête... Tu n'as pas à t'excuser. C'est simplement que j'aimerais savoir comment organiser leur séjour. On ne reçoit pas des quasi étrangers comme on reçoit des amis. Ces derniers se contentent d'un verre pris sur la terrasse parce qu'ils sauront toujours quoi se raconter, ils auront toujours des souvenirs à évoquer qui les feront rire ensemble, des taquineries à se lancer venues du passé, ce n'est pas le cas de simples relations. Il va falloir en faire un peu plus. Demain nous irons à la plage mais pour vendredi nous prévoirons autre chose.

    • Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mon loup. Une sortie de plus de vingt cinq personnes! Nous ne passerons pas inaperçus. La première expédition passera mais dès la seconde ton frère nous aura situés et nous mettrons tout le monde en danger.

    • Tu as une solution?

    • On verra comment ça se passe. Et si on décide de faire une sortie on la fera le plus loin possible... En les faisant transplaner dans le maquis corse on ne risque pas grand chose! se moqua Harry.

    Pierre-François poussa un soupir. Il sentit son humeur chagrine, passa ses bras autour de son cou et se serra contre lui. Jim l'ayant senti bouger se rapprocha et l'enserra.

    • Découragé, mon loup? lui souffla son plus jeune agneau.

    • Ça fait tellement longtemps maintenant que mon frère m'empêche de vivre.

    • Ne vois pas ce que tu n'as pas, vois ce que tu as.

    Ce qu'il avait c'était eux et sa fille, ainsi qu'Aymeric et Cloud, la perspective d'un avenir honorable mais tumultueux avec cette famille qu'il chérissait plus que tout. Mais pour combien de temps? Quand se lasseraient-ils des ennuis qu'il traînait avec lui?

    • Moi, je n'ai pas de doute. fit doucement Harry comme pour répondre à ses pensées. Je n'ai jamais été aussi bien qu'avec vous deux. Si François-Marie n'était pas ton frère, je devrais le combattre tout autant. Tu n'es pas responsable de cette situation, au contraire tu la rends acceptable.

    • Nous sommes trois pour affronter ce qui vient, unis quoi qu'il arrive, p'ti loup. fit une voix calme. Maintenant on pourrait peut-être dormir? Demain s'annonce éprouvant... pas de dictateur megalo-schizophrène en vue mais plein d'enfants, de cris, de poursuites, de jets de sable... L'enfer!

     

     

     

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    17:43 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |

    22.09.2010

    Musique à Weymouth

     

    OS écrit en réponse à un défi organisé sur le FoF, forum francophone consacré aux fanfictions... 

    Fandom : Libre

    Support : Libre

    Limite : Aucun maximum ou minimum de mots/pages

    Les mots suivants doivent apparaitre en gras :

    Bâtisseur, stupeur, douche, arme, ligaturer, forcer, crayon

    Conditions particulières : Les verbes peuvent être conjugués, vous pouvez utiliser le singulier ou le pluriel, le féminin ou le masculin.

     

    Musique à Weymouth

     

     

     

    Je pose mon sac à côté de moi et reste immobile devant ce qui sera mon univers pendant les cinq ans qui arrivent.

    J'ai quitté sans beaucoup de regrets le château de Poudlard qui m'a abrité pendant toute mon adolescence. Plus rien ne m'y retenait depuis longtemps. Mes aspics en mains je me dois de continuer mon chemin même si la route que je suis ne me semble pas souriante. La huitième année que j'ai faite, je l'ai vécue et vaincue péniblement. Ron n'était pas à mes côtés, séduit par la célébrité et l'appât d'une vie facile, il avait rejoint en tant que professionnel les Canons de Chudley. Tout n'a pas été aussi aisé qu'il l'avait cru mais malheureusement le choix était fait.

    Hermione a été une des rares à rester à mes côtés. Elle ne devrait pas tarder à me rejoindre ici. Elle a souffert car son amour avec Ron n'a pas survécu à la séparation, malgré cela elle m'a soutenu de son mieux pendant cette période de doutes et d'incertitudes.

    Pourtant, je me suis senti tellement seul avec mes réminiscences. Etrangement, ce n'est pas la lutte avec Voldemort qui me tenait éveillé ces nuits d'angoisse mais le sentiment d'avoir perdu mon enfance, mon adolescence. J'ai été une arme dans les mains de l'Ordre du Phénix, une marionnette dont mon mentor tirait les ficelles. Au bout du chemin, une croix du mérite sorcier, un beau discours et les remerciements d'un ministre. Et un regard triste qui me taraude, un regard plein de reproches, un regard que je n'ai plus croisé depuis plus d'un an et qui me manque, tellement. C'est tout ce que j'ai récolté pour avoir tué Voldemort.

    Je me surprends à soupirer, je me force a ramasser mon bagage et à me diriger sur le chemin de gravier vers l'entrée monumentale au bout de la pelouse impeccable. Les architectes sorciers qui ont dessiné notre université de Weymouth, forts de leur expérience de bâtisseurs de l'université moldue de Cambridge, n'ont pas vraiment fait d'efforts et se sont contentés d'en faire une copie. J'ai l'impression de voir le collège Saint-John. Je me dirige vers l'aile ouest qui abrite les studios des étudiants. Les cours ne commencent que demain matin. Ce jour est réservé à l'installation.

    Je croise des étudiants sans même les voir, je sais que certains me reconnaissent et se retournent sur Harry Potter. J'en ai assez de cette attitude. Enfin le couloir E, enfin la porte portant le 248. Je prononce le mot de passe qui m'a été envoyé et je pénètre dans mon royaume de dix-huit mètres carrés. Il y a un coin cuisine à droite en entrant, en face une douche individuelle, le petit sas entre les deux où je pose mon sac, puis le living, le lit dissimulé dans un renfoncement, un bureau devant la fenêtre, un canapé, une table basse, une garde-robe. J'ai préféré un studio plus cher mais où je suis seul, je ne me sens pas capable de supporter un colocataire.

    Après avoir rangé mes vêtements et mes objets familiers, je fais quelques aménagements. Le jaune pâle pisseux des murs m'évoque irrémédiablement l'infirmerie de Madame Pomfresh. Ils deviennent gris clair, les moulures sont d'un beau vert émeraude comme les rideaux soutachés d'argent faisant ressortir les meubles anciens très foncés. Le canapé de cuir est devenu brun chocolat, la table basse est posée sur un tapis émeraude. Seule la cuisine moderne jure avec l'ensemble même en gris souris! j'essaie le vert... bof! gris ou vert? J'en suis là de mes atermoiements quand on frappe à la porte.

    Derrière elle, je découvre une rangée de dents d'une blancheur qui ferait pâlir Gilderoy Lockhart, des cheveux blonds courts, des yeux bleus et un visage qui serait plaisant si il n'y avait pas ce foutu sourire séducteur et trop affable.

    • Salut. Michael Mac Jager. Mike! Je suis ton voisin.

    • Bonjour! Je m'appelle Harry.

    • Tu t'installes? Moi c'est fait!

      Mais ce n'est pas vrai! le voila qui me pousse légèrement et ne se gêne nullement pour entrer. Je le vois qui regarde autour de lui.

    • Serpentard de Poudlard, me semble-t-il!

    • Comment as-tu deviné?

    • Oh! très simple! à Durmstrang, nous avions en septième un élève qui venait de votre école et de votre maison. Il n'avait pas le courage d'assumer son choix et ses regrets! Il avait transformé son coin dans les mêmes couleurs... Il y rêvait des heures durant, un vif d'or en main.

    • Le conflit avec Voldemort a été douloureux pour tous et juger quand on est loin est facile. Ici c'est toi qui sera l'étranger.

      Mais il n'a rien à faire de ce que je lui dis, il n'écoute que lui-même.

    • A mon avis il l'a regretté car nous ne l'avons pas épargné. Il faut reconnaître qu'il n'a jamais craqué, cette petite tarlouze!

      Je n'ai pas l'intention de laisser passer ce genre d'injures encore moins maintenant que je sais...

    • Tu es homophobe?

    • Ça dépend des circonstances.

      J'ai peur de comprendre ce qu'il veut dire. Je sens que je vais bientôt le savoir et que je n'aurai d'autre solution que de lui faire rentrer ses mots dans la gorge. Sans l'ombre d'un doute, je vais y prendre plaisir. Une tête brune s'introduit sans vergogne dans l'embrasure de la porte.

    • Mike?

    • Entre John! Je te présente Harry.

      L'arrivant a une tête de plus que moi et fait son quintal de muscles.

    • Tu me parlais de circonstances je crois!

    • Ah oui! Je n'apprécie les chochottes que maintenues contre un mur, le pantalon sur leurs souliers...

      Je respire un bon coup pour me calmer avant de l'envoyer face contre le mur à côté de son copain. Je lui tords le bras derrière le dos, me presse contre lui jusqu'à lui faire rentrer le mur dans sa jolie petite gueule d'abruti fini et lui dis de ma voix la plus glaciale : « Méfie de te retrouver un jour le jean sur les chevilles à ton tour. Ici on ne tolère pas ce genre de pratique c'est compris? »

      Il ne bouge pas ce qui veut dire qu'il a assimilé je suppose, je le relâche. Il regarde avec stupeur son copain qui n'a pas bougé. Je pense qu'il lui sert de garde du corps d'habitude. Mais là, il prend le Mike par le bras et le pousse vers la porte, qu'il referme avec délicatesse. C'est utile parfois d'avoir tué Voldemort, ça inspire la peur aux audacieux.

     

    oOo

     

    Je me suis installé au milieu de l'amphithéâtre du cours de politique sorcière. là, je n'ai pas de voisin. Dans les gradins du bas, ils sont agglutinés comme des mouches sur un pot de miel. Le vieux professeur à sa table de cours classe nos fiches par ordre alphabétique pour faire l'appel des inscrits je pense. C'est bien ça... lorsqu'il arrive à la lettre M, un nom me fait sursauter et je le cherche des yeux. Quinze mois que j'attends cela, quinze mois que je crève sans nouvelles, sans savoir ce qu'il est devenu. Personne ne se lève devant, je me retourne. Il est là droit comme un I, fier et imperturbable, quelques rangs plus haut que moi.

    Dans ses yeux gris, je lis toute la tristesse du monde. Il a mûri, il est devenu homme malgré les cheveux qu'il porte longs comme son père mais attachés dans le cou en catogan. Pour moi, il est toujours le plus beau. Je donnerais tout pour le voir rire, heureux. Je ne me suis pas manifesté quand on a cité mon nom, j'avais bien trop peur de voir un regard méprisant fixé sur moi.

    Le cours fini, je jette un coup d'œil mais il a déjà disparu. Un mouvement attire mon attention, Mac Jager et son acolyte filent vers la sortie de gauche apparemment très pressés. Notre conversation du jour avant me revient à la mémoire et j'ai peur de comprendre. Je me mets à courir bousculant sans vergogne les autres étudiants. Je les vois disparaître dans un couloir à gauche et me précipite, maintenant ils ne sont plus deux mais quatre. J'arrive assez tôt pour entendre leur entrée en matière.

    • Tu n'en a pas eu suffisamment Malefoy? Tu es venu en redemander dirait-on.

      Je les vois et les entends rire grassement. Draco est calme et il pointe sa baguette vers eux. Il a vraiment changé. Nulle trace de peur sur son visage, juste de la détermination. Je m'avance, passe entre eux sans un mot et vais me positionner à ses côtés.

    • Je crois que tu n'as pas compris ce que je t'ai dit hier, Mac Jager.

    • Voyez-vous ça! Harry Potter en personne!

    • Pourquoi est-ce que le Survivant protège le fils d'un mangemort? me nargue un grand escogriffe au visage en lame de couteau.

    • Tout vous sépare, tu es un gryffondor et on dit que vos maisons sont ennemies. fait un autre ironique.

    • Sûrement qu'il se le tape et qu'il veut l'exclusivité? Et là ça va être difficile!

    • Ça! Tu seras loin d'être le premier. confirme l'échalas.

      Je suis mal pour lui de ce qu'ils laissent entendre, je voudrais lui fermer les oreilles et le protéger, je suis juste là à les écouter. Je lui lance un bref regard, il me répond d'un autre. Nous nous connaissons tellement bien en tant qu'ennemis que les paroles sont superflues. Je vais avancer à reculons dans le couloir en les surveillant, lui me guidera vers la sortie en protégeant nos arrières. Quand ils font mine d'avancer pour nous suivre je leur lance un sort de ma composition et une barrière de feu se dresse devant eux les décourageant pour le moment.

    • Pourquoi?

    • Tu voulais que je les laisse faire?

    • Je suis ton ennemi!

    • Nous en sommes toujours là, Draco?

    • Peut-être pas. Tu m'as sauvé la vie, tu es venu témoigner à notre procès. Nous te devons le fait de ne pas être encore à Azkaban. Je n'y suis resté que trois mois. On m'a libéré avec ma mère pour que je puisse reprendre les cours, à ta demande parait-il.

    • Et tu as disparu! Pourquoi es-tu allé à Durmstrang?

    • Mac Gonagall nous a informé qu'on ne désirait pas ma présence à Poudlard.

      Je sursaute et pense illico qu'elle me paiera toutes mes nuits d'insomnie cette vieille chouette!

    • On? Ne me dis pas que tu as cru que c'était moi?

    • Je me pose la question depuis plus d'un an! admet-il.

    • Par Merlin, Draco, ce n'est pas mon genre, tu me connais.

    • Je sais que c'est la première fois que nous avons une conversation calme sans nous jeter des injures ou des sorts à la figure. La dernière fois que nous nous sommes retrouvés seuls je t'ai jeté un avada kedavra et toi un sectum sempra.

    • J'ai changé en deux ans.

    • Moi aussi.

    • Viens!

    oOo

     

      Je le fais entrer dans le studio, ébahi par la décoration, il reste dans la minuscule entrée et me bloque.

    • Draco!

      Il avance machinalement et s'assied sur le canapé, la situation me semble surréaliste. Je prépare une tasse de café, je n'ai pas encore acheté du thé. Je mets quelques biscuits sur une soucoupe que j'ai eu la chance de trouver dans une armoire, je pose tout sur la table basse. Il semble ne rien voir, trop préoccupé par ses pensées.

    • Où sont Granger et Weasley?

    • Ron joue comme gardien aux Canons de Chudley et Hermione est ici en médicomagie.

    • Comment s'est passée ton année?

    • Mal!

    • Assez bien pour que tu sois admis ici pourtant!

    • Question études, il n'y a qu'une branche où je n'ai pas eu optimal.

      Il sourit.

    • Potions?

    • Non! Histoire de la magie.

    • Oh! s'étonne-t-il. Que s'est-il passé hier avec Mac Jager?

    • Il est venu se présenter, m'a quelque peu forcé la main pour entrer. Quand il a vu les couleurs, il s'est cru malin en devinant que je venais de serpentard. Je ne l'ai pas détrompé. Il m'a dit qu'ils avaient un élève de chez nous en septième qui avait mis aussi les couleurs de sa maison dans son coin. A ce moment là, je ne savais pas qu'il s'agissait de toi. Peu de serpentards ont recommencé leur année à Poudlard, ça pouvait être n'importe qui. Il m'a dit qu'ils t'en avaient fait baver ses copains et lui. La conversation a dégénéré, je l'ai collé au mur, menacé puis mis à la porte.

    • Je vois.

    • Comment en es-tu arrivé là?

    • Au début, ils m'ont foutu la paix. Je les tenais à distance, je crois que je leur faisais un peu peur avec ma réputation de mangemort, jusqu'au jour où ils m'ont surpris avec un autre garçon. J'ai passé le reste de l'année à fuir les affrontements avec eux et quand je n'y arrivais pas, à me battre pour essayer d'en sortir.

      Je n'ai qu'une envie, savoir si ils l'ont violé. Je suppose que oui! Je ne vois pas comment il aurait pu l'éviter à chaque fois, mais le cœur serré, je ne demande rien. Je me contente de me pencher pour me resservir du café. Il me tend sa tasse.

    • Qui est-ce? fait-il en me désignant la photo où on voit Jorge blotti dans mes bras sur une terrasse devant la mer.

    • Il a été mon petit ami pendant mon séjour en Espagne. Un amour de vacances.

      Je vois son étonnement. Apparemment, il ne me savait pas gay. Il hésite.

    • Pourquoi as-tu exhibé sa photo? Tu y tiens encore?

    • Je n'y ai jamais vraiment tenu comme tu dis... Je m'attendais à une visite de mon studio par tes amis de Durmstrang... Un Survivant gay... J'imagine déjà leur tête.

    • Fais attention! Je ne sais combien ils sont ici à l'université, là-bas ils étaient sept toujours ensemble.

    • Où es-tu logé?

    • A l'étage en dessous au 181.

      Cela ne me va pas, je sais qu'il n'y est pas en sûreté. Debout devant le bureau, je semble regarder à l'extérieur le campus et son activité, mais en réalité, je ne vois rien. Je surprends son regard amusé. J'ai l'impression qu'il se moque de moi.

    • Je ne suis ni la veuve ni l'orphelin.

    • Draco!

    • Je me débrouille contre eux depuis un an.

    • Tu te débrouilles?

      Il doit sentir ma colère. Je n'ai pu retenir la question et je m'en veux. Il sait aussi bien que moi ce que j'insinue. Il va m'en vouloir et il aura raison. Je suis étonné que le grand Malefoy ne m'ait pas déjà cloué au mur mais non il me regarde simplement. Il me fixe dans les yeux.

    • J'ai fait au mieux.

      Je voudrais lui jeter que ce "mieux" là ne me convient pas, que je voulais qu'il se garde pour moi! Voilà! C'est dit! en moi-même bien sûr... car à lui, ça, je ne peux pas. Je me sens coupable de mes pensées, de mon égoïsme alors que lui l'a vécu et l'a subi dans sa chair.

    • Assieds-toi au lieu de tourner en rond.

      Je m'exécute en soupirant et en laissant entre nous une distance raisonnable.

    • Raconte! Ton année, précise-t-il avec un coup d'œil vers la photo que je mets face contre le bois du bureau avant de réaliser ce que signifie mon geste.

    • Il n'y a rien à dire. Mon meilleur ami et mon meilleur ennemi n'étaient là aucun des deux! Ils me manquaient. Certains jours j'en suis arrivé à détester cette école que j'avais toujours considérée comme mon chez moi. Hermione a souffert une bonne partie de l'année puis au dixième prétexte trouvé par Ron pour remettre une fois de plus leur rendez-vous elle a fini par rompre.

    • Et tu as joué les grands frères qui consolent...

    • Elle l'avait fait assez pour moi, je ne pouvais que lui rendre la pareille.

    • Il a toujours été nul.

    • Il s'est laissé griser par le succès, les filles et l'argent faciles, lui qui n'avait jamais eu ni l'un ni l'autre.

    • Tu en parles par expérience? Tu as fait souvent la couverture de la Gazette du Sorcier et de Sorcière Hebdo.

    • Tu sais très bien que Skeeter n'est pas sur un mensonge près. Je ne suis pas sorti de Poudlard de septembre à juin, j'y ai même passé toutes mes vacances.

      Le silence se fait, lourd. Dans ses mains il a pris un crayon à dessin qui traînait sur la table basse et machinalement ses doigts jouent avec, le triturent, le martyrisent. Je sens qu'il hésite.

    • C'était le premier? me fait-il en désignant le cadre qu'on ne voit plus du garçon déjà oublié.

      Ainsi c'était ça qu'il voulait me demander? Je secoue négativement la tête.

    • Non.

    • Et Weasley fille?

    • Il y a un peu plus d'un an, je lui ai dit que je l'aimais bien en tant qu'amie, en tant que petite sœur mais que je ne pouvais pas l'aimer autrement.

    • Elle a accepté ça facilement? me demande-t-il d'un air dubitatif.

    • Après deux ou trois sorts de chauve-furie ça a été, mais je ne suis plus aussi bienvenu chez eux qu'avant.

    • Logique. me répond-t-il avec un sourire railleur.

      J'opine de la tête. Il tend la main vers mon horaire qui est sur la table devant moi, je le lui donne. Il sursaute quand on frappe et je le vois porter la main à sa baguette. Derrière la porte, une brunette aux cheveux ébouriffés attend avec un sourire moqueur.

    • Tu sais quoi? me fait-elle avant même d'entrer dans la pièce, Malefoy est ici, je l'ai vu sur les listes! Tu ne me tiendras plus éveillée la moitié de la nuit à te lamenter parce que tu ignores où il est depuis plus d'un an. Et tu pourras lui demander pourquoi il t'a lancé ce regard triste au tribunal! Enfin je vais pouvoir dormir tranquille!

      Rassurez-moi, elle n'a pas dit ça? Pas devant lui? Si? Comment se faire crucifier par son amie! Elle voit mon air affolé, catastrophé et découvre Draco assis dans le fauteuil en train de mâchouiller mon crayon et d'annoter mon horaire. Elle ouvre la bouche façon carpe sortie de l'eau d'une manière très peu élégante.

    • Salut Granger.

      Je retrouve sa voix traînante et son air dédaigneux de sang-pur avec délectation. Je souris, il me regarde étonné puis sourit à son tour.

    • Bonjour Malefoy.

      Il se lève et je ne peux m'empêcher d'envisager son corps pris dans un jean moldu taille basse et un tee-shirt plutôt moulant.

    • Je vais aller défaire mes valises, je ne suis arrivé que ce matin. Et si tu veux le savoir, je ne quitterai pas mon studio, me dit-il ironique.

      Il fait un signe de tête à Hermione avant de sortir. Et soudain tout me semble triste.

    • Je suis désolée Harry! Je ne pouvais pas savoir!

      Je lui réponds que ce n'est pas grave même si je n'en pense pas un mot. Je lui refais du café et me réinstalle sur le canapé. Je prends mon horaire pour le ranger. En face de chaque cours que nous n'avons pas ensemble, il a noté sa matière et son amphi. Machinalement, je porte le crayon à ma bouche pour le mâchonner et je suis tout étonné de le trouver humide...

      oOo

      La mi-octobre est déjà là, toutes les feuilles des arbres du parc ont pris leurs ultimes couleurs, certaines jonchent déjà le sol et doivent craquer sous les pas. J'aimerais y faire un tour avec lui. A notre passage, le sol dégagerait cette odeur d'humus humide et de feuilles moisissant sous la pluie.

      J'entends les portes de l'amphi s'ouvrir et me retourne pour guetter une chevelure blonde. Il est déjà derrière moi.

    • Viens.

      Je le suis. Une habitude de vieux amis s'est installée entre nous. J'ai appris à le connaître en discutant avec lui, j'apprécie son humour mordant, son opiniâtreté. Nous nous sommes découvert des goûts communs en musique, en peinture, en lecture ce qui m'a ravi, même si nous les assouvissons chacun de notre côté. Ses anciens condisciples de Durmstrang semblent calmés pour un temps, je crains qu'ils attendent tout simplement le bon moment, la bonne occasion. Le matin, je passe le prendre et nous allons déjeuner ensemble à la cafétéria universitaire, à midi la même chose, à la fin des cours nous allons étudier ensemble à la bibliothèque puis chacun part de son côté.

      Il n'est jamais revenu à mon studio, je n'ai jamais vu le sien. J'ignore ce qu'il fait de ses soirées, de ses nuits... La plupart du temps, moi, je les passe à parler de lui avec Hermione. Une situation qui m'use et m'exténue. Je ne veux pas être son ami mais je m'en contente de peur de perdre le peu que j'ai. Je sais que je passe ma journée universitaire avec lui, mais en dehors rien.

    • Draco?

      Il ne me répond pas mais ne prend pas le chemin de la bibliothèque. Je me retrouve dehors dans le parc à marcher à ses côtés. Nous nous éloignons des sentes très fréquentées. Il fait froid. Nous sommes presque en dessous de nos fenêtres. Il sort sa baguette et deux minutes plus tard me tend une de ses vestes qu'il a fait venir par la fenêtre entrouverte d'un accio. Je l'enfile avec un plaisir sensuel me vautrant dans sa senteur, mélange d'odeur personnelle et d'eau de toilette.

      Nous marchons en silence, je ne sais pas si nous sommes toujours dans le domaine universitaire. Bientôt nous arrivons devant la mer. Le vent nous coupe le souffle, il nous entraîne sur un banc de pierre qui se dresse là incongru, sur le plateau désertique. Les vagues frappent le pied des falaises, par temps de tempête cela doit être magnifique.

      L'orage je le découvre dans les yeux de mon voisin qui me fixe, une expression d'indicible tristesse sur son visage me fait craindre le pire.

    • Harry...

      Je ne peux pas, je ne veux pas lui répondre, je peux juste attendre.

    • Harry... J'aime beaucoup les moments que nous passons ensemble mais, je suis désolé, ce n'est pas ce que je veux. me murmure-t-il sans me regarder.

      La foudre est tombée à mes pieds. Je dois ressembler à un condamné à qui on vient de signifier sa mise à mort. Je fixe l'océan en priant Merlin qu'il ne voit pas mes yeux noyés de larmes derrière mes carreaux.

    • Quand je t'ai retrouvé au début de l'année, j'ai cru naïvement que tu voulais être proche de moi. Les moments les plus intimes que nous passons c'est lorsque nous mangeons ou travaillons ensemble. Je n'avais pas vraiment rêvé de t'expliquer quand ligaturer deux runes ou comment résoudre un problème ab intestat. Je ne peux plus faire semblant d'être ton ami!

      Je me répète ce qu'il vient de dire et me tourne vers lui incrédule. Qu'essaye-t-il de m'expliquer? Je ne vois que son profil. Pourquoi diable a-t-il collé sur son visage son masque hautain de sang-pur? Depuis quand éprouve-t-il le besoin de se protéger de moi? Il parait que j'étais gryffondor et qu'une des caractéristique de ma maison est le courage. Je crois là que je fais plus lâche qu'autre chose!

      Doucement je mêle mes doigts aux siens posés sur sa cuisse.

    • Tu ne t'étais pas trompé. J'attends ce moment depuis longtemps mais mes appels le premier jour étaient tellement clairs que j'ai cru que tu n'en voulais pas.

    • Je t'ai donné le numéro de ma chambre et je t'ai dit que je ne bougerais pas mais tu n'es pas venu.

      Je le regarde atterré.

    • J'ai cru que tu te moquais de moi à cause de ce qu'Hermione avait dit.

      Je caresse doucement son visage, ma main finit son errance dans sa nuque, je l'attire vers moi et effleure à peine ses lèvres. Mais j'y reviens vite, elles sont douces et veloutées même si elles sont froides et ont le goût du sel marin. Je les presse, les mordille, les lèche d'une langue paresseuse et passe leur barrière, bientôt je goûte au plus suave des paradis. Il prend l'initiative du baiser suivant et je découvre sous le masque imperturbable de mon sang-pur la fougue d'un pur-sang, le feu d'un volcan. Nous sommes là, dans le vent glacial, dans la pénombre qui se fait doucement, pressés l'un contre l'autre, front contre front en train de calmer nos corps qui vont trop vite pour nous.

      Enlacés, nous reprenons doucement le chemin du campus. Lorsque nous arrivons dans la partie éclairée du parc, je sens son hésitation. Je l'interroge des yeux.

    • Tu crois que?

    • On fait ce que tu veux. Moi, je suis très fier que tu sois mon petit-ami.

    • Moi aussi mais...

    • Comme ça? et je retire mon bras de sa taille pour le prendre par la main.

      Il me sourit. Il y a peu de monde dans les allées, dans les couloirs et personne ne se retourne sur nous. Depuis longtemps tout le monde croit que nous sommes ensemble.

      Je l'emmène chez moi et nous prépare à manger. Il rôde autour de moi, ses mains me frôlent, son corps m'effleure, il me rend fou, si il continue je ne réponds plus de rien. Il m'aide à débarrasser et une fois de plus nous nous retrouvons à deux dans l'espace restreint derrière le muret qui sépare la kitchenette de la pièce de vie. Je réalise qu'il le fait délibérément.

      Je le prends par la main et veux l'entraîner sur le canapé, il stoppe ma progression et je me retrouve collé à lui, ses mains dans le creux des reins, ma bouche contre la sienne. Je referme mes bras sur son corps que j'explore, je le découvre, je le caresse, avide de combler ces six semaines d'attente inutile et quand il me pousse vers le lit, je suis loin de protester, je me contente de jeter un sort de silence sur ma chambre.

    oOo

     

      Je me réveille doucement, blotti dans sa chaleur, la tête au creux de son cou. Je m'étire voluptueusement. Il resserre l'anneau de ses bras en me murmurant : « Il est tôt! Dors mon tout-beau. »

      Il a le réveil amoureux, j'adore ça. D'ailleurs, j'aime tout de lui. Je m'installe confortablement pour me rendormir, blotti sous la couette, pratiquement couché sur lui, un bras au travers de son corps, un genoux remonté au niveau de ses hanches, je suis sûr de le retrouver là. J'entends un petit rire tendrement moqueur.

    • Tu sais vivre les cinquante prochaines années à tes côtés, c'est mon ambition. Je n'ai pas l'intention de me sauver avant...

    • Seulement cinquante?

    • Je ne veux pas t'effrayer.

    • Je t'aime Draco.

    • Je t'aime aussi, tellement!

    • Je voudrais savoir, pourquoi ce regard triste au tribunal?

    • Pendant les mois que j'ai passés à Azkaban, je me suis aperçu qu'il n'y avait qu'une personne qui me manquait vraiment, qu'une seule dont le sort me préoccupait... Quand tu as témoigné pour nous et a demandé que nous soyons libérés, tu as fait ce que tu estimais être ton devoir et payé ta dette envers ma mère. Je savais que tes obligations remplies, tu sortirais définitivement de ma vie et j'en étais brisé.

    • Je cherchais au contraire à y rester. Quand tu as disparu...

    • Tu n'as pas pensé que j'étais à Durmstrang?

    • Non! Je savais que précédemment ta mère avait refusé que tu y ailles. J'ignorais tout du rôle de la directrice, j'ai cru que tu voulais t'éloigner et j'ai respecté ton choix, aussi difficile que ce soit.

    • Que de temps perdu. soupire-t-il.

    • Pas tout à fait. Nous avons mûri. Notre attachement a résisté à quinze mois de séparation et nous sommes fort de cette certitude. Dors mon cœur, dors. Après, si tu veux, nous sortirons déjeuner en ville.

      oOo

      Je suis sûr d'avoir entendu un bruit, je sens que mon amant est aussi sur le qui vive. quelqu'un referme la porte du studio sans délicatesse.

    • Harry, lève-toi! J'ai voulu aller chercher Draco pour le jogging que nous avions convenu de faire avant le déjeuner. J'ai eu beau frapper il n'a pas répondu et son voisin m'a dit qu'il n'était pas rentré hier soir. Harry, par la barbe de Merlin, lève-toi! fait la voix qui se rapproche.

    • Granger, laisse nous dormir tu veux? Je n'irai pas courir à cette heure ci même si tu ameutes toute la fac! Dis lui Amour! fait Draco avec une voix traînante et à moitié endormie.

      J'arrive à grand peine à contenir mon hilarité d'autant que l'espiègle me lance un clin d'oeil des plus moqueurs et des mieux réveillés.

    • Hermione, tu peux nous laisser encore dormir, nous avons du sommeil en retard. Merci, ma puce.

      Un grand silence succède à mon insinuation. Je suis ses pensées, elle est arrivée aux causes possibles du manque de repos... Je l'imagine en train de rougir... c'est le moment qu'elle va choisir pour fuir!

    • Je... je reviendrai quand vous serez levés. dit sa voix avec précipitation.

      Nous entendons la porte s'ouvrir et se refermer très vite.

      Et Draco, blotti contre moi, se met à rire, d'un rire franc, frais, heureux et c'est la plus belle des musiques.

     

     

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    01:42 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hpdm, harry potter, draco malefoy, draco, harry, drary |

    17.09.2010

    L'unification salvatrice - Chap. 1 : JUSTIN

    Chapitre I. JUSTIN



     

     

     

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    • Mia? Tu es prête?

    • Nooon..., mon ange... s'exclame Hermione en passant en trombe devant son mari pour s'enfermer dans les toilettes.

    • Elle est encore malade? demande Draco.

    • Comme tous les matins...

    • Madame Pomfresh dit que ça devrait aller mieux dans une quinzaine de jours...

    • Tu ne peux rien faire?

    • Sy! Tu comprends bien que si c'était le cas, ce serait déjà fait... Une blessure, des côtes cassées, une baisse de magie, des brûlures, je sais, mais des nausées de femme enceinte, je ne connais pas...

    • Désolé, tendre ami... C'est juste que... fit Sylas

    • Chut! Je sais! Moi non plus je n'aime pas la voir comme ça mais après l'échec de la potion et des pilules de Madame Pomfresh, nous avons tout essayé : le grand verre d'eau froide au réveil, le petit déjeuner au lit, un repas léger et se recoucher à nouveau, un toast une demi-heure avant le lever, le massage des poignets, tous les trucs de bonne femme que nous a soufflés Molly...

    • Ce qui est incompréhensible c'est que avant que nous ne soyons ici à Toulouse, elle n'avait pas de problème.

    • Précédemment c'était les aspics et elle était concentrée là dessus. dit Draco en haussant les épaules.

    • Tu crois que c'est psychologique?

    • En partie...

    • Peut-être que chez les garçons, ça ira mieux?

    • Je suis content de les retrouver! Ils m'ont manqué. répliqua Draco avec un sourire.

    • Nous ne sommes là et loin d'eux que depuis deux semaines. protesta Sy qui avait particulièrement apprécié ces moments détendus passés seuls avec ses deux amours, il lança un coup d'œil à son mari et amant le trouvant particulièrement séduisant dans ce jeans clair et ce tee-shirt noir un rien moulant.

    • Je sais, Amour, mais avoue qu'en dehors de nos nuits c'est un peu calme... fit Dray avec un sourire en coin vers son mari qui lui répondit d'un air tendrement moqueur.

    • Si j'ai bien compris ce que Harry a dit au téléphone il y a deux jours, ils sont ravis de leurs vacances, en solitaires.

    • Oui! mais cette semaine, ils ont invité Pierre, sa femme Hélène, Sarah, Mahaut et Florian, le père et le frère de Jim.

    • La bastide doit être grande, constata Sylas.

    • Je crois qu'ils ont aménagé d'anciens communs pour recevoir comme ça leurs invités disposent d'une certaine intimité. expliqua Draco.

    • Et eux aussi!

    Le premier eut un sourire moqueur en pensant à Jim et Pierre-François qui avaient dû se résigner à emmener Sirius avec eux dans leur bagages. Depuis que l'amant du Survivant avait sorti le parrain de celui-ci des limbes lors de la bataille à Stonehenge (1), il n'avait plus quitté son filleul et ne manifestait aucune intention de le faire. Il y avait donc à la bastide "Les Tamaris", Harry Potter, sorcier et vainqueur de Voldemort, ses deux compagnons, Jim, jeune moldu de vingt trois ans et fiancé très officiel de l'Elu et Pierre-François Vassier, sorcier de trente cinq ans, ancien serpentard, actuellement directeur de l'école sorcière de Poudlard, Cloud, le fils adoptif de ce dernier, Lily, fille du même et Aymeric, le pupille de Harry et enfin Sirius, l'éternel maraudeur.

    Ce soir l'arrivée de Pierre, sa femme et leurs trois enfants augmenterait le nombre des habitants du mas. Ils avaient rencontré le secrétaire d'état français aux affaires européennes, lors des négociations avec l'Union Européenne qui voulait se mêler de la politique du monde sorcier. Elles s'étaient déroulées en Belgique et leur avaient permis de rencontrer des délégués de plusieurs pays dont certains faisaient maintenant partie de leurs familiers. Il y aurait aussi les meilleurs amis de Harry, Hermione, Draco et Sylas avec leur fils Teddy c'est-à-dire eux-mêmes. Il était prévu qu'ils arrivent le matin pour s'installer avant le déjeuner.

    • Voilà! je suis prête.

    • Ça va mieux, ma mie? demanda Sylas en prenant Hermione dans ses bras.

    • Oui. fit-elle encore un peu pâle avec un sourire contrit.

    • Ils créent déjà bien des problèmes à leur maman nos deux petits rois... poursuivit-il tendrement faisant rire sa femme.

    • Voilà, nous pouvons partir! Fiane a rassemblé nos bagages en bas. intervint Draco.

    La présence des deux elfes de maison du quartier général pour entretenir le castel rose, cuisiner, s'occuper du linge avait failli provoquer la plus grosse de leurs disputes depuis qu'ils étaient ensemble. Harry avait demandé à Draco de ne pas faire appel au personnel de l'hôtel Saint-Maur Depuis les photos prises au castel et parues dans le Independent Wizard pour leur nuire, Dray se méfiait de tout le monde. Il n'avait donc pas voulu passer outre les recommandations de son meilleur ami qui devait avoir ses raisons. Hermione ne l'entendait pas de cette oreille, deux si petites créatures ne pouvaient faire tout ce travail. Le fait qu'ils utilisent un pouvoir magique peu commun semblait lui échapper complètement. Sylas avait trouvé la solution en engageant une troisième elfe qui s'occupait de la lessive et du repassage de toute la maisonnée.

    Ils descendirent joyeusement dans le hall, réduisirent les bagages et les glissèrent à l'intérieur de leur poche, puis se dirigèrent vers le jardin, Sylas la main sur la taille de Mia, Draco portant Teddy et enfin transplanèrent sur un chemin carrossable à proximité d'une pinède. Cloud vint à leur rencontre et les guida, leur faisant lire, notée sur un papier par Harry devenu le gardien du secret, l'adresse des Tamaris, qui leur apparut alors. Ils empruntèrent à leur gauche une allée de gravillons et se trouvèrent devant un grand jardin à la pelouse impeccable et où les roses et la lavande occupaient une place importante. Une terrasse faisait toute la largeur de la maison. Sur la droite deux anciens bâtiments semblaient avoir retrouvé récemment une nouvelle jeunesse.

    • Dad, Harry et Jim ne sont pas encore rentrés du marché. Vous voulez voir vos chambres ou je vous installe sur la terrasse devant une boisson glacée?

    • Je déposerai les bagages à votre bungalow bien entendu, intervint un inconnu d'une quarantaine d'années qui venait au devant d'eux. Je m'appelle Robert et je suis le majordome. C'est la jeune Fanny qui s'occupera de vous pendant le temps de votre séjour. Elle loge aux tamaris et gardera aussi Monsieur Teddy en cas de sortie.

    • Bien. Merci Robert. Nous prendrons donc ce verre devant la mer en attendant leur retour. fit Draco avec un sourire.

    • Ils ne devraient plus tarder. leur fit Cloud moqueur. Le cuisinier est déjà dans tous ses états car il n'a pas ses légumes pour préparer le déjeuner.

    Ils suivirent le garçon, traversant les pièces fraîches de la bastide pour arriver à l'arrière de la maison sur la terrasse abritée du soleil par un large auvent. Une jeune fille vint aussitôt leur apporter un seau à glace rempli, des verres et des bouteilles de limonade ainsi qu'un pichet de jus de fruits.

    • Superbe vue, Cloud.

    • Oui c'est un petit coin de paradis loin de toute agitation et de toute rumeur du monde sorcier enfin presque... précisa-t-il.

    Draco lui lança un coup d'œil interrogateur. Le jeune serpentard lui fit un signe négatif de la tête. Harry le mettrait au courant.

    • Et Sirius? Où est-il? demanda Hermione curieuse.

    • Il est sorti hier soir, il dort encore, répondit le garçon avec un sourire goguenard. Il leur en fait voir! Même Harry parfois ne sait plus où donner de la tête.

    • Et nos trois amoureux?

    • Toujours fourrés ensemble sous les moqueries de notre infernal maraudeur. Ils s'entendent parfaitement, jamais un mot plus haut que l'autre. Je suppose qu'avec trois personnalités fortes comme les leur, ça éclatera un jour mais ils s'aiment tellement... de plus en plus! Ah! les voilà j'entends le break!

    Bientôt en effet, ils entendirent des voix joyeuses qui approchaient puis une course légère dans la maison et Lily se précipita vers Teddy qui lui avait manqué.

    • Elle est toute brune! s'émerveilla Hermione.

    • Nous sommes à la plage tous les après-midi, expliqua Cloud.

    Bientôt s'encadra dans la porte fenêtre leur hôte, Pierre-François, la trentaine dynamique, bien découplé, blond aux yeux bleus très clairs, des traits fins mais virils et des cheveux longs attachés en catogan. Il était aussi bronzé que sa fille et ça lui allait bien mais plus que tout ce qui frappa ses invités, c'est ce nouvel air épanoui que lui apportait l'amour des deux jeunes gens qui surgissaient à ses côtés aussi différents que possible.

    Le premier était un homme très jeune presque encore un adolescent, pas vraiment beau, mince sans être maigre, un visage aux traits réguliers, un sourire séduisant qui attirait le regard, des cheveux noirs indisciplinés revenaient sur des yeux vert émeraude impérieux, le second était un éphèbe d'un peu plus de vingt ans, au profil grec, au regard rêveur bleu foncé, à la bouche boudeuse, aux boucles blondes très courtes, aux traits qui auraient pu sembler féminins sans le menton un peu trop carré qui affichait une forte volonté.

    Harry semblait ravi de retrouver ses amis qu'il étreignit tour à tour. Il s'assit à côté d'Hermione et attira sur ses genoux le jeune blond qui s'appelait Jim et qui était son fiancé. Il posa un tendre baiser sur sa bouche. Pierre-François s'installa à côté de lui, la main posée sur son poignet, réunissant les bracelets elfiques qu'ils portaient tous deux, témoignage indéfectible de son amour et de la protection qu'il s'était engagé à apporter, à son jeune amant. Harry échangea avec lui un regard complice, les saphirs du bijou-lien juste visibles à leurs seuls yeux brillaient d'un éclat bleu profond, preuve de son immense attachement envers l'aîné. Il noua ses doigts aux siens et resserra sa pression sur la taille de Jim qui avait niché sa tête dans son cou.

    • Fatigué mon tout-beau? demanda-t-il tendrement, inquiet pour le garçon qui avait été blessé lors de leur bataille à Stonehenge.

    • Non! ça va. fit ce dernier en posant un baiser sur sa tempe.

    Deux jeunes filles apparurent et commencèrent à dresser la table du déjeuner. Elles se ressemblaient. Manifestement elles appartenaient à la même famille.

    • Fanny! appella Pierre-François.

    • Oui, Monsieur?

    • Viens que je te présente. Mes amis, voici Fanny. Elle et sa sœur Marine sont les nièces de mon cuisinier. Etudiantes à Paris, elles travaillent pour nous cet été afin de financer leur année à l'université. Fanny, c'est à toi à veiller sur le confort du logement du comte de Saint Maur, de Lady et Lord Malefoy ainsi que de Teddy, leur fils.

    • Bien Monsieur. Je ferai de mon mieux, fit la jeune fille intimidée.

    • Lady Malefoy attend un heureux évènement ou plutôt deux, je compte sur toi pour bien la soigner.

    • Pierre-François, tu vas lui faire peur avec tous ces titres pompeux, protesta Hermione.

    • As-tu des nausées le matin? demanda le sorcier.

    • Oui! malheureusement. J'ai tout essayé sans résultat.

    • J'ai peut-être ce qui arrangera ça. Ma femme avait le même problème et seule cette tisane glacée a supprimé ces malaises. Tu demanderas à ton oncle de préparer chaque soir la décoction de gingembre et de sépia dont je lui ai donné la recette, fit-il en se tournant vers la jeune fille, tu la mélangeras à un demi verre de jus de citron frais et tu amèneras ça chaque matin à Lady Malefoy avant son lever. Tu t'arrangeras avec elle pour l'horaire.

    • Je ne compte pas me réveiller très tôt. Pour neuf heures ce sera très bien. Ne te tracasse pas, nous nous entendrons très bien, surtout si à la place de me donner du Milady, tu m'appelles Madame Hermione..

    • Merci, Madame Hermione. répondit la jeune fille qui se remit au dressage de la table manifestement soulagée.

    oOo

    • Grand-frère, dis-moi que tu as encore une de ces petites fioles comme celle que tu m'as donnée l'autre jour... j'ai un troupeau d'hippopotames dans la tête! fit un jeune homme châtain clair qui se laissa tomber lourdement sur une chaise longue.

    • Tiens! fit Pierre-François au garçon qui venait d'arriver. J'avais prévu ton réveil difficile.

    • Merci. Harry, mon petit beau-frère chéri, plus jamais je ne sortirai avec ton parrain!

    • Je t'avais prévenu, Peter. fit Jim d'un ton mécontent.

    • Je sais grand-frère, je sais! Bonjour vous trois, fit le jeune homme après avoir pris la potion. Je ne vous avais pas vus! soupira-t-il.

    • Bonjour, se marra Draco. Le gai maraudeur a encore frappé!

    • Lui était en pleine forme! pourtant il a bu plus que moi. D'ailleurs je crois qu'il n'est pas rentré seul. finit-il sans voir le sursaut de Harry.

    • Je suis rentré seul! fit une seconde voix railleuse celle-là. Les Black savent se tenir. Je t'ai ramené d'abord, puis je suis ressorti.

      Bonjour tout le monde! Comment vas-tu Hermione?

    • Bien Sirius. Merci.

    Le parrain posa un regard sur son filleul qui n'avait rien dit. Même si il avait en ce moment une expression contrariée, il était indéniable qu'il était épanoui comme jamais il ne l'avait vu. Depuis quinze jours qu'il vivait avec eux, il devait admettre que Jim et Pierre-François le rendaient heureux. Il avait remarqué qu'il éprouvait toujours le besoin de les toucher comme si il avait peur de les perdre, peur qu'ils ne soient pas là réellement. Le jeune homme avait manqué de tendresse c'était indéniable et ses deux compagnons s'efforçaient de lui en donner autant qu'il en réclamait à longueur de temps. Discrètement, il les observait et apprenait à les connaître. Ils étaient fous de lui. Oh! ils avaient des défauts, personne n'est parfait, Harry en avait aussi, mais leur amour le rendait rêveur. Bien sûr, il était choqué de leur situation et avait peur de ce qu'en dirait la société sorcière car ils ne pourraient qu'en souffrir.

    Le déjeuner fut animé. Draco était manifestement ravi de retrouver de la compagnie et discutait de l'université sorcière avec Peter qui s'était inscrit aux cours d'histoire et politique sorcières destinés aux moldus. Hermione donnait ses instructions à Fanny et aménageait avec elle leur planning de telle façon à laisser à la jeune fille du temps libre pour sortir ou aller à la plage. Sylas discutait avec Sirius et notait le regard de celui-ci posé très souvent sur son filleul. Comme ils avaient acheté le matin un filet et des piquets, ce dernier expliquait à Cloud et Aymeric les règles du beach-volley.

    Il était déjà tard quand ils descendirent par le petit sentier dans la pinède sur la petite étendu de sable privée. Ils installèrent parasols et tapis de plage en quelques minutes puis Harry et Cloud tentèrent d'enfoncer les poteaux pour tendre le filet sous l'œil un peu narquois de Pierre-François qui au bout d'un quart d'heure sorti sa baguette et les enfonça d'un sortilège en deux secondes. Il éclata de rire en recevant un coup d'œil ulcéré de son agneau qui se précipita toutes griffes dehors sur lui, sous le regard atterré des nouveaux venus. Jim quant à lui souriait et se mit à encourager tour à tour les deux combattants. Il leur fut vite évident que la rixe n'avait rien de sérieux. Il finit par se retrouver immobilisé sous Pierre-François assis sur lui et qui le contemplait avec satisfaction.

    • Dis-moi que j'ai gagné!

    • Jamais!

    • Oh! oh! et que vas-tu faire mon agneau chéri?

    • Te tourner le dos ce soir si tu ne me libères pas de suite.

    • Tu sais ça ne me dérange pas vraiment, j'aime être de ce côté là! se marra le vainqueur sans voir le sursaut du parrain choqué par le sous-entendu grivois.

    Mais Pierre-François en avait perdu le peu d'attention qu'il portait au combat et Harry en profita pour l'attirer par la nuque vers lui, puis d'un coup de hanche le fit basculer et se retrouva au dessus.

    • Il ne faut jamais baisser sa garde trop tôt, mon loup. fit-il en caressant le visage de son amant avant de l'embrasser.

    Peter fixait son frère. Arrivé hier soir, il avait été troublé de ce qu'il avait cru surprendre entre son futur beau-frère et Pierre-François, mais il était sorti avec Sirius et n'avait pas eu l'occasion d'en savoir plus. Là il était profondément choqué de la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. Il savait à quel point Jim aimait son fiancé et supporter de le voir avec un autre devait lui arracher le cœur. Il eut une bouffée de haine pour les deux autres qui venaient enfin de mettre fin à leur baiser.

    Son beau-frère se releva, tendit la main à son amant qui se leva en riant puis il attira Jim qui se blottit contre lui. Il lui parla tout bas, Jim lui sourit avant d'acquiescer et de nicher sa tête dans le cou de son fiancé, non sans lancer un regard en coin vers le sorcier blond. Peter ne comprenait plus l'attitude de son frère. Pierre-François les regardait comploter avec un léger sourire moqueur. Il s'approcha doucement, enlaça Jim par derrière et posa ses lèvres tendrement dans la nuque offerte par sa position. Autour d'eux, personne ne semblait étonné de leur attitude.

    • Alors on essaie ce filet? interrogea Cloud?

    • Oui! Qui veut jouer? maximum quatre par équipe. demanda Pierre-François qui fit signe à Aymeric de les rejoindre.

    Draco et Sylas rejoignirent Cloud de l'autre côté du filet. Peter refusa d'un signe de la tête et c'est Sirius qui complèta leur équipe. Ils jouèrent un long moment, le score était serré. C'est Jim qui marqua le point gagnant offrant la victoire à son équipe. Pierre-François le souleva contre lui et tourna sur lui-même avant de le reposer sans le lâcher. Peter vit alors son frère se presser contre le sorcier, passer ses bras autour de son cou et l'embrasser passionnément, puis tous les trois se dirigèrent vers la mer pour aller nager.

    • Ils ont l'air encore plus amoureux qu'avant si c'est possible, commenta Draco.

    • Ils ne se lâchent pas en tout cas. confirma Cloud. Quand ils s'éloignent ainsi tous les trois, c'est qu'ils ont envie d'être seuls un moment autrement ils auraient pris Aymeric et Lily avec eux. Ils ne manquent jamais de les faire nager tous les deux. Il ne faut pas croire qu'ils perdent la réalité de vue, il y a une salle d'entraînement au sous-sol et tous les jours nous nous exerçons, même mon petit cousin. Nous faisons aussi du karaté sous la direction de Jim. Ils obligent aussi Sirius à participer, fit-il en lançant un coup d'œil narquois au maraudeur qui lui fit une grimace.

      Au début comme Jim devait récupérer de notre bataille à Stonehenge, Harry et Dad s'entraînaient seuls pendant qu'il faisait des petites siestes réparatrices comme disait Harry jusqu'à ce qu'il éclate il y a une semaine. Je ne l'avais jamais entendu crier. Là toute la maison a su qu'il en avait marre d'être traité comme un objet fragile, qu'il voulait s'entraîner, faire du karaté et surtout faire l'amour qu'ils n'avaient plus fait depuis quinze jours! Les filles et moi, à la cuisine, étions pliés en deux en écoutant les autres essayer de le convaincre que c'était pour son bien. En tout cas, c'est Jim qui a gagné. se marra le jeune serpentard. Et si parfois, je vois Harry lui lancer des regards inquiets il le fait discrètement de peur de se faire rabrouer.

    • Je vérifierai tantôt si tout va bien, fit Draco.

    • Tu es content de voir arriver Sarah? demanda Hermione en souriant.

    • Oui, ça fait presque deux mois que nous ne nous sommes pas vus. Pourquoi n'avons nous plus été à l'hôtel Saint-Maur, Sylas?

    • Je ne sais pas. Chaque fois que j'en parle, Harry s'arrange pour que nous allions ailleurs et je me suis déjà posé la même question plusieurs fois.

    • Il ne fait jamais rien sans raison, Sy. lui répondit son mari.

    • Pourquoi ne pas le dire franchement?

    • Peut-être n'a-t-il que des soupçons? Depuis les photos prises à Toulouse, il n'a jamais plus été à l'hôtel, quand ils vont à Paris c'est chez Pierre-François et c'est lui qui m'a demandé de ne pas faire venir Françoise et Gauthier cet été au castel.

    • C'est pour ça que tu as pris les elfes du quartier général?

    • En effet.

    • Pourquoi le dire maintenant? lui reprocha sa femme en se rappelant les scènes qu'elle lui avait faites.

    • Parce que je vois que ce conflit nous rattrape une fois de plus et je compte bien lui poser quelques questions.

    • Il reçoit la Gazette du Sorcier, le Chicaneur et le Independent Wizard chaque jour et suit tout se qui se passe en monde sorcier. On lui envoie des rapports tous les matins du ministère et ses informateurs ou devons-nous dire espions ne sont pas en reste. Leur matinée est consacrée au monde sorcier. Toutes les informations sont triées, encodées, puis c'est l'entraînement jusqu'au déjeuner. Aujourd'hui était une exception. Pierre-François adore aller au marché.

    • Ce sont les filles qui entretiennent le mas? demanda Hermione.

    • Non! ce sont les elfes de notre maison de Weymouth. Pendant ce temps, ils font faire quelques transformations qui devraient être terminées pour que nous puissions l'habiter à la rentrée. C'est parce que vous n'avez pas été dans la cuisine mais ils sont traités comme des coqs en pâte depuis leur arrivée. Didier et Robert s'entendent très bien avec eux et les filles les trouvent mignons. fit-il d'un ton qui laissait deviner que ce dernier point lui semblait tout à fait incompréhensible.

    • Les voilà! constata Sylas.

    En effet, ils remontaient vers la plage, Pierre-François avait une main posée sur leur taille et ils discutaient joyeusement.

    • Qu'ils sont beaux ensemble! murmura Sylas. J'avais un peu peur au début de leur jalousie mais ils ont très bien dépassé ça.

    • Ça dépend envers qui! railla Cloud. Nous sommes allés ensemble acheter le bateau que Pierre-François nous avait promis pour l'été. Le vendeur avait l'air de trouver Jim très à son goût et le lui a fait comprendre de façon assez peu discrète. Dad l'a remis à sa place à voix haute devant toute la clientèle.

    • C'est étonnant, ce n'est pas son genre. Je l'aurais plutôt vu sourire de ce genre de chose.

    • Il a estimé que la façon de faire de l'homme était injurieuse pour Jim. C'est vrai que c'était loin d'être subtil.

    • Et pour finir, vous l'avez acheté?

    • Oui mais pas là. Nous sommes sortis et avons été à la concurrence. continua-t-il avec un rire railleur.

    • Il est où? demanda Hermione curieuse.

    • Dans le sac de plage, ironisa Sirius. On le trimballe chaque jour et ils ne l'ont utilisé que trois ou quatre fois.

    • Tu exagères, rouspéta Cloud. C'est vrai qu'on ne s'en sert pas tous les jours.

    • Avec le prix qu'il a coûté, vous devriez même y passer les nuits pour l'amortir.

    • Moi j'adore ça et j'en ferais volontiers plus souvent, intervint Aymeric.

    • Dad! fit le garçon à son père adoptif, Ay voudrait faire du bateau!

    Le sorcier jeta un coup d'œil à sa montre avant d'opiner. Il sortit du plus gros des sacs un bateau Zodiac miniaturisé.

    • Qui est partant?

    • Il peut nous contenir tous?

    • Oui sans problème! C'est le gros "Sea-hawk", il peut accueillir treize passagers.

    Après avoir rendu au zodiac sa taille normale d'un sortilège et enfilé des gilets de sauvetage, ils naviguèrent pendant presque deux heures. Fouettés par les embruns, ils s'enivraient de l'odeur du large, des sensations grisantes de vitesse, de liberté. Lily serrée dans les bras de Harry avait les yeux brillants de plaisir, Cloud et Aymeric, les deux cousins postés à la proue se prenaient pour des pirates sorciers. Sur les trois sièges arrière, Draco et Sylas avaient mis, entre eux, Hermione avec Teddy sur les genoux. Enfin Pierre-François désigna sa montre. Leurs invités français n'allaient pas tarder à arriver et il fallait rentrer. Il barra vers la plage.

    oOo

    Une heure plus tard, le temps de remonter à la bastide, de prendre une douche et de se changer, c'est sur la terrasse devant un verre qu'ils accueillirent les arrivants. Cloud ravi de retrouver sa petite-amie était tout sourire. Invité par Harry, Pierre avait été surpris de revoir de Lauzun, encore plus d'apprendre qu'ils étaient chez lui. Il leur fit visiter leur logement, leur présenta Marine qui les aida à s'installer. Ils retrouvèrent tout le monde pour un dîner tardif sur la terrasse. Pierre félicita son hôte pour le talent de son chef. Ils en étaient au café et Didier en avait terminé avec la préparation de son repas, Pierre-François le fit venir pour recevoir les félicitations du secrétaire d'état.

    Au vu de sa présence aux fiançailles et des rapports d'enquêtes qu'il avait fait faire sur eux, Pierre savait que le sorcier blond faisait partie de leurs familiers. Depuis il avait interrompu toute surveillance et ignorait l'évolution de leurs relations. Il ne tarda pas à comprendre. A la fin de la soirée Jim, fatigué, s'installa dans une chaise longue. Harry prit place dans le fauteuil voisin et enlaça ses doigts à ceux de son fiancé. Terminant sa conversation avec Draco et sa femme, de Lauzun s'accroupit à côté d'eux, manifestement soucieux. Pierre le vit embrasser doucement Jim et mêler ses doigts aux leurs avant de se relever et de rentrer dans la maison. Il revint avec un drap léger qu'il posa sur le jeune moldu. Il passa une main caressante dans les courtes boucles blondes avant de baiser son front ce qui amena un sourire doux sur le visage du jeune moldu à moitié endormi.

    • Pourquoi est-il inquiet pour Jim? demanda-t-il à Sylas?

    Celui-ci lui fit un résumé de la situation politique actuelle dans le monde sorcier britannique, de la bataille de Stonehenge, du résultat et de l'état d'épuisement de Jim qui avait défendu ses amants en supportant de trop nombreux sorts. Pierre et Peter, qui n'avait pas perdu un mot du récit fait au français sur son frère, lancèrent un coup d'œil à Sirius qui, charmeur, discutait avec Hélène. Ils trouvèrent que pour un miraculé sortant de l'antichambre des limbes il se portait plutôt bien. Sylas confirma leurs pensées en leur disant que sous le dilettante se cachait quelqu'un à la volonté de fer.

    • En résumé, vous pensez que votre mage noir est revenu lui aussi des limbes?

    • Ce n'est pas si simple. Sirius n'était pas mort, expliqua Sylas, en lui expliquant l'affrontement entre Voldemort et l'Ordre du Phénix.

    • Tu veux dire que c'est la tante de Draco qui a voulu tuer le parrain de Harry?

    • En effet.

    Pierre jeta un coup d'oeil sur les deux amis et Hermione qui justement discutaient ensemble.

    • Mais c'est aussi la propre cousine germaine de Sirius. Voldemort a divisé ainsi bien des familles dont les membres se sont retrouvés dans les camps opposés. Il faut avouer que Bellatrix Lestrange, qui est comme tu l'as compris la sœur de Narcissa Malefoy, avait tout de la folle sadique. C'est elle qui a assassiné avec ses mangemorts le fils de Pierre-François et plusieurs de ses petits camarades, Henri-James avait cinq ans. C'était une fête d'anniversaire, ils ont tué tout le monde sauf le jeune père qui était la personne visée. Impuissant, il a dû assister à toute la scène. Il ne s'en est jamais remis, il vivra toute sa vie avec ce souvenir, il n'arrive toujours pas à regarder une photo de son fils sans pleurer.

    • Mon dieu! murmura Pierre.

    • Toute la bonne société sorcière qui le tolérait malgré qu'il était le descendant d'un autre mage noir qui a fait autant de mal que Voldemort lui a fermé ses portes. Il est devenu un paria. Il s'est enfermé dans son manoir le temps de régler la succession de son père décédé puis il a disparu en monde moldu et est devenu de Lanzun. Lui aussi a une volonté peu commune pour s'être rebâti une vie ailleurs.

    • Je me rappelle, fit le français rêveur, le premier soir où il a vu Jim et Harry à sa discothèque. Quelle envie il avait d'eux!

    • En effet, fit Sylas moqueur. je m'en rappelle aussi.

    • J'avais dit à cette époque qu'ils ressemblaient à deux agneaux acculés par le grand méchant loup.

    • Ça leur est resté, c'est comme ça qu'ils s'appellent entre eux souvent... Pourtant leurs rapports ont bien changé. Il en est amoureux fou, je crois qu'ils pourraient obtenir de lui n'importe quoi. En tout cas, pour être avec eux, il a complètement changé de vie.

    • Passer de coqueluche de la jet-set parisienne à directeur d'une école de sorcellerie en Écosse, c'est en effet un changement radical, railla Pierre.

    • Affronter son passé n'a pas dû être quelque chose de facile à faire. Ils ne sont réellement ensemble que depuis trois semaines. Jim et Harry ont beaucoup réfléchi avant de se lancer dans cette relation hors norme mais ils tiennent trop à lui. Ils n'ont pas voulu affronter la bataille de Stonehenge sans être réunis.

    • Comment vont-ils s'organiser?

    • En tant que directeur de Poudlard, Pierre-François a un très bel appartement de fonction. Jim et Harry, tout en enseignant à temps partiel à l'école vont suivre les cours à l'université sorcière de Cambridge, ils y ont un appartement de professeurs. Je suppose qu'ils partageront leur temps entre les deux pendant la semaine. Ils viennent aussi d'acheter une très belle maison sur la côte anglaise à Weymouth.

    • Vous qui avez toujours eu l'habitude de vivre ensemble, ça ne va pas vous manquer?

    • Nous n'avons pas l'intention de nous séparer. Nos chambres sont déjà prêtes chez eux. Nous serons ensemble à l'université. Hermione sera sous directrice à Poudlard sous les ordres de Pierre-François. Comme Harry est déjà parrain de Teddy, ce sont Pierre-François et Jim qui seront ceux des jumeaux.

    • Je vois que vous avez déjà tout prévu. fit le secrétaire d'état amusé. Mais revenons en à notre mage noir. Est-il revenu ou non?

    • Il est certainement là mais, étant lui réellement mort, il ne peut être ici que sous une forme inférieure. Il n'a pas de corps humain.

    • Donc il est inoffensif?

    • Il ne faut pas voir ça de cette manière, même sous forme non charnelle il reste sa grande puissance magique. Nous pensons que celui qui l'a fait revenir a l'intention de fusionner avec cet esprit, cette âme... je ne sais comment appeler cette chose et devenir avec lui une seule personne avec deux âmes et une puissance magique doublée. Encore faut-il qu'il arrive à faire fusionner les auras magiques ce qui ne sera ni facile ni sans danger.

    • Et qui est ce fou?

    • Le frère jumeau de Pierre-François!

    Ses deux interlocuteurs fixèrent le jeune sorcier avec une expression incrédule et horrifiée.

    • Oui! confirma Sylas, ces derniers mois il s'est retrouvé à combattre son propre frère.

    • Vous êtes sûrs de lui?

    • Oui!

    • Et pour le moment le conflit en est où?

    • Lui, Harry et Jim sont les cibles de prédilection de François-Marie. Il a créé un quotidien d'opposition appelé The Independent Wizard et organisé une campagne de dénigrement contre eux. Ils ont beaucoup de mal avec les deux journaux qui leur sont favorables à redresser la barre. C'est pour l'instant la seule manifestation de la Loge sorcière mais bien entendu ils ignorent où nous trouver.

    oOo

    Tous avaient enfin déserté la terrasse pour aller dormir. Après avoir donné ses instructions à Robert pour le lendemain, Pierre-François revint contempler ses deux chéris assoupis sur la terrasse. Il caressa doucement le poignet de Harry.

    • Mon doux amour? réveille-toi... on va dormir!

    • Jim?

    • Je m'en occupe, ne crains rien. Ma tendresse, mon agneau... mets tes bras autour de mon cou...

    Jim tout en dormant fit ce qu'il lui demandait. Il le souleva sans difficulté. Le jeune homme nicha sa tête dans son cou, serra les jambes autour de ses hanches en se collant à lui et en poussant un petit soupir de bien-être quand Pierre-François referma ses bras autour de son corps. Cela fit sourire le sorcier. Il se dirigea vers leur chambre suivi d'un Harry qui traînait les pieds. Il déposa Jim sur le lit, lui enleva son tee-shirt, son jean et le glissa dans les draps. Il se déshabilla à son tour avant de se tourner vers Harry qui s'était assis sur le bord tout sommeillant. Il s'installa à ses côtés et le dévêtit lentement, déposant de tendres baisers sur les épaules qu'il avait dénudées.

    • Lève-toi! ordonna-t-il gentiment.

    Il s'attaqua à la ceinture puis aux boutons du jeans qu'il enleva et plia, avant d'attirer son jeune amant contre lui et de le coucher entre Jim et lui. Harry se lova dans ses bras à son grand plaisir. Il fit voyager ses mains sur son cou, sur ses épaules, son dos, le creux de ses reins, lui arrachant un « encore » qui le fit rire doucement, il refit les mêmes gestes sensuels. Il posa un baiser sur les paupières fermées, puis lui souffla tendrement de dormir.

    oOo

    Avant d'ouvrir les yeux, le monde de Jim se résumait aux sensations et aux odeurs et ce qu'il percevait pour le moment c'était un corps chaud et une odeur familière qui l'engourdissait de bien-être. Depuis qu'il était avec Harry se réveiller dans ses bras ou contre son corps était un de ses plaisirs et en tout cas, la meilleure façon de commencer la journée.

    • Bonjour, mon tout-beau... fit Harry en se retournant doucement vers Jim sans réveiller leur amant qui inconsciemment resserra son étreinte.

    • Déjà réveillé, mon amour?

    • Oui, mais ça ne veut pas dire que je veuille me lever de suite. De toute façon, Pierre-François dort toujours. C'est lui qui nous a couché comme des bébés hier soir. Nous nous sommes endormis sur la terrasse.

    • Je m'en souviens vaguement.

    • Il t'a même porté au lit.

    • Dire que mon père arrive tantôt... Ce n'est plus notre bastide, c'est un club de vacances...

    • Jim... fit Harry avec des reproches dans la voix.

    • Je sais que tu es content de voir tes amis mais on était si bien seulement nous trois avec les enfants...

    • Cloud avait envie de voir Sarah, ce qui est bien normal et après avoir eu Pierre au téléphone, je me suis vu contraint de les inviter quelques jours, si je voulais qu'il la laisse venir. Ce n'est que pour peu de temps, mon cœur.

    • ...

    • Dis plutôt que la venue de ton père t'inquiète un peu.

    • C'est certain que cette fois ci il va avoir dur de s'y faire.

    • Il a toujours voulu ton bonheur.

    • Je sais.

    • Je peux rester à l'écart, si tu le juges préférable. intervint Pierre-François.

    • Bonjour, toi, fit tendrement Harry en tournant la tête pour poser un baiser sur ses lèvres.

    • Si j'avais voulu lui cacher notre relation, je ne l'aurais pas invité, p'ti loup!

    • ...

    • Je suis fier de mon bel amant! fit-il taquin.

    • Je crois de toute façon qu'il s'en doute, poursuivit Harry. Ton père n'est pas du genre naïf. Peut-être sera-t-il surpris parce que nous l'affichons, mais c'est tout.

    • Il était préférable d'inviter tout le monde à la fois. Non seulement c'est plus agréable pour eux mais de cette manière nous préservons le reste de nos vacances. Si nous allions remplir nos obligations de la matinée? conclut l'aîné.



    oOo



    Une demi-heure plus tard après une douche, ils se retrouvaient devant un petit déjeuner copieux. Ils avaient eu, en arrivant, la surprise de trouver Draco et Sylas qui les attendaient.

    • Vous êtes bien matinaux?

    • En fait nous vous attendions, nous avons des questions sérieuses à vous poser. Nous avons parlé avec Cloud et j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de choses que nous ignorons.

    • Il n'y a rien de nouveau. Depuis la bataille, tout est calme. fit Harry en chipant à Jim le croissant qu'il venait de se beurrer.

    • Mais... voulut-il protester.

    • Chut! fit son fiancé avec un petit rire et un clin d'œil.

    Ils ne s'attardèrent pas autour de la table et descendirent dans la cave. Une partie de celle-ci avait été transformée en salle d'entraînement, l'autre en un bureau surprenant. Pierre-François et Harry avaient créé l'illusion d'une fenêtre sur la mer, ils reconnurent sans peine la vue qu'ils avaient de la gauche de la terrasse, la petite station balnéaire La Tamarissière et l'embouchure du fleuve... Les murs étaient très clairs, un côté était consacré à une bibliothèque bien garnie, la table carrée était manifestement prévue pour travailler à trois, un équipement informatique en occupait une partie.

    Les quotidiens du monde sorcier et le courrier du matin étaient déjà posés dans une corbeille sur le bureau. Draco vit notamment une enveloppe ornée d'un cachet vert qu'il reconnut pour être le sceau des Malefoy, sur une autre qui dépassait, il aperçut l'écriture de son ancien condisciple et ami, Blaise Zabini. La couleur d'une troisième le frappa, c'était celle des envois officiels du magenmagot. Une dernière missive lui sembla être du bureau des aurors.

    • Tu as fini ton inspection, Dray? lui lança son meilleur ami moqueur.

    • ...

    • Quelles sont ces questions que vous vouliez aborder?

    • Pourquoi m'as-tu demandé de ne pas prendre Gauthier et Françoise cet été au castel? Tu m'as aussi dissuadé d'y passer le week-end précédant la bataille de Stonehenge. Tu sais qui est l'espion qui a pris les photos? interrogea Draco.

    • Je n'ai aucune certitude, juste des présomptions.

    • ...

    • Nous avons passé une nuit à Paris dans l'appartement de Pierre-François et au matin j'ai été chercher des croissants. Sachant, pour en avoir souvent mangé chez vous, que le mari de Françoise en fait de très bons, je suis allé à la boulangerie où il travaille. Il était là. On le voyait enfourner les pains par la porte ouverte sur l'atelier. Ce qui m'a frappé c'est le fait que malgré la chaleur suffocante, il travaillait avec un vêtement qui avait des manches longues. C'était tout à fait incongru. Je n'ai pas besoin de vous préciser ce que j'en ai soupçonné. J'ai donc fait faire une petite enquête sur le monsieur et comme je l'avais supposé, il est bien un sorcier et un ancien mangemort. Ce qui explique beaucoup mieux la coïncidence d'un Sylvain sorcier. Je dois avouer Sylas qu'avant j'avais supposé qu'un de tes ascendants s'était égaré dans le lit de sa gouvernante, c'était courant dans l'ancienne noblesse. Cette version est plus inquiétante.

    • Pourquoi ne l'as-tu pas dit avant?

    • Françoise sait forcément que son mari est un ancien mangemort, elle ne peut ignorer la marque sur son bras. Pour Gauthier, je n'en sais rien. Quant à Sylvain je suis pratiquement certain qu'il l'ignore. Mais, même si ils ont menti, on ne peut pas affirmer que c'est lui l'espion.

    • ...

    • On peut aussi imaginer que François-Marie le fait chanter et s'est servi de lui afin d'obtenir cette photo sous un prétexte quelconque. C'était le complice idéal puisqu'il avait tout le loisir d'aller et venir au château rose, dans le but de voir sa femme et son fils. Le week-end où nous étions tous à Toulouse et où les clichés ont été pris, il complétait le personnel de service. C'est à mon avis la version la plus plausible. Il est en France depuis de nombreuses années, si il a été mangemort dans sa jeunesse, il peut avoir changé, il ne semble pas avoir répondu à l'appel de Voldemort lorsqu'il est revenu.

    • Tu comprends aisément que je ne peux plus avoir confiance en eux et leur confier notre vie et celle de nos enfants! fit Sylas soucieux.

    • Ils servent honnêtement ta famille depuis plusieurs générations, Sy. Ils se sont occupés de Teddy souvent et il ne lui est rien arrivé, au contraire c'est Sylvain qui a été enlevé par Ombrage, il n'y a pas longtemps pour nous empêcher de signer les accords avec le conseil de l'Europe moldue...

    • ...

    • A toi de réfléchir, mais à ta place, je serais sûr de moi avant d'agir.

    • Tu l'a mis sous surveillance?

    • Un moment oui. Sans résultat. Et encore maintenant je fais vérifier ponctuellement ses faits et gestes mais je ne peux pas le faire suivre pendant un long moment. Nous n'avons pas assez de personnes pour nous le permettre. Je peux si tu veux en parler avec Pierre?

    • Tu as une autre solution qui permettrait éclaircir tout ça?

    • Tu peux aussi aller leur demander des explications et soumettre le mari à la double légilimencie. Dans ce cas là bien sûr, il faut que tu saches à l'avance la décision que tu prendras selon ses réponses. Dans l'hypothèse d'un chantage, un simple serment inviolable peut résoudre le problème. Réfléchis-y, parles-en avec Dray et Mione. Ce n'est pas urgent. J'avais l'intention de faire venir Sylvain ici pendant le mois d'août sans donner pour autant notre localisation. L'enfant ne peut pâtir du choix malheureux de son père et Aymeric l'aime énormément.

    • Et toi tu aimes beaucoup trop notre petit polisson, fit Jim avec un sourire, et ça fait quinze jours qu'il réclame son ami.

    • Nous allons y réfléchir, admit Sylas.

    oOo

    • Blaise travaille pour toi? demanda Draco.

    • Je l'ai fait entrer au ministère et oui, il œuvre pour nous.

    • Et mon père?

    • Non! Pour la "Fratrie".

    • Je vois. Tu as l'intention de recruter d'autres personnes?

    • Il sera en effet indispensable d'étendre notre réseau, mais nous allons le compartimenter comme le faisait Ombrage du sien. Elle n'avait pas que des mauvaises idées.

    • Beaucoup ne seraient que trop contents de travailler pour le Survivant ou l'héritier de Salazar Serpentard.

    • En effet mais on ne peut révéler ce qu'on ne sait pas. Tout au long de cette année ce qui nous a gêné dans notre progression c'est que les gens employés par Ombrage ne connaissaient que les ordres qu'ils avaient reçus de leur supérieur direct. Elle n'est plus là et nous avons capturé plusieurs de ses exécutants, mais justement ils n'étaient que ça et je n'en ai toujours pas appris plus sur son organisation. Son système est donc efficace. Nous serions bien bêtes de ne pas profiter de ce que nous apprenons, même si l'enseignement vient de notre ennemi.

    Draco sourit, le petit griffon devenait de plus en plus serpentard. Il se rappela avoir entendu son père dire que Harry ferait un excellent ministre de la magie, il comprenait ce qu'il avait vu avant eux en leur ami. L'ambition de celui-ci n'était pourtant pas là. Modifier le code de justice sorcier était un grand dessein qui lui convenait parfaitement. Il avait un sens de la justice inné, il venait encore de le prouver en modérant le courroux de Sylas envers leur gouvernante et sa famille. Il pensa avec un frisson rétrospectif à son emprisonnement à Azkaban et à un monde sorcier sans l'île maudite.

    Ils examinèrent avec Jim le contenu des trois quotidiens pendant que Harry et Pierre-François ouvraient le courrier, le classaient et saisissaient sur l'ordinateur les renseignements dignes d'intérêt. Les lettres furent ensuite miniaturisées et cachées dans un coffre dissimulé derrière un des rayonnages de la bibliothèque qui pivotait à l'énoncé d'un mot de passe.

    Il découvrait un côté de son ami qu'il n'avait fait qu'entr'apercevoir à la fin de la bataille de Stonehenge, s'impliquant déjà dans les affaires de l'Etat, se permettant de donner des ordres aux aurors, recevant un double des rapports faits à Kingsley et très certainement en contact, par Severus, avec le tableau de Dumbledore qui était accroché au mur de la salle de réunion du magenmagot. Un côté qu'il aurait estimé plus qu'inquiétant si il l'avait trouvé chez quelqu'un d'autre. Dès son entrée, il avait remarqué le tableau de leur ancien professeur de potions qui au-delà de la mort, était devenu leur conseiller. Il semblait dormir dans son cadre mais il ne perdait vraisemblablement rien de leur conversation.

    Jim poussa un soupir de satisfaction, il avait fini d'éplucher The Independant Wizard sans rien y trouver de spécial que les habituelles critiques sur le pouvoir en place. Il savait ce qu'il y cherchait jour après jour... La moindre allusion, le moindre message incompréhensible, sortant de l'ordinaire mais qui pourtant ne semblerait avoir aucun rapport avec leurs histoires...

    • Tu veux un coup de main, p'ti loup? fit Jim à Pierre-François qui lisait le rapport des aurors sur une échauffourée qui s'était produite en monde moldu non loin du Londres sorcier et de ce qu'il pensait être le quartier général de son frère la brasserie " The Inverted Pentagram".

    • J'ai presque fini mon agneau. Si tu allais chercher Sirius, Cloud et Aymeric pour l'entraînement? demanda-t-il quittant à peine sa lecture des yeux.

    • J'y vais, fit Jim en soupirant.

    • Harry? Je crois que ceci n'est pas anodin, dit-il en désignant le rapport. C'est le second problème dans ce secteur en quelques jours.

    • Et?

    • C'est à deux rues du quartier général de François-Marie.

    Il était toujours choqué d'entendre son amant appeler le dirigeant de la Loge par son prénom. Lui même en pensée ne l'appelait que "l'autre" parce que l'appeler Vassier c'était encore rattacher leur ennemi à celui qu'il aimait.

    • Ce ne sont que des bagarres en apparence très banales mais à chaque fois elles opposent des sorciers en monde moldu.

    • Je suppose que ton frère essaie de faire main basse sur l'organisation du crapaud rose et sa prise de contrôle ne se fait pas sans heurt.

    • ...

    • Quand nous rentrerons, il nous faudra étudier attentivement les façons de procéder de Gellert Grindelwald. Une fois de plus, il me faudra voir Albus à ce sujet, soupira-t-il.

    • Pourquoi as-tu l'air à ce point réticent?

    • Tu ne sais peut-être pas que ton arrière-grand-oncle a été le seul amour d'Albus ? Jusqu'à la fin de leur vie, ils sont restés en contact par lettres.

    • Je l'ignorais.

    • Ça a dû être terrible de devoir le combattre et plus encore de le faire enfermer pour toute la vie dans une prison. Il a dû lui falloir bien du courage. raisonna Draco.

    • Peut-être ne pouvait-il se résoudre à le faire exécuter? suggéra Sylas.

    • Harry?

    • Oui?

    • Qu'est-ce qu'il y a? poursuivit doucement Pierre-François presque à voix basse.

    • Rien! répondit-il en secouant la tête faisant comprendre qu'il ne voulait pas continuer la conversation sur ce sujet tout en sachant que ce ne serait que partie remise.

    Il se crut sauvé par le retour de Jim avec Sirius et les adolescents. Ils rangèrent ce qui était resté éparpillé sur le bureau, les rapports dans le coffre, les journaux dans l'armoire des archives. Au moment de sortir, Pierre-François le retint par le bras et ils se laissèrent distancer par les autres.

    • Tu m'expliques?

    • Je suis très mal à l'aise avec Albus quand je vais le voir au sujet de Gellert, et je le serai plus encore maintenant.

    • Pourquoi?

    • Parce que lorsque tu n'étais encore pour moi que de Lauzun le prédateur, le directeur du club parisien très en vogue "L'Aigle Noir", le grand-duc au pectoral d'argent qui s'est introduit malgré les protections à Poudlard pour me voir et que j'ignorais encore de quel côté tu te situais, déjà à ce moment je te défendais et cherchais tous les prétextes pour ne pas m'opposer à toi. Je crois que même là je n'aurais pas pu.

    • Tu aurais fini par faire ce qui était juste, ce qui était ton devoir, j'en suis certain... souffla-t-il en l'attirant contre lui.

    • Tu ne me comprends pas!

    • Alors explique moi... fit-il en caressant du pouce, avec une tendresse infinie, le creux en dessous de la joue et en remontant vers la tempe.

    • Albus a bien des défauts, il a menti, il a bafoué son amour, pendant des années il m'a manipulé pour atteindre ses objectifs, au mépris parfois de l'estime de soi-même, mais toujours, il a œuvré pour ce qu'il pensait être le bien du monde magique. Si je me retrouvais en position de devoir choisir, pour toi et Jim, je serais résolu à tout laisser.

    • En fait tu te sens coupable d'une situation qui ne s'est même pas produite.

    • Quand tu as été enlevé par Ombrage et que j'ai cru te perdre, j'étais prêt à tout, à m'exiler du monde sorcier et à le laisser entre ses mains pour te retrouver.

    • Tu savais que j'étais vivant et que je rentrerais par le portoloin de secours dès que je le pourrais. Tu n'étais pas encore vraiment devant l'alternative.

    Pierre-François se rappelait les recommandations d'Albus sur son obligation de mener l'Elu sur le chemin du sacrifice au monde sorcier et sa propre promesse qui était de le laisser faire ses choix.

    • Ecoute-moi, mon doux amour, fit-il les mains posées sur sa nuque, son front appuyé contre le sien, si un jour tu es devant ce dilemme, quoi que tu décides, je sais que tu l'auras fait selon ton âme. Jamais je ne t'en voudrais même si tu choisis le monde sorcier.

    • Je t'aime.

    • Je le sais! chaque fois que je regarde l'éclat des pierres elfiques que tu portes, je le sais. Viens maintenant, Jim va s'inquiéter de notre aparté.

    oOo

    La petite plage était très animée cet après-midi là, trop pensaient certains. La sieste sous les parasols était terminée et les enfants courraient en criant et riant autour des grands qui faisaient contre mauvaise fortune bon cœur. Jim poussa un soupir agacé en recevant pour la dixième fois du sable sur lui, envoyé par Aymeric qui poursuivait Mahaut.

    Quand ils n'étaient qu'eux trois sur la plage avec les enfants, ils dormaient enlacés et se réveillaient doucement de leur sieste bercés par le bruit ténu de la mer, les bavardages des plus jeunes ou les bisous mouillés de leur petite princesse. Fils adoptif de Pierre-François, Cloud, même si il n'avait que deux ans de moins que Harry et Aymeric, pupille de son fiancé, étaient devenus par les circonstances de la vie leurs enfants au même titre que Lily, leur poupée chérie, accessoirement la fille de leur amant. Harry avait une patience infinie avec eux, Pierre-François l'autorité d'un père aimant mais Jim avait parfois plus de mal à accepter leur présence.

    Par respect pour leurs invités, ils évitaient d'afficher leur amour hors norme, limitant leurs contacts physiques en public, et ça le mettait sur les nerfs. Ils ne put s'empêcher d'attraper Ay au passage par le poignet.

    • Ay, tu te calmes, tu veux! ou tu vas jouer un peu plus loin! J'en assez de recevoir du sable à chacun de vos passages.

    • Tu es de mauvaise humeur? interrogea avec raison le polisson ce qui eut le don d'agacer encore plus le jeune homme qui n'eut toutefois pas le temps de répondre.

    • Fais ce que Jim te dit sans répliquer, Aymeric. intervint son amour d'un ton sec. Il a raison.

    • Tu nous mets le filet de Beach-volley? On vous laisserait tranquille si on avait une occupation.

    Harry éclata de rire pendant que Jim levait les yeux au ciel, le petit diable du haut de ses onze ans voulait toujours avoir le dernier mot et son jeune père adoptif, chaque fois, était séduit par son don de répartie, ce qu'avait très vite compris le jeune serpentard, il en usait et même en abusait allègrement. Il chercha le filet dans leur sac de plage, lui rendit sa dimension initiale avant d'aller l'attacher aux piquets restés en place. Aymeric quant à lui s'occupa du ballon sous l'œil attentif de Pierre-François.

    • Plus brève ton intonation, Ay! Tu traînes sur la seconde syllabe de ton "amplificatum", tu n'y arriveras jamais comme ça. L'adolescent essaya de nouveau avant d'y arriver au troisième essai.

    • Très bien!

    • Merci, Dad!

    • Non! Ay! fit le sorcier un peu surpris et un peu brusque. Je suis très flatté mais ce titre revient à Harry. C'est lui ton père adoptif.

    • ...

    • Je sais que tu l'adores, alors pourquoi? demanda doucement Pierre-François en regardant la tête baissée de l'enfant.

    • Tu as fait les démarches pour donner ton nom à Cloud, il me l'a dit. Lui pas.

    • En effet! Celui de son père était entaché par son appartenance aux mangemorts puis à la Loge sorcière et était associé aux divers procès intentés contre lui pour maltraitance, cruauté mentale, torture, viols... Ton nom est celui d'une honorable famille sorcière de Sang-Pur dont tu peux être fier et tu en es le dernier représentant Ay. Le nom s'éteindrait si Harry te donnait le sien, c'est pour cela qu'il ne l'a pas fait. Si tu te posais ce genre de questions, pourquoi ne lui as-tu parlé de rien?

    • Je croyais qu'il estimait que je n'étais pas digne de porter le nom du Survivant.

    • Aymeric! fit le sorcier désolé. Comment as-tu pu penser ça? Cloud est mon cousin, j'étais tout désigné pour être son tuteur. Harry n'a aucune parenté avec toi. Il a pourtant fait toutes les démarches pour devenir ton soutien. Tu crois qu'il le ferait pour tous les enfants rencontrés sur son chemin?

    • ...

    • Il n'a jamais connu ses parents et les quelques objets qu'il tient d'eux sont ce qu'il a de plus précieux au monde, la carte du maraudeur, une ou deux photos et la cape d'invisibilité qui lui a été rendue par son mentor Albus Dumbledore et qui lui vient de son père. Je ne crois pas faire d'erreur en disant que c'est maintenant un petit serpentard de ma connaissance qui utilise cette cape qui lui a été offerte au lendemain de la bataille de Stonehenge. Je me trompe?

    • Non...

    • La transmission de cette cape, c'était la plus belle preuve d'amour paternel qu'il pouvait te donner. C'est une des Reliques de la Mort, avec la baguette de sureau et la pierre de résurrection. Elle est maintenant ton bien le plus précieux, Ay. Et si tu tiens à porter son nom, discutes-en avec lui, il t'expliquera ses raisons et vous pourrez décider ensemble.

    Le jeune adolescent lui lança un regard que Pierre-François ne sut comment interpréter, fit demi tour et courut se jeter dans les bras d'un Harry plus que surpris. Les deux amants restés sur place échangèrent un regard complice avant de le voir soulever le gamin et tourner sur place avec lui en riant.

    • Je ne m'attendais pas à ça! avoua Jim. Il est toujours si impertinent. Là il avait l'air tellement fragile.

    • Il est fier. Il ne veut pas admettre ses faiblesses! Comme son père! fit l'aîné avec un sourire plein de tendresse, les yeux sur le jeune homme aux cheveux noirs toujours en pleine rébellion.

    • Que s'est-il passé ce matin? Albus?

    • Oui. Il a beau savoir qu'il l'a manipulé, qu'il lui a caché des choses, il reste son mentor, celui qui l'a guidé depuis qu'il a onze ans. Il a peur de ne pas être à la hauteur de ce qu'il attendait de lui. Il est inconscient de ce qu'il est en train de bâtir.

    • Que veux-tu dire?

    • A peine est-il un homme, qu'il prend petit à petit le contrôle du monde sorcier, Jim. fit-il gravement en regardant le jeune moldu et sa réaction.

    • Mais...

    • Il ne le fait pas sciemment, l'interrompit Pierre-François. Tout le monde se tourne vers lui, il prend donc de plus en plus part à tout. Il n'a pas demandé à Lucius, à Kingsley ou au responsable des aurors de lui envoyer des rapports réguliers, ils le font parce qu'il est l'Elu et que personne n'est mieux à sa place que cet élu là! Qu'en cas de coup dur, c'est vers lui qu'ils se tournent et c'est lui qui agit au mieux pour le monde sorcier.

      Rappelle-toi la tentative de prise en main du ministère par Ombrage. On ne peut pas dire qu'au moment même Lucius, qui l'avait pourtant appelé au secours, ait été ravi de le voir prendre tout en main et donner les ordres à sa place pourtant en moins de deux heures le ministère était sécurisé, les visiteurs continuaient à être reçus et les services exceptés celui du Magenmagot fonctionnaient. Il a énormément changé en peu de temps, il a pris beaucoup de maturité. L'autorité, il n'en a jamais manqué, quand ils étaient dans leur groupe de trois, Hermione prenait souvent le dessus et il laissait faire.

    • Question autorité, je suis au courant, se moqua tendrement Jim. Au début de notre relation, j'ai dû souvent le freiner mais dès qu'il s'en apercevait il ne savait plus quoi faire pour se rattraper.

    • Pour lui, il dirige seulement notre groupe, la Fratrie, seulement dans la fratrie, sous ses ordres, il y a tous les grands d'aujourd'hui et tous les grands de demain.

    • ...

    • Nous sommes trop près de lui pour avoir clairement vu le changement se faire, il m'a sauté aux yeux quand j'ai vu le regard étonné de Draco et Sylas sur le courrier de ce matin. Il y avait dans la corbeille représentés dans ces envois : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Tous faisaient rapport à Harry.

    • Mon Dieu! Quelle tâche! murmura Jim. Cependant il ne veut pas la place de ministre de la magie!

    • Je le sais mon agneau chéri, je le sais, néanmoins on ne choisit pas toujours. Ne me regarde pas avec cette panique dans les yeux! il n'a même pas encore dix-neuf ans. Pendant longtemps encore il ne fera que traiter les choses en sous-main.

    • Et nous?

    • Nous?

    • Quelle sera notre place?

    • A ses côtés. Tu crois franchement que ça le changera? Fais-lui confiance ma tendresse... murmura-t-il en regardant Harry courir vers eux dans le sable.



    La fin de l'après-midi se déroula dans les jeux et les rires, ils firent du bateau emmenant d'abord les enfants puis les parents. C'est ivres de soleil et d'air marin qu'ils se retrouvèrent sur la terrasse devant un apéritif. Jim regarda avec appréhension Harry répondre à son téléphone portable.

    • Ton père est arrivé, tu viens le chercher? Mon loup, tu nous accompagnes?

    • Trois ce serait trop!

    Harry en passant caressa sa main du bout des doigts pour le rassurer. Il ne vit pas le regard lumineux le suivre jusqu'au fond du couloir. Pierre avec qui il parlait sourit de la distraction de son interlocuteur.

    • Tu les aimes vraiment beaucoup...

    • Trop pour ma tranquillité, admit le sorcier avec un soupir.

    • Saurais-tu maintenant vivre sans eux?

    • Avant que nous vivions ensemble, je n'arrivais déjà plus à me passer de leur présence, alors maintenant...

    • C'est extraordinaire. Quoique Harry fasse, il a toujours un œil sur toi et Jim et ce dernier a bien du mal à s'empêcher de vous toucher. Quant à toi, tu les suis aussi du regard mais plus Harry que Jim.

    • Harry c'est du vif-argent et souvent, lorsqu'il a une idée, il n'éprouve pas toujours le besoin de la partager et ça me fait peur. Il est très secret.

      Il a échappé de peu à un empoisonnement il y a environ un mois. Quand on te dit que celui que tu aimes vient de prendre un poison mortel et qu'il n'y a pas d'espoir, tu n'as qu'une envie : le suivre. Jim et moi étions anéantis, désespérés. Mais avec le Survivant, rien ne se passe jamais comme c'est prévu.

      Un petit garçon de onze ans s'approche, te dit qu'il ne peut pas mourir parce que tous les matins depuis des années il avale une quantité infime de poison pour y habituer son corps et l'immuniser. L'enfant fouille dans une poche secrète et tend au sorcier qui le soigne une boîte en argent avec des petites boulettes de substances mortelles à hautes doses. Ce dernier fait les tests pour ne pas augmenter la dose d'alcaloïde, lui donne la potion adéquate et il est debout une heure plus tard. Tu croyais connaître ton amant sur le bout des doigts et tu t'aperçois qu'un gamin en sait plus que toi. Tu le pensais nul en potions et tu apprends qu'il est capable de maîtriser l'art des poisons. C'est ça aimer Harry.

    • L'enfant, c'était son fils adoptif?

    • Oui, c'était Aymeric à qui il confie ce genre de choses à titre d'enseignement, devenant son mentor. Je me demande toujours lorsque je passe un moment loin de lui, ce que je vais trouver en rentrant, quelle angoisse ou quelle joie il va m'apporter, mais quand il est dans mes bras, j'oublie tout.

    • Alors, serpentard de mon coeur? Il est où le beau-père? fit la voix narquoise de Sirius.

    • Il ne va pas tarder, répondit Jim qui arrivait, il parle politique avec Harry. Viens, p'ti loup. Je crois que ton frère a fait des siennes en monde moldu.

    Pierre-François posa brusquement son verre, mit sur son visage ce masque froid, orgueilleux cher aux Sang-Pur, défense illusoire contre une réalité qui finissait toujours par les rattraper. Jim retrouva sans grand plaisir le prédateur de Lauzun qui charmait déjà son fiancé alors que lui n'avait été sensible qu'à un Pierre-François dévoilé, mais en même temps il en fut attendri, il mesura combien il était sensible à tout ce qui concernait ce frère qu'il combattait pourtant pour la lumière à leurs côtés. C'est un petit quart d'heure plus tard qu'ils revinrent sur la terrasse. Plus que jamais les regards des deux jeunes suivaient l'aîné qui remplissait son devoir d'hôte veillant avec minutie à ce que leurs moindres désirs soient satisfaits.

    Lorsqu'enfin le dîner fut fini, les cafés et les digestifs servis, il les laissa. Harry ne tarda pas à le rejoindre sur la terrasse devant la maison. Assis seul à la table, il aspirait sensuellement la fumée d'une cigarette, les yeux fermés sur ses pensées. Même si il avait horreur quand il fumait, il le laissa finir la main posée sur son épaule. Pierre-François pencha la tête en arrière jusqu'à l'appuyer contre lui.

    • Dix-huit victimes moldues, innocentes, dont deux enfants. Est-il devenu complètement fou? gémit-il. Il aurait dû être notre priorité à Stonehenge à la place d'Ombrage ou de l'invocateur.

    • Personne ne pouvait deviner qu'il allait se retirer dès le début des affrontements. Moi en tout cas je n'y ai jamais pensé.

    • ...

    • Quand à cette explosion, ne l'attribue pas trop vite à ton frère, elle est inexpliquée pour le moment et s'est déroulée dans le quartier de son QG, ce sont les seuls éléments que nous ayons.

    • Tu as entendu William, il a dit qu'un homme du nom de Sean O'Reilly avait essayé quelques jours auparavant de persuader différents propriétaires du quartier de vendre leurs bâtiments voisins de l'Inverted Pentagram.

    • Justement. Tu as dit que ton frère était intelligent. Pourquoi aurait-il envoyé son bras droit faire des propositions d'achat une semaine avant de provoquer une pareille déflagration, ce qui le désigne immédiatement comme suspect. Jusque maintenant il n'a jamais utilisé de moyen de combat moldu, seule le crapaud rose l'a fait.

    • Mais Ombrage est morte.

    • Elle oui! mais était-elle la tête pensante? Je me suis toujours posé la question. Quand elle est devenue notre professeur puis notre directrice en cinquième année, je ne l'ai jamais trouvée particulièrement intelligente. Elle était dévouée à Fudge et le secondait efficacement.

    • ...

    • Je trouve que le nom de Sean O'Reilly est trop souvent cité quand il s'agit d'expliquer l'attitude de nos ennemis.

    • On peut même pousser le raisonnement plus loin, intervint Jim dont Harry avait senti la présence derrière eux depuis un moment.

    Il vint les rejoindre. Harry l'attira vers lui d'un geste possessif et Jim s'alanguit contre sa hanche.

    • Si ton frère veut fusionner avec Grindelwald, O'Reilly pense certainement que ce dernier ne verra pas d'un bon œil l'influence de quelqu'un d'extérieur. Il suppose probablement qu'il va perdre sa place d'éminence grise et il a certainement raison. Si j'en crois les quelques documents que j'ai consultés à son sujet, ton arrière-grand-oncle ne faisait confiance à personne. Il n'a jamais eu ce qu'on appelle un bras droit ou un conseiller de peur de voir celui-ci le trahir. Pour O'Reilly c'est donc le moment où jamais de prendre les rennes de la faction d'Ombrage dont lui doit connaître les rouages.

      Créer une diversion en attirant l'attention des autorités moldues sur ton frère peut lui apporter au moins deux résultats appréciables, le premier, il affaiblit François-Marie, le second il l'empêche de regarder autour de lui trop concentré sur les ennuis qu'il ne va pas tarder à avoir avec la police. Même si il en a l'ambition, gouverner dans l'ombre d'un personnage public ou aux yeux de tous sont deux choses différentes. Afin de réussir au grand jour il faut du charisme ou de la notoriété et il n'est pas dit que O'Reilly en a les capacités.

    • Il y a un autre point qui ne colle pas. Ton frère refuse d'enrôler dans la Loge des adolescents mineurs, par respect de leur enfance. Je ne le vois pas tuer des enfants innocents.

    • ...

    • Une fois de plus nous nous retrouvons dans un triangle...

    Pierre-François se leva, plongeant son regard vers l'obscurité il soupira. Machinalement sa main partit à la recherche de ses cigarettes, réflexe qui revenait du passé lorsqu'il était énervé. Harry l'en empêcha d'un geste.

    • Je n'ai rien dit pour la précédente, là tu abuses! fit-il avec un sourire tendre.

    • C'était la première depuis au moins un mois.

    • Tu en auras une autre dans un mois, concéda Harry d'un air amusé.

    Avec un petit rire, il contempla ses agneaux appuyés l'un contre l'autre, il tendit un bras et amena le couple à lui, le tirant par la taille de Jim que Harry tenait. Pour se calmer, avoir contre soi les corps aimés, c'était bien plus qu'un peu de nicotine et de fumée.

    Il nicha sa tête dans le cou de Jim à la place préférée de Harry. Celui-ci rouspéta pour la forme et se colla contre son dos puis défit le catogan, jouant avec les longues mèches blondes avant de poser sa bouche sur sa nuque, de mordiller cet endroit d'une sensibilité exacerbée qu'ils avaient en commun. Le soupir de plaisir qu'il entendit, le fit frissonner. Il n'était que trop conscient des mains de Jim caressant le creux des reins de leur amant, passant entre lui et leur loup, l'excitant à chaque passage. Il pressa son envie contre le bas de son dos, il donnerait tout afin de posséder ce corps que ni lui ni Jim n'avaient dominé.

    Pierre-François n'avait plus ce recul du début qui le blessait, simple réflexe de crainte après les viols répétés subis dans son adolescence mais il était loin de l'abandon confiant. Il l'apprivoiserait peu à peu, à grand renfort d'amour et de tendresse, même si ça devait lui prendre des mois, des années. Ses pensées l'avait ramené sur terre. Avec douceur et plaisir, il natta les cheveux de soie et les attacha, effleura ses lèvres puis celles de Jim.

    • Il faut qu'on aille retrouver les autres.

    • Harry? appela-t-il dans un murmure incertain.

    • Je sais, lui souffla-t-il la bouche effleurant son oreille. J'attendrai. Nous aurons toute la vie.

    La joie qu'il vit envahir les yeux du sorcier le consola de son attente présente et future. Pierre-François savait son impatience mais ne pouvait rien faire. Son rejet n'était pas volontaire. Ils faisaient l'amour tous les trois et Harry en éprouvait beaucoup de plaisir mais il voulait plus encore. Il caressa sa main, étreinte furtive avant de retrouver leurs invités sur la terrasse.

    oOo

    Le lendemain matin, après le petit déjeuner, ils emmenèrent dans le bureau Pierre, William, Hermione, Draco, Sylas, Sirius et Cloud. Les quotidiens et le courrier habituel les attendaient. Au dessus de la pile, une enveloppe portant la mention "urgent " attirait irrésistiblement le regard. Harry l'ouvrit et se plongea dans la lecture, Jim lisait par dessus une épaule et Pierre-François par dessus l'autre. Les autres s'étaient répartis les journaux, seul The Independant Wizard consacrait un petit article à l'explosion.

    • Liam n'a pas grand chose à nous apprendre. Pour le moment il n'a pas beaucoup plus d'informations que celles que vous nous avons eues hier. résuma Harry. Une explosion inexpliquée a soufflé des immeubles occupés par des moldus faisant dix-huit morts dont deux enfants de six et neuf ans et une trentaine de blessés. Rien n'aurait attiré notre attention dans ce fait divers si ce n'est que les bâtiments détruits sont en bordure du monde sorcier et non loin du Chemin de Traverse et juste à côté d'une brasserie appelée "The Inverted Pentagram" qui est le quartier général de la Loge sorcière.

    • Il ne connaît pas les vacances ton frère? intervint Sirius avec ironie.

    Pierre-François sursauta et toisa le maraudeur comme si il avait devant lui un scroutt à pétard. L'habitude du Gryffondor de faire de l'humour avec tout l'agaçait profondément. La mort de dix-huit moldus n'avait rien de joyeux! Il ne retrouvait que rarement l'agréable dilettante du temps des maraudeurs, ne restait souvent qu'un homme plus ou moins aigri et persifleur.

    La main de Harry disparut du bureau pour se poser doucement sur sa cuisse. Il l'entendit soupirer.

    • Des aurors sont allés faire leur enquête après le passage de la police moldue. Il y avait l'empreinte magique de plusieurs sorciers au moins trois d'après Liam. Ils ont trouvé une fiole à potion sur les lieux, apparemment elle avait contenu du veritaserum. La police moldue n'a rien dit à la presse ni dans son rapport officiel, fit Harry en se tournant vers William, mais nos aurors ont identifié certains composants entrant dans la confection d'une bombe artisanale, les policiers n'ont pas pu passer à côté. Si j'en crois ce compte-rendu, elle devait être du même type que celle que nous avons découverte à Godrics Hollow lorsque nous recherchions la clef de l'université sorcière.

    • Pourquoi la police moldue a-t-elle caché ces informations? demanda Cloud perplexe.

    • Ils ont certainement estimé que c'était un attentat. Cela dépend alors du service de l'anti-terrorisme et de la sécurité du territoire, c'est un département très fermé. Il me sera difficile d'avoir des renseignements, fit William soucieux.

    • Bien. Je vais envoyer Jimmy et Joshua sur les lieux. conclut Harry.

    • Je ne vois pas le but de ce carnage, fit Sylas qui tenait dans ses mains la feuille de chou de l'opposition.

    • Et bien, ce n'est qu'une supposition mais j'ai une théorie... Je crois que le bras-droit de François-Marie qui était aussi un des proches collaborateurs du crapaud rose, essaie de reprendre à son compte l'organisation de cette dernière. L'explosion ne serait alors qu'un moyen d'attirer l'attention des autorités des deux mondes sur le dirigeant de la Loge sorcière. Celui-ci sera alors bien trop occupé pour voir la traitrise de son plus fidèle collaborateur.

    • Tu as des indices t'amenant là?

    • Plusieurs jours avant l'explosion O'Reilley est allé faire des propositions d'achat de ces deux bâtiments à leur propriétaire. François-Marie n'est pas assez bête pour ensuite les faire sauter sachant qu'il sera immédiatement suspect.

    • Je n'aime pas quand tes yeux pétillent comme ça et que ton nez frémit, on dirait James lorsqu'il préparait une bonne blague... lança Pierre-François.

    • Si on prévenait ton frère?

    • Hein? Tu es fou?

    • Sans lui dire que c'est nous bien entendu. Il s'occupera d'O'Reilly qui a certainement prévu cette possibilité mais ça les divisera, les affaiblira et ne sera pour nous qu'une bonne chose. Avant d'aller plus loin, je vais terminer de lire les rapports, je vois là un petit message particulièrement intéressant, se moqua Harry en ouvrant une petite enveloppe grisâtre et froissée qui ne payait pas de mine.

    Tous attendaient avec impatience qu'il ait fini sa lecture.

    • J'ai confirmation d'une autre de nos hypothèses, ton frère est en train de faire des recherches sur la fusion entre un humain et un être inférieur. Il nous a eu en beauté à Stonehenge.

    En voyant l'air perdu de deux diplomates, Harry entreprit de leur résumer que au vu de la prophétie, ils avaient très bien compris que le combat qui était évoqué devait se dérouler sur le site en réalité un ancien portail magique faisant communiquer les limbes avec le monde des vivants mais que ça ne s'était pas vraiment passé comme prévu.

    • Les quatre vers :

    Lorsque s'éteindront les feux de Litha
    Nourris de leurs peurs et de leurs folies
    Des hommes se dresseront pour l'hégémonie
    Brisant la nouvelle harmonie sous leurs pas

    peuvent maintenant être interprétés sans difficulté, continua-t-il.

    Le 21 juin lors du solstice d'été, à la tombée de la nuit après la fête consacrée à Litha, des hommes ayant peur et d'autres pris de folie briseront la nouvelle harmonie de cette paix si chèrement obtenue par la mort de Voldemort pour prendre une fois de plus le pouvoir.
    Tout comme les suivants :

    Se croyant les égaux des dieux anciens
    Voudront briser le lien sacré du bien
    Lors sur la pierre sacrificielle, un jour funeste se lèvera
    Et le fracas des armes retentira

    Les limbes étant, dans la mythologie, le royaume du dieu à tête de cerf Cernunnos, ils vont vouloir prendre un instant la place de cette divinité et se croire son égal. Ils ouvriront le portail des enfers pour en ramener un mort. Une bataille éclatera au dessus de la pierre sacrificielle, ça a été le cas. Le jour funeste s'est levé car nous avons cru empêcher le grand maître de la loge de faire revenir un mort parmi nous et nous avons échoué.

    Au contraire, nous nous sommes fait manipuler et l'avons aidé de notre puissance magique en refermant le vortex. Plus encore nous l'avons débarrassé de ceux qui étaient au courant de ses projets. Et un tyran est revenu de l'enfer et de nouveau le monde sorcier devra combattre par les armes pour sauvegarder sa liberté.

     

    • Je trouve que tu oublies certains points importants, mon ami. fit Draco qui trouvait son ami sévère pour lui-même.

    • ...

    • Le portail il fallait le refermer, eux en étaient incapables si nous ne l'avions pas fait que ce serait-il passé? As-tu senti l'aura maléfique qui entourait la pierre? Nous n'avions pas le choix. Heureusement que nous étions là, Harry.

    • ...

    • La perte d'Ombrage est une bonne chose. C'était un être méprisable, dangereux et nuisible.

    • Pour voir O'Reilly prendre sa place? railla Harry.

    • Avant, intervint Jim, il y avait Ombrage et O'Reilly.

    • Maintenant à la place, nous avons un Gellert Grindewald en liberté.

    • En liberté mais sans corps...

    • Moi je trouve que vous avez oublié un point très important, intervint une voix moqueuse, je suis revenu aussi!

    Toutes les têtes se tournèrent vers Sirius qui avait un sourire jusqu'aux oreilles. Certains éclatèrent d'un rire nerveux qui se transforma très vite en fou rire, seuls Harry et Pierre-François le regardaient d'un air désespéré. Ils se lancèrent un coup d'œil puis furent à leur tour contaminés par l'hilarité générale.

     

    Après un déjeuner léger et frais, ils descendirent sur la plage. A la place de faire une sieste, ils s'éloignèrent de la côte en bateau avec Sylas, Draco et les garçons. Pierre-François debout à la barre s'en donnait à cœur joie, oubliant dans la vitesse les soucis du matin. Harry et Jim, de part et d'autre, avait passé un bras autour de sa taille et se laissaient griser par l'air du large. Quand il fut apaisé, il passa le relais à Draco et Sylas leur apprenant à gouverner le zodiac.

    Ils passèrent une soirée calme entre discussions et jeux d'échec. Il n'avait aucun à cœur de s'amuser, la réalité du conflit qui minait le monde sorcier était là palpable, invitée indésirable mais inévitable.

     

    oOo

     

    Harry se réveilla dans la chaleur moite de leur lit. Comme Jim, il avait toujours aimé ouvrir les yeux sur le nouveau jour, serré contre le corps de son fiancé. Rien n'avait changé, il était toujours blotti dans ses bras, dans cette senteur faite du mélange de son effluve personnelle et de son eau de toilette citronnée, cocktail qui lui chamboulait le cœur. Il respira celle-ci au creux de son cou et resserra son étreinte autour du corps de son homme.

    Pourtant depuis presque un mois une seconde odeur avait envahi son univers, il la retrouvait partout, plus capiteuse, plus mûre et elle lui retournait les sens. Un mouvement qui se fit contre son dos, une tête qui se posa contre son épaule lui en envoyèrent une bouffée. Puisqu'ils vivaient ensemble, dormaient ensemble, faisaient l'amour ensemble, elles auraient dû se mélanger, se confondre... mais ce n'était pas le cas. Elles avaient chacune une identité propre, lui parlant d'un amour différent, d'une façon d'aimer différente mais il était incapable de mesurer lequel il aimait le plus, il les aimait! point!

    Avant l'arrivée de leurs amis, ils avaient passé quinze jours de rêve à s'apprivoiser, à s'aimer sans jamais un mot plus haut que l'autre, en parfaite harmonie. Il avait toujours dans un coin de son esprit un ténu regret de ce couple à deux tellement uni, tellement fusionnel qu'il formait avec Jim et qu'était venu troubler Pierre-François. Il avait été le premier a succomber au charme de ce dernier et Jim en avait souffert même si le beau sorcier ne le laissait pas indifférent. Il ferma les yeux et caressa doucement les boucles blondes, descendit le long de la pommette et de la joue puis passa un doigt sur les lèvres tentantes. Il les sentit s'étirer en un sourire. Alors doucement il l'embrassa.

    • Tu ne dors plus mon cœur?

    • Je dormais mais avec tes caresses ce n'est plus le cas et je suis loin de m'en plaindre.

    • Je n'ai pas envie de me lever. J'aimerais rester là à paresser, soupira-t-il..

    • Qu'est-ce qui t'en empêche? murmura doucement Pierre-François contre son oreille. Nous sommes en vacances. Rien ne nous oblige à travailler tous les matins. Ce n'est pas un jour qui fera la différence. Passons une journée tranquille, Pierre est reparti hier après une semaine ici et les invités suivants arrivent demain.

    • Tu représentes toujours le désir, répondit Harry avec un petit sourire.

    • Ça veut dire quoi cette petite phrase?

    • Que pendant tout un moment tu as symbolisé notre tentation, une très belle tentation, et maintenant que nous y avons cédé, là, tu la matérialises sur un autre plan...

    • Tu regrettes?

    • Non, mon loup. Je t'aime trop pour ça. Il y a longtemps que nous ne voyions plus notre vie sans toi.

    • Jim?

    • Non! Nous avons beaucoup hésité, p'ti loup. Mais depuis que nous avons décidé de vivre ensemble, je n'ai pas de regrets. Je suis bien avec toi même si j'ai l'impression parfois que tu es plus proche de Harry que de moi.

    • Est-ce que tu m'aimes de la même façon que tu tiens à lui?

    • Non, murmura Jim craignant que la question suivante soit « M'aimes-tu autant? ».

    • Moi non plus. Mon amour pour toi est paisible, tranquille, je sais que demain tu seras là, fort, solide, tendre. Il me suffira de t'attirer contre moi pour éprouver un bien-être jamais connu auparavant. Harry, j'ai toujours peur de ce qu'il va faire le lendemain. Je crois le connaître et soudain il me surprend dans ses choix, dans ses actions et bouleverse toutes mes certitudes... Je suis donc toujours en train de le chercher, cet insaisissable, alors que toi je sais te trouver à mes côtés et crois-moi, j'aime ça infiniment. conclut doucement le sorcier.

    • C'est moi qui vais être jaloux, souffla Harry.

    • Pourquoi? demanda Jim. Alors que c'est ce que tu éprouves toi-même! Aurais-tu oublié ce que tu as dit? Qu'il était toujours par monts et par vaux et que tu passais plus de temps à t'énerver qu'à l'aimer parce que tu ne savais jamais où il était et ce qu'il faisait...

    • Je suis avec vous le plus clair de mon temps et tu sais que j'ai tout fait afin de me rapprocher de vous, pour que nos vies se mêlent et se confondent, fit Pierre-François, surpris et choqué.

    • ...

    • Harry?

    • C'était il y a longtemps, nous n'étions pas encore très proches, répondit-il de mauvaise grâce, tout en cachant son visage dans le cou de Jim, mécontent de devoir avouer que, déjà à ce moment, il pensait à lui avec amour.

    • ...

    Malgré la joie qui l'envahissait, l'aîné ne dit rien devant l'embarras de son jeune amant. Il se pressa un peu plus contre lui dans le but de lui faire comprendre qu'il avait aimé son aveu même forcé. Il le sentit tressaillir et son bassin se colla contre le sien, il sourit doucement, il connaissait maintenant le langage corporel potterien. Peut-être pas aussi bien qu'il l'avait supposé d'ailleurs car une fois encore Harry le surprit en passant de l'autre côté de son corps et en se pressant contre son dos. Sa bouche vagabonda sur sa nuque et ses épaules puis descendit dans son dos traçant de tendres sillons jusqu'au creux des reins, de douces morsures le faisaient frissonner pendant que Jim l'embrassait, baisers de soie, baisers de miel puis baisers de feu. Leurs mains qui exploraient son corps avec sensualité lui faisaient perdre toute retenue, il s'entendit gémir. La bouche de Jim descendit pour doucement câliner sa hampe. Il avait toujours gardé le contrôle de leurs ébats, là il perdait jusqu'au sien. Puis les doigts de Harry qui erraient de sa virilité tendue par le désir à la cambrure de son dos, son envie qu'il pressait contre ses fesses, l'affolèrent.

    • Chut, mon loup, mon amour, ma folie. Calme-toi, profite de nos caresses, je n'irai pas plus loin. Je t'ai promis d'attendre. répétait ardemment son amour contre son oreille. Fais moi confiance, mon grand, fais-moi confiance, je t'aime...

    Il soupira de frustration, il ne pouvait vaincre cette peur panique qui l'envahissait dès qu'on s'approchait de lui de cette façon. Salazar seul savait à quel point, il avait envie de combler son attente et de lui appartenir. Il essaya de se détendre sous les gestes et les baisers passionnés de Jim, les paroles amoureuses et les caresses de Harry, bientôt de nouveau il ne fut plus qu'un geignement de plaisir. D'une voix rauque qu'il ne se connaissait pas il leur murmurait des mots d'amour, des mots fous, des mots éternels. Il prit conscience du fait que lui aussi instinctivement caressait, embrassait un corps pantelant, soumis qui s'abandonnait à ses mains expertes, qui frissonnait de volupté sous sa bouche qui errait sur le velours de la peau. Pour la première fois, Jim s'offrait à lui. Quand il l'entendit geindre son plaisir lors de son intrusion, lorsque sa chaleur moite l'envahit, ce fut à ce moment que de Lauzun le libertin sortit de toute notion de la réalité pour entrer dans celle de la volupté qui fait crier.

    Il s'étira lascivement ramenant contre lui Jim qui posa sa tête sur son épaule et mélangea ses jambes aux siennes avec un soupir de bien-être. Harry qui était à présent à côté de son fiancé passa au-dessus de leurs corps enlacés et se blottit contre son flanc, attirant sa tête vers lui par la nuque pour un baiser suave et interminable avant de caresser le visage de Jim. Il le serra contre lui, son agneau chéri, bien plus fort que ne le demandait l'instant tendre mais cela ne sembla pas le gêner. Dans l'étreinte finale, au moment de la jouissance, il lui avait manqué et l'entendre crier le plaisir que lui donnait Jim l'avait presque choqué. Il était le premier surpris de cette jalousie qui lui avait serré les tripes.

    D'habitude son but était de prendre du plaisir, il avait à cœur de satisfaire ses partenaires et de leur en procurer aussi, il y réussissait très bien. Avec eux, il y avait toujours eu cette différence qu'apportait l'amour mais là il y avait eu plus... Il ne savait de quelle manière exprimer ce qu'il ressentait. Comment leur dire que cet abandon de lui-même dans l'amour était quelque chose de nouveau pour lui. Que c'était la première fois qu'il faisait assez confiance que pour que tombent toutes les barrières qu'il érigeait.

    Jim se leva pour aller à la salle de bain, il était trop tard pour les confidences semblait-il. Sauf que...

    • Mon amour? Que se passe-t-il? chuchota Harry en l'enserrant de ses bras.

    • Pour la première fois, j'ai perdu le contrôle de moi-même...

    • Ça te dérange? demanda son agneau avec un sourire plein de tendresse devant le désarroi de son compagnon.

    • Je ne sais pas. avoua-t-il franchement. Depuis que je suis en âge de penser, j'ai toujours tout fait pour maîtriser mes pensées, mes actes et considéré que ne pas y arriver était une faiblesse. Avec mes sentiments pour vous, j'avais déjà perdu une partie de cette faculté.

    • Je m'oublie bien dans tes bras, parce que je t'aime. Je sais que je peux te confier ma vie.

    • J'ai toute confiance en vous, ce n'est pas ça. J'ai éprouvé à la fois un soulagement immense à me laisser aller à mes pulsions et à la fois une perte, la perte d'une partie de moi-même qui devenait vôtre. Ce n'est pas très clair. fit-il rêveur.

    • En effet. Mais je sens qu'il n'y a pas que ça...

    • ...

    • Mon loup?

    • ...

    • ...

    • Je t'ai entendu crier de plaisir dans les bras de Jim. Depuis que nous sommes ensemble, tu avais toujours joui dans les miens et là tu étais loin.

    • Je l'aime et c'est dans ses bras que j'ai appris la jouissance. Il y a longtemps que je ne lui avais plus appartenu, ça m'avait manqué et à lui aussi. Nous faisons l'amour à trois, non? Toi tu as fait cadeau de ton abandon à Jim et pas à moi, que dois-je en penser? souffla Harry en resserrant lui aussi son étreinte.

    • Tu sais bien que ce n'est pas vrai! tes caresses y sont pour beaucoup et c'est à toi que je voudrais appartenir complètement... avoua-t-il à voix basse. Avant même qu'on fasse l'amour ensemble, j'avais déjà cette envie d'être tien totalement.

    • Tu n'as pas l'impression de te contredire là? fit Harry amusé.

    • Je sais, soupira-t-il.

    • Nous arriverons à vaincre tes démons et tes peurs, ne te focalise pas là-dessus, ça prendra le temps qu'il faudra. Je ne t'en aime pas moins pour la cause.

    Il attira Pierre-François sur lui, il noua sa main à la sienne et fit se toucher les bracelets. Il percevait le tumulte en son amant et essaya de le tranquilliser, il le sentit s'apaiser doucement. Il était certain que le bracelet elfique avait bien d'autres pouvoirs que cet apaisement réciproque qu'il leur procurait. Il faudrait qu'il fasse des recherches. Quand Jim revint encore humide, il poussa doucement son loup qui s'était endormi la tête sur sa poitrine, posa un baiser en passant sur l'épaule de Jim qui mettait une fois de plus un vrai fouillis dans la garde-robe pour trouver des vêtements qui lui plaisaient et passa à son tour dans la salle de bain.

    Lorsqu'il coupa l'eau de la douche, il entendit la voix de Pierre-François qui semblait plus qu'énervé, il enroula vite une serviette autour de ses hanches et se précipita. Jim et Pierre-François se disputaient devant les armoires ouvertes.

    • Tous les jours c'est pareil, Jim! Tout doit être rangé quand ce n'est pas repassé à nouveau. Tu crois qu'ils n'ont que ça à faire? passer derrière toi!

    • Tes vêtements sont rangés bien tranquillement dans l'autre partie, ils sont impeccables comme d'habitude! pas un faux pli! railla Jim.

    • Ai-je dit le contraire? Tu aimes mettre des tee-shirts et des jeans froissés?

    • ...

    • Et ça ce n'est pas à toi je crois? fit-il en prenant un pantalon et deux tee-shirts en boule.

    • Si Harry veut me dire quelque chose, il le fera!

    • Non, tu le sais bien! il t'adore! alors chaque jour il range au moins ce que tu as déplié à lui et parfois ce qui t'appartient aussi! tu crois que je ne le vois pas? Tu exagères!

    • Tu es mon amant Pierre-François! Pas mon père!

    • Justement! Quand on vit ensemble on essaye de respecter les autres, Jim. Ça fait un mois que je ne dis rien, mais tu ne fais aucun effort, au contraire. Et moi voir le peu de soin que tu prends de tes vêtements, ça m'énerve.

    • Parce que c'est toi qui me les a offerts?

    • Par Salazar! Jim! Pour qui me prends-tu? Non ça n'a pas d'importance d'où ils viennent, ou qu'ils soient chers ou quoi que ce soit... mais tu fais la même chose pour le reste! Tous les jours, Harry se précipite derrière toi dans la salle de bain pour ranger ce que tu laisses traîner avant que j'y aille parce qu'il a peur qu'on se dispute. Tu trouves ça normal? c'est toute la considération que tu as pour lui?

    • Ne parle pas comme ça! Ce n'est pas toi qui vas me dire comment l'aimer!

    • Arrêtez tous les deux! nous n'avons qu'une journée pour nous trois! Je n'ai pas envie de la passer entre vous deux en train de faire la tête... intervint calmement Harry.

    • Tu te gardes bien de prendre parti pour l'un ou pour l'autre! il est beau le gryffondor!

    • Jim! Quand nous étions tous les deux à Astor's Lodge nous avons eu de nombreuses fois cette discussion. Alors restons en là, mon cœur.

    • Tu as mouillé partout! Tu vas te faire gronder! lança-t-il rageur en désignant les traces mouillées de ses pas avant de quitter la pièce.

    Harry poussa un soupir et rentra dans la salle de bain.

    • Je suis désolé, c'est la dernière chose que je voulais, fit Pierre-François en le rejoignant.

    • Je savais que ça arriverait, soupira Harry. J'aurais dû le lui dire déjà, mais je sais d'expérience que ça ne sert à rien, il essaie deux jours pour me faire plaisir et puis il recommence. C'est moins de tracas de remettre quelques vêtements que de me disputer avec lui.

    • Tu me donnes tort?

    • Non! Sur le fond tu as raison! Je ne suis pas très ordonné moi-même mais je le remarque pourtant. Il est bordélique c'est un fait, mais tout le monde a ses défauts. Accepter les autres comme ils sont, c'est aussi ça aimer.

    • Donc tu me donnes tort!

    • Mais non! arrête d'en faire une affaire d'état! se moqua doucement Harry. Je t'aime aussi comme tu es et je sais que tu es très soigneux et même un peu maniaque. Il était donc évident qu'un jour vous vous opposeriez! J'aurais préféré que ce soit un autre matin.

    • ...

    • De toute façon, je connais mon Jim, il sait qu'il a tort et à sa manière il l'exprimera. Prépare toi tranquillement, je t'attends.

    Pierre-François ne put s'empêcher de le retenir par le bras. Après ce qu'ils avaient partagé le matin même, il avait mal de ce qu'il ressentait comme une fracture dans cette entente. Il se dit qu'il devenait Poufsouffle. Harry lui lança un coup d'œil interrogatif puis sourit et l'attira vers lui. Il s'égara bien loin de leur dispute en contemplant le visage du sorcier. Il avait un grain de peau fin qui aurait fait envie à plus d'une femme, même non rasé on voyait à peine l'ombre des poils disgracieux. Les yeux paraissaient plus clairs encore dans le visage bronzé, il se trouva ridicule de penser qu'ils lui évoquaient ces eaux des lagons des mers du sud qui étaient présentées dans les publicités des agences de voyages moldues... Il aimait le front haut à peine bombé et les sourcils délicatement dessinés. Des pommettes accentuées et un menton bien dessiné enlevaient à ce visage ce qu'il aurait pu avoir de mièvre, une bouche finement ourlée et des lèvres légèrement brillantes qu'il savait douces, un nez droit ni grand ni petit harmonisaient ce visage masculin aux traits fins. Doucement, du bout de l'index, il caressa le petit pli d'expression qui se dessinait au coin des yeux dénonçant la maturité. Lorsqu'il lui rendit son sourire, une fossette se creusa au coin de la bouche remontant la joue, il y posa ses lèvres...

    • Comme je t'aime, lui murmura-t-il d'une voix enrouée par l'émotion qu'avait provoquée en lui cette étude, il posa son front contre le sien.

    Comme le matin, l'aîné le serra de toutes ses forces dans ses bras. Ils restèrent là soudés l'un à l'autre un moment.

    • Il faut que je m'habille, il est presque midi.

    • Vas-y mon loup... Je t'attends.

    • Et Jim?

    • Ça lui laissera le temps de penser à ce qu'il a dit. Ne te tracasse pas, je le connais, ça s'arrangera très vite. Pour te faire plaisir, il fera attention quelques jours et puis il recommencera.



    Quand ils arrivèrent sur la terrasse, tout le monde les attendait en discutant ou en jouant aux échecs sorciers. Tous sauf Jim. Couché sur une chaise longue, le regard tourné vers le large il offrait aux autres le spectacle de son dos. Draco lança un coup d'œil interrogatif à son ami qui lui répondit par un sourire. Harry alla s'accroupir devant lui, une main posée sur sa hanche, il le regarda sans rien dire. Des doigts vinrent se mêler aux siens. Il le tira pour qu'il se lève et l'attira contre lui d'un geste possessif.

    • Pourquoi est-ce que j'ai perdu mon calme? ce n'est pas dans mes habitudes.

    • Parce qu'on venait de faire l'amour et que ses reproches t'ont blessé si tôt après. Il ressent la même chose et s'en veut aussi même si il avait raison.

    • C'est la première fois qu'on se dispute.

    • Ce ne sont que quelques mots un peu vifs qui n'ont aucune importance, mon cœur. Viens.

    Main dans la main, il s'approchèrent des autres, Harry s'assit et attira Jim sur ses genoux sans plus de gêne. Leurs invités étaient partis, excepté Draco, Sylas, Hermione, Peter et Sarah. C'est ainsi que Pierre-François de retour de la cuisine les trouva. Jim accrocha son regard puis ne le lâcha plus, l'aîné lui sourit tendrement.

    Une heure plus tard, ils mangeaient tranquillement discutant d'une éventuelle excursion en Corse ou en Espagne. Harry voulait voir Séville ou Grenade, Draco aurait aimé découvrir l'île de beauté. Quand il eut le regard attiré par un point noir qui volait sur eux, Harry sut que les ennuis allaient remplacer leur expédition. Un gros hibou foncé se posa sur la table à côté de lui, il prit la petite enveloppe grise et froissée dont il connaissait la provenance et lut la lettre. Il en leva les yeux pour les fixer sur Cloud et Aymeric.

    • C'est Justin. O'Reilly a découvert son rôle, il est en danger. Il dit que nous savons où il est. Comme je l'ignore, il ne peut s'agir que de vous deux.

    • Oui! confirma Cloud, nous avons établi un plan au cas où il se ferait prendre.

    • Alors nous sommes sauvés! s'exclama Sirius avec ironie.

     

     

     

     

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    12:56 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |

    14.09.2010

    L'unification salvatrice

     

    L'unification salvatrice



    Prologue



     

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    Il y avait Voldemort et nous l'avons vaincu...

    Il y avait Ombrage et nous l'avons vaincue...

    Il y a la Loge Sorcière et son grand maître et nous la vaincrons foi de Survivant.

    Si les alliances ne sont plus les mêmes, le but, lui, reste : la Fratrie œuvre pour la Lumière.

    Une prophétie nous guide. Si j'y ai un rôle, je ne suis pas seul, mes meilleurs amis sont encore plus concernés par ces quelques vers.



    S'aimeront trois jeunes sorciers
    Serpents et lionne mêlant ambre, ébène et acier,
    Par l'Alliance liés, sans possible retour.
    Puissants de leur fol amour,
    Grandis de leur unique union,
    Des mondes opposés, feront la réunion.

    Lorsque s'éteindront les feux de Litha
    Nourris de leurs peurs et de leurs folies
    Des hommes se dresseront pour l'hégémonie
    Brisant la nouvelle harmonie sous leurs pas
    Se croyant les égaux des dieux anciens
    Voudront briser le lien sacré du bien
    Lors sur la pierre sacrificielle, un jour funeste se lèvera
    Et le fracas des armes retentira

    Magie blanche, magie noire mêlées,
    Elle, déesse de Beltane devenue, sera,
    Par Belenos dédoublé, enfin fécondée,
    Ainsi des deux, roi naîtra.
    Lorsque tout sera vécu fors le trépas.
    Lorsque tout sera perdu fors l'inclination
    De l'Elu, ils attendront l'aura
    Pour sauver le monde de sa perdition.

     

    Conseillés par notre mentor, une fois de plus nous ferons ce qui doit être accompli mais je ne renoncerai pas à ma vie pour autant. Les compagnons que j'aime, le fils adoptif que m'a donné le destin remplissent celle-ci. Et si le trio n'est plus Hermione et Draco unis à jamais par le pacte d'alliance à Sylas, ne sont pas loin.

    Bien des choses se sont passées en un an.

    Qui aurait cru que moi l'Elu je ferais confiance à Lucius Malefoy dont je n'avais pas eu à me louer dans le passé et que j'appuierais sa candidature comme ministre de la magie?

    Qui aurait cru que je réclamerais l'héritage de Salazar Serpentard moi le gryffondor, l'homme de Dumbledore?

    Qui aurait cru que je formerais un groupe armé masqué utilisant des sorts impardonnables et des armes moldues mortelles et tuant plus souvent qu'à son tour pour défendre le monde sorcier contre de nouveaux apprentis dictateurs mégalomanes.

    Mais tout cela est bien arrivé car notre univers est en mutation et je me dois de l'accompagner. Ne suis-je pas l'Elu?

     

     

     

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    25.08.2010

    Un toit pour s'aimer

     

    Texte écrit en réponse à un défi organisé sur le FoF, forum francophone consacré aux fanfictions... Un OS devait être écrit répondant aux conditions suivantes

    Fandom : Libre

    Support : Libre

    Limite : Aucun maximum ou minimum de mots/pages

    Les 8 mots suivants doivent être employés et apparaitre en gras :

    Chauve, Massage, Sacquer, Mycose, Secret, Sectionner, Bonbon, Férocité.

    Conditions particulières : Les verbes peuvent être conjugués, vous pouvez utiliser le singulier ou le pluriel, le féminin ou le masculin.

    Une rime en deux vers minimum doit apparaitre dans votre écrit. Une mini poésie en quelque sorte.

     

     

     

     

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    Un toit pour s'aimer

     

     

     

     

     

     

    Par Merlin! Quel ennui... Je me retrouve une fois de plus à passer les vacances de printemps à Poudlard pour cette huitième année que nous faisons afin d'obtenir enfin nos ASPIC. Le fait d'être majeur et d'avoir vaincu Voldemort n'a rien changé à cela. Mes deux meilleurs amis sont très occupés l'un de l'autre et s'isolent souvent pour se bécoter. Il faut dire qu'ils attendaient ça depuis un moment et qu'ils en ont des choses à rattraper.

    Ma petite-amie du moment, une serdaigle de septième année prénommée Vania commence à épuiser ma patience. Je veux bien qu'il faut pratiquer des loisirs en commun mais trop c'est trop, faire les boutiques, les salons de thé et les discothèques... Très peu pour moi! Sans oublier le jogging du matin et ses jérémiades perpétuelles quand je ne veux pas l'accompagner. Je sens que je vais la laisser tomber dans pas longtemps. Là je suis tranquille pour quinze jours.

    J'aime sa douceur, sa tendresse mais malheureusement, ce n'est pas suffisant.

    Ce que je voudrais c'est de l'amour, du grand, du vrai, du sérieux... Celui qui fait battre votre cœur dès que l'objet de votre flamme apparaît, celui qui vous tient éveillé la nuit pour le regarder dormir, celui qui vous fait embrasser l'oreiller sur lequel il a posé sa tête, celui qui vous fait regarder votre montre cent fois en une heure parce qu'il est en retard, celui qui vous donne envie de respecter l'autre et de lui faire l'amour et non de le baiser... Celui qui me donnera envie de fonder la famille que je n'ai jamais eue. Il? J'ai dit "il"? Ma langue a fourché... Comment ça deux fois? Ce sont des choses qui arrivent...

    Je jette un regard autour de moi. Il y a peu d'élèves mais pourtant plus que habituellement en période de vacances. Devant moi il y a le groupe des serpentard. Depuis la mort de Voldemort, ils sont mieux vus par les autres maisons et si des conflits éclatent ils n'ont plus la même férocité que jadis. Malefoy a changé et mûri. Il a gagné en puissance, son aura magique s'est développée. Je la perçois facilement et la sens plus chaude et plus sereine. C'est vrai qu'il n'a plus la même influence sur ceux de sa maison qu'avant mais il ne la cherche plus et si il est toujours aussi fier, il n'est plus autant imbu de lui-même.

    Je ne sais si sa petite amie du moment, très jolie soit dit en passant, y est pour quelque chose mais il est calme pour l'instant. Il devient même poli, ce qui est tout nouveau pour moi.

    En regardant de ce côté, j'ai attiré un regard, je sens son poids sur moi. Je sais à qui il est, je n'ai même pas besoin de vérifier. Je suis certain de voir deux beaux yeux chocolat m'observer avec tendresse mais je ne réponds pas à l'attachement qu'il me porte. Je pourrais me laisser aller dans ses bras, il a la réputation d'aimer l'amour et je sais qu'il attend depuis longtemps un signe de moi, mais je ne veux pas! je ne veux pas le faire souffrir. La vie est mal faite! Pourquoi est-ce que je ne l'aime pas ce beau félin à la peau sombre et veloutée que convoitent pourtant filles et garçons?

    • Harry?

    • Bonjour Blaise.

    • Nous avons pensé que nous étions tous dans la même galère pendant ces vacances, que nos petites amies respectives ne sont pas là et que tous nous nous ennuyons. Nous voulions organiser dans notre salle commune une soirée jeux, ça te dirait de venir avec Ron, Hermione? Nous avons prévu des boissons et des sandwichs...

    • Arrête d'essayer de vendre ton article, Blaise... Tu vas finir par ressembler à un camelot!

    • ...

    Je vois son recul. J'ai été blessant sans raison. Ce n'est pas à lui à payer pour mes états d'âme.

    • Excuse-moi! Je ne suis pas de bonne humeur.

    • Vania te manque? fait-il en s'asseyant à côté de moi sur la pente herbeuse devant le lac.

    • Ça non! Ce serait même le seul côté positif de ces vacances, me voilà tranquille pour deux semaines!

    • Pourquoi sors-tu encore avec elle si tu ne la supportes plus?

    • Je sens arriver les crises de larmes, la grande scène des adieux puis les murmures derrière mon dos... j'en suis fatigué. C'est chaque fois pareil!

    • C'est aussi que tu es instable...

    • Je ne m'attache pas! Va savoir pourquoi... C'est pour ça que je préfère ne pas sortir avec des gens que j'aime bien. Je finis par les blesser.

    • C'est pour moi cette mise en garde?

    • ...

    • Et si je te demandais d'essayer quand même?

    • Blaise, murmurai-je avec des reproches dans la voix.

    • Je t'apprendrai à m'aimer... fait-il sensuellement en caressant ma joue et en tournant mon visage vers lui.

    Je me perds dans son regard charmeur, il me faut toute ma volonté pour m'en arracher et ne pas poser mes lèvres sur les siennes.

    • ...

    • Je sais que je te plais.

    • C'est vrai. Tu veux être mon amant un mois et te faire sacquer en m'entendant dire que je ne te supporte plus? Je ne veux plus ce genre de relation, Blaise. Je préfère m'abstenir, surtout avec toi.

    • Pourquoi surtout avec moi? Parce que je suis un serpent? Parce que je suis le meilleur ami de Draco? Tu en es toujours là?

    • Parce que je ne suis jamais sorti avec un mec et parce que je t'aime bien, crétin. Je ne viendrai pas ce soir.

    • Je suis venu te le demander pour tout le monde! ce n'était pas un plan drague.

    • Ce n'est pas une bonne idée, tu le sais.

    • Et alors, Blaise? fait une voix traînante. A la place de faire le message, tu dragues? Tu crois qu'un serpent est assez bien pour lui? Il est sorti avec des filles de toutes les maisons sauf de la nôtre, alors un garçon...

    Pourquoi tout d'un coup me cherche-t-il misère? Il avait l'air calmé. Je lève les yeux et reçoit un regard gris chargé de tempête. Je le sais par cœur et je l'ai rarement vu autant en colère... Plus depuis longtemps en tout cas.

    • C'est une conversation privée. Laisse tomber Malefoy!

    • Draco! s'exclame Blaise à côté de moi avec désapprobation.

    • Tout ça c'est de ta faute! lui jette son meilleur ami. Tu es incapable de garder tes mains chez toi! continue-t-il d'une voix rageuse avant de lui tourner le dos et de s'éloigner à grandes enjambées d'un pas très peu malfoyen.

    Blaise le regarde stupéfait et se tourne vers moi comme pour me demander des explications.

    • Va le voir, ne gâche pas votre amitié, si cela en est encore une pour lui, car sa réaction ressemble fort à de la jalousie.

    • Nous n'avons pas ce genre de relation! notre amitié a toujours été sans aucune ambiguïté. Nous nous connaissons depuis que nous sommes bébés. Je voulais te dire que Ron et Hermione ont déjà accepté d'être des nôtres. Essaye de venir.

    Je le vois se diriger vers son ami et avoir une discussion plus qu'orageuse avec lui. A un moment, j'ai peur qu'ils en viennent aux mains ou aux sorts, mais je vois Blaise opiner à ce que lui dit Draco et celui-ci se calmer. Il me regarde avec du désespoir dans les yeux avant de suivre le prince des serpents.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Je suis seul dans le dortoir, je n'ai pas été à leur soirée. La scène de tantôt a balayé mes dernières hésitations. Je préfère ne pas gâcher la soirée de toute le monde en provoquant encore une dispute entre les deux amis quelle qu'en soit la raison.

    Je prends dans ma valise "Les fleurs du mal" de Beaudelaire et me lance dans la lecture des poèmes français. Tout le monde s'attend à ce que je devienne auror, c'était ma première ambition, ça ne l'est plus. Je suis las de la guerre, du danger, de la mort.

    J'ai d'autres projets que j'ai gardés secrets pour le moment. J'aimerais écrire, je crois que j'ai des choses à dire... Les mots sont aussi tranchants que des armes. J'ai fait beaucoup de progrès dans la langue de Voltaire grâce à Fleur. Après la mort du mage noir, j'ai passé plus de deux mois à la chaumière des coquillages, j'y retournerai pendant les prochaines vacances et je ne reviendrai pas. Je me suis déjà inscrit à l'université de Beaux-Bâtons qui a une section littérature. Pour que je continue à progresser, elle m'a rempli un sac de livres français dont plusieurs recueils de poèmes. Et j'ai adoré. Ça me détend. Par contre, j'aime moins le théâtre. J'ai lu une pièce de Corneille "Le Cid" puis une de Ionesco "La cantatrice chauve", je n'ai pas vraiment apprécié.

    Ils rentrent de leur soirée tard, je fais semblant de dormir. Très certainement, Ron n'est pas dupe, il me connait trop bien mais il respectera mon désir de solitude.

    Depuis plusieurs jours j'évite tout contact avec les serpentard et comme mes amis les fréquentent plus régulièrement, je les vois moins aussi. J'ai passé le début de la soirée dans le parc, à la lisière de la forêt avec un livre et je rentre lentement, peu pressé de me retrouver dans une salle commune désertée. Dès que le portrait de la grosse dame m'ouvre la porte, des bruits de conversation et de rires me sautent aux oreilles. Ils sont une vingtaine installés là, élèves de toutes les maisons. Ils sont en train de jouer à un jeu moldu qui consiste à mettre pieds et mains sur des ronds de couleur dessinés sur des tapis en plastique en prenant des positions incongrues. Je suis étonné de les voir tous, verts et argent y compris, se livrer à ce genre de jeux enfantins. J'ai essayé d'entrer discrètement pourtant plusieurs tournent la tête vers moi. Je vois Hermione mordre sa lèvre inférieure, je connais ce tic, elle a peur de ma réaction.

    Je leur fais un signe de la main et me dirige vers le dortoir. Je ne vois pas mes deux amis échanger un regard catastrophé avant de se tourner vers les deux serpentards qui sont en face d'eux. Je suis installé sur mon lit quand Hermione écarte les rideaux et s'assied sur la courtepointe.

    • Tu m'expliques ce qui se passe?

    • Je ne sais pas.

    • Comment ça? Pourquoi fuis-tu tout le monde depuis deux jours?

    • Je ne veux pas provoquer encore une dispute entre Draco et Blaise.

    • Une dispute? C'est pour ça qu'ils s'adressent à peine la parole? Raconte.

    J'essaye de lui raconter les faits sans parti pris. Elle reste songeuse un moment.

    • Tu veux sortir avec Blaise?

    • Je ne suis jamais sorti avec un garçon, je crois qu'il me faudrait être amoureux pour franchir ce pas qui n'est pas anodin et ce n'est pas le cas.

    • ...

    • Il me plaît. Sa façon d'être me plaît. Sa tendresse me plaît. J'ai envie de lui mais je ne l'aime pas, soupirais-je. Il ne mérite pas d'être blessé.

    • Et Draco?

    • Comment ça Draco?

    • Je suis certaine qu'il n'est pas amoureux de Blaise, pourtant il était jaloux parce que vous avez failli vous embrasser, c'est bien ça?

    • Oui.

    • Depuis que tu fuis tout le monde, ils tournent en rond comme des âmes en peine tous les deux.

    • Tu sais que tu parles de Malefoy Junior? Le séducteur de ses dames? Depuis six mois, lui qui n'avait jamais eu réellement de petite amie, n'arrête pas de passer de l'une à l'autre.

    • Comme toi! Comme Blaise...

    • Draco... c'est Draco! Il a toujours été dans ma vie. Il est... mon évidence.

    Le pire c'est qu'elle a raison! Depuis le début de l'année je n'ai pas eu une seule liaison qui ait duré plus de quinze jours. Vania détiendra le record et uniquement parce qu'il y a les vacances dedans.

    • En fuyant, tu fais pire que ce n'est. Ils sont imbuvables tous les deux. Allez, arrête de faire ta tête de mule et viens.

    • ...

    • Ne joue pas si tu veux mais passe un peu de temps avec nous.

    Elle attend. Je la connais, quand elle a cette lueur au fond des yeux, c'est qu'elle est décidée à obtenir ce qu'elle veut coûte que coûte. Bientôt elle ne va pas tarder à élever la voix et tous vont l'entendre glapir sur le Sauveur du monde sorcier qui ne saura comment réagir avant de lui dire oui! Autant y aller de suite... Je laisse mon livre et je la suis la mort dans l'âme.

    Entretemps ils ont terminé de jouer avec les tapis ce qui me fait pousser un soupir de soulagement. Ce n'est qu'en fin de soirée que je me retrouve avec les serpentard dans un même groupe de dix pour jouer. Quand ils décident de faire faire un gage à chaque perdant d'une partie, je sens venir les dérapages, mais comme un hibou pris dans la lumière je ne bouge pas. C'est un troisième serpent que je considère comme dangereux, Théodore Nott qui mène le jeu. Il est intelligent et retors, mais il n'a pas le charisme de Draco ou le charme de Blaise, il n'hésitera pas à provoquer les pires situations pour amuser la galerie. Il fait cinq équipes et je me retrouve en paire avec Lavande, ça n'aurait pu être pire. Miss falbalas est jolie mais n'a pas inventé la poudre. Le principe du jeu est simple, il y a d'ailleurs le même chez les moldus. Un mot s'inscrit sur la petite tablette que tient un joueur, il doit le faire deviner à son équipier. Si ce n'est pas fait à la fin du temps imparti, les autres équipes peuvent à leur tour proposer des solutions. Le groupe qui trouve à le double des points qu'aurait pu obtenir la première équipe. Le score est calculé magiquement dès que toutes les équipes ont eu un mot. C'est la quatrième partie et si nous n'avons pas gagné, nous n'avons pas encore été derniers non plus. Les premiers perdants se sont vu offrir des bonbons de chez George et Angelina, c'est ainsi que Luna se retrouve avec des oreilles d'âne ce qui n'a pas l'air de la perturber plus que ça et son amie Marina avec des moustaches et des yeux de chat. Les seconds ont du révéler toutes leurs petites manies au lever. Les troisièmes ont dû boire cul sec deux grands verres de whisky pur-feu venus de je ne sais où puisque depuis le début de la soirée nous ne buvons que de la biereaubeurre... Je vois la progression dans l'audace mais ne bouge toujours pas... La quatrième équipe a échoué et Hermione s'est retrouvée à faire un massage à un Ron torse nu pour les besoins. Je crois qu'elle aime moins ce jeu tout à coup.

    Voilà! nous avons perdu! et je vais bien entendu être la cible du serpentard, il ne peut rater ça.

    • Harry, tu dois nous faire un poème sur le mot que vous n'avez pas deviné ou embrasser amoureusement tous les serpentards présents! Tu as deux minutes.

    Qu'est-ce que je vous disais! Vous avez déjà fait souvent des poèmes avec "mycose" dedans?

     

      Ode à la mycose

      En ces temps bénis de galère

      Où tu aimais à envahir mes pieds

      De mon déplaisir je ne faisais point mystère,

      Et me réjouis qu'enfin tu m'aies quitté.

       

    Là je sens que je les ai séchés les serpy! et pas qu'eux apparemment.

    • Depuis quand tu fais de la poésie toi? me fait Ron avec un air de parfait ahuri. Et en français en plus!

    • Depuis que j'ai décidé d'aller faire des études de littérature en France dès que j'aurai mes aspics.

    • En France? répète Hermione aussi surprise que mon ami.

    • Je me suis déjà inscrit à l'université de Beaux-Bâtons.

    • Tu as décidé ça quand? fait-elle d'une voix où je sens poindre la colère.

    • Il y a six mois.

    • Tu ne nous as rien dit. m'accuse-t-elle en montant le ton.

    • ...

    • On a toujours tout partagé depuis huit ans et ça, tes projets d'avenir, tu les gardes pour toi?

    • J'en ai assez de la violence, du sang, de la mort, Mione. Je ne suis plus le Survivant. On m'a manipulé et fait de moi une arme pour défendre le monde sorcier et tuer un mage noir. Je n'ai rien dit, j'ai laissé faire même si la mort était au bout du chemin, j'y étais résigné. Ma tâche est accomplie et, contre toute attente, je suis encore là. Cette partie de ma vie est derrière moi et je vais enfin décider de ce que je veux. Je ne serai jamais auror.

    • J'ai renoncé à faire médicomagie pour devenir auror pour que nous restions ensemble. hurle-t-elle avec rage.

    • Tu aurais eu tort, c'est ta vie. Tu dois la choisir pour t'y épanouir. Pas pour nous faire plaisir à Ron ou à moi.

    • Tu n'es qu'un égoïste... Harry James Potter! Tu...

    • Hermione! intervient une voix traînante que je connais bien, il a raison. Son existence on la choisit pour être heureux. Si tu es son amie, tu le laisseras partir sans rien dire et tu seras là pour l'accueillir à son retour.

    Je regarde Draco qui est intervenu entre nous. Je réalise que toute la soirée je n'ai attendu que ça, ses yeux gris dans les miens, que je n'ai révélé mes projets que parce qu'il est là et pour avoir son approbation qu'il me donne sans réserve...

     

    oOoOoOoOoOo

     

    J'ouvre la fenêtre de ce qui était notre appartement et laisse entrer le soleil matinal. Il est déjà tiède et caresse ma peau comme les doigts d'un amant. J'entends ses pas approcher, mon cœur bat plus fort, mon corps déjà le réclame, il est sien. Deux bras m'enserrent et m'attirent contre un torse dur tandis qu'une bouche sensuellement mordille ma nuque. Je pose ma tête en arrière sur son épaule. Et ses lèvres remontent doucement le long de mon cou pour poser un baiser suave dans ce creux sensible derrière l'oreille.

    • Tu rêvasses mon tout-beau? murmure sa voix tendre.

    • Nous avons été tellement heureux ici.

    • Il suffit d'avoir un toit pour nous aimer, peu importe l'endroit. Nous le serons tout autant ailleurs. me promet-il au creux de l'oreille, ce qui me fait frissonner.

    • ...

    • Tu es triste?

    • C'est une page qui se tourne, mon cœur. Retourner en Angleterre m'effraie, je ne veux pas redevenir le Survivant.

    • Je sais, mon amour, mais nous n'avons pas le choix, il faut que je m'occupe de la succession de mon père, sauf si tu veux que je rentre seul.

    • ...

    A notre arrivée il y a quatre ans, les débuts furent difficiles... Notre relation avait commencé à notre sortie de Poudlard et nous étions ensemble depuis moins de deux mois. Il s'était inscrit en littérature pour que nous soyons ensemble. Pourtant la branche littéraire était tellement sectionnée que nous avions certains cours à des horaires différents et chaque heure de ceux-là était pour moi une galère. Nous avions beaucoup de mal à gérer notre jalousie réciproque. Il savait pourtant que je l'aimais et lui m'avait suivi en France par amour. Il occupait toutes mes pensées, il m'inspirait, je n'avais même jamais pensé à quelqu'un d'autre et je crois qu'il en était de même pour lui, pourtant le moindre regard étranger posé sur lui ou sur moi tournait au drame. Pour cette raison, nous ne nous sommes jamais liés aux autres étudiants. En dehors de nos études, notre couple était notre seul horizon. De concert nous avons appris la confiance, mais nous sommes toujours très possessifs. Je ne le laisserai pas retourner en Angleterre sans moi, il ne l'ignore pas.

    • Dans un an maximum, nous reviendrons et définitivement si tu le veux. Tu sais, moi aussi j'aime le sud de la France, je me suis habitué au soleil, à la mer, à la cuisine... J'ai été heureux sur ce campus. En fait, j'ai apprécié chaque moment passé avec toi, même ceux de nos disputes, parce que je sais nos réconciliations. Je t'aime Harry James Potter. A la folie. Un peu plus chaque jour.

    • Moi aussi je t'aime Draco. Infiniment.

     

     

     

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    10:49 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : draco, drago, malefoy, harry potter, potter, slash, hpdm, drary, poudlard, fanfiction |

    21.08.2010

    L'art de voir l'invisible.

     

     

     

     

     

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    L'art de voir l'invisible.

     

     

     

     

    Il me pose sur la table de nuit et de suite le froid m'envahit, je ne fais plus partie de lui. J'ai tellement l'habitude d'être ses yeux. Ils disent qu'il est mieux sans moi, ils l'appellent le binoclard, mais je le protège et l'aide à mieux voir. Je le connais et je l'aime. Non pas qu'il soit particulièrement aux petits soins avec moi, son amie Hermione m'avait réparée tant de fois qu'il a appris le sort pour le faire lui même. Sans moi, il est dans le brouillard et pourrait confondre son meilleur ami avec son pire ennemi, ce qui est pourtant difficile car il n'y a pas plus différents que ces deux-là. Je me suis d'ailleurs fait la remarque qu'il suit de plus en plus souvent des yeux l'un des deux.

     

    Ça ne date pas d'aujourd'hui! En sixième, il ne le quittait pas du regard, le traquait sur la carte des maraudeurs... Dès qu'il sortait le parchemin de sous son lit je savais que j'allais avoir du travail une bonne partie de la nuit. Il le repérait et le guettait. Parfois nous allions errer dans les couloirs, surtout ceux du septième étage, mais jamais nous ne l'avons aperçu.

    Puis il y a eu ce combat dans les toilettes des filles. Je l'ai senti sursauter quand il l'a vu. Il m'a remise en place d'une main nerveuse comme si il ne voulait pas admettre que là, devant lui, son ennemi pleurait. Puis celui-ci l'a aperçu et toute l'horreur de sa position lui est apparue. En face, Harry grâce à moi, a pu voir le chagrin, la gêne, la haine, la colère se peindre tour à tour sur le visage pâle du serpentard et quand le sort a jailli de la baguette de bois d'aubépine il était prêt.

    Ils ont enchaîné les sortilèges et lorsque son ennemi est tombé sur le sol, la poitrine déchirée par le sectumsempra, je lui ai montré en détails le sang qui coulait, la peur dans son regard et j'ai senti mes bords se mouiller au passage de ses larmes qui coulaient. Ce jour là, j'ai appris que les humains ne voient pas uniquement avec leurs yeux même si ils ont sur le nez une paire de lunettes.

    Puis il y a eu ce jour, en haut de la tour d'astronomie. J'étais plutôt mal mise à cheval sur son nez mais malgré cela il a tout vu, malheureusement, et une fois de plus j'ai été mouillée.

    Après nous avons affronté le feudeymon ensemble, je l'ai bien protégé et lui a sauvé son ennemi cramponné à sa taille de toutes ses forces parce qu'il avait peur... mais qui ne l'aurait pas eu?

     

    Puis cet été, pour la première fois, il a vu la mer, la mer bleue pas celle qu'il avait affrontée avec les Dursley pour fuir les lettres de Poudlard, ni celle devant le rocher avec la caverne des inferi... l'autre, celle d'un bleu transparent, miroitante d'argent au soleil couchant, celle avec une belle plage de sable blond, fin, chaud... Ils y ont été ensemble ses amis Ron, Hermione et lui. Ils y sont resté dix jours... et pendant tout ce temps son regard s'est tourné le plus souvent possible vers le large, ne se rassasiant jamais de sa vue... Il faut dire qu'à certains moments il était gêné de le tourner vers ses amis qui se câlinaient sans vergogne.

     

    Enfin, il y a eu la rentrée, celle qu'ils n'attendaient plus, celle qui leur était accordée pour passer leurs ASPIC que Voldemort avait sabotés avec sa guerre stupide pour continuer leurs études ou leur permettre d'entrer dans la vie active. Dès qu'il a vu les tours de Poudlard, je l'ai entendu soupirer d'aise. Dès qu'il est entré, il l'a cherché du regard mais il n'était pas là. Pendant une semaine, il a été d'une humeur massacrante sans cause apparente. Bien vite, même ses amis l'ont laissé se calmer seul dans son coin. Et puis un jour, en entrant dans la grande salle pour prendre son petite déjeuner, son attente fut récompensée, il l'a vu et je lui ai détaillé tous les changements qui étaient intervenus en lui. En fait, ils avaient, dans cette guerre, évolué tous les deux.

    L'autre était toujours fier mais n'avait plus cette morgue insupportable qui est l'apanage des Malefoy, ses yeux étaient pleins d'interrogations, il les leva et regarda sans haine celui envers qui il avait une dette de vie. Il était seul et ça aussi c'était inhabituel, il se tenait au bout de la table des serpentards sans approcher ceux-ci. La vie a repris à la fois pareille, à la fois différente. Rythmée par les heures de cours, les heures d'études, les heures des repas et le couvre-feu.

    Le prince serpentard avait refusé l'insigne de préfet en chef et les gryffondors ne se privaient pas de le railler, tentant de l'humilier en disant qu'il avait peur que les autres ne veuillent plus le suivre. Il ne répondait rien et se retranchait dans un silence têtu. Harry ne participait jamais plus aux moqueries. Pas une seule fois, il n'avait adressé la parole à son ancien ennemi, car là était bien le changement, il ne le considérait plus comme un adversaire, juste comme quelqu'un qui était né du mauvais côté et qui avait essayé de faire ce qu'on attendait de lui. Une fois de plus Lucius Malefoy était enfermé à Azkaban et cette fois Narcissa y était incarcérée aussi. Le fils gâté par sa famille ne recevait plus de hibou le matin lui apportant ses friandises préférées, il ne recevait plus de courrier du tout. Ses biens pour le moment étaient sous séquestre en attendant le procès de ses parents. Il avait passé les deux mois d'été chez un lointain cousin à la campagne dépendant de sa largesse mais ça nul ne le savait.

    Lui avait fait ce que l'on attendait de lui, il avait tué le mage noir. Il avait reçu la Croix du Mérite Sorcier et avait été remercié par le ministère puis avait été bien vite oublié. C'est gênant un héros quand il n'est pas favorable au pouvoir en place. Il aurait pu tout demander et ne l'avait pas fait! Il ne voulait rien! Pourtant ce jour là tout changea avec l'arrivée du courrier. Quand Hermione eut fini la Gazette du Sorcier il s'en saisit. La rumeur qu'il entendait et qui faisait se tourner les têtes railleuses vers Draco ne lui plaisait pas, il ajusta mes branches sur ses oreilles et ensemble nous lûmes. Le procès de Narcissa Malefoy avait lieu le matin même et la sentence la plus probable était la mort. Il ne finit pas son petit déjeuner, il se leva sans un mot et se dirigea vers la sortie en lançant un coup d'œil vers le jeune Malefoy plus pâle encore que d'habitude mais imperturbable.

     

    Après un passage obligé par le bureau du professeur Mac Gonagall, devenue directrice, je me suis maculée de suie pendant le trajet par le réseau de la poudre de cheminette avant d'atterrir dans l'atrium du Magenmagot. Il me nettoya et me remit sur son nez, se dirigea vers l'huissier qui enregistra sa baguette puis un des douze ascenseurs nous mena au niveau 10.

     

    Nous avons revu la salle numéro dix où il avait été jugé quelques années auparavant pour utilisation abusive de la magie avant dix sept ans. Comme ce jour là les cinquante représentants du Mangemagot ou Haute Cour de la Justice Magique étaient là, au complet. Mais cette fois, présidant les débats, entourée de deux autres interrogateurs, une petite femme ronde vêtue de rose minaudait de façon grotesque, en prenant des airs de petite fille, Dolorès Ombrage. Il était risible de voir que celle qui considérait comme inférieurs les hybrides, les lycanthropes et autres créatures magiques allait requérir la condamnation de mangemorts dont elle n'était pas loin de partager les convictions. Il ne pouvait que se rappeler sa façon de diriger Poudlard bafouant la moindre liberté. Instinctivement, il passa les doigts sur le dos de la main qui portait depuis cinquième année la cicatrice de la phrase gravée retenue après retenue par la plume très spéciale d'Ombrage.

    Toujours aussi fière, bien qu'amaigrie, marquée par la fatigue et la vie à Azkaban, Narcissa, tenant à peine debout, fut amenée par des aurors. Dolorès Ombrage lut l'acte d'accusation. Malgré l'absence de la marque, elle était poursuivie pour avoir été une mangemort, avoir tué, torturé sorciers et moldus pour apporter le pouvoir au seigneur des ténèbres. Le Ministère de la Justice magique était pressé de faire oublier son incompétence et de faire des exemples. Le crapaud rose regarda les juges attendant de leur part une sentence rapide. Il n'y avait pas de défense.

    C'est à ce moment que je l'ai senti se raidir et rassembler son courage. Il se leva et demanda la parole. Nul n'osa la refuser à l'Élu même pas Ombrage.
    Il raconta le rôle de Narcissa mentant au Seigneur des Ténèbres pour le préserver lui le Survivant lui permettant ainsi de tuer le mage noir et de libérer le monde sorcier changeant par son acte le cours de l'histoire. Il précisa que bien que sur place aucun membre de la famille Malefoy n'avait combattu dans le camp de Voldemort lors de la bataille de Poudlard. Il demanda à ce que l'accusée soit relaxée et à ce que ses biens lui soient rendus.

    Aucun des représentants du Magenmagot ne l'avait interrompu. Personne ne lui posa de question. Le Survivant, le Sauveur réclamait pour salaire la vie de cette femme qui l'avait sauvé, tout le monde l'avait compris. L'acquittement de Narcissa Malefoy fut prononcé et les possessions familiales lui furent remises jusqu'à la dernière mornille.

     

    Après être sorti de la salle d'audience sans un regard pour qui que ce soit, il m'essuya d'un geste nerveux alors que je n'en avais pas besoin. Il était embarrassé, je le sentais. Je le connais tellement. Je retrouvai ma place et il put se diriger vers le service administratif du Magenmagot. Nous attendîmes plus d'une heure avant que la levée d'écrou soit établie. Lorsque Narcissa Malefoy le vit devant elle, elle eut un faible sourire, elle n'avait pas l'air étonnée. Je sus à ce moment que de grandes choses allaient se dire et j'écoutais attentivement.

    • Je savais vous revoir, monsieur Potter. Votre esprit chevaleresque ne pouvait laisser une femme en détresse, même la femme de Lucius Malefoy, bras droit déchu de Voldemort et votre ennemi.

    • Je ne le pouvais en effet. Je vais vous ramener, vous tenez à peine debout, je vous laisserai aux mains de vos elfes de maison.

    • Je vous en remercie. Mon fils sait-il que vous êtes là?

    • Non.

    • Comment va-t-il?

    • Aussi bien que possible dans les circonstances actuelles, enfin, je le suppose.

    • Vous le supposez? fit la mère d'un ton un peu sec.

    • Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde, fit-il embarrassé.

    • Le mage noir n'est plus, j'avais pensé que ça faciliterait le rapprochement des maisons que prônait tant votre mentor.

    • Ce n'est pas le cas.

    • Ne pensez-vous pas que si vous, Le Sauveur, ne faites pas le premier pas, personne ne le fera?

    • Vous savez que votre fils est dans une situation difficile et cherchez à l'en sortir.

    • Chez les Sang-Pur aussi, les mères aiment leurs enfants.

    • Je le sais. Quand vous avez menti à Voldemort, c'était pour le revoir, pour le sauver, lui, votre fils.

    • En effet, si il n'est pas tel que des Malefoy l'espéraient, nous l'aimons.

    • Même si il est fier et parfois orgueilleux, malefoyen jusqu'au bout des ongles, il est loin d'être réellement ce qu'il montre aux autres, il n'a jamais eu l'occasion de montrer réellement ce qu'il valait. Il ne sera jamais un second Lucius Malefoy, ça ne fait pas l'ombre d'un doute! l'entendis-je railler. En quoi donc ne vous convient-il pas?

    • C'est son secret. Je constate avec surprise que vous l'appréciez beaucoup plus que je ne le soupçonnais. Si vos rapports évoluent peut-être vous le confiera-t-il un jour. Pouvons-nous y aller, Monsieur Potter? Je suis lasse et affamée.

    Il l'aida à transplaner, l'amena au manoir Malefoy, accepta une tasse de thé par politesse avant de prendre congé, fuyant les yeux perspicaces de son hôtesse comme si une fois de plus il avait le feudeymon aux trousses. Nous étions de retour à Poudlard pour le déjeuner. Plusieurs fois il contempla la chaise vide du serpentard. Provoqué par les gryffondors qui se moquaient de la situation de sa mère, il avait cette fois répliqué et depuis il est à l'infirmerie.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Et donc, maintenant, je suis posée sur la table de nuit, je l'ai perçu nerveux toute la soirée et ça ne s'améliore pas! je le sens hésitant mais j'ignore pourquoi. Ah! le voilà qui se lève, fouille en-dessous du lit et en tire la fameuse carte des maraudeurs. Il me reprend, m'ajuste sur ses oreilles et regarde. Quoi? je ne sais. Le chemin vers le domaine de Madame Pomfresh je crois... Je l'entends marmonner que non il n'ira pas, que non c'est à lui à faire le pas suivant. Je suis de nouveau sur le bois lustré de la table de nuit.

    Comme tous les matins, nous nous réveillons ensemble, je suis la première chose qu'il cherche à tâtons.

    • Par Melin Harry! lève-toi! Nous allons être en retard!

    Ça c'est l'appel discret et habituel de son meilleur ami, toujours pressé de descendre à la grande salle pour manger.

    • Ah! enfin les garçons!

    Et ça c'est l'exclamation journalière de sa meilleure amie. Ils ont tous les deux des réveils très originaux et variés...

    Le silence règne encore dans la grande-salle mais bientôt en quelques minutes c'est le brouhaha. Les hiboux entrent avec le courrier matinal et comme tous les matins déposent les quotidiens devant leurs abonnés. Bientôt j'entends des chuchotements, je vois des regards de moins en moins discrets se tourner vers lui. Il m'ajuste sur son nez, tortille ma branche droite, je sais quand il a ce tic qu'il est nerveux, pourtant il ne le montre pas et continue à manger.

    • Harry? Pourquoi ne nous as-tu rien dit? fait son amie un reproche dans la voix.

    • Parce que tu m'en aurais dissuadé et il fallait que je le fasse.

    • Pour elle ou pour Malefoy?

    Je le sens sursauter légèrement, son amie Granger a toujours été clairvoyante.

    • Pour les deux, admet-il.

    • Tu es fou! tu étais le premier à le traiter de mangemort. s'exclame avec indignation son rouquin d'ami.

    • Il faut croire que j'ai changé, que j'ai mûri. Je ne vois plus les choses de la même façon et ça ne date pas d'hier. J'ai beaucoup réfléchi cet été à son parcours et à celui des enfants de mangemorts endoctrinés dès leur plus jeune âge. Ils ont droit à une deuxième chance.

    • Si tu crois que je vais faire ami-ami avec eux après la mort de Fred, tu te trompes!

    • Tu feras ce que te dicte ta conscience, Ron, et moi je ferai selon la mienne.

     

    Deux jours passent lentement. Et ce matin, assis devant son petit déjeuner, il m'a nettoyée déjà deux fois avec un coin de son tee-shirt. Enfin, Draco fait son entrée dans la grande salle et s'assied à sa place habituelle. Je le sens se détendre. Les hiboux arrivent. Le grand duc des Malefoy se pose à la table des serpentards avec une lettre et un petit colis à la patte que prend le blond et repart. Elle doit aller bien puisqu'elle a repris ses habitudes. C'est la fin du repas et un silence se fait. Il tripote ma branche droite, il est très nerveux car de sa démarche fière et aristocratique, le serpentard s'approche de nous et d'une voix traînante dit un seul mot.

    • Merci. fait-il en lui tendant une enveloppe scellée.

    • De rien Draco. lui dit-il en employant pour la première fois son prénom. Je n'ai fait que rétablir la vérité. Si ta mère n'avait pas menti à Voldemort pour me sauver, nous serions tous sous sa domination aujourd'hui. Nous lui devons beaucoup! achève-t-il d'une voix ferme et douce assez haut pour que tous l'entendent.

    Et là après avoir pris et posé le parchemin, il fait un geste incroyable, il tend la main et attend le pas suivant. Si l'autre décide de se venger du refus qu'il a subi en première année, ce sera maintenant. Il est inconscient de prendre ce risque, dans deux secondes il sera peut-être la risée de tous... mais une main saisit la sienne et la serre. Avec la poignée de main, il y a le regard qui va avec et qu'ils échangent, reniant un vécu de sept années d'intolérance. Ses deux amis semblent tétanisés par ce qu'ils voient.

    Les jours passent, rien n'a changé si ce n'est le discret signe de tête qu'échangent les figures de proue des maisons rouge et or, vert et argent chaque matin. Du côté Gryffondor, un calme policé suit la première contestation venue de Seamus. Harry l'a juste toisé d'un regard tel qu'il n'a plus osé dire quoi que ce soit! et croyez-moi en regards, je m'y connais! Du côté Serpentard, certains élèves se rapprochent de leur prince qui prend, jour après jour, un ascendant différent sur eux dû uniquement à son charisme et sa nouvelle sérénité.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Aujourd'hui c'est la veille de Noël et Poudlard est presque désert. Ne restent là que peu d'élèves. Hermione et Ron sont partis ce matin au terrier pour la durée des vacances. Bien qu'invité, il a refusé de les suivre, il en assez de les regarder se bécoter, et même si il adore Molly et Arthur, il n'est pas d'humeur cette année à passer les fêtes de fin d'année dans une famille qui n'est pas la sienne. Il a le regard plongé dans le parc de Poudlard et je sens des larmes glisser lentement sur mes arrondis. Longtemps il rêve ainsi oscillant entre l'espoir et le découragement. Après un dernier soupir, par fierté, il s'habille plus soigneusement que d'habitude d'un pantalon noir à pinces, d'une chemise en soie verte assortie à ses yeux, d'une veste noire en alpaga, tenue moldue pour une soirée de réveillon sorcier, étrange choix que je ne peux que constater sans pouvoir le contester. Après m'avoir posée sur le rebord du lavabo, il tente de discipliner ses cheveux qui sont plus têtus que lui, il me réajuste sur son nez avec un soupir mécontent.

    Nous entrons dans la grande-salle. La disposition des tables a été modifiée et, pour ce réveillon, une table unique réunit professeurs et élèves. Ils restent deux places libres une en face du professeur Slughorn, entre un jeune poufsouffle de première année et une serdaigle qui semble s'être aperçue depuis la rentrée que le Survivant était devenu un jeune homme d'apparence plutôt agréable, au corps mince et souple, et qui lui a fait quelques avances peu discrètes depuis la rentrée, l'autre en face de Madame Chourave et entre Draco et Luna. Draco? mais que diable fait-il là? Pourquoi n'est-il pas au manoir avec sa mère? Je sais déjà son choix de fuir la serdaigle et ne me trompe pas. Il s'assied avec un signe de tête en guise de bonjour entre lui et la rêveuse excentrique.

    • Bonsoir Harry! Tu es beau ce soir!

    • Merci Luna. Tu es très jolie aussi. Ces minuscules pommes de pin dorées sont très jolies en boucles d'oreille.

    • Je trouve aussi.

    • Tu n'es pas au manoir, Draco?

    • Ma mère passe le réveillon chez le lointain cousin qui m'a hébergé pendant son emprisonnement. Elle n'a pu l'éviter. Je ne les ai que trop vus lui et sa tribu cet été. Poudlard représente plus ma famille qu'eux que je n'avais jamais vus avant ce séjour peu agréable où l'on m'a rappelé la condition de mon père à longueur de journée. Je me suis senti humilié jour après jour sans pouvoir y faire quoi que ce soit, n'ayant nulle part où aller d'autre.

    • Pourquoi me confies-tu ça Draco?

    • Si je ne te le dis pas à toi, à qui vais-je le dire? Tu es le seul qui peux comprendre ce que j'ai éprouvé. J'ai compris bien des choses cet été.

    • ...

    • Et toi? tu n'es pas parti avec Weasley et Granger?

    • Non! Je ne tiens pas à me retrouver en présence de Ginny, depuis que j'ai rompu avec elle il y a un froid entre nous... Quant à Hermione et Ron, ils sont assez préoccupés l'un de l'autre ces derniers temps et ça m'agace un peu.

    Je le sens surpris et mal à l'aise de lui avoir confié cela. Il tortille ses doigts autour de ma branche droite sous le regard gris qui le fixe.

    • Tu te sens mal à l'aise et de trop... je comprends. murmure son voisin.

    • En effet.

    • Pourquoi une tenue moldue? Ce n'est pas une critique, elle te va plutôt bien... j'essaye seulement de comprendre, fait la voix traînante.

    • Je ne sais pas.

    • ...

    • Peut-être que dans ces vêtements, je me sens plus moi-même, juste Harry et pas encore et toujours l'Elu du monde sorcier...

    Harry lui en a dit plus sur lui en deux phrases que pendant ces sept années. Ils se consacrent un long moment à leur repas sans rien dire. Puis le serpentard pose une question qui m'affole.

    • Pourquoi ne mets-tu pas des lentilles?

    • Mes lunettes ne me servent pas qu'à voir...

    • C'est vrai tu les martyrises à chaque fois que tu es mal à l'aise ou que tu t'énerves c'est-à-dire souvent. fait l'autre avec un sourire légèrement moqueur qui embellit son visage et étonne mon possesseur.

    • ...

    • Je te connais bien. Il faut connaître ses adversaires.

    • Nous ne sommes plus de vrais ennemis depuis longtemps, fait Harry en haussant les épaules.

    • Je sais mais j'ai tellement l'habitude de t'observer que ça fait partie de ma vie, avoue le serpentard.

    • Vous vous aimez beaucoup en fait, les interrompt Luna à voix haute, et depuis longtemps.

    Sous l'œil amusé du jeune Malefoy, je le sens qui triture encore ma branche droite. Une bonne partie des regards de la tablée sont tournés vers eux ce dont se moque apparemment Draco. L'arrivée des desserts les dispense de répondre au grand soulagement du vainqueur de Voldemort. Pourquoi jette-t-il ces fréquents coups d'œil que je qualifierais de curieux au blond? Qu'essaie-t-il de savoir? ou de deviner? je l'ignore...je l'aide à le regarder mais ne sait ce qu'il cherche. L'autre semble n'être qu'indifférence. Pourtant non! je surprends un même bref regard de sa part quand il croit qu'il ne l'aperçoit pas... Le repas achevé, une musique d'ambiance se fait entendre en arrière plan. Il n'y a pas assez de monde pour organiser une soirée dansante et de toute façon il n'y a que trois filles présentes si l'on excepte les professeurs. Draco parle quidditch avec son voisin de gauche et Luna raconte à qui veut l'écouter que les nargoles aiment particulièrement les sapins de Noël.

    Il s'ennuie, je le sais, je le sens, il soupire légèrement avant de se lever et de sortir. Il ouvre la lourde porte principale et s'assied sur la plus haute marche du perron abritée par un encorbellement. Il regarde le paysage enneigé qui s'étale sous ses yeux, il m'essuie doucement, il a retrouvé son calme.

    • Tu es inconscient, tu vas avoir froid.

    Une belle cape me frôle et vient se poser sur les épaules de Harry et une mince silhouette s'assoit à ses côtés.

    • C'est beau, tu ne trouves pas? fait Harry.

    • Oui! Parce que c'est inviolé! dès qu'ils vont la fouler aux pieds, ça ne ressemblera plus à rien et c'est pour tout pareil... Ils abîment tout.

    • ...

    • Je vais rentrer ce soir au manoir, vide de toute présence indésirable pour la première fois depuis deux ans. J'ai hâte de le retrouver. Que vas-tu faire?

    • Je pourrais m'avancer en potion, mais je ne suis pas sûr d'avoir cet extrême courage.

    • Je ne comprends pas! Tu es considéré comme le sauveur du monde sorcier et tu es seul pour ces vacances de Noël. Viens avec moi!

    • Ce n'est pas ma place Draco. Je pourrais être chez moi, dans la maison que m'a léguée mon parrain. J'ai préféré rester ici plutôt que d'affronter mes souvenirs.

    • J'ai compris! Je suis encore trop noir pour toi!

    • Non! Ce sont tes retrouvailles avec ta mère. Vous n'avez pas besoin d'un spectateur pour gâcher ça et surtout pas moi.

    Je vois l'autre hésiter avant de se lever...

    • Ta cape Draco!

    • Garde là, tu me la rendras à la rentrée.

    • Merci.

    • Harry?

    • Oui?

    • Joyeux Noël!

    • Joyeux Noël à toi et à ta mère aussi.

    • Merci.

    Nous regardons ensemble la mince silhouette s'éloigner et disparaître dans le rectangle lumineux qui s'ouvre, symbolisant la chaleur.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    J'ai passé quinze jours de vacances pénibles pendant lesquels il a cherché la solitude à tout prix, ne tolérant la présence des autres que lors des repas pris à la table commune. Il a fait une exception pour le jour de Noël, dont il a passé la majeure partie chez Hagrid. Les cadeaux reçus du terrier sont rangés dans un tiroir, le pull orange de Molly Weasley, le livre "Les potions faciles" de Hermione, l'écharpe de Ron, les plus récentes inventions de George, l'appeau pour appeler les jobarbilles de Hagrid, le tee-shirt de Ginny devant lequel je l'avais entendu pousser un soupir excédé. Il avait rédigé, pour la famille Weasley et Hermione, quelques phrases banales où il remerciait chacun de lui avoir envoyé un cadeau. Cela avait été son seul contact avec l'extérieur pendant ces quinze jours, exception faite d'une visite très courte à Pré-au-Lard pour un achat un peu spécial.

    Là, à ma place habituelle à côté de son lit, j'attends son réveil et justement c'est ce qui se produit. Déjà je retrouve ma place devant son regard. Il prend en dessous de son oreiller la lettre cachetée de vert reçue de Narcissa Malefoy et la relit une fois de plus. Je suis étonnée qu'il ne la sache pas encore par cœur tant il l'a lue et relue, cette missive d'une mère qui parle avec amour de son fils. Maintenant il entre dans la grande salle, où tous les étudiants se racontent bruyamment leurs vacances, leurs sorties, leurs cadeaux... Avant toute chose il jette un coup d'œil vers la table des verts et argent et s'en détourne rassuré. Il embrasse tendrement Hermione, accole Ron puis déjeune rapidement sans voir un regard gris inquiet suivre ses gestes. Il n'attend pas les amoureux occupés à se donner la becquée et se dirige vers la classe du cours de potion. Une main posée sur son épaule l'arrête.

    • Tu me fuis?

    • Mais non... Tu as passé de bonnes vacances au manoir?

    • J'ai été heureux de retrouver ma mère. Tu as été malade?

    • Non! Pourquoi?

    • Tu as maigri... Tu as l'air fatigué...

    • ...

    • J'ai un cadeau de Noël pour toi, il est dans ma valise que je n'ai pas encore défaite. On peut se voir plus tard?

    • Si tu veux.

    • Dans la bibliothèque après les cours?

    • Oui.

    La journée semble se traîner et cette dernière heure de cours particulièrement. J'ai hâte qu'elle finisse! Le cours d'histoire de la magie, comme d'habitude, est insipide et donc ne le détourne pas de son appréhension. Il m'a déjà retirée de son nez une bonne centaine de fois, nettoyée, astiquée, ... Il va user mes verres à force! Dès son entrée à la bibliothèque, il balaye du regard les rayonnages et les tables de lecture à la recherche d'une chevelure d'un blond pâle qu'il ne trouve pas.

    • Tu me cherches? fait une voix derrière lui.

    • En effet.

    • Viens! allons dans un coin tranquille...

    Ils s'asseyent à une table non loin de la réserve, tout au fond de la bibliothèque.

    • Je suis allé faire des achats avec ma mère au Chemin de Traverse, j'ai vu ça pour toi, fait Draco incertain en lui tendant un écrin.

    • J'y suis allé aussi, fait Harry plus calme devant l'appréhension qu'il sent en son vis-à-vis.

    Il pose devant lui un paquet oblong assez long emballé de vert et argent ce qui fait sourire le serpentard puis il prend l'écrin et l'ouvre. Sur une chaîne faite de mailles forçat en or blanc il y a un petit vif d'or en or de deux couleurs qui palpite. A travers moi, grâce à moi, il s'émerveille de la finesse du bijou.

    • Il est magnifique, Draco, fait-il avec un regard étonné sur celui-ci.

    • Quand tu le mettras, il s'adaptera à ton pouls et battras des ailes imperceptiblement au même rythme, comme une présence tout contre toi. Je voulais quelque chose qui te sorte de ta solitude sans te gêner, fait-il en regardant Harry caresser le bijou du bout de l'index.

    Il tend la main vers son paquet et l'ouvre. Il découvre un petit coffret long en marqueterie avec ses initiales et un serpent d'argent incrustés. A l'intérieur sur un fond de velours vert foncé repose une baguette finement ouvragée, comme sur l'étui un serpent et ses initiales sont incrustés.

    • Mais...

    • Je connais ta magie et Ollivander aussi, explique Harry.

    • Je ne comprends pas! Il a fermé sa boutique et de toute façon, il refuse de vendre aux Malefoy la moindre baguette.

    • Il est encore au chemin de traverse pour enseigner son art à son successeur, il me devait un service et moi, je te devais une baguette. Elle fait trente et un centimètres, est en bois très dur de cornouaillier, avec un crin de licorne. Si elle ne te convient pas nous irons en choisir une autre.

    • Elle est superbe! je m'attendais à tout mais certainement pas à ça.

    • Tu t'attendais à une cravate ou à une paire de charantaises? le taquine Harry.

    • En fait je ne m'attendais pas à ce que tu aies acheté quelque chose même si je l'espérais un peu...

    • ...

    • ...

    • Essaie-là!

    • Wingardium leviosa!

    Aussitôt le livre visé se soulève au grand étonnement du serpentard.

    • Tu pourras mieux la tester demain au cours de DFCM.

    • Oui. Qu'as-tu fais pendant les vacances?

    • Rien! et toi?

    • Pas grand chose non plus. J'ai beaucoup parlé avec ma mère. Sans l'influence de mon père, elle est très différente.

    • Toi aussi.

    • Je ne voulais pas devenir mangemort.

    • Je le sais. Ne pense plus à la guerre, regarde devant toi...

    • C'est toi qui me dis ça, alors que tu te morfonds en pensant à ceux que tu n'as pas pu sauver...

    • Tu te trompes. J'y ai pensé, c'est vrai, mais c'est fini depuis un bon moment. Je réfléchis à mon avenir.

    • Il est tout tracé non? Tu veux devenir auror?

    • Ce n'est pas pour le moment ma préoccupation principale.

    Il m'ôte de ses yeux, m'essuie avec un coin de sa robe de sorcier avant de me chausser à nouveau. Je n'ai jamais été aussi propre que ces derniers temps! Et lui aussi nerveux. Il fixe à nouveau le garçon qui voit sa fébrilité et je l'aide à voir son expression perplexe. Il soupire doucement avant de lui parler à nouveau.

    • Tu as fini ton devoir de DFCM?

    • Non! Tu sais bien que ce n'est pas mon cours préféré.

    • Tu veux qu'on le fasse ensemble?

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Depuis ce jour-là, les choses évoluent. Les élèves des deux maisons n'ont vraiment compris les faits que lors du cours de défense du lendemain. Les deux anciens ennemis avaient décidé de se placer face à face et tout le monde s'attendait à ce que ça dégénère en duel. Draco essayait sa nouvelle baguette et semblait incertain quant à ses résultats. Quand il fallut lancer un sort d'attaque, il hésita tellement qu'il devint évident qu'il avait peur de blesser son vis-à-vis.

    • Vas-y Draco, si il y a un problème je parerai!

    • Tu l'auras voulu! avait rétorqué le serpentard en lançant le sort qui fut précis et très puissant.

    • Tu vois! lui avait fait Harry en se relevant, elle est parfaite!

    Les deux chefs des maisons rivales depuis des siècles avaient fait la paix!

    Ils sont même souvent ensemble et tous ont noté que si ce n'est pas le cas pendant un moment leur humeur s'en ressent. Je suis, moi, aux premières loges pour constater les faits et en subir les conséquences... Hermione et Ron ont dû s'habituer à voir le serpentard avec leur ami mais ne s'approchent pas plus que nécessaire.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Aujourd'hui c'est le jour des petits cœurs roses comme l'appelle Harry. Si il ose prononcer le nom de Voldemort, celui de Saint-Valentin lui fait peur. Ce matin il a décidé d'éviter la grande salle et l'envoi des petits mots parfumés de ses admiratrices. Il vole sur le terrain de quidditch depuis plus d'une heure quand un second joueur portant la tenue verte des joueurs de l'équipe serpentard vient le rejoindre. Ce n'est que vers midi qu'ils se retrouvent dans les vestiaires pour une douche. Posée sur le rebord du muret qui sépare les deux douches, pleine de buée, je distingue à peine sa main qui me cherche. C'est une autre main qui me saisit, m'essuie soigneusement et me met doucement dans la sienne. J'entends Harry qui le remercie. Ensemble, ils se dirigent vers la grande salle pour déjeuner.

    • Tu vas à Pré-au-Lard cet après-midi? demande Draco.

    • Dans le salon rose de Madame Pieddodu?

    • Prendre une bièraubeurre avec moi aux Trois Balais?

    • C'est nettement plus tentant.

    C'est donc avec un Draco emmitouflé dans plusieurs épaisseurs de vêtements qu'il se promène dans le petit village sorcier croisant d'innombrables couples main dans la main, bouche contre bouche. Aux trois balais, ils retrouvent Hermione et Ron, Seamus et Lavande, Dean et Ginny... Ils se regardent hésitant à rejoindre les trois couples à leur table, font un signe de la main aux amoureux mais s'éloignent. Draco, une main posée sur son épaule, guide Harry vers une table qui vient de se libérer. Si ce dernier ne semble pas faire attention au geste il n'en est pas de même de ses amis qui ne les quittent pas du regard. Pourtant moi, je sais qu'il l'a remarqué, je sens la veine de sa tempe pulser tout contre moi, comme je vois le regard de Draco posé par l'échancrure de son pull en V sur le petit vif d'or qui n'a pas quitté son cou depuis six semaines.

    Ils parlent de tout et de rien! Draco a un humour mordant qui égratigne aussi bien les serpentards que les gryffondors. Je le vois heureux chaque fois qu'il entend le rire de Harry. Quand un couple composé d'un griffon et d'une serpent franchit le seuil de la taverne, il sourit et les désigne à son compagnon.

    • Tu crois que Dumbledore serait ravi?

    • Il serait encore plus content de nous voir ensemble, répond Harry tranquillement.

    Parmi les derniers, ils reprennent le chemin de l'école. Le silence s'installe entre eux et c'est sans un mot qu'ils font le chemin jusqu'aux abords de la cabane hurlante. Harry lance un regard moqueur vers son voisin.

    • Ne me regarde pas comme ça! je ne me rappelle que trop bien combien tu m'as ridiculisé.

    • Il faut dire qu'à cette époque tu étais un sacré petit con!

    • N'exagère pas, Harry! murmure-t-il.

    Je lui montre l'éclair de souffrance dans les yeux gris et de suite je le sens mal à l'aise, il sait qu'il l'a blessé. Il l'arrête en le saisissant par le bras, le prend par la nuque, pose son front contre le sien et lui demande dans un murmure de l'excuser. Les bras de Draco se referment autour de lui et ils restent là, enlacés un long moment.

    • Il faut rentrer.

    • Je sais. On pourrait manger ensemble ce soir?

    • Tu veux que j'aille dîner à la table des serpentards?

    • Oublie, c'est stupide.

     

    Il remonte au dortoir pour ranger sa veste et se change en prenant bien son temps, il sort la lettre de Narcissa de sous son matelas, la contemple sans même la déplier puis redescend vers la grande salle. Je ne sais ce qu'il a en tête mais il me fait peur. Il s'arrête devant la grande porte fermée, m'enlève de son nez, m'essuie une fois de plus, me plie, me déplie, me malmène avant de me remettre en place... la situation semble grave! Il pousse les portes, la salle est comble et bruisse de conversations. Il se dirige vers la table des verts et argent et s'assoit en face de Draco qui lève la tête incrédule puis accroche son regard et ne le lâche plus. Petit à petit, tous se tournent vers le Survivant assis à la table serpentard et un silence mortel se fait.

    Harry se détourne du regard gris et fixe à sa table le sixième année qui était à Pré-au-Lard avec la vert et argent, qui comprend parfaitement le message et va s'asseoir à côté de son amoureuse, ensuite il se tourne vers Neville qui opine, se lève et va s'installer à côté de Luna. Dans les minutes qui suivent d'autres changements s'opèrent suivis par les professeurs sidérés La directrice sourit et fait un petit signe de tête approbateur à Harry.

    • Tu es définitivement un gryffondor, lui fait une voix tendrement amusée.

    • Je ne suis un griffon que parce que je l'ai voulu. Le choixpeau a voulu me mettre à serpentard, c'est moi qui ai refusé.

    • Pourquoi as-tu fais tout cela?

    • Tu ne voulais pas qu'on dîne ensemble? mais je te préviens, demain tu viens chez les gryffondor.

     

     

    oOoOoOoOoOo

     

     

    Ce soir Draco est censé rendre à Harry sa politesse d'hier et dîner à la table des rouges et or. D'apparence impassible, Harry guette la porte d'entrée depuis un moment. Il a à peine entrevu le serpentard aujourd'hui, ils n'avaient aucun cours en commun et avaient regagné chacun leur salle commune pour travailler un devoir à faire par groupe de quatre, Harry étant avec Hermione, Ron et Neville. La grande salle se remplit peu à peu et le dîner va commencer quand apparaît enfin le vert et argent. Il se dirige dos droit, tête fièrement levée vers la table des gryffondors. L'ancien masque plein d'arrogance malfoyenne qu'il a collé une fois de plus sur son visage raconte à Harry, mieux que des mots, l'effort qu'il fait. Il prend place en face de son ami.

    • Vous allez nous faire ce coup là tous les soirs? Tu nous a demandé Harry si nous avions envie d'avoir à notre table un mangemort?

    • Qui est ce "nous"? Tu parles pour qui, Seamus?

    • Tu crois qu'il est apprécié par beaucoup parmi nous?

    • Alors là, c'est le moindre de mes soucis Finnigan! intervint Draco d'une voix tranchante. Je ne suis pas là pour vous.

    • Tu t'es peut-être arrangé pour être l'ami du survivant, mais nous tu ne nous trompes pas. fit Ginny.

    • Ce qui te dérange Weasley, ce ne serait pas plutôt qu'il ne soit plus dans tes bras?

    • Tu es bien toujours le même con arrogant...

    • Ça suffit. Draco est ici à ma demande, il n'y tient pas plus que vous. Il semblerait qu'il ait raison, que mon amitié soit mal placée et que je vous surestime. Si ça vous pose un problème, c'est le vôtre et vous le réglerez avec vous-même. Il faudra vous habituer à sa présence et je ne veux plus entendre un mot à ce sujet!

    Draco regarde le griffon qui le défend avec stupéfaction, il fait preuve d'une autorité et d'un charisme surprenant. Personne ensuite n'ose rien dire et le repas se déroule en silence, jusqu'au départ des deux amis.

    • Je suis désolé Draco, je t'assure je ne m'attendais pas à ça.

    • Tu crois toujours que les autres ont ta grandeur d'âme...

    • Et j'ai parfois raison... lui dit Harry avec un regard en coin.

    • On va faire un tour dans le parc?

    • Si tu veux! Attends je vais chercher des capes, la tienne que j'ai toujours et la mienne.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Les jours se suivent et se ressemblent... Le printemps est là et avec lui les promenades plus longues et plus agréables dans le parc. Les couples se promènent main dans la main ou se cachent dans les buissons pour trouver un peu d'intimité. La seule différence est peut-être que les maisons se sont mélangées dans ces couples et qu'il n'y a plus de passions interdites.

    • Fin de cette semaine ce sont les vacances de printemps qui commencent, tu viens les passer au manoir?

    • ...

    • Harry? Tu vas me trouver quel prétexte cette fois?

    • J'accepte.

    • Tu acceptes?

    • Je t'ai dit oui...

    Je vois qu'il ne s'attendait pas à ça le petit serpent. Sa réponse le surprend. Leur relation n'a pas changé ou si peu. Harry promène un regard rêveur sur les abords du lac. Quand ils sont sortis, ils ont trouvé l'endroit qu'ils occupent d'habitude en dessous du saule pleureur, occupé par les griffons. Il regarde ses amis et je sais ses pensées, il ne les comprend plus. Ils n'arrivent pas à dépasser les clivages établis sous de fallacieux prétextes.

    • Que regardes-tu?

    • Eux.

    • Tu regrettes?

    • Que vas-tu chercher là?

    • Tu as commencé par dédaigner mon amitié pour la leur.

    • Ce que tu montrais à cette époque de ta personnalité ne poussait pas à se lier avec toi. Je suis bien avec le Draco qui laisse voir ce qu'il est réellement. Je suis déçu de leur comportement. Ils me manquent un peu.

    • Ils te manquent beaucoup. corrige le serpentard avec tristesse.

    • Non! Nous sommes partis en vacances ensemble cet été dans le sud de la France. Je ne me suis jamais senti aussi seul que là devant la mer bleue, avec eux en train de s'aimer derrière moi.

    Je sens doucement un peu d'eau sur le bord inférieur de mon verre, une larme ou deux d'un chagrin vite maîtrisé.

    • Harry, fait une voix désolée.

    • Ce n'est rien, laisse. lui répond-il en se tournant vers lui.

    Peut-être que si il n'y avait pas ses larmes? Mais elles sont là... Draco doucement les essuie du bout du pouce, la caresse se termine dans la nuque qu'il tient pour attirer à lui le visage de Harry et doucement effleurer ses lèvres des siennes avec une tendresse infinie. Il éloigne son visage s'attendant peut-être à un rejet, ou tout au moins à une réaction qui ne vient pas. Réalise-t-il que si il ne dit rien, mon grand dadais, il va le perdre son joli serpent? Il le regarde seulement! Et j'ai l'impression de brûler tant leurs regards sont intenses. Quand enfin il parle c'est pour poser une question que je trouve stupide...

    • Explique moi Draco.

    • Je n'aime pas les filles...

    • Et?

    • Je suis gay! Voilà tu es satisfait? fait-il d'une voix rageuse.

    • Oui. Ça fait un moment que j'attends que tu te sentes assez proche de moi que pour me le dire.

    • ...

    • Tu veux être mon petit-ami?

    • Devant tout le monde? Devant tes amis? fait-il incertain.

    • Oui.

    • ...

    • Je serai très fier de sortir avec Draco Malefoy...

    • ...

    C'est Harry qui cette fois cherche les lèvres de Draco, pour un baiser plus appuyé, caressant, pressant, mordillant, passant délicatement une langue indiscrète sur la lèvre inférieure de son compagnon, franchissant la douce barrière close pour boire l'humidité mystérieuse de sa bouche. Tendrement front contre front, ils calment les battements de leur cœur. A sa tempe, je sens son pouls battre la chamade contre ma branche droite. Ils ne voient pas les regards furibonds que les griffons posent sur eux.

     

    Ce soir, une fois de plus, ils sont le centre d'intérêt de toute la grande salle quand ils se dirigent vers la table des serpentards.

    • Ils sont déjà au courant, chuchote Draco.

    • Un peu plus tard, un peu plus tôt, ce n'est pas important.

    Les serpentards n'ont jamais montré d'animosité envers Harry, par calcul, indifférence, respect de celui qui est redevenu naturellement leur chef de file? Ils sont toujours restés à l'écart quand il était à leur table. Ce soir encore, il n'y a aucune remarque. Seuls les regards discrets lancés vers eux et que je vois montrent que la nouvelle a fait tout le tour de l'école. Leur attitude n'est pas différente des autres jours, ce n'est qu'une fois le repas fini et qu'ils sortent dans le parc que leurs mains se joignent.

    Pas une seule fois ce soir, il ne m'a nettoyée ou malmenée. Draco s'est assis dos contre le saule attirant vers lui Harry qui s'est installé entre ses jambes, le dos contre sa poitrine, la tête posée en arrière sur son épaule. Les bras du serpentard sont venus l'enserrer et profitant du simple contact de l'autre, ils rêvent. Ils ont fait du chemin vers la maturité, beaucoup de chemin et je suis heureuse d'y participer un tant soit peu.

     

    oOoOoOoOoOo

     

    Ils foulent enfin le quai 9 ¾. Un peu à l'écart de la cohue des parents venus récupérer leur progéniture, nous voyons, fière et belle, la mère de Draco. Je vois beaucoup de regards les suivre quand ils se dirigent vers elle. Harry la salue, tandis que son fils après un « Bonjour mère. » lui offre un bras sur lequel elle pose sa main avec empressement. Harry, après un regard d'excuse vers son petit-ami et sa mère, va dire bonjour à la famille Weasley. Il a l'immense surprise de voir la mère de son petit-ami le suivre et les saluer brièvement à son tour cautionnant ainsi implicitement la relation de son fils avec le Survivant. Ensuite, ils quittent ensemble la plate-forme sous les regards interdits ou choqués.

     

    Depuis leur arrivée au manoir, je vois Draco lancer de nombreux regards inquiets vers un Harry qui une fois de plus martyrise ma pauvre branche droite.

    • Harry? Ça ne va pas?

    • Si. Pas de problème.

    • Bien. On va voir ta chambre?

    • Je te suis.

    Après avoir gravi le grand escalier, ils enfilent un long couloir aux murs tapissés de portraits des ancêtres Malefoy. Draco s'arrête devant une porte presqu'au bout du corridor et l'ouvre devant Harry et je découvre en même temps que lui une grande chambre lumineuse entièrement décorée dans un camaïeu de beiges et dont la porte fenêtre grande ouverte en cette douce fin de journée donne sur le parc.

    • Elle te plait?

    • Elle est superbe Draco.

    • Ici tu as la salle de bain et cette porte ouvre sur ma chambre, tu es libre de la fermer si tu le désires. Tu veux la voir?

    • Oui. J'aimerais connaître ton univers.

    La chambre de Draco ressemble beaucoup à celle de Harry, mais le ton dominant est un gris perle soutenu d'un gris souris et d'un vert émeraude. On y trouve un lit immense, d'épais tapis, un bureau ancien patiné par le temps et un fauteuil, quelques objets personnels traînent sur la surface de travail et, seule au mur, une grande photo encadrée représente Draco et Harry lors d'un match de quidditch, le dernier étant en gros plan le vif d'or en main, ravi au nez et à la barbe de son adversaire.

    • Tu te rappelles?

    • Oui, c'est le dernier match que nous avons joué ensemble, confirme Harry en passant sa main autour de sa taille et en l'attirant tout contre lui d'un geste possessif. Elle vient d'où?

    • Colin Crivey!

    • Toi? Tu as acheté une photo de nous à Colin?

    • Comme tu vois... Non sans le menacer des pires maux de l'enfer si il en soufflait mot à quiconque, fait-il railleur.

    • Bonjour Jeune Maître, bonjour Monsieur Potter. fit l'elfe de maison qui venait d'atterrir dans la chambre dans un petit plop.

    • Bonjour Wickly. répond Harry sans voir le coup d'œil étonné de son amoureux.

    • Madame dit que le dîner est servi.

    • Nous descendons.

    Je le sens à nouveau nerveux. Une main arrête tendrement celle qu'il veut porter vers moi.

    • Arrête de persécuter cette pauvre paire de lunettes, Harry! ma mère t'apprécie, contente toi d'être toi-même et ce sera très bien. Tu sais, nous ne sommes pas en privé comme à l'extérieur... Viens! fait-il en le tirant par la main après avoir tendrement baisé ses lèvres.

    La soirée se déroule bien mieux que ne le craignait Harry et il a enfin réussi à se détendre lorsque Narcissa demande à Draco d'aller chercher un album photos. Après avoir échangé avec lui quelques banalités sur Poudlard, elle aborde le sujet plus personnel qu'il redoutait.

    • Je vois que vous avez suivi mon conseil, Harry.

    • Oui. Je ne vous remercierai jamais assez, Madame.

    • Il s'agit du bonheur du mon fils. Je n'ai pu m'empêcher de vous faire quelques recommandations quand j'ai constaté que vous partagiez ses sentiments. Je sais qu'il sera heureux avec vous.

    • Je ferai tout pour ça, Madame, même si notre relation n'en est qu'au début et que tout est à construire.

    • Je suis sûre que vous y arriverez et appelez moi donc Narcissa.

    L'arrivée de Draco le dispense de répondre. La soirée se termine entre les photos de son petit-ami bébé que nous regardons et les anecdotes que Narcissa raconte. Toutes les bêtises que le chéri a faites sont passées en revue au grand dam de celui-ci qui n'y tenant plus prétexte qu'ils sont fatigués et entraîne Harry vers sa chambre, loin des tendres moqueries de sa génitrice.

    Après une douche, Draco vient s'installer à côté de Harry sur le lit de ce dernier.

    • Ainsi tu as comploté avec ma mère pour nous réunir.

    • ...

    • Ne fais pas cette tête coupable! Je devrais être fâché mais au fond j'en suis ravi.

    • Elle m'a juste parlé de toi dans la lettre que tu m'as apportée.

    • Je vois. Et comment connais-tu Wickly?

    • Le jour où j'ai été au tribunal, j'ai attendu ta mère et je l'ai ramenée ici. Il n'était pas question que je la laisse se débrouiller seule, elle était trop affaiblie par sa détention.

    • Merci d'avoir veillé sur elle.

    • Je sais à quel point tu l'aimes, mon ange.

    • J'aimerais dormir dans tes bras...

    • ...

    • ...

    • Oui. Viens.

    Draco se glisse entre les draps et l'enlace.

    • Attends. fait-il. Je veux voir tes yeux, mon cœur.

    Une main tendre m'enlève de dessus son nez, replie mes branches avec soin et me dépose doucement sur le tapis.

     

    Je ne vois plus rien mais j'entends leurs soupirs et leurs mots d'amour, leurs serments et leurs projets d'avenir... Si une paire de lunettes le pouvait, je soupirerais d'aise en les écoutant s'aimer.

     

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    Texte écrit en réponse à un défi organisé sur le FoF, forum francophone consacré aux fanfictions...
    Un OS devait être écrit répondant aux conditions suivantes :

    Fandom : Harry Potter

    persos principaux : Draco et Harry

    atmosphère : rapprochement des maisons à Poudlard avec respect des tomes de JKR...

    Os long ou fiction courte (5000 mots minimum) sur les rapports entre ces deux personnages : inimitié, indifférence, amitié ou amour.

    Narrateur : un objet! peu importe à qui il appartient...

    Si vous choisissez un slash : pas de lemon.

     

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    07:37 Écrit par Licorne dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |

    13.08.2010

    CHAPITRE XXXIX. Harry Potter et le pacte d'amour

     

    Chapitre XXXIX. Une nouvelle vie



    Pierre-François regarda songeur son vis-à-vis. Son jeune amant, son doux amour, avait laissé la place à l'Elu, le Survivant, le vainqueur de Voldemort, le combattant dont tout le monde attendait toujours tout. C'est le côté de son agneau qu'il aimait le moins, le côté forgé par son mentor. Il savait bien entendu que la personnalité de Harry était un excellent terrain dans lequel il avait suffit que Dumbledore sème ses graines pour récolter. Il avait du courage, du charisme, de l'autorité à revendre, une soif de reconnaissance dont il n'était pas conscient, mais aussi un sens du devoir et du sacrifice aigu qu'il avait pourtant oublié lorsque lui était en danger.

    Déjà, il était prêt au combat, déjà il n'était plus là avec eux, déjà, il était là-bas à Stonehenge... Il ne voulait pas! il ne voulait pas le perdre si tôt alors qu'ils venaient seulement de se trouver. Ils ne sauraient jamais ce que ça représentait pour lui de les avoir aimés avant d'aller là-bas... Ou peut-être si? Peut-être que c'est pour ça que Harry brusquement avait semblé pressé, lui qui avait l'air si peu enclin à se lancer dans cette aventure à trois.

    -  Harry?

    Il eut en réponse un regard tendre et interrogatif.

    -  Pourquoi ce week-end? Pourquoi cette nuit?

    -  Nous en avions besoin tous les trois, mon loup, Parce que Jim vivait très mal cette situation, il avait l'impression qu'il allait me perdre... parce que je supportais de moins en moins d'être loin de tes bras, je voulais être à toi... lui répondit-il avec une caresse pleine de tendresse du dos de la main sur son visage. Et parce qu'il fallait que tu y crois pour aller te battre aujourd'hui et te préserver pour vivre !

    -  ...

    -  ...

    -  Ta franchise me surprendra toujours. Tu crois que l'image de ma fille n'était pas suffisante pour me donner envie de survivre à tout prix?

    -  Je ne sais pas, je me suis posé la question.

    -  Tu as raison, ce n'est pas comparable. L'amour envers un enfant ou envers un amant n'a rien de semblable mais ils sont tous les deux aussi forts. Vous avez examen à quelle heure?

    -  A dix heures. Nous devons après passer à Astor's Lodge, pour prendre les armes moldues que Joshua nous aura procurées et nous familiariser avec leur utilisation. Après il ira avec Liam et Jareth sur les lieux, ces derniers feront des rapports réguliers par téléphone. Selon les évènements, ils viendront au rassemblement à Poudlard ou pas. Nous partirons de là.

    -  Bien. fit brièvement Pierre-François.

    -  Qu'y a-t-il, mon loup? fit Harry qui n'obtint pas de réponse et qui continua. Je ne me sens pas prêt non plus, tu sais, et Jim m'a serré contre lui toute la nuit. Nous en sommes tous là! Viens retournons près de lui. Je ne veux pas qu'il se réveille sans que je sois là...

    Pourtant avant de rentrer dans la chambre, Pierre-François l'attira à lui, le serra ardemment contre son corps pour s'emparer de ses lèvres. Harry y répondit jusqu'à être à bout de souffle! Un baiser plein de feu mais surtout d'amour. Et de désespoir aussi. Les paupières baissées sur l'écran de son âme, pressant fortement son front contre le sien, ses mains serrées sur la nuque de Pierre-François, il calmait son cœur bien plus que son corps. Il avait envie de lui dire des mots fous, des mots qui riment avec toujours mais il avait encore cette impression de trahir Jim, alors, sans le regarder, il lui murmura juste de se garder, de lui revenir entier. Tendrement Pierre-François, d'un doigt glissé sous son menton, leva son visage vers lui.

    -  Si tu savais à quel point je t'aime, mon doux amour! Promets-moi de ne jamais douter de moi!

    -  Je t'ai fait confiance alors que tu n'étais qu'un inconnu, ce n'est pas maintenant que je vais hésiter.

    Sans le quitter des yeux, le sorcier prit sa main dans les deux siennes et l'amena à sa bouche pour y poser les lèvres puis il le tira vers la chambre pour retrouver Jim qui dormait toujours. Blottis tous les deux contre lui se tenant toujours par la main, ils restèrent là à se remplir de l'image de l'autre, à graver dans leur mémoire le moindre de leurs traits pour ne jamais les perdre. Quand Jim ouvrit les yeux une heure plus tard, ses deux amants tournèrent les yeux vers lui, l'embrassèrent, le câlinèrent... mais leur regard était grave, leurs sourires pleins d'amour mais pas de gaîté.


    oOoOoOoOoOo


    Draco se réveilla enlacé par Sylas, blotti contre son dos. Lovée dans ses bras, Mia dormait encore. Il caressa tendrement celle qui la nuit dernière avait tout fait pour ramener l'harmonie entre eux. Il soupçonnait que sa petite conversation avec son meilleur ami n'y était pas étrangère, mais peu importe, Harry et la sérénité que lui avait apportée son choix avaient été de bon conseil. Longtemps ils avaient discuté du présent mais aussi du passé et du mur de silence et d'incompréhension qui peu à peu s'était construit entre eux. Tout n'était pas réglé, loin de là mais ils étaient sûrs que leurs sentiments étaient intacts. Tenant trop à cette entente retrouvée, ils n'avaient pas encore parlé de cet avenir qu'ils voulaient commun, de la décision unilatérale de leur femme d'enseigner et de renoncer à des études universitaires.

    Lui et Sylas s'étaient inscrits à l'université en médicomagie pour l'année prochaine. Quelques jours auparavant, ils avaient été trouver la directrice, avaient choisi leurs cours prenant systématiquement les mêmes pour être ensemble. Alors qu'ils n'étaient pas encore réellement unis tous les trois, Harry et Jim étaient là avec Pierre-François et décidaient ensemble des cours qu'allaient suivre les plus jeunes, l'aîné les conseillant, tenant compte aussi de leurs emplois du temps respectifs pour s'aménager le plus de temps libre en commun. Il avait ressenti l'absence de sa femme qui avait refusé de les accompagner et surtout mesuré son désintérêt pour leur avenir.

    Le sujet de Harry, Jim et Pierre-François avait été abordé à plusieurs reprises. Pourquoi Hermione rejetait-elle les garçons? Harry avait été ravi, lui, du bonheur qu'elle éprouvait, pourquoi ne pouvait-elle en faire autant? Il n'était jamais loin d'eux... Après force discussions, ils en avaient conclu qu'elle pensait que Sylas et son meilleur ami préféraient maintenant Draco à elle. Jim et Pierre-François s'entendaient à merveille avec ses deux hommes et seule femme dans ce groupe, elle ne trouvait pas sa place.

    Ils avaient fait l'amour à trois faisant de leur femme le centre de leurs attentions, faisant passer leur envie de communiquer entre eux au second plan. Ils l'avaient rassurée, câlinée, aimée tour à tour. Maintenant, il voulait à tout prix s'unir à Sylas, partager avec lui les derniers moments d'amour avant la journée décisive. Il lui suffit de le penser très fort pour que son mari l'attire dans ses bras.

    oOoOoOoOoOo

    Jim serrait tendrement son amour contre lui, il avait peur de la gravité qu'il lisait dans ses yeux. Il le revoyait tomber dans la salle sur demande, la baguette à la main et se rappelait tous ces regards tournés vers l'Elu, vers leur espoir, attendant qu'il ouvre les yeux. Le temps semblait suspendu au moindre de ses mouvements. Il sentait encore la main glacée qui avait étreint, broyé son cœur quand il le contemplait, lui, sa raison de vivre, immobile sur ce lit de fortune. Ceux qui resteront, devront continuer pour les enfants avait dit Pierre-François. Il n'en était pas question. Il savait que c'était égoïste mais personne ne pouvait exiger ça de lui. Quand il l'avait dit à Hermione, il le pensait au plus profond de lui : il était sa vie.

    Il sentit Pierre-François se presser contre lui. Bien sûr il l'aimait ce séduisant et beau sorcier... Comment ne pas l'aimer? Il adorait faire l'amour avec lui, être avec lui, le regarder vivre, manger, danser et surtout entendre son rire. Il ferait n'importe quoi pour entendre cette mélodie sensuelle plus souvent. Leur entente, leur complicité grandiraient au fil des jours et de leur vie en commun, leurs sentiments s'approfondiraient encore sans aucune doute mais sa vie c'était Harry.

    Doucement il s'écarta de lui pour le regarder, il caressa ses lèvres du bout des doigts.

    -  Jim? Tu me fais quoi là? fit Harry en voyant l'expression de souffrance dans ses yeux.

    -  ...

    - Tu vas oublier toutes ces idées que tu as en tête, Amour.

    -  Tu ne peux pas me demander ça, Harry. Tu es toute ma vie! fit-il tout en sentant Pierre-François sursauter dans son dos.

    -  Je te le demande! Je veux que si il m'arrive quelque chose tu sois heureux avec pti loup et Lily! Ils auront besoin de toi.

    -  ...

    -  Jim?

    -  Non!

    -  Tu ne m'aimes pas? murmura une voix douce dans son dos pendant que deux bras le ceinturaient et l'amenaient tout contre un torse dur.

    -  Tu sais bien que si! Là n'est pas la question. Un amour n'est pas l'autre. Crois-tu que nous serions là, tous les trois si je ne tenais pas énormément à toi, pti loup? Nous avons discuté longtemps avant de prendre cette décision. Tu me poses une question, je vais t'en poser une à mon tour : tu l'aimes autant que moi, as-tu envie de vivre sans lui?

    -  Je n'ai pas le choix, il y a Lily.

    -  Tu n'as pas répondu à mon interrogation, pti loup, tu sais que j'ai raison. Ne me regarde pas comme ça, Harry, tu n'y changeras rien! si tu veux que je vive arrange-toi pour être sain et sauf!

    -  On fera tout pour ça, ma tendresse.

    -  Je sais, pti loup, je suis même sûr de savoir jusqu'où tu peux aller pour le protéger! Et ça ne me plait pas plus!

    -  Vous êtes fous tous les deux ? fit Harry durement. Je ne veux pas de ça! On est en plein délire là! Depuis que nous sommes levés vous m'avez déjà enterré vingt fois! Et vous bradez vos vies comme de la vulgaire marchandise! Pensez à ceux qui sont morts lors de la guerre avec Voldemort et qui auraient voulu vivre auprès de leurs proches! Qu'est ce qu'il vous prend? Vous allez partir combattre avec cette idée en tête? Si c'est le cas on reste ici directement parce qu'on n'arrivera à rien et on courbera l'échine devant un nouveau mage noir! J'ai connu bien pire. Nous sommes bien organisés, bien armés, nous avons une force qui n'est pas à dédaigner et si nous y croyons, nous y arriverons. Vous croyez que je n'ai pas peur de vous perdre? continua-t-il de plus en plus en colère. Vous croyez que je n'y pense pas? C'est ma hantise moi qui ai déjà perdu tant de monde dans ces combats...

    -  Amour...

    -  Non! Jim, vous allez trop loin, beaucoup trop loin! continua Harry en se levant brusquement. Avec des raisonnements comme les vôtres on ne ferait rien et on se laisserait asservir, c'est une attitude de lâches!

    Son fiancé sursauta et se redressa, les yeux devenus presque noirs de courroux, nullement prêt à se laisser insulter et encore moins par son aimé. Harry resta interdit devant un Jim d'habitude si calme et qui là, dressé fièrement, à moitié nu, ressemblait à Arès prêt à lancer ses armées dans la guerre de Troie. Pierre-François attrapa sa main avant qu'il ne réplique et que la situation s'envenime ce qui était la dernière chose dont ils avaient besoin. Il le retint, nouant tendrement ses doigts aux siens, tandis que de l'autre main, il attirait Harry d'un geste brusque contre lui, le faisant basculer entre Jim et lui.

    -  Calme-toi, mon agneau chéri. Nous savons que nous devons y aller, nous savons aussi que tu dois y être. Nous ferons ce que nous avons à faire mais ne nous demande pas d'y aller la fleur au fusil.

    -  ...

    -  Pour la première fois, je découvre l'amour et le bonheur d'un amour partagé. Il y a vingt ans que j'attends ça, vingt ans! Essaye de comprendre, Harry, la crainte que j'ai de perdre ça, murmura Pierre-François en caressant du pouce la tempe de son agneau.

    Jim enjamba Harry pour se laisser aller tout contre le dos de Pierre-François et doucement posa son profil sur celui du sorcier qui soupira de bien-être.

    Merlin! que je vous aime! conclut-il d'une voix étranglée tout en baissant son visage vers Harry pour doucement boire les larmes qui roulaient sur son visage puis en se tournant vers Jim pour effleurer ses lèvres.

    Jim resserra son étreinte. Lui aussi, il l'aimait son pti loup, de façon différente, moins fusionnelle moins passionnée que son fiancé qu'il ne voyait autrement que comme sa moitié, son âme sœur, mais profonde et durable et il ne supportait pas que Harry le blesse comme c'était le cas en ce moment. Ce n'était pas la première fois, ce ne serait pas la dernière, qu'il voyait au fond des yeux clairs cette expression de souffrance. Harry attira Jim à lui, le forçant à reprendre sa place entre eux puis le serra de toutes ses forces contre lui de son bras entourant sa taille, tandis que passant par dessus le corps de son fiancé son autre main se faisait tendresse pour masser doucement la nuque de Pierre-François essayant de donner à chacun ce qu'il recherchait à ce moment. Il logea sa tête dans le cou de Jim trouvant sa force dans ce contact sensuel, habituel, nécessaire.

    Ils restèrent là unis dans une même étreinte le plus longtemps possible. Ils continuèrent cette étrange communion sans un mot, sans un geste.

    C'est Pierre-François qui rompit cette harmonie en soupirant.

    -  Il est l'heure de vous lever pour aller passer votre examen.

    -  Et toi?

    -  Je viens avec vous. Je vais revoir mes notes et mon incantation pendant ce temps, puis on ira à Astor's Lodge voir Joshua. Je ne vous quitte pas de la journée si ça vous plait.

    -  Tu en doutes?

    -  Je comprendrais très bien que vous...

    -  Chut! lui souffla Harry en posant un doigt sur sa bouche, tu as tendance à dire des bêtises ce matin.

    Ils prirent leur bain ensemble en vitesse, le temps n'était déjà plus aux démonstrations amoureuses. Après avoir levé et habillé Lily, ils retrouvèrent autour de la table du petit déjeuner le trio et Teddy. La tension entre Mione et ses hommes semblait avoir disparu même si les visages étaient graves. Un silence s'installa non pas lourd mais opaque. Qu'auraient-ils pu encore dire? Nul n'échappe à son destin. Cloud et Aymeric échangeaient des regards inquiets que surprit Pierre-François qui s'obligea, pour eux, pour sa fille, à sortir de son mutisme et à commencer une conversation sur des sujets neutres.

    Ils sortirent dans la campagne verdoyante et ensoleillée. Le trio allait au manoir Malefoy, les autres se rendaient directement à Poudlard. Le sorcier embrassa tendrement sa poupée avant de transplaner immédiatement avec Cloud, trop jeune pour le faire seul, sans les attendre. Jim et Harry échangèrent un bref coup d'œil entendu, abrégèrent leurs au revoir aux enfants, puis le dernier transplana avec Aymeric et Jim dans ses bras.

    oOoOoOoOoOo

    Ils trouvèrent leur amant assis à son bureau, plongé dans ses notes et nul n'aurait pu dire ses états d'âme sans avoir vu ses mains trembler.

    -  Nous allons passer l'examen, mon loup, fit Harry en entourant ses épaules de ses bras et en posant un tendre baiser dans son cou. Souhaite nous bonne chance.

    Pierre-François posa sa plume puis attira d'abord Harry pour un long baiser suave puis Jim.

    -  Bonne chance, mes amours.

    oOoOoOoOoOo

    L'examen d'études des runes se passa bien et Harry sortit le premier et plutôt satisfait de la classe. Erwin l'attendait dans le couloir, appuyé contre le mur. Comme eux tous le beau page semblait soucieux.

    Sans un mot, il tendit le Independent Wizard à Harry. A la une, celui-ci publiait une photo de Pierre-François, Harry et Jim à l'intérieur de Poudlard. Assis à la table des professeurs lors d'un repas, il avait manifestement les yeux fixés sur la table de la septième bis où l'on voyait Harry, Jim, Draco et Sylas discuter ensemble puis le Survivant et Jim interrompre leur conversation et échanger, avec le sorcier, un sourire et un regard sans équivoque quant à leurs sentiments respectifs. Deux photos plus petites montraient Pierre-François, Jim et Harry ensemble, sur la première ils discutaient dans les couloirs, les deux fiancés se tenant par la taille et le sorcier les contemplant avec tendresse, sur la seconde dans une classe vide, l'aîné faisait réviser leurs cours à ses amants. L'article expliquait le rôle de juge de Pierre-François suite à la disparition très opportune d'un des examinateurs et mettait en doute son intégrité.

    Jim n'était pas épargné, le rédacteur insinuait que la seule manière pour un moldu de réussir des aspics en monde sorcier ne pouvait être que la tricherie.

    Le Survivant présenté cette fois comme l'héritier Serpentard était une fois de plus pris à partie et accusé de se servir de sa réputation pour corrompre le système et l'utiliser à son profit, faisant nommer un de ses amants directeur à Poudlard pour prendre le contrôle de l'éducation des sorciers. Le quotidien continuait sa campagne de dénigrement. Harry imperturbable finissait de lire, mais Erwin, qui l'observait attentivement, voyait la petite veine de sa tempe pulser de colère et ses mains qui tenaient la feuille de chou trembler.

    -  Tu peux faire un démenti par le Chicaneur et la Gazette.

    -  Si ce n'était que moi, fit-il en haussant les épaules, j'en ai vu d'autres mais il y a Pierre-François et Jim. Merci, mon petit page! termina Harry après avoir une fois de plus constaté que le jeune homme au look androgyne et aux traits finement ciselés méritait bien se surnom.

    -  De rien, chevalier, lui répliqua Erwin en souriant.

    -  Qui? demanda Harry en voyant le peu d'étonnement d'Erwin.

    -  Pierre-François, tout au début que vous vous connaissiez mais il croyait que j'étais au courant. Je pense qu'il voulait savoir ce que j'étais ou avais été pour toi et je ne lui ai rien répondu! fit Erwin avec un petit sourire moqueur. Il n'avait qu'à te poser la question directement.

    -  Jim a dû le lui dire depuis. répondit Harry avec un léger rire moqueur. Quand il s'agit de moi, ils sont très complices.

    -  Pierre-François semble t'aimer autant que ton fiancé!

    -  Je les aime aussi et c'est bien pour ça que des choses comme celles-là me mettent hors de moi parce que c'est le fait qu'ils soient mes proches qui leur amène ces ennuis. Je sais, même si ils ne me le disent pas, que ça les atteint.

    -  Ça a été? les interrompit Jim qui sortait de la classe.

    -  Oui, sans problème, mon cœur.

    -  Moi aussi! fit le jeune moldu en souriant. Que se passe-t-il, Amour? poursuivit-il en voyant l'air contrarié de Harry.

    Il soupira et lui tendit simplement le journal. Jim s'appuya contre lui pour lire l'article, le bras de son amant vint lui enserrer la taille. Il avait besoin plus que jamais de sentir sa présence. Jim posa doucement un baiser sur sa tempe.

    -  Pti loup est au courant?

    -  Non! pas encore!

    -  Que vas-tu faire?

    -  Parler avec Neville puis avec Lucius pour démentir. Mais là on nous attend à Astor's Lodge. Tu viens avec nous? fit-il à Erwin.

    -  Je vous suis.

    Pierre-François leva les yeux d'un très ancien grimoire qu'il était en train d'étudier. Rien que le titre fit frémir Jim : L'enfer de la magie noire. Il déposa sa plume pour les contempler.

    -  Vous vous en êtes sortis?

    -  Oui! répondirent-ils avec un bel ensemble qui le fit sourire.

    Sans un mot, Harry lui tendit le quotidien avant de se poster devant la fenêtre pour ne pas voir l'éclair de souffrance qui ne manquerait pas de traverser son regard. Il sentit bientôt ses mains sur ses épaules.

    -  On savait que ce ne serait pas facile, mon doux amour, murmura-t-il. Je m'attendais à cette attaque, c'est pourquoi je n'ai pas voulu juger tes ASPIC. Il est plus inquiétant de voir qu'à l'intérieur de Poudlard on a pu prendre ces photos. Je range tout et on va voir Joshua.

    Jim regardait les attentions délicates de Pierre-François, il avait aussi entendu le tendre vocable qu'il avait utilisé envers son fiancé et il était là stupidement sans réaction, sans lui dire ce qu'il ressentait, s'effaçant devant le sorcier et cela arrivait de plus en plus souvent. Il lui laissait l'initiative de leurs relations à trois, ce n'était pas dans ses habitudes. Pierre-François avait une personnalité trop forte pour que, tous les deux, ils le laissent dominer leur relation. Il s'approcha et posa une main possessive sur la hanche de Harry, un geste qu'il retrouva avec un infini plaisir et qu'il avait moins utilisé ces dernières semaines depuis que leur loup était plus présent dans leur vie, aussitôt Harry s'alanguit contre lui avec, lui sembla-t-il, énormément d'empressement, ce qui le ravit.

    -  Si nous ne t'aimions pas nous ne serions pas là, Amour! Personne ne nous y force, c'est clair et net!

    -  Je sais, mon cœur, mais je sais que ça te blesse.

    -  Ne te tracasse pas pour ça, du moment que je suis avec toi, j'oublie très vite.

    Erwin attendait patiemment. Le sorcier d'un sort rangea le désordre sur son bureau. Ils prirent chacun une poignée de poudre de cheminette et atterrirent à Astor's Lodge. Le petit page fut heureux de retrouver les bras de Jimmy. Joshua mais aussi le trio, Jareth, Violaine et Liam les attendaient.

    oOoOoOoOoOo

    Après un repas rapide mais copieux, ils se retrouvèrent au sous-sol aménagé en stand de tir.

    -  Je vous ai trouvé des pistolets Glock 18c (1) semi automatiques et automatiques au choix très performants, ils tirent trente trois coups sans recharger avec un système de sécurité original. leur annonça Joshua.  La queue de détente est équipée d'un petit levier qui doit être pressé pour permettre le tir. D'éventuels chocs ne risquent pas de déclencher le tir tant que ce levier n'est pas pressé alors que la mise en œuvre de l'arme est particulièrement rapide puisqu'il suffit d'appuyer sur la queue de détente pour tirer. Les chargeurs peuvent très rapidement être renouvelés.

    -  Pourquoi ne gardons nous pas nos 9 mm?

    -  Le Glock 18, chambré en parabellum 9 mm est doté d'un sélecteur permettant de choisir entre un tir semi-automatique ou automatique à une cadence de plus de 1 100 coups/minute pour ce dernier mode. Cela fait de lui l'un des plus petits pistolets mitrailleurs existants. Le suffixe "c" révèle que son canon accueille un compensateur de relèvement, évents pratiqués près de la bouche du canon afin de laisser une partie des gaz s'échapper vers le haut donc imprimer à l'arme, lors du tir, une force vers le bas censée réduire l'élévation du canon sous l'effet du recul.

    -  Pourquoi nous entraîner à tirer avec? Il y a une différence de maniement? demanda Violaine.

    -  Il faut vous habituer au système de sécurité, au choix de la fonction automatique ou pas. Quand ils tirent en rafales rapides, ils ont tendance à bouger plus que d'autres et demandent à être plus fortement maintenus pour compenser le recul. expliqua Joshua calmement. Vous en prenez chacun un, vous faites sortir le chargeur et vous le changez jusqu'à ce que le geste vous devienne naturel.

    On n'entendit plus pendant un bon moment que le cliquetis des chargements. Enfin, leur instructeur se déclara satisfait. Penché par dessus l'épaule de Pierre-François qu'il n'avait encore jamais coaché, il le regardait faire l'exercice avec rapidité et précision.

    -  Je vois que tu connais bien cette arme ! apprécia-t-il.

    -  En effet, même si je n'emploie plus jamais les armes moldues, elles ont peu de secrets pour moi. Il fut un temps où je vivais dans un endroit où il y avait plus d'armes que de fleurs. C'était la loi de la jungle et même étant sorcier lorsqu'on est attaqué par une bande équipée d'armes moldues, il est difficile de se faire respecter sans leur mettre un révolver sous le nez. J'ai donc du apprendre. J'ai eu souvent un Glock en main mais sans la fonction automatique. expliqua Pierre-François qui ne vit pas le regard intrigué que posait sur lui son agneau chéri.

    -  On va voir ce que ça donne sur une cible.

    Quelques instants plus tard, ils se retrouvaient devant des cibles fixes et s'entraînaient ferme. Il y a plusieurs mois qu'ils n'avaient tiré il était donc utile pour eux de refaire une petite mise à niveau. Joshua lança un regard appréciateur sur la façon de tirer du futur directeur de l'école sorcière. Le dernier exercice les vit tester leurs réflexes sur des cibles ensorcelées par Harry et qui bougeaient de façon tout à fait imprévisible. Enfin l'instructeur leur montra comment s'équiper d'un holster relié à un ceinturon porté à la taille et s'attachant sur la cuisse. Ils avaient choisi de porter pour cette opération, une tenue noire, des bottines avec des semelles de crêpe très silencieuses, leur cape et leur masque.

    Un bip caractéristique alerta Draco qui vérifia le message sur son téléphone.

    -  C'est Blaise, ils ont reçu l'ordre de se rendre à proximité de Stonehenge mais il ignore le nombre de leurs effectifs. Par contre il fait équipe avec un sorcier qui appartient à la Loge sorcière et un ancien mangemort.

    -  Voilà! constata Harry, nous y sommes. Bravo pour vos déductions. Sans vous nous ne serions nulle part.

    -  J'aurais préféré avoir tort, mon agneau. fit Pierre-François en repoussant ses cheveux en arrière d'un geste las, découragé?

    Non! Bien plus que ça! Harry vit dans les yeux de l'ancien serpentard comme un sentiment de résignation, comme si il avait espéré jusqu'au bout s'être trompé et que là, acculé, il était obligé d'admettre qu'il n'y aurait aucune échappatoire. Il l'entendit dire qu'ils devaient encore aller voir Lucius et Neville. Le survivant secoua la tête pendant que Jim s'exclamait qu'il n'en était pas question.

    -  Ils ne pourraient de toute façon plus rien faire aujourd'hui, mon loup, nous allons consacrer le temps restant à nous-mêmes. fit Harry en les attirant tous les deux par la taille d'un geste qu'il voulait tendre mais qui était surtout possessif.

    Ainsi, ils se retrouvèrent blottis tous les trois sur un canapé du salon télévision. Le trio en face d'eux s'était mis en symbiose et le léger halo doré les englobait, bienfaisant et puissant.

    -  Tu as remarqué, Amour. Ils vont beaucoup mieux, murmura Jim. Tu as bien fait de parler avec Mione.

    -  Ils ont eu difficile d'équilibrer leur trio mais maintenant ils paraissent plus unis et sereins que ces dernières semaines. La proximité du danger et la peur de se perdre y sont bien plus que mes quelques mots, mon cœur.

    -  Pti loup! Viens contre moi.

    Bien qu'un peu étonné, Pierre-François pressa le poignet de Harry, l'embrassa doucement dans la nuque avant d'aller s'asseoir collé contre le dos de Jim qui laissa aller sa tête en arrière sur l'épaule de l'aîné. Harry en profita pour loger sa tête dans le cou de Jim, l'avant-bras tout contre celui de son loup, sa main serrée sur son biceps, ses yeux dans les siens. Quelques minutes avant l'heure de départ, il exerça doucement une pression sur son bras et le sorcier blond comprit de suite son désir. Il embrassa longuement le jeune moldu avant de reprendre sa place à côté de Harry le serrant de toutes ses forces contre lui, sans l'enlever des bras de son fiancé. Ses agneaux très différents cherchaient chacun un réconfort dissemblable, Jim cherchait un simple contact tendre et aimant, le second avait besoin de sentiments forts et de passion.

    Erwin était lové dans les bras de Jimmy, ils chuchotaient, s'embrassaient. Jimmy couvrait de légers baisers le visage levé vers lui. Depuis presque dix mois qu'ils s'étaient trouvés, leur amour n'avait cessé de grandir. Ils passaient tout leur temps libre ensemble. Dans quelques jours, lorsque le plus jeune sortirait de Poudlard, ils habiteraient ensemble.

    Violaine et Jareth étaient discrets à leur habitude. Ils faisaient, malgré leurs défauts, malgré le fait qu'ils faisaient souvent bande à part, partie de leur grande famille, même Sy avait oublié combien il avait haï le langue de plomb. Le plus indépendant de tous était Joshua, le vieil homme disparaissait parfois pendant des jours. Le seul au courant de ses déplacements était Jimmy qui savait toujours où trouver l'ancien. Liam discutait avec lui, Ginny était à Poudlard aux cours jusqu'à dix-sept heures.

    Le trio toujours en symbiose était loin de tous. Les mains de ses deux hommes unies sur son ventre à peine bombé par les vies intérieures qui l'habitaient, Hermione se laissait bercer dans leur tendresse. Comme le lui avait conseillé Harry, elle avait utilisé le pacte comme au début de leur relation à trois, sans préjugé, et elle avait ressenti leur amour immense à tous les deux. Elle ne comprenait plus son attitude, sa jalousie des dernières semaines. Quand avait-elle occulté son amour pour eux pour ne plus voir que sa jalousie de les voir si complices? Aujourd'hui, elle voulait oublier tout ça en espérant qu'il n'était pas trop tard.

    C'est Harry qui donna le signal du départ. Après un dernier baiser passionné, ils s'habillèrent. Enfin vêtus et munis du holster garni du Glock et de plusieurs chargeurs, les trois complétèrent leur tenue par un étui de cheville garni d'un poignard.

    -  Il est mal mis, mon agneau! murmura Pierre-François à genoux devant Harry, en ajustant l'arme blanche.

    -  Merci, mon loup! fit Harry les mains posées sur ses épaules.

    Il avait besoin de les toucher, de les frôler, de se persuader qu'ils étaient là. Il enlaça ses doigts à ceux de Jim en soupirant. Quelques minutes plus tard, ils étaient tous dans le bureau de leur éventuel appartement à Poudlard. Ils s'acheminèrent vers la grande salle qui débordait de bruits.

    oOoOoOoOoOo

    Quand ils y pénétrèrent un silence relatif se fit.

    -  Formez vos groupes dès que vous êtes prêts, nous verrons ceux qui sont incomplets. ordonna Harry.

    Les membres de l'Ordre du Phénix étaient là tous même la grand-mère de Neville. De l'agitation se fit entendre derrière les portes de la grande salle qui s'ouvrirent devant Kingsley et ses aurors, puis une seconde fois devant deux masques de la fratrie. Il s'agissait de Liam et Jareth qui venaient de déposer Joshua sur le site. Ils vinrent faire leur rapport immédiatement à Harry.

    Les mouvements neo-druidiques terminent leur journée de pèlerinage et se retirent peu à peu des lieux. Pour le moment, il est impossible dans la foule de reconnaître d'éventuels éclaireurs d'Ombrage et de la Loge. Joshua va faire son rapport dès qu'il aura eu une vue d'ensemble du problème, il a dit qu'il lui faudrait une bonne heure.

    -  Bien. Je vais vous mettre avec des élèves qui ont besoin du soutien d'armes moldues.

    Harry regarda ses troupes, il se demandait si ils seraient jamais assez nombreux pour affronter les deux factions unies. Après avoir jeté un sort de sonorus en mettant sa baguette sur sa tempe, il attira leur attention. Le silence se fit immédiatement.

    -  Nous allons vous familiariser avec le site où nous allons combattre et vous expliquez le but de cette opération. Certains parmi vous sont déjà au courant, d'autres non. Le professeur Vassier va vous expliquer cela bien mieux que moi.

    Aussitôt Pierre-François prit la suite, se concentra et, avec l'appui de Harry, fit apparaître une représentation du site puis un plan de celui-ci (2). L'Elu se chargea de maintenir l'hologramme en place.

    -  Deux factions d'extrême droite veulent faire revenir à eux un des deux derniers mages noirs de ces dernières années, soit Grindewald, soit Voldemort. A cette fin, ils vont se réunir sur le site de Stonehenge que nous soupçonnons être un de ces anciens portails magiques ouverts sur les limbes dont parlent les vieux écrits. Il est bien entendu impossible de faire revenir un mort dans le royaume des vivants sous sa forme humaine. Il ne pourra revenir que sous une forme incomplète ou secondaire un peu comme Voldemort lorsqu'il a été vaincu une première fois. Nous savons par expérience que même sous cet aspect un mage noir puissant peut causer bien des déboires.

    Vous voyez ici une pierre située à l'extérieur des cercles on l'appelle la "pierre talon". Si l'on trace une ligne qui la relie au centre du cercle, cette droite est en prolongement de ce qu'on appelle "l'avenue" qui est une bande de vingt trois mètres de large, ce chemin se rétrécit et passe entre la pierre appelée "pierre du sacrifice" et sa jumelle dont on voit encore l'emplacement mais qui est cassée. Lorsque le soleil se lève le matin du solstice d'été les rayons passent exactement entre les deux pierres pour aller rejoindre le centre du cercle formant un "couloir d'énergie solaire", les deux pierres encadrant le lever de l'astre.

    Etant donné la concentration de magie à cet endroit précis, j'en ai déduit que nous pourrions être en présence d'un vortex magique et ai fait des recherches à ce sujet. Les anciens traités nous apprennent que chaque portail a son gardien dans les deux mondes celui des vivants et celui des morts. Il y a sur le site cinquante cinq trous qui contiennent les cendres de cinquante-cinq hommes ou sorciers et de petits objets personnels. Une tombe a été découverte et ouverte par les moldus, elle contenait un combattant avec arc et flèches.

    Au milieu du cercle, se tient une pierre de six tonnes de grès vert micacé qui brille de mille feux au soleil, appelée "pierre autel" c'est la seule du site de cette nature et de cette couleur, elle est couchée et a été piétinée par des générations de moldus.

    Il n'empêche que des siècles après, la magie est ressentie à cet endroit d'une façon exceptionnelle. Je crois que cette pierre agit tel un accumulateur et emmagasine toute la journée du solstice l'énergie solaire. L'adoration des vingt mille visiteurs qui viennent chaque année le 21 juin à Stonehenge ne peut que renforcer la puissance accumulée. Tout, ce soir, ainsi que chaque année à la même date, sera propice à la tentative d'Ombrage et de mon frère de communiquer avec les limbes. termina Pierre-François qui lança un regard vers Harry qui reprit la suite.

    -  Comme lors des entraînements, reprit ce dernier, je ne veux personne à proximité directe de la "pierre autel", un transfert involontaire vers des lieux pour le moins inhospitaliers n'étant pas à exclure. La puissance magique et l'énergie invoquées seront très difficiles à canaliser. Vous serez répartis ici entre les trios de pierres du premier cercle. Certains de vos ennemis seront devant vous pour l'invocation, ils sont à éliminer le plus rapidement possible. Vous en aurez certainement derrière vous en couverture des premiers, c'est pourquoi nous aussi allons faire un second cercle. Il sera composé des aurors et des membres de l'Ordre du Phénix qui ont assez d'expérience pour choisir où et comment se placer et réagir selon les forces en présence. Chaque groupe d'élèves sera soutenu par un membre de la fratrie qui sera équipé d'une arme de poing moldue.

    -  Nous ne pouvons intervenir de suite, il nous faut connaître leur but recherché mais dès celui-ci connu nous serons en danger. Il ne faut pas que l'incantation de leur sorcier officiant soit prononcée en entier. Il est notre priorité absolue. Dès que la situation sera un peu moins tendue, nous formerons notre propre pentagramme et réciterons notre incantation pour refermer le vortex ouvert. précisa Pierre-François.

    -  Qui sera notre célébrant? demanda Lucius.

    -  C'est moi. fit Pierre-François.

    Il n'eut pas besoin de savoir qui avait poussé le cri étranglé qu'il avait entendu. Il se retourna vers lui et plongea dans les yeux verts.

    -  Si leur officiant est notre priorité, tu seras la leur. souffla-t-il.

    -  Tu es là pour me protéger. J'ai confiance en toi. répondit le sorcier à voix basse.

    -  Pourquoi n'as-tu rien dit?

    -  Tu le sais.

    -  Tu auras besoin de ma puissance pour l'invocation?

    -  Oui!

    -  Et celle du trio aussi?

    -  Oui! J'ai demandé la présence d'Hermione à cause de ça.

    -  Alors, par Merlin, comment veux-tu que je te protège? gronda-t-il en baissant la tête.

    -  Il n'y a pas d'autre solution Harry.

    -  Jim et moi seront là aussi! fit Cloud qui avait compris la raison de leur aparté.

    -  Avec les Glocks, on devrait y arriver, Amour, murmura Jim doucement en posant sa main sur sa taille pour l'attirer contre lui.

    Harry se maîtrisa, releva la tête, son visage n'exprimait rien, aucun sentiment, aucune douleur.

    -  Formeront le cercle rejoignant les cinq pointes du pentagramme : Pierre-François, Draco, Hermione, Sylas, Erwin, Jimmy, Cloud, Jareth, Arthur, Charlie, Bill, Liam, Neville, Luna et moi-même. commanda-t-il fermement. Nous serons entièrement désarmés, nous ne pourrons compter que sur vous pour nous protéger. Si vous arrivez à éliminer tout danger dans le cercle intérieur, j'essaierai de déployer un bouclier sphérique.

    Vous allez passer près de Monsieur le Ministre, il va vous donner un pendentif que vous mettrez à votre cou immédiatement, c'est un portoloin. Si vous êtes blessés, il vous suffira de le toucher en murmurant "maison" pour qu'il vous amène dans un lieu où vous serez soignés. Les élèves seront transportés ici à Poudlard à l'infirmerie.

    Les combattants d'Ombrage et de la Loge sorcière seront sur place aux environs de 20h30. Ils ont certainement des éclaireurs déjà sur le terrain. Je vous ai fait travailler le sort de désillusion, vous allez transplaner désillusionnés, il faudra donc maintenir les deux sorts en même temps. Nous partons dans un quart d'heure, concentrez-vous.

    Je voudrais tout particulièrement remercier mes serpentards d'être tous derrière moi.

    Aymeric, mon grand, tu peux venir me dire au revoir.

    -  Ce n'est pas juste, tu sais toujours où je suis! pesta le gamin caché derrière la table des professeurs alors que toute la salle riait.

    Il vint se blottir dans les bras de son tuteur, le serrant très fort, les yeux plein de larmes.

    -  Calme-toi, mon grand, ça va aller. Tu vas m'avoir encore sur le dos de nombreuses années!

    -  Jim, Pierre-François! appela le jeune serpentard. Je veux vous voir tous les trois ensemble de nouveau!

    -  Tu nous verras encore réunis, Ay! fit gentiment Pierre-François. Dans quelques jours nous serons à la bastide au Cap pour deux mois de liberté.

    -  Et toi! Tu as intérêt à faire attention à toi! fit l'adolescent à son cousin.

    -  Qui eut dit que tu t'en ferais un jour pour moi! ricana le plus grand.

    -  Il est l'heure de vous mettre sous désillusion! ordonna le Survivant. Exceptionnellement, vous pouvez transplaner d'ici. Les protections seront remises derrière nous.

    -  Soyez concentrés! Faites attention à vous! recommanda le futur directeur.

    Ils regardèrent les premiers groupes disparaître. Harry attira Jim vers lui et lui jeta le sort de désillusion avant de le coller à lui pour le transplanage. Pierre-François les attira dans ses bras ainsi que Cloud et devenus invisibles eux-aussi, ils s'esquivèrent. Arrivé discrètement, Harry examina le site sous toutes ses coutures. Il y avait encore pas mal de monde mais les touristes d'un jour, les néo-druidiques ou les soi-disant mages se retiraient en vagues régulières, remontaient dans les cars et dans les voitures, désertaient les dolmens jusqu'à l'année suivante.

    Harry murmura qu'il voulait monter sur une des pierres plates du premier cercle et ce, malgré le plop caractéristique du transplanage qui, il l'espérait, serait couvert par l'animation qui régnait encore sur le site. Ils se retrouvèrent bientôt tous les quatre assis sur un des trilithes, dominant la situation. Il serait bien temps de redescendre plus tard. Jim doucement blotti contre lui et qu'il entourait de son bras, l'autre main nouée à celle de Pierre-François, le Survivant attendait en surveillant les alentours. En se concentrant, il essaya de percevoir leurs groupes disséminés, tous avaient une place à respecter de telle façon à être bien répartis autour du cercle. Ils semblaient tous avoir respecté les consignes.

    Pierre-François lui chuchota de regarder vers sa gauche à environ cinq mètres. Harry vit la figure chafouine de Sean O'Reilly, habillé façon hippie, il déambulait parmi les groupes néo-druidiques. La main de son loup se referma brusquement sur son poignet, il délaissa le faux beatnik pour écouter ce qu'il lui soufflait. Il chercha dans la direction indiquée et vit François-Marie avec un appareil professionnel qui paraissait très occupé à photographier les visiteurs. Il croisa O'Reilly et échangea avec lui un signe entendu qui inquiéta Harry et Pierre-François. Avaient-ils perçu la présence des autres sorciers du groupe? Il semblait que oui. Ils ne pourraient donc même pas compter sur l'effet de surprise.

    Doucement le soleil descendait derrière les cercles de mégalithes et la pénombre dévorait peu à peu la lumière. Bientôt il serait l'heure. Harry serra Jim qu'il n'avait pas lâché depuis qu'ils avaient transplané et dévora sa bouche pour un dernier baiser, puis celle de son loup, enfin il accola Cloud pendant que Jim et Pierre-François s'embrassaient. Ce dernier enserra ensuite tendrement dans ces bras le jeune serpentard. Ils descendirent du cromlech et prirent leur position.

    L'astre devenu rouge descendit derrière l'horizon et, dans la semi-pénombre qui régnait, des sorciers allumèrent des torches qu'ils plantèrent en terre, alors d'autres arrivèrent par transplanage et bientôt le centre du site fut envahi par les partisans d'Ombrage, les disciples de la Loge sorcière et les anciens mangemorts recrutés. Des dizaines de flambeaux illuminaient l'endroit. Harry pensa que pour le moment, ils étaient au moins trois cents soit trois fois plus nombreux qu'eux.

    Une vingtaine d'entre eux parmi lesquels il reconnut Ombrage, François-Marie, Sean O'Reilly s'approchèrent du centre du cercle principal. Un sorcier de haute taille, aux longs cheveux noirs, au nez en bec d'oiseau de proie, au regard hypnotique fendait la masse des combattants, il passa à côté d'eux, les frôlant presque, pour rejoindre le pentacle que François-Marie traçait. Il lui semblait familier, pourtant il était sûr de ne pas le connaître. Harry sentait sa puissance magique, il doutait que les sorts de désillusion soient assez forts pour le tromper, il devait forcément les percevoir. Toutefois si il générait un bouclier pour les protéger, il serait obligé de monter sa puissance magique facilement identifiable. Il deviendrait alors leur cible ainsi que Pierre-François, Jim et Cloud. Son loup après une pression sur son bras résolut le problème en générant le bouclier lui-même.

    Il sentit d'autres auras monter non loin d'eux. Leurs compagnons avaient compris le danger et préféraient trahir leur position mais se protéger. Leurs ennemis ne semblaient pas se soucier d'eux ce qui semblait assez étonnant et continuaient leurs préparatifs. Harry trouvait aux plus proches des regards vides et fixes. Leur manque de crainte vis-à-vis de leur situation précaire pouvait s'expliquer si ils agissaient sous imperium. Il nota des déplacements furtifs autour d'eux, certains de leurs ennemis suivaient leur instinct et misaient sur ce qu'ils percevaient pour mieux se placer. Leur propre situation devenait très inconfortable.

    La circonférence rejoignant les pointes du pentacle se formait. Manifestement le grand sorcier inconnu était leur officiant. A son accent rocailleux, il le situa mieux. Il ressemblait à Igor Karkaroff, l'ancien directeur de Durmstrang. Son frère peut-être? Il demanda aux sorciers unis par leurs mains de se concentrer et de former un cercle d'énergie magique puis commença à réciter son invocation.

    Pierre-François écoutait attentivement. Il reconnut sans peine une des incantations de magie noire qu'il avait étudiée ces derniers jours, elle semblait avoir été légèrement modifiée par le mage officiant. La formule devait être répétée trois fois, dès la première récitation complète et ses intentions connues, il devrait le mettre hors d'état. Lorsque Harry entendit le nom de Gellert Grindewald, il leva sa baguette et envoya sur le récitant en informulé un avada kedavra, assumant une fois de plus le fait de tuer pour protéger le monde sorcier en danger.

    Aussitôt le site se transforma en champ de bataille. Les boucliers protecteurs tombèrent, les Glock se mirent à aboyer vers les sorciers en cercle autour du pentagramme. Les aurors et les sorciers de l'Ordre du Phénix, ces derniers presque tous sous la cape et le masque de la fratrie pour camoufler leur identité, combattaient le cercle extérieur des ennemis. Pour avoir plus de puissance, ils avaient renoncé au sort de désillusion et apparaissaient maintenant aux trop nombreux partisans des factions du mal. Blaise Zabini dès le premier coup de feu s'était retourné contre ses amis d'hier et se battait aux côtés de Draco.

    Les sorciers du cercle central furent neutralisés en très peu de temps exception faite d'O'Reilly, de François-Marie et d'Ombrage blessée mais toujours debout. Une rafale fit tomber Ombrage et O'Reilly pendant que Vassier transplanait avec son disciple touche lui aussi abandonnant là ses partisans. Les quinze sorciers choisis s'avancèrent alors vers le pentagramme tracé. Pierre-François se mit à dessiner le leur en quelques sorts. Ils ressentaient terriblement la puissante magie qu'avait généré la première formule invocatoire ouvrant le portail, elle serait difficile à canaliser. Les quinze sorciers étant dans le périmètre voulu, Harry tira Jim à ses côtés et commença à générer un dôme protecteur. Aussitôt l'énergie bleue déployée fut aspirée par le vortex qui s'en nourrit sous les yeux ahuris des sorciers et Harry, peu désireux de renforcer encore la puissance du portail, dut se résigner à ce que ses invocateurs restent à découvert.

    Autour d'eux, la bataille faisait rage, les sorts impardonnables pleuvaient. Quelques partisans de l'ombre avaient des armes moldues et si elles étaient moins puissantes que les pistolets Glock, elles faisaient des dégâts. Harry, du coin de l'œil, vit Blaise aux prises avec deux combattants, Arthur et Ginny soutenant les aurors qui refoulaient le cercle extérieur, Abdelforth envoyant des sorts mystérieux sur tous les ennemis à sa portée... Charlie déjà blessé au bras tomba, fut touché une seconde fois et disparut grâce à son portoloin de secours. Il envoya un trait vert à son agresseur, avant de recevoir lui-même un sort de découpage au côté. Pierre-François le vit de suite, arrêta son traçage et penché sur Harry, il passa sa baguette sur les trois longues coupures de son flanc pour les refermer, non sans lui glisser « Fais attention à toi, bon sang! ».

    Un œil sur son fiancé blessé, Jim les couvrait armé d'un pistolet Glock et de son Beretta 9mm. Cloud tourné vers le cercle extérieur lançait sort après sort! Le saignement arrêté, Pierre-François appela ses treize servants restants qui prirent place autour du pentacle. Sur un signe, ils se concentrèrent et bientôt un cercle de lumière bleutée les entoura. Il se mit à réciter sa formule pendant que les sorciers augmentaient leur puissance encore et encore.

    Tout autour d'eux les combattants de la fraterie, de l'AD, de l'Ordre du Phénix soutenus par les aurors, essayaient de maintenir à distance les combattants des forces de l'ombre. Joshua était venu rejoindre Jim et cinq aurors chargés par Kingsley de protéger le Survivant. Blaise, George et Ginny s'étaient rassemblés de l'autre côté du cercle protégeant le trio, Luna et Neville... Petit à petit les combattants de l'ombre se retrouvaient pris entre les deux cercles des défenseurs de la Lumière.

    D'une voix forte, l'invocateur se mit à réciter sa formule dans une langue inconnue de tous. L'énergie du cercle allait croissant et devenait phénoménale. Quand doucement, le récitant pressa la main de son amant, Harry joignit sa puissance exceptionnelle à celle des autres et du trio. La lueur devint presque blanche et aveugla au point que les silhouettes des officiants se mêlèrent à la lumière. La pierre verte au centre du pentacle se mit à briller plus intensément, entourée d'un halo noir maléfique.

    Les combattants qui protégeaient les invocateurs, vêtus de leur cape et masque noirs, se découpaient en ombres chinoise sur le cercle lumineux blanc offrant une cible parfaite pour leurs ennemis nettement moins nombreux qu'au début mais coriaces. Joshua et Jim étaient les derniers à utiliser les armes moldues, les autres membres de la Fratrie étant parmi les officiants. Le second surveillait du coin de l'œil les aurors postés à ses côtés, il ne pouvait s'empêcher d'être méfiant. Il venait d'introduire le dernier chargeur pour son Beretta 9mm, après il ne lui resterait que le Glock. Il tira ses douze balles dont trois firent mouche blessant les sorciers qui s'effondrèrent. Il lâcha son pistolet, se pencha et attrapa dans sa botte son poignard. Il pouvait presque sentir contre lui le dos de Harry à qui il servait de bouclier. Il fallait qu'il tienne sinon ses deux hommes seraient complètement à la merci de leurs ennemis, tendu, il sentait à peine les sorts reçus.

    Pour la seconde fois, Pierre-François récitait son incantation. La puissance du cercle semblait avoir atteint son maximum, pourtant il n'arrêtait de grandir montant vers le ciel en un couloir lumineux entourant la pierre de plus en plus brillante. L'auréole noire qui l'entourait semblait s'étendre, elle oppressait les sorciers qui ressentaient fortement la malfaisance qui s'en dégageait. Harry savait que bientôt ils devraient combattre l'influence du côté sombre du portail. Il accrocha le regard de Draco en face de lui qui cligna des yeux en signe d'assentiment. Pour la dernière invocation, ils devraient libérer toute leur force, celle du pacte d'alliance y compris. Quand Pierre-François entama la troisième et dernière formule, ils se concentrèrent et apportèrent leurs dernières ressources.

    Lorsque Harry sentit le corps de Jim tomber contre le sien, il eut envie de hurler de douleur. Sa colère, sa peur immense de le perdre s'exprimèrent dans l'énergie immaculée du cercle qui se teinta de rouge. L'invocateur en fut tellement surpris qu'il faillit s'interrompre et perdre le fil de sa formule, pourtant il n'avait d'autre choix que de terminer et de refermer le vortex même si la pureté de l'aura n'était plus. Harry ne réalisa pas que cette dernière invocation n'était pas la même que les deux premières, n'entendit pas son amant prononcer un nom qui lui était plus que familier. Il ne pensait qu'à ce corps à ses pieds qui ne se relevait pas et qu'il ne pouvait secourir.

    La pierre véronèse était devenue aussi aveuglante que le cercle, le halo noir allait en s'amenuisant, la Lumière petit à petit prenait le dessus faisant reculer l'obscurité. Le magnétisme que dégageait le sorcier blond n'avait jamais été aussi fort qu'en ce moment. Les yeux levés au ciel, inconscient du drame qui se déroulait à ses côtés, sa voix forte, inspirée par son amour pour le Survivant trahissait sa volonté de lui offrir cette joie, ce bonheur qu'il lui destinait et dont le plus jeune était ignorant. Lorsqu'enfin il se tut, la pierre sembla s'éteindre d'un coup et le cercle sombre fut avalé par le portail.

    Harry rompit le cercle avec un cri de douleur qui attira l'attention de son amant sur lui, maintenant à genoux devant le corps de Jim, son masque enlevé. Il se laissa tomber à côté de lui, tâtant le pouls de son second agneau.

    -  Il est vivant! fit-il en attirant dans ses bras Harry qui pleurait. Draco! cria-t-il.

    -  Oui! Je suis là! Harry pousse-toi, mon ami. fit-il avec tendresse. Laisse moi le soigner.

    Harry blotti dans les bras de Pierre-François, ayant oublié tout ce qui n'était pas son fiancé, suivait tous les gestes de son ami.

    -  Il a reçu trop de sorts pour un moldu, Harry. Heureusement ta protection a agi. Il est faible mais il n'a rien de sérieux, il lui faudra seulement beaucoup de repos. Je vais refermer de suite les blessures qui saignent et lui donner une potion régénérante.

    -  Et après?

    -  Beaucoup de repos pendant plusieurs jours. Il ne se sentira d'ailleurs pas capable de faire grand chose. Ce n'est pas à prendre à la légère, si il ne se repose pas correctement, il risque de ne jamais s'en remettre complètement.

    Harry poussa un soupir, prit une des mains de Jim et dans le creux de la paume, il déposa ses lèvres.

    -  Je suis tellement heureux que vous soyez sains et saufs, mes amours, fit-il en enlevant le masque de Pierre-François, en l'attirant vers lui et en l'embrassant avec passion.

    -  Viens j'ai quelque chose à te montrer, fit ce dernier en le prenant par la main et en l'aidant à se lever.

    Mais Harry ne l'entendait pas de la même oreille, il enlaça son amant, une main dans sa nuque et une dans le creux de ses reins pour un second baiser plus tendre et amoureux. Il avait appuyé son front contre le sien quand une voix coléreuse les surprit.

    -  Je peux savoir ce que tu fais avec mon filleul, Vassier?

    Harry se retourna d'un mouvement vif et contempla incrédule son parrain dressé devant eux soutenu par Hermione et Sylas mais au lieu de lui répondre, il s'alanguit contre Pierre-François.

    -  Ainsi c'est ça que tu me cachais, mon loup, fit-il d'une voix brisée par les émotions.

    -  Je ne voulais pas que tu sois déçu si réellement il était mort et n'était pas dans l'antichambre des limbes. Je t'avais dit qu'on ne pouvait faire revenir un mort, pas sous sa forme humaine en tout cas. répondit celui-ci en poussant doucement son agneau pétrifié vers l'ancien gryffondor.

    Harry accola son parrain avec force.

    -  Bonjour Sirius. fit son filleul calmement malgré les larmes de joie qui roulaient sur son visage en le voyant là devant lui, vivant. Je suis très heureux de te voir.

    -  Moi aussi Harry! Même si j'aimerais comprendre ce que je viens de voir.

    Il se fit la remarque qu'il avait quitté un jeune adolescent maigrichon à lunettes et retrouvait un jeune homme mince, presqu'aussi grand que lui avec le charme de James et les yeux de sa femme. Il s'éloigna de lui pour retrouver les bras de celui qui manifestement était son amant. Tous les deux se tournèrent vers un jeune homme allongé dans l'herbe et échangèrent un regard de joie en le voyant bouger. Ils s'agenouillèrent dans l'herbe à ses côtés. Jim ouvrit doucement les yeux sur le double regard posé sur lui. Il leur sourit.

    -  Aidez-moi à me lever.

    -  Tu dois te reposer, mon cœur.

    -  Tu as réussi, pti loup?

    -  Oui! Oui! il est là.

    -  Il y a encore à faire et je ne veux pas me reposer ici dans ce lieu qui va me donner des cauchemars. fit Jim avec un grognement impatient.

    Ils le soulevèrent passant chacun un bras autour de sa taille et le soutenant entre eux. Le jeune moldu posa sa tête sur l'épaule de son fiancé regardant ce parrain dont il avait tellement entendu parler. Il était toujours beau mais blafard, amaigri, son visage était marqué, il semblait faible mais derrière le voile de ses longs cheveux bruns ses yeux gris luisaient d'une volonté implacable.

    -  Tu connais déjà Pierre-François, c'est à lui que tu dois d'être ici et je te présente Jim Spencer, mon fiancé, l'informa Harry avec un petit sourire moqueur.

    -  Ton fiancé?

    -  Oui.

    -  Avant les explications, il faudrait d'abord terminer ce qu'on est venu faire ici. suggéra Pierre-François.

    -  Tu as raison. Il y a beaucoup de blessés? questionna Harry en interpellant un des aurors.

    -  Oui! répondit-il mais à ma connaissance seulement deux morts ce qui est exceptionnel vu la bataille livrée, la vieille Augusta Longdubat et un de nos collègues. Par contre en face de nous, il y a eu une douzaine de victimes dont Dolorès Ombrage et beaucoup de blessés mais ils ont transplané avec eux. Ils n'ont laissé que ceux qui ne pourraient le supporter et les corps sans vie. Le jeune Malfoy s'occupe d'administrer les premiers soins aux blessés avant le transport.

    -  Il ne faut laisser sur le site aucune trace de notre passage. Vous transférez leurs blessés directement à Sainte-Mangouste. Votre rapport doit se trouver sur le bureau du ministre Malefoy demain dans la journée, j'en voudrais une copie par hibou.

    -  Pas de problème Monsieur Potter.

    Sirius, stupéfait, regardait le jeune homme donner des ordres aux aurors comme si il était le ministre lui-même. Il le vit appeler un autre des fonctionnaires, discuter avec lui et l'accoler avant de revenir vers eux.

    -  Si ils devaient choisir entre obéir au ministre ou à Harry Potter, ils choisiraient le second sans hésiter, lui commenta Sylas, il a énormément d'influence, je dirais même d'autorité, dans le monde sorcier et il la mérite. Ses ennemis pourtant essaient de saper son influence et s'en donnent à cœur joie avec sa vie privée.

    -  Ils ont de quoi faire, si j'en crois ce que j'ai vu.

    Sylas lui lança un regard en coin avant de répondre.

    -  Jim adore son fiancé, il a renoncé à tout pour lui, une carrière qui s'annonçait brillante dans la diplomatie, son monde, ses amis, sa mère qui lui a tourné le dos... et il se reconstruit une autre vie en monde sorcier pour épauler Harry. Il passe une partie des ASPIC à Poudlard, va reprendre des études à l'université sorcière et enseigner à mi-temps une nouvelle matière à Poudlard : l'histoire et la politique moldues. Il sera notre premier ambassadeur entre les deux mondes. Il a du courage, une volonté sans faille, une honnêteté exemplaire. C'est quelqu'un sur qui on peut compter.

    Pierre-François s'était exilé en France depuis le meurtre de son fils de cinq ans par les mangemorts et s'était reconstruit une très belle vie sans soucis dans le monde moldu. Quand il les a vus à Paris, il a eu le coup de foudre pour eux. Pour Harry, il a tout laissé derrière lui y compris son frère jumeau qui est l'ennemi du Survivant, il a affronté la société sorcière anglaise qui lui avait fermé ses portes pour y reprendre sa place et il a accepté le poste de directeur à Poudlard. Ses qualités vous les connaissez comme moi.

    -  Tu sembles les aimer beaucoup.

    -  Ils sont mes amis. conclut Sylas fièrement. Harry est exceptionnel, il ne pouvait vouloir que de l'exceptionnel! Ils le sont tous les deux.

    Sirius pensa à ses amis maraudeurs, ils étaient aussi extraordinaires, il avait hâte de retrouver Remus.


    oOoOoOoOoOo


    -  Pti loup! Que s'est-il passé avec ton frère?

    -  Si je le savais je serais plus rassuré, ma tendresse et là je ne le suis pas vraiment. Il y a plusieurs choses qui sont étonnantes et même inquiétantes : pourquoi les officiants ignoraient-ils que nous étions là? Mon frère voulait manifestement s'en débarrasser une fois l'incantation terminée. Ombrage, je comprends mais les autres?

    -  Je crois qu'ils agissaient sous imperium. fit Harry.

    -  Que cachait d'autre cette cérémonie? Je suis certain qu'il était là dans un but bien précis qui n'était certainement pas celui que nous avons cru.

    -  Et qui devait être tellement protégé que la mort de ces incantateurs étaient nécessaires. La formule t'a semblé correcte?

    -  Légèrement différente de celle que j'avais étudiée dans les manuscrits mais je n'ai rien relevé d'anormal.

    -  Mionne? ça va toi?  fit Harry à son amie qui approchait appuyée sur Sylas.

    -  Aucun dégât Harry.  Juste un peu fatiguée.

    -  Sylas?

    -  En pleine forme.

    -  Notre Cloud?

    -  Il n'a rien, mon agneau, intervint Pierre-François.

    -  Fatigué c'est tout. intervint Draco. Je l'ai transféré à Poudlard avec d'autres élèves. Il doit être en train de raconter ses prouesses à ton petit chenapan d'Aymeric, se moqua-t-il. L'infirmerie est certainement pleine et Madame Pomfresh débordée.

    -  Toujours de la souffrance, murmura Harry.

    -  Grâce à ton système de faire des équipes de quatre, il y a des blessés mais rien de vraiment grave. Luna a deux balles dans le bras, Jareth une dans la jambe mais ils n'ont pas rompu le cercle pour autant. Neville est près du corps de sa grand-mère. Par contre, Charlie a disparu.

    -  Il a dû rentrer au manoir pour se faire soigner, il était sévèrement touché. les informa Harry. C'est là que nous allons aller aussi avant de passer à Poudlard. Sirius, nous allons prendre un portoloin. continua-t-il en ramassant une canette et en la transformant avec la formule portus. Je sais que certains faits vont te paraître étonnants mais nous n'avons pas vraiment le temps d'en parler maintenant. Bien des choses se sont passées en trois ans. Bien des alliances se sont créées. Bien des liens surprenants se sont noués. Tu auras toutes les explications que tu voudras dans les jours qui suivent.

    -  Voldemort? questionna Sirius.

    -  Mort il y a un peu plus d'un an. Mais nous ne sommes pas tranquilles pour autant, d'autres tentent de prendre sa place. Allons-y! Les aurors sous le commandement de Liam vont finir ce qu'il y a à faire ici. Demain il y a les ASPICS à passer.

    Hermione, Draco et Sylas furent les premiers à disparaître en utilisant leur portoloin de secours. Sirius, Pierre-François, Jim et Harry posèrent la main sur la canette et après cette sensation toujours aussi désagréable d'estomac qui se tord, ils se retrouvèrent au grand dam de Sirius dans le salon du manoir Malefoy.

    -  Papa! papa! cria une petite furie brune se précipitant dans les bras de Pierre-François.

    -  Hè là, ma Lily. Tu ne dors pas encore toi?

    -  Non! fit la petite. Je vous attendais.

    -  Nous sommes là, tu vois.

    -  Oui, fit-elle en tournant les yeux si pareils à ceux de son père vers ceux qu'elle appelait ses tontons puis en tendant les bras vers Harry qui la prit contre lui et posa plein de bisous sur ses petites joues rondes.

    Il poussa Jim vers un fauteuil, l'installa avec la petite dans les bras avant de poser sur sa bouche un léger baiser tendre.

    -  Ça va, mon amour?

    -  Oui, je serai content de rentrer à la maison, soupira-t-il.

    -  Tu veux que je t'y ramènes avant de passer à Poudlard?

    -  Non, je ne te quitte pas.

    -  C'est moi qui devrais te dire ça! Tu m'as fait passer les pires minutes de ma vie. fit-il en caressant sa joue avec tendresse. Je vais voir où nous en sommes, parler de l'article du journal à Lucius et nous allons à Poudlard voir si tout va bien.

    Sirius un peu perdu s'assit devant le fiancé de son filleul qui câlinait la fille de Vassier. Ce qu'il avait vu des relations entre ces trois là le remplissait d'interrogations et il avait bien peur de ne pas aimer les réponses.

    -  Bonjour, Cousin. fit une voix féminine.

    -  Narcissa? fit-il en contemplant sa très belle cousine, épouse d'un de ses ennemis.

    Il y avait bien longtemps qu'il n'avait vu Lucius autrement qu'au bout de sa baguette dans deux camps différents. Narcissa, à sa connaissance, n'avait jamais cherché à tempérer les manières de son mari de Sang-Pur et avait préféré renier sa sœur et sa nièce.

    -  En effet, c'est bien moi.

    En arrière plan, Sirius vit Lucius Malefoy entrer dans la pièce puis serrer son filleul dans ses bras, manifestement ravi de le voir indemne! le bras droit de Voldemort avec le Survivant dans les bras! Ce dernier qui semble très ami avec des serpentards dont Draco Malefoy qu'il ne supportait pas, qui lui présente un fiancé mais embrasse Vassier à pleine bouche! Ce maudit jeune serpentard dont s'étaient entiché James et Lily et qui les suivait partout!

    -  Tu me sembles un peu perdu, railla sa cousine.

    -  Là où j'étais il n'y avait pas la Gazette du sorcier. ironisa Sirius.

    -  Il s'est passé bien des choses depuis que tu es parti à commencer par le fait que nos jeunes garçons soient devenus des hommes et les meilleurs amis du monde.

    -  ...

    -  Hermione, Sylas et Draco sont liés par le pacte d'alliance. Harry s'est fiancé de façon sorcière avec un jeune moldu et tous les deux vivent avec leur amant, qui sera le nouveau directeur de Poudlard.

    -  Par Merlin! gémit Sirius.

    -  Ils sont heureux, n'est-ce pas le principal?

    -  Tu crois que la société sorcière va accepter ça?

    -  C'est le Survivant et l'Héritier de Salazar Serpentard! Ils accepteront beaucoup de choses.

    -  L'héritier serpentard?

    -  Il t'expliquera.

    Elle le laissa encore plus déprimé qu'auparavant. Son filleul lui paraissait un peu trop vert et argent. Il concentra son attention sur son fiancé.

    -  Tonton Jim?

    -  Oui ma puce?

    -  On peut aller chercher Teddy?

    -  Teddy dort, mon trésor.

    -  Non! il est levé. Je sais qu'il avait peur pour ses papas et sa maman.

    -  On va demander à Tata Hermione ou Tonton Draco d'aller voir, d'accord?

    -  Oui. répondit gravement la fillette.

    -  Mais en regardant autour de lui, c'est Sylas que vit Jim tout près de lui.

    -  Sy, il paraît que Teddy est levé et qu'il a peur. Tu devrais aller voir.

    -  J'y vais de suite.

    -  Qui est Teddy? demanda Sirius à Jim.

    -  Je ne sais pas si je suis le plus indiqué pour vous expliquer ça. Je sais que tout ce que vous voyez doit vous choquer. C'est dommage que Harry soit obligé de terminer de gérer ce conflit avant d'être à vos côtés. Il n'a pas le choix, c'est lui qui a tout mis sur pied depuis des mois, il ne peut pas s'en désintéresser maintenant que ses combattants l'ont bien servi et souffrent.

    -  Teddy, fit une voix derrière Jim tandis que deux mains caressantes se posaient sur ses épaules, est le fils de Remus, Sirius. Je préfère te l'expliquer moi-même, Harry aura très difficile de t'en parler. Il était devenu très proche de notre ami, il avait reporté sur lui une partie de la tendresse qu'il avait pour toi. Remus et sa femme Nymphodora Tonks sont morts lors de la bataille finale à Poudlard et ils ont laissé un bébé de quelques mois. Draco est son cousin. Dès qu'il l'a appris, il a fait le nécessaire pour l'adopter légalement avec sa femme, Hermione. Lucius l'a présenté à la société sorcière comme son petit fils. Lui le fils du loup-garou est l'héritier des Malefoy.

    -  Remus est mort? fit le maraudeur d'une voix blanche.

    -  Oui. J'en suis désolé, Sirius. Teddy a un an de moins que ma Lily, c'est son petit compagnon de jeux. C'est Narcissa qui s'occupent des deux la journée quand nous sommes au cours ou au travail.

    -  Que fais-tu dans la vie de mon filleul? Pour qui te prends-tu pour poser les mains sur lui?

    -  C'est moi qui vais répondre à cette question que tu devais poser à un moment ou un autre. J'aurais préféré que ce soit en d'autres termes surtout que tu lui dois d'être revenu parmi nous. fit Harry calmement. Pierre-François est dans ma vie, dans la nôtre à Jim et moi parce que nous l'avons choisi. Nous ne concevons plus de vivre sans lui, sans sa présence, sans son amour et je te demande de l'accepter.

    -  Il a presque le double de ton âge Harry!

    -  Depuis quand cela est-il important? fit tendrement Harry en passant son bras autour de la taille de Pierre-François pour le rassurer, alors que Jim avait posé sa main sur celle du sorcier posée sur son épaule.

    -  ...

    -  Réfléchis-y! je ne changerai pas ma vie. Nous allons à Poudlard maintenant mais si tu veux rentrer avec Hermione qui doit se reposer après tout cet effort pour que les jumeaux ne se ressentent pas de la folie meurtrière des hommes, nous ne tarderons pas à vous rejoindre.

    -  Je vais en effet aller avec elle. Je ne suis pas prêt pour affronter Dumbledore et Rogue!

    Harry le regarda tétanisé, puis lança un appel au secours à Pierre-François qui lui sourit tristement. Il inspira profondément avant de reprendre.

    -  Dans les jours qui vont venir nous pourrons discuter de tout ce qui s'est produit pendant ces trois ans, le bon mais aussi le mauvais. acheva Harry. Tu vas coucher Lily mon loup?

    -  Oui! J'arrive.

    Il entendit Sirius qui demandait à Mione, juste avant de prendre le réseau de cheminette, de quels jumeaux parlait son filleul.

    Quand il redescendit, il trouva Jim à moitié endormi dans les bras de Harry, Sylas et Draco appuyés l'un sur l'autre les attendaient. Ils prirent de suite le réseau de cheminette sécurisé. Ce n'est que dans le milieu de la nuit qu'ils revinrent à Astor's Lodge. La maison était silencieuse et tout le monde couché. Harry en fut soulagé, il ne se sentait pas prêt à annoncer à Sirius que les personnes qu'il aimait le plus ne seraient pas là pour fêter son retour.

    C'est avec une véritable impression de délice qu'ils se glissèrent enfin entre leurs draps et se blottirent tous les trois dans une même étreinte.


    oOoOoOoOoOo


    Les aurors terminaient leur travail. Ils effaçaient toutes traces de leur passage sur le site qui serait de nouveau accessible aux touristes moldus le lendemain. Perchées sur le toit du restaurant en face du site, deux silhouettes attendaient patiemment. Enfin, celui-ci fut désert et la plateforme aussi, les deux ombres avaient disparu. Elles se matérialisèrent non loin de la pierre autel avec un petit plop sonore. Elles savaient manifestement où elles allaient car l'un d'elle tâtonna sous le rebord de la pierre. Après quelques recherches, elle ramena à elle une forme indistincte qu'elle enroula de suite dans un tissu foncé.

    -  Je ne pourrai jamais assez remercier mon frère et son amant d'avoir fait tout le travail pour nous, fit une voix sèche qui ponctua sa phrase d'un rire amer et déplaisant.

    -  Il ne faut pas les sous-estimer. Je suis certain qu'ils savent déjà que quelque chose ne s'est pas produit comme prévu. Ils vont chercher et ils sont loin d'être idiots.

    -  Peu importe! Ce qui est fait est fait.

    -  Leur puissance est colossale, Vassier. Tu ne peux le nier! Tu le sais puisque tu as préféré employer la leur pour refermer le vortex! Nous ne faisons pas le poids à côté d'eux. Tu as vu leur organisation? Ils ont défait sans difficulté une opposition trois fois plus nombreuse. Tout jeunes qu'ils sont, ils sont bien entraînés et savent se battre. Ils n'hésitent pas à utiliser les impardonnables et des armes moldues performantes.

    -  Maintenant, tout va changer.

    -  Ils commencent à avoir une telle réputation qu'il y a de moins en moins de monde prêt à les affronter. Comme tu l'avais pensé ils n'ont pas fait de cadeau à Ombrage, mais nous savons trop peu de choses sur son organisation que pour la reprendre à notre compte.

    -  ...

    -  Ce n'est pas n'importe qui! c'est l'Elu, le vainqueur de Voldemort! Il n'arrête pas de s'entraîner. Tout ce qui augmente ses performances, sa puissance, il prend. Il apprend les arts martiaux, il apprend à se servir des armes moldues... et tout ce qu'il apprend, son groupe l'apprend aussi!

    -  Ils ont terminé à Poudlard, tout ça sera fini!

    -  Non! il y a des liens entre eux! et il est aussi l'Héritier de Salazar Serpentard! Presque tous vont aller à l'universite sorcière de Cambridge.

    -  ...

    -  J'ai entendu dire que ton frère et eux vivent ensemble. Tu as beau essayer de ruiner sa réputation, le monde sorcier sait que ce qui pousse le Survivant, c'est toujours l'amour.

    -  Dans l'appartement de mon frère?

    -  Non! ici en Angleterre, mais c'est tout ce que je sais.

    -  Je veux le savoir.

    -  Méfie-toi, Vassier, si tu leur fais du mal, il se vengera.

    -  Mon frère m'a trahi! Il doit payer.


    oOoOoOoOoOo


    Pierre-François ouvrit les yeux ou tout au moins essaya. Ses cheveux dans les yeux ne facilitaient pas la manœuvre. Il avait une main en dessous du corps de Jim contre lequel il s'était endormi, l'autre enlacée à celle de Harry. Il repoussa doucement les deux.

    -  Il est trop tôt!

    -  Je sais, mon agneau. J'arrive. fit-il en s'éloignant après avoir repoussé ses cheveux en arrière d'un geste sensuel.

    Il revint quelques minutes plus tard se lover contre le dos de Harry, il glissa une main sous lui pour enserrer sa taille et posa l'autre au travers de sa hanche l'enveloppant de ses bras. Harry poussa un soupir de satisfaction qui le fit sourire.

    -  Tu m'as manqué! souffla-t-il.

    -  J'étais juste là, à côté de toi...

    -  Mais pas dans mes bras... murmura-t-il doucement.

    -  Tu es dans les miens maintenant. Dors, mon doux amour. répondit-il à voix basse en resserrant son étreinte autour du jeune corps abandonné et en posant ses lèvres dans sa nuque.

    Harry frissonna, referma les yeux et se rendormit.

    o°o°o

    La cuisine était particulièrement animée ce matin là. Tous ou presque devaient aller à Poudlard passer des ASPIC. Sylas était derrière les fourneaux à faire des pancakes, Harry s'occupait du café sous l'œil attendri de Pierre-François qui se rappelait le premier matin qu'ils avaient passé dans l'appartement à Paris. Il lâcha Jim, assis contre lui, pour mettre la table. Erwin et Jimmy étaient dans leur bulle habituelle, Hermione était blottie sur les genoux de Draco et tous deux regardaient leur cuisinier préféré œuvrer, Liam et Joshua était là aussi. L'ancien s'occupait de préparer des œufs sur le plat assortis de bacon grillé.

    On sentait dans l'air une atmosphère d'allégresse. Ils étaient tellement bien de se retrouver tous ensemble sans avoir eu à déplorer de perte dans leur groupe. Pierre-François appréciait les amis de son agneau. Ils étaient différents, d'horizons différents, d'âges différents, entre eux une seule constante, leur tendresse pour l'Elu. Il se sentait bien. Tous l'avaient accepté sans problème. Son passé, sa famille, sa vie actuelle, ils s'en moquaient, seul comptait son amour pour Harry et le fait que celui-ci tienne à lui en retour, même Hermione semblait en ce matin plus abordable, d'ailleurs elle lui parlait...

    -  Excuse-moi, Hermione, je rêvais et ne t'ai pas entendue.

    -  On se demande bien de qui! le taquina-t-elle.

    -  Perdu! c'est à vous les amis que je pensais. Que disais-tu?

    -  Je parlais des vacances et vous demandais si vous vouliez venir passer quelques temps à Toulouse.

    -  Nous ne serons pas très loin et nous avions pensé vous inviter tous quelques temps aussi.

    Il vit Draco sourire. Apparemment, ils avaient eu peur que leur amour si particulier les tienne loin d'eux. Il l'exprima d'ailleurs.

    -  On craignait que vous préfériez la solitude à vous trois.

    -  Nous aimerions passer une partie seuls aussi avec les enfants. Nous avons déjà fait des promesses imprudentes à ces chenapans qu'il va maintenant falloir tenir.

    -  Comme?

    -  Celle d'inviter la petite-amie de Cloud pour passer une quinzaine de jours ensemble.

    -  La fille de Pierre?

    -  Oui!

    -  Ça te gêne?

    J'aurais voulu que le moins de monde possible soit au courant de l'existence de la bastide comme vous du QG. Je me rappelle des photos prises à Toulouse.

    -  Qu'est-ce qu'il y a Pierre-François? fit Draco.

    -  Un problème de taille, fit le sorcier blond avec une grimace. Je crois qu'on s'est fait manipuler.

    Immédiatement le joyeux brouhaha s'éteignit. Une bombe n'aurait pas fait plus d'effet.

    -  Explique! demanda Draco.

    -  Hier mon frère et son bras droit savaient que nous étions là mais les officiants et Ombrage non. Ils agissaient comme des automates, les yeux vides, je pense qu'ils étaient sous imperium. L'incantation récitée par leur invocateur était légèrement différente de celle que j'avais trouvée et apprise dans un grimoire. Trop absorbé par ce qui allait se passer ensuite, je ne l'ai pas réalisé à ce moment là. Nous avons donc fait le travail de mon frère. Nous avons refermé le vortex ce qu'il était certainement incapable de faire vu sa puissance maléfique, nous l'avons débarrassé d'Ombrage et de ses officiants qui lui étaient devenus inutiles et l'encombraient.

    -  Tu veux dire que tout a été organisé par ton frère?

    -  Je ne dirais pas ça! Je le crois incapable de ce genre de manipulation.

    -  O' Reilly! fit Harry.

    -  Je suppose! opina l'autre.

    -  Bon on ne peut rien y faire de toute façon, ce qui est fait est fait. Que crois-tu qu'ils voulaient du vortex?

    -  Pour ça je n'ai pas changé d'avis! Il voulait faire revenir Grindewald.

    -  Il a réussi?

    -  Je l'ignore car si il a pu le faire ce n'est pas sous une apparence humaine mais sous une forme inférieure et maintenant il lui faudra lui rendre un corps et je ne sais pas comment il compte y arriver.

    -  Est-il possible de fusionner un corps et une forme inférieure si ils sont tous les deux consentants?

    -  Par Salazar, Mione! Tu te rends compte de ce que tu dis?

    -  Oui! Je sais que c'est ton frère mais il nous faut tout envisager.

    -  Je crois en effet que c'est possible mais pas sans grands conflits entre les deux entités.

    -  Je crois qu'il nous faut chercher de ce côté. fit doucement la jeune femme.

    -  ...

    Tendrement Harry posa sa main sur l'épaule de son amant pour le réconforter.

    -  Alors c'est tout? Vous vous êtes faits avoir et c'est tout ce que vous allez faire? fit une voix pleine de colère. Mon filleul est devenu un serpentard.

    -  Nous prenons chacun la mesure de l'autre! Hier ils ont testé notre puissance et nous leur ruse! analysa Sylas.

    -  Bonjour Sirius. fit calmement Harry.

    -  Bonjour. marmonna son parrain.

    -  Si mon frère a eu ce qu'il cherchait, il a préparé une retraite sûre pour mettre la suite de son plan à exécution sans craindre nos représailles. Il est loin d'être stupide.

    -  Bel analyste que vous avez-là. Vous n'êtes même pas sûrs de son attachement à votre cause!

    -  Sirius! fit d'une voix sèche et impérieuse le sorcier en se levant pour être à la même hauteur, ce n'est pas parce que tu n'apprécies pas mes relations avec ton filleul que tu dois m'insulter. Je te préviens que je ne le tolérerai pas. Tu avais raison, fit-il à Jim les yeux étincelants de colère, j'aurais dû me poser plus de questions avant de le faire revenir parmi nous! Je sens que je n'ai pas fini de regretter d'avoir ramené un griffon tête de linotte toujours prêt à se jeter dans la gueule du loup au moindre problème! Je me demande bien ce qu'il m'a pris!

    -  Tu l'as fait pour moi alors ne le regrette pas! fit tendrement Harry en pressant doucement son poignet et le bracelet-lien. Quant à toi, parrain, continua-t-il en durcissant le ton, j'aimerais que tu comprennes une chose, je suis très content que tu sois là mais il y a trop d'éléments que tu n'as pas pour te permettre de juger ce que tu vois et entends. Je n'ai aucun doute et aucun parmi nous n'en a, sur les intentions de Pierre-François. Comme à Jim, je lui confie mon corps, mon cœur, ma vie tous les jours que Merlin fait et cela pour aussi longtemps qu'il en voudra.

    Hermione regardait le visage de Pierre-François. Il avait l'air presque choqué de la déclaration d'amour de Harry faite devant tous, car on ne pouvait appeler ça autrement. Il ferma les yeux quelques secondes pour les empêcher de se remplir d'eau puis répondit d'une voix enrouée d'émotions : « Alors, ce sera pour très longtemps ... ».

    -  Tout compte fait, fit-elle ironique, ce sont les gryffondors qui déteignent sur les serpentards...

    -  Tant que tu ne dis pas que ce sont les Poufsouffle... répondit Pierre-François avec un petit sourire moqueur.

    -  Qu'as-tu l'intention de faire Sirius pendant que nous allons à Poudlard?

    -  Je crois que je vais vous accompagner pour discuter un peu avec Dumbledore de tout ça et voir si il y a un poste d'enseignant libre pour l'année prochaine.

    -  Je t'ai dit qu'il y a beaucoup de choses que tu ne savais pas. soupira son filleul. Dumbledore n'est plus directeur de Poudlard depuis deux ans. C'est Mac Gonagall qui le remplace. L'année prochaine elle sera à la tête de l'Université Sorcière de Cambridge qui ré-ouvre ses portes et c'est Pierre-François qui prend sa succession à Poudlard dès septembre, c'est donc à lui que tu dois le demander.

    -  Où est Albus?

    -  Mort! ainsi que Severus, ainsi que Fred Weasley et d'autres...

    -  Par Merlin! gémit le maraudeur.

    -  Je connais quelqu'un qui n'a rien d'autre à faire que de t'expliquer tout ce qui s'est passé. fit Harry. Viens.

    Il l'amena dans la bibliothèque devant le portrait de Severus.

    -  Bonjour Sev.

    -  Bonjour Harry. Ça a été hier soir? Je vois que vous avez réussi à ramener un Black...

    -  Oui et non, mais je n'ai pas le temps de t'expliquer maintenant. Je viens te voir dès la fin des cours avec Jim et Pierre-François. Peux-tu expliquer à Sirius ce qu'il a manqué pendant ces trois ans? Sans vous disputer?

    -  Je vais essayer.

    -  Merci. Severus est notre mentor, fit-il en se tournant vers Sirius, c'est lui qui nous écoute et nous conseille.

    -  Alors ça c'est la cerise sur le gâteau! Un serpentard mentor d'un griffondor!

    -  Il est aussi l'Héritier de Salazar et c'est son choix!

    -  Je ne te laisserai pas dire que...

    Harry s'éloigna sur la pointe des pieds laissant les deux ... discuter...


    oOoOoOoOoOo


    Quand ils revinrent à Astor's Lodge en fin de journée après avoir passé deux examens pour lesquels ils espéraient ne pas avoir de trop mauvaises notes, ils retrouvèrent Sirius dans la salon télévision devant l'instrument moldu. Lorsqu'il tourna les yeux vers eux, Harry y vit le poids de ce qu'il avait appris pendant cette journée.

    -  Je suis désolé, Sirius. J'aurais aimé te l'apprendre plus doucement mais je ne peux te laisser te disputer avec tout le monde ou insulter ceux que j'aime. Pendant ces trois ans, j'ai dû vivre sans toi et je suis devenu un homme et un homme amoureux. fit-il en serrant la main de Jim qui lui sourit. Je suis très heureux de te voir!

    -  Quels sont vos projets d'avenir? soupira l'ancien griffondor.

    Ils parlèrent longtemps de leur avenir tout décidé mais ne purent s'empêcher de revenir au passé. Lily sur les genoux, Harry évoquait sa lutte contre Voldemort, son amère victoire à cause des pertes subies, la chasse aux mangemorts qui en avait découlé, les simulacres de procès et son ambition de réviser le Code de Justice Sorcier. Il décrivit Draco et leur solide amitié sans s'apercevoir que le blond était appuyé au chambranle de la porte et souriait d'entendre ce que son ami disait de lui. Il parla de sa rencontre avec Jim, de la cour que pour la première fois il avait dû faire, puis de leur rencontre avec Pierre-François, évoqua leurs hésitations et la place qu'il avait prise dans leur vie.

    Enfin il